Tout d’abord, soyez rassurés : le bébé va bien.
Les vacances plus près ¤ tout près même ¤ de l’équateur se sont bien passées : un endroit paradisiaque, une belle mer (même si, pas chauvine du tout, je préfère certaines plages de chez moi), des gens très accueillants, une chambre gigantesque dans laquelle on peut mettre notre appartement actuel ET un cagibi ET un dressing de taille correcte.
J’ai vu des poissons très sympa sans avoir à enfiler tuba et palmes : ils passaient tout le temps devant ou sous notre bungalow aussi pouvions-nous les apercevoir depuis le panneau de verre dans le plancher.
Nous en avons profité pour visiter deux îles voisines : court, mais chouette.
La nourriture était très bonne, super variée, les serveurs étaient super sympa avec moi, encore plus du jour où ils ont su que ce ventre était l’effet d’une grossesse et non d’un abus de bière.
Du coup, qui a eu droit au pain tout chaud à peine sorti du four, aux morceaux de poissons frais choisis dans les meilleures parties, aux morceaux de viande découpés avec amour ?
C’est moi !!!!
Qui n’a pas eu droit au rappel silencieux qu’elle avait vomi l’entièreté de son premier petit-déjeuner devant une belle assemblée de serveurs effarés devant la longueur et la force soudaine de mon jet de dégueulis à deux pas ¤ ce n’est pas une image ¤ du stand de crêpes ?
C’est moi !!!
Je peux vous dire que j’ai flippé, parce que pendant les 2 ou 3 heures qui ont suivi mon renvoi d’œufs brouillés-saucisse de poulet-lait chaud, je n’ai pas senti de mouvements de la part du bébé, celui-là même qui a pris depuis quelques semaines maintenant l’habitude de se faire ses petits cours d’abdos fessiers et de stretching (pour éviter les crampes…) plusieurs fois par jour.
Au bout d’un moment, bébé s’est rappelé à mon bon souvenir, histoire de m’offrir un pense-bête bien marquant sur les points suivant :
- je n’aime pas le lait de vache, donc je n’en abuse pas.
- je ne dois pas mélanger œufs brouillés et charcuterie (même quand c’est pas vraiment du cochon),
- le fait de manger sous d’autres latitudes des trucs que je ne supporte pas ne couillonne pas mon corps, s’il n’aime pas, il rejette,
- c’est dangereux de se livrer à ce genre d’expériences culinaires quand on est enceinte,
- parfois, les premiers vomissements peuvent apparaître au second trimestre.
Comme on pouvait s’y attendre en cette saison, la pluie nous a arrosés maintes fois, mais surtout la nuit, pas un jour sans soleil d’ailleurs, malgré mon chapeau à large bord et les six enduits quotidiens à l’écran solaire bio indice 30, j’ai réussi à prendre quelques jolies couleurs, un léger hâle qui m’a fait du bien parce que je commençais à ne plus reconnaître cette pâle version de moi-même dans la glace.
Le retour en hydravion a été épique.
Ceux qui ont déjà vécu un transfert dans un petit hydravion de 15 places dans une petite dépression tropicale bien arrosée, avec deux enfants juste derrière vous qui vomissent tout leur petit-déjeuner 3 minutes après le premier décollage, oui je dis premier décollage parce qu’on a dû amerrir un quart avant d’arriver à l’aéroport qui était fermé pour cause de pluies trop fortes, attendre vingt minutes dans un roulis et un tangage incessant, sans compter la chaleur qui renforçait l’odeur de gerbe, puis re-décollage avec des petites qui terminaient de se débarrasser de leur petit-déjeuner, ceux-là comprendront.
Les autres, les chanceux, devront se contenter d’imaginer.
Nous sommes rentrés épuisés du voyage retour, contents de retrouver notre chez nous parce que, on ne veut pas passer pour des ingrats, mais même au paradis, on s’ennuie un peu quand on n’a rien à faire d’autre que manger, dormir, se baigner, lire et regarder quelques séries américaines. Donc une semaine de farniente, c’était bien pour se requinquer, plus, et j’aurais déprimé. Je rirai jaune, je sais, dans un an, si on me remet ce billet sous les yeux, mais ce n’est pas grave, je l’écris comme je le pense.
Dans le coin mauvaises nouvelles : la mère du Loup a un cancer du sein, mais il est opérable.
En croisant les doigts, elle n’a pas d’autres méchantes cellules cancéreuses et après l’ablation prévue, elle ne devrait pas avoir de traitement.
J’ai appris hier que mon oncle a un début de cancer de la prostate, opérable aussi.
Le frère de ma grand-mère est mort, il nous avait donné un bon conseil il y a près de cinq ans : « ne vous couchez pas fâchés l’un contre l’autre ».
Ma grand-mère a donc perdu en l’espace de 18 mois son époux et son jeune frère. Et malgré tout, elle arrive à garder la pêche. Ma grand-mère est un roc.
La voisine de ma mère aussi est passée de l’autre côté. Ma mère se sent donc plus que jamais seule, sur son palier et dans la vie, loin de ses enfants et sans homme à ses côtés.
La mort, la maladie ça fait partie de la vie, et plus on avance dans la vie, plus on a de chance de voir les siens tomber malade et mourir. C’est horrible et inéluctable. C’est un constat encore plus dur à faire quand on est enceinte et qu’on aimerait que tout soir rose autour de soi.
Enfin, je dis rose…
Je devrais plutôt dire bleu, parce que nous attendons un petit Loup.
J’étais heureuse de savoir que notre enfant est en bonne santé. L’annonce d’un garçon m’a donc fait un heureux choc, autant que si ça avait été une fille, je crois.
Mais, passé ce premier moment d’hébétude totale, est arrivée la période de doute.
« Que fait-on d’un garçon ? » me suis-je demandé.
C’est vrai que dans nos familles, tout le monde semblait espérer une fille, s’attendait à une fille, me voyait portant une fille, en cherchant une justification dans la forme de mon ventre, la pousse de mes poils, mon envie de manger sucré. M’enfin, tout le monde projetait son désir de fille sur mon abdomen, ce que je trouvais assez désagréable au début.
Je n’avais pas envie d’attendre un fils qui serait mal reçu parce qu’il ne correspondait pas au fantasme général.
Je voulais que ce bébé soit en bonne santé et que les gens me fiche la paix avec leurs envies à la noix.
Mais évidemment, on ne peut pas empêcher tout le monde de donner son pronostic et d’exprimer ses volontés, même quand rien de tout cela n’est sollicité.
Aussi ai-je décidé de prendre les choses de meilleure manière : j’ai pris les paris.
Evidemment, tout le monde a perdu, sauf mon frère qui rêvait d’un petit gars.
Et évidemment, j’ai eu droit à des « Mais on l’aimera quand même, hein », ou des « ah, c’est un garçon » masquant à peine la déception.
Très dur à encaisser quand vous avez un petit bout dans le bidon que vous aimez follement déjà et qu’on vous dit qu’il est moins bien que ce que l’on pensait.
Alors, évidemment, j’ai dû briefer ma mère sur les joies futures d’être grand-maman d’un garçon, afin qu’elle passe le message à sa mère, ses sœurs et tous ceux qui ont perdu leur pari : un garçon, c’est chouette, ça peut jouer au golf, ça flatte les femmes de sa famille et ça prend les choses en main. Saupoudrez ceci d’autres clichés positifs sur les hommes : « ça protège », « c’est fort », « ça devient grand et ça vous fait danser aux fêtes de famille », et vous avez un auditoire conquis.
Je ne pensais pas devoir en arriver à cette extrémité pour faire accepter cet enfant.
Mais j’ai bon espoir que tous les anciens partisans de la fille oublient totalement leur prévision foireuse à la vue du petit bonhomme.
Je ne peux pas vraiment leur en vouloir non plus.
Le Loup est fils unique d’un fils unique. Donc, ça manque de fille.
De mon côté, j’ai une famille qui est, par excellence, le clan matriarcal, les hommes sont presque tous des pièces rapportées hormis mes deux oncles, les femmes parlent fort, décident et forment une écrasante majorité.
Dans ma famille, si on n’est pas une nana, il faut se faire discret.
Et puis, mes tantes s’imaginaient une fille, à qui l’on offre des poupées, des robes, des chaussures trop mignonnes, des barrettes, une gamine aux cheveux longs que l’on coiffe à longueur de journée.
Et voilà que je me retrouve avec un petit mec !
Je fais l’aveu de m’être sentie un peu bête parce que je n’avais aucune idée de la manière d’éduquer un gars. ¤ C’est débile, a posteriori, c’est pas comme si j’avais un plan détaillé sur la manière d’élever une fille… ¤
Et puis, à force de réfléchir, j’ai pensé à mon petit frère, à mes cousins, aux fils de mes amis, et je me suis dit que c’était possible.
Ah, la force de l’esprit : maintenant, quand je vois des trucs roses, des robes à froufrous, des accessoires de princesse, j’affiche un mépris nez-pincé et me retourne vite vers les fringues de petit bonhomme pour prendre une bouffée d’air.
C’est débile, hein ?
Et, je me suis souvenue que longtemps, et il y a longtemps, je me disais que j’aurais préféré avoir pour aîné un garçon : j’étais moi-même l’aînée, et j’aurai bien aimé avoir un grand frère pour m’emmener dans des fêtes, en boîte et m’apprendre des trucs. ¤ Sans compter que le complexe d’Œdipe serait totalement à mon avantage… ¤
De son côté, le Loup est super heureux, surtout depuis qu’il sent son fils taper violemment dans sa main quand il la pose sur mon bidon.
Il fallait voir la tête du Loup ¤ qui secrètement voulait une fille aussi, j’en suis sûre ¤, quand il est sorti de l’écho : il avait les larmes aux yeux, pire que pour le mariage. Quelle sensible celui-là !
Mon fils. C’est drôle à dire, ça, « mon fils ». Je vais être maman, même si parfois encore je passe devant la glace au réveil, aperçois d’un œil ma silhouette, fais quelques pas en arrière en me demandant naïvement pourquoi mon ventre est si gros, et me rassure en me souvenant que je suis enceinte.
Bon, je vous laisse, il faut que je continue à regarder des salopettes et des petites baskets pour notre fils à naître.
vous, ici ?