Il y a des comportements, des manies que l’on a et que l’on pense être seule ou seul à avoir.

Vous savez de quoi je parle, on fait tous ce genre de petites choses accidentellement ou non, ces petites choses qui sont autant d’éléments idiosyncratiques ¤ voilà, placement d’un mot savant de plus de 14 lettres en début de billet : c’est fait ! ¤.

Pour certains, c’est le fait de suivre la course d’une goutte de pluie venue s’écraser sur la vitre, jusqu’à la ligne finale que marque la fin de la fenêtre.
Pour d’autres ce sera le fait de compter toujours le matin le nombre de station de bus/métro restant sur le trajet vers le bureau.

Il m’arrive parfois d ‘observer chez d’autres ces choses que je pensais être si exclusivement personnelles. Quand je les surprends, ces instants me font entrer dans une sorte intimité immédiate avec l’autre, qu’il le sache ou pas, et que je le veuille ou non.
Chaque semaine, et probablement chaque jour si j’y prêtais un peu plus attention, je me retrouve donc propulsée dans ces zones de proximité fortuite, fugace et forcée par une occurrence de ce genre de comportements. Ces rencontres me donnent l’impression d’être un peu moins seule dans ma folie, mes manies, ma tête.

Alors voici, deux trois choses que j’ai observées dernièrement et qui font que je me sens moins seule.

- les inconnus qui lisent les mêmes livres que moi et qui ne peuvent s’empêcher de me le faire remarquer afin que nous partagions nos avis, nous comparons notre avancée dans les pages et évoquons ce qui nous plaît et ce que nous apprécions moins, et parfois même, là encore, nos avis convergent.

- l’aller-retour penaud qu’effectuent les gens qui sortent d’un endroit et se trompent de chemin, aussi repassent-ils dans le sens inverse quelques secondes (minutes pour le plus étourdis) plus tard en ayant l’air de se reprocher gentiment ce manque flagrant de sens de l’orientation.

- les demandes de lait de soja au Starbeusque pas parce que le client est végétalien, mais juste parce qu’il préfère.

- les discussions des gens qui pensent que la trentaine, c’est un cap que tu passes en douceur, sans vraiment t’en rendre compte, mais un jour, tu te dis que t’es super différent des petits jeunes de 20 ans ¤ je n’ai pas l’impression que le mot “vingtenaire” existe, y voir un signe que ce n’est qu’à partir de 30 ans que l’on nous met dans des catégories, ou que l’on se sent obligé de faire partie de l’une ou l’autre de peur de ne pas s’être trouvé ? Bref, si “vingtenaire” existait, c’est le mot que je voudrais employer ici ¤ dans ta mentalité, tes objectifs, tes envies, et même si t’es un peu nostalgique, tu penses que c’est bien que tu n’en sois pas au même stade quand même — sinon à quoi auraient servi la dernière décennie ? — et quand tu repenses à toutes les galères, les zones d’insécurité, les leçons durement apprises par lesquelles ils devront passer, tu te félicites bien d’être à l’étape suivante, à moins que ce soit une manière dérisoire de te consoler de ne plus pouvoir faire la fête tout le temps et enchaîner les nuits blanches sans conséquence sur ta capacité intellectuelle et pulmonaire.

- le sourire sincère et étonné, souvent complice et un peu coupable, qui apparaît sur le visage des gens que tu croises perdus dans leurs pensées quand tu apparais brusquement dans leur champ visuel.

- le bruit du sachet de chips quand les gens vont chercher les toutes petites miettes qui restent collées au fond en demandant aux autres de leur pardonner ce péché mignon mais sonore.

Voilà !

Et vous, vous arrive-t-il de surprendre chez les autres des choses que vous croyiez être seuls à faire ?

Sans vouloir verser dans le sexisme primaire, si, lorsque l’on vous parle de mariage vous pensez…

- mèga-teuf entre potes : vous êtes certainement un marié.

- to do list interminable, traiteurs, coiffure, essayages, thème, harmonie des couleurs, nappes, serviettes, bouquet, invitations, confirmation, liste de mariage, liste d’invités, robe, cortège, couverts, chaussures, publication des bans, comment faire accepter mes décisions à ma mère/belle-mère/grand-mère/meilleure amie célibataire au bord de la crise de nerfs, réservation du voyage de noces, renouvellement de l’ordonnance d’anti-dépresseur, cela laisse peu de place au doute : vous êtes très certainement la promise.

N’allez pas croire qu’il s’agit là d’un principe qui s’applique à ma vie aujourd’hui. Non, non, non, le Loup m’est d’une précieuse aide, mais il sait surtout que je m’éclate ¤ parfois littéralement ¤ à organiser tout ça en collaboration avec ma mère.
Quand je lui demande “tu préfères le papier un peu irisé qui est beau et joli et discrètement festif ou le blanc vergé très classique, très plan-plan, désuet pour ne pas dire vieillot ?”, il a le bon goût de répondre, après avoir examiné les deux échantillons d’un air très inspiré, “sans hésitation, le papier irisé est mieux ma chérie !”. Ce type me connaît trop bien, il arrive à sentir mon inclination, même derrière toute l’impartialité irréprochable de ma question. Trop fort ce Loup !

Mais bon, généralement  ¤ je n’aime pas trop faire de généralités, mais là, ça sert mon propos, alors, ne soyons pas trop exigeants, merci ¤ alors que les mecs voient le smariage comme une fête et se projettent surtout dans la vie d’après, nous autres nanas — qui pour la plupart rêvons de ce jour depuis que l’on est en âge de comprendre la fin des contes — envisageons souvent le mariage comme une sorte de paroxysme, le moment ultime dans la vie d’une femme ¤ un peu l’équivalent de la Rolesque pour un homme de 50 ans, quoi… ¤

Allez, on va un peu bousculer l’ordre établi et les réflexions des mecs seront en rose, celles des femmes seront en bleu, ¤ je sais, ça choque, ce blog est trop subversif, c’est mon petit côté anar, parfois, toute cette envie de révolte  en moi me fait peur ¤

Quand ils pensent :  Chouette elle va porter mon nom !
Nous pensons : Nom ? Nom ? Et s’il me disait “Non” devant l’autel, me plantant là avec ma choucroute sur la tête, engoncée dans cette meringue qui m’a forcée au régime tisane de queue de cerise et biscotte supra-allégée pendant les trois derniers mois  ? P*tain, ça me déprime d’avance, je vais me faire une tartine de Nioutella.

Quand il pensent : J’espère que les potes m’ont préparé un sacré enterrement de vie de garçon !
Nous pensons : Comment faire pour éloigner le plus possible la très réac’ Tante Micheline  de mon couple d’amis homo Virgile et Damien dans le plan de table ?

Quand ils pensent : C’est cool, maintenant, quand un collègue m’invitera à un dîner, je pourrai lui dire “attends, faut que je vérifie avec ma femme, on n’est peut-être pas dispo ce jour-là”, ça va mettre minable Régis à la compta, ce type est un tel empoté des relations humaines, il n’arrive même pas à demander l’agrafeuse à sa voisine de bureau, alors il est pas près de se marier, lui !
Nous pensons : Oh mon dieu, et si je je grossis du doigt à cause de l’émotion, il ne réussira jamais à faire passer l’anneau ? Argh.. je suis maudite ! Allez, deuxième tartine de Nioutella, je ne vois que ça pour me remonter le moral !

Quand ils pensent : Je vais être trop beau dans mon costard !
Nous pensons : Et s’il trouvait ma robe moche ? Maintenant, c’est trop tard pour faire marche arrière, impossible de trouver une robe de rechange à deux heures du mariage. Je me ferais bien une troisième tartine, mais le pot de Nioutella est vide… Oh non, toute cette pâte à tartnier va me filer une poussée d’acné, en plus, j’ai envie de vomir, peut-être que je suis enceinte ? C’est ça, je suis enceinte, mais je fais un déni de grossesse, je vais enfler du bide subitement et me transformer en monstre ! Ma vie est un enfeeeeeeeeeeeer !

¤ Si vous vous vous dites que ce n’est pas très réaliste et qu’un mec ne se jette pas sur un pot de Nioutella, vous n’avez certainement pas compris mon nouveau code couleur. D’ailleurs, il y a fort à parier que vous aurez l’air fin quand vous demanderez dans votre superette du coin s’ils vendent du Nioutella en pot, (sauf si vous adoptez un accent anglo-saxon ) parce que vous n’avez pas compris que je n’aime pas citer des marques pour le plaisir de le faire, et que c’est pour cela que j’écorche leur nom. Si c’est votre cas, vous avez une deuxième chance, relisez depuis le début du billet et si malgré tout vous n’avez rien pigé, sortez illico de la salle de bains, la vapeur ambiante a clairement cuit votre cerveau à l’étuvée… ¤

Bon, et pour celles qui ont suivi sans accroc et qui vont se marier, vraiment, suivez mon conseil les futures mesdames : filez-lui votre stress à cet mec insouciant ¤ surtout si vous vous mariez sous le régime de la communauté ¤ !

Je sais, je vous ai délaissés.

Alors vite, passons aux nouvelles.

- J’ai perdu mon autre grand-père (mais celui-là je l’aimais moins et ne le voyais plus depuis plus de dix ans, n’empêche, ça m’a foutu les boules quand j’ai vu son certificat de décès envoyé par ma cousine pour que je profite des deux jours auxquels j’aurais pu avoir droit mais que je n’ai pas pris… Pas de raison de chômer pour un deuil qu’on ne marque pas).

- J’ai trouvé le créateur pour ma robe de mariée ! Le mariage se prépare à la douce, tout se passe bien.

- Je me rends compte que quand j’étais toute petite à part le Cosby Show, Arnold & Willy ou Huggy les bons tuyaux dans Starsky et Hutch, il n’y avait pas beaucoup de noirs à la télé au point que lorsque qu’une personne un peu mate de peau apparaissait dans la lucarne, le téléphone sonnait assurément : “Mets vite la 2, il y a un noir à la télé !” disait ma tante. “Tu as vu le noir à la télé ?” demandait ma grand-mère quand nous allions la voir en vacances plusieurs mois après cet quasi-incident chromatique. Après, il y a eu les chanteurs noirs américians, une Jessie Norman JeanPaulGoudisée chantant la Marseillaise en 1989, Oprah Winfrey la grande papesse, les sportifs qu’on ne réduisait plus aussi souvent à une origine régionale quand ils perdaient, la coupe du Monde en 1998, et puis des obsèques pour Aimé Césaire.

Aujourd’hui,  le président des Etats-Unis d’Amérique est, entre autres choses, Noir. Noir et démocrate °Oui, parce que Collin-anthrax-Powell, il ne comptait pas vraiment, il était républicain°, Noir avec un projet qui enthousiasme les gens et leur redonne espoir.

Moi qui suis née dans un siècle où les Noirs ont dû s’asseoir au fond d’un bus, moi qui ai vécu dans un siècle où le simple fait d’être ami avec un Noir faisait de vous une cible, moi qui dois encore faire les gros yeux devant des blagues racistes (ou homophobes, ou discriminantes de manière générale), moi qui ai vécu dans un siècle où les femmes n’avaient pas le droit de vote, où l’homosexualité était vue comme une maladie mentale, moi qui vis aujourd’hui dans un siècle où ce genre de crétinerie crasse et d’ignorance a lieu, où encore tant d’injustices semblent parfaitement acceptables, où l’on débloque des sommes impensables pour panser les plaies de ceux qui ont joué avec le feu mais pas pour remplir des ventes, pas pour soigner, pas pour donner un foyer à ceux qui en ont besoin, moi qui vis dans ce monde qui parfois me dégoûte, c’est bête, mais ce jour d’élection de l’autre côté de l’Atlantique m’a donné un peu d’espoir.

- Je rêve de trouver un nouveau job, sympa, intéressant et pas payé au lance-pierre, mais avec la situation actuelle, je me dis que je dois me contenter d’un job payé. Donc, profil bas, on encaisse la paye à la fin du mois, on mange avec ses tickets resto, et on évite de faire des vagues puisque les postes de rêve ne courent ni les rues, ni les sites d’emploi.

- je suis quand même particulièrement remontée contre ma direction pour plein de motifs allant de la calomnie au favoritisme,  en passant par la placardisation douce, une communication quasi-inexistante vers les employés, le fait d’ignorer délibérément des problèmes qui crèvent les yeux, le lancement de rumeurs destabilisantes, etc. Si je n’étais pas si bête, je me dirai que nous avons là plusieurs bonnes raisons de composer le numéro du contrôleur du travail et de laisser traîner des impressions sur les poursuites pénales en cas de non représentation du personnel, ou sur la définition du harcèlement moral. Un jour, peut-être, je serai suffisamment intelligente pour me douter de tout ça.

- Vous m’avez manqué atrocement. Je me disais souvent : “tiens, je devrais leur dire ça dans le blog”. J’écris, je crois que je l’ai déjà précisé pour moi. Pour moi, ça veut dire pour exercer ma plume, consigner quelque part certains événements de ma vie et mon analyse à chaud, à tiède ou carrément à froid., un peu à la manière d’un journal intime.
Mais j’écris aussi pour vous.
Pour ceux qui prennent plaisir à me lire, pour les fidèles de toujours ou presque, pour ceux qui viennent tout juste d’enfiler leur bonnet de bain, pour ceux qui passent.
Ce blog, c’est finalement un peu comme un cri envoyé depuis ma petite planète, quelque chose d’infiniment intime mais pourtant formulé pour être partagé avec le plus grand nombre ¤ ben oui, sinon, je me contenterais d’écrire dans un journal, ou dans des docs Word ¤. Parfois, souvent, des habitants d’autres planètes répondent à votre cri et là, bizarrement, même si ces étrangers viennent de galaxies lointaines, on se sent proches qu’on le veuille ou pas.

J’ai regardé ma boîte aux lettres et je suis tombée sur des messages sympa de personnes que je connaisais ou pas.
Ils m’ont tous fait plaisir.

L’an dernier, en fin d’année, j’ai vécu une sorte d’urgence de dire aux gens que j’aimais bien et à ceux qui comptaient pour moi, combien ils m’étaient chers.

Vous y étiez en pensée, mais là, c’est avec un peu de retard votre tour.

Merci à vous. Merci d’être là.

Jazz

PS : j’ai commencé à écrire cet article le 4 novembre. Je ne le finis qu’aujourd’hui, quatre  mois plus tard, j’ai un peu honte, je l’avoue du bout des lèvres.

Vous aimez prendre plaisir ? Vous appréciez travailler avec une équipe impliquée, avec des outils et des moyens …?

C’est quoi ces questions à la con, vous dites-vous derrière votre écran ?
Jazz aurait-elle bu ?
La salle de bains serait-elle victime de spam ?
S’attend-on vraiment à recevoir des réponses négatives à ces interrogations ?
Et surtout, pourquoi des chaussettes bleues à étoiles jeunes ?

°Pour cette dernière question, merci de vous reporter aux règles très précises du Kamoulox.°

Voilà, c’est ma dernière trouvaille en provenance des sites d’emploi.

Donc, jouisseurs naïfs et /ou amateurs de truismes, n’hésitez plus, postulez !

Mon grand-père s’en est allé hier matin. Une saloperie d’AVC l’a emporté.

Quelques heures après son attaque, pendant une courte et trompeuse rémission, il a dit qu’il devait aller s’acheter de beaux souliers à mettre avec son costume des grands jours pour notre mariage.

Il ne me coupera jamais plus de canne à sucre.
Il n’arrosera plus jamais ses terres.
Il ne fera plus jamais entendre son rire éraillé.
Papy, je t’aime et tu vas sacrément me manquer.

Ta kakit.

Trouvé aujourd’hui en cherchant un nouveau boulot sur le net :

“Bac +4 en communication ou marketing (Ecoles de commerce, de communication…)

-Une première expérience (2/3 ans) dans le secteur.
-Vous parlez couramment anglais et vous avez acquis une sensibilité multiculturelle.
-Vous savez travailler en transverse et vous êtes à l’écoute des besoins des équipes en matière d’information.
-Vous maîtrisez les méthodes et les outils de communication et vous avez une bonne.” (sic)

Ce boulot doit être vachement prenant s’il demande d’avoir une bonne, ça sous-entend que tu n’auras pas le temps de faire ton ménage…. C’est craigonsss °Bon, en vrai, je ne fais pas trop le ménage…° mais j’ai quand même postulé en espérant qu’ils ne m’en voudront pas d’avoir renvoyé ma bonne, parce qu’avec la baisse de mon pouvoir d’achat je ne pouvais plus la payer. Et, là, comme je ne vais plus avoir de RTT, je ne sais vraiment pas à quel moment je vais avoir le temps de faire les poussières, moi !

J’aurais aussi pu intituler ce billet “Tu parles, Charles” ou “I’ll be gone till September”.

Vous l’aurez deviné : voyant passer les heures, j’ai essayé de me la jouer cool, jusqu’à ce qu’à 18h00, n’y tenant plus, je prenne mon téléphone.

J’appelle Julie. Elle décroche mais ne m’entends pas. Je rappelle et tombe sur la messagerie.

Je lui souhaite de bonnes vacances qui constitueront pour moi une cruelle attente.

Elle me renvoie un mail le lendemain : elle était super busy, la boîte avait décidé de reporter toute décision de recrutement à fin août. On devrait se recontacter début septembre.

En gros, je suis dans l’attente pendant encore un mois. J’ai vachement moins l’espoir que ça se termine bien.

Je me traîne pour venir au bureau, et le fantasme exquis de revenir cette semaine, en triomphe, pour filer ma dèm’, s’est complètement évanoui.

Je hais mon job.

J’ai envoyé tout à l’heure un mail bien carré pour demander à ma multitude de chefs officiels et officieux de faire un point sur mes missions (toujours pas définies), les moyens mis à ma disposition, et d’autres choses encore.

Je n’ai pas la candeur de croire que ça changera quelque chose, mais bon, au moins, j’aurai essayé.

Bon, je vais regarder sur le site de l’APEC pour voir si je peux faire un bilan de compétences.

à suivre… (Moui, bof…)

Rien.

Rien.

Et re-rien.

C’est ce qui se passe en ce moment.

Rien.
Ni appel, ni mail.
Pas de nouvelle de l’Agence.

Je n’ai aucune idée de l’état des délibérations.
Distraitement, je regarde l’écran de mon téléphone portable. Et rien.

Peut-être ne pensent-ils même pas à moi. Peut-être ne prendront-ils la décision que dans une semaine, ou dans deux, qui sait ?

Pour l’instant, je prends mon mal en patience, surtout que je serai en week-end prolongé dans une petite demi-heure parce que j’ai décidé que je n’allais pas faire de vieux os, ni de zèle pour cette boîte, quoi, zut !

Je ne veille même pas à emporter mon téléphone avec moi quand je m’absente de mon bureau : mon manque de motivation actuel endort aussi toute anxiété quand au futur.

Je vous conseille donc de ne pas trop vous angoisser pour ça dans les prochains jours, car vous n’aurez de mes nouvelles que la semaine prochaine.

A bientôt,

Jazz

– Aujourd’hui, pas de résumé de l’épisode précédent, cause flemme avancée –

Pour une fois, je ne vais pas aider cette saleté de Valeria avec ses trucs de dernière minute.

Je n’en ai rien à battre.
Je m’en vais, parce qu’il le faut et je lui souhaite de passer de bonnes vacances, mais je suis déjà en retard avec ses conneries habituelles. Elle s’y prend systématiquement au dernier moment et il faut toujorus que quelqu’un soit là pour rattraper dans un temps très court. et ce quelqu’un, c’est généralement moi.
Le chauffeur de taxi pense que je peux arriver à l’heure à mon rendez-vous et à 17h58, je referme la portière avec un sourire pour le remercier de son “bonne chance”.

Je sonne, j’ouvre. On m’installe.
Je sors mon stylo, ma pochette, mon calepin.
On frappe.
“Entrez ! Faites comme chez vous…” dis-je avec bonne humeur.
En me serrant le main, la nana de la dernière fois me dit qu’une autre personne arrivera sous peu pour me parler. “C’est vache, hein”, dit-elle… Je lui assure que non.

Ladite autre personne arrive.
Je l’avais déjà vue lors de mon tout premier entretien, c’était, je crois, la seule peut-être à dire bonjour et à sourire.

Tout se passe bien, elle a un anglais fort bon la bougresse.
Quand je lui demande ce qu’elle aime le moins dans son boulot, elle se plaint un peu des heures, en précisant que l’équilibre boulot/vie privée n’est pas trop respecté.

Aïe ! Bon, ben, OK.

D’un coup, j’ai un peu moins envie de travailler pour eux. Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas pire que ce que je fais en ce moment.

La bonne femme de mon précédent entretien (qu’on appellera dorénavant Julie) revient.

Nous parlons encore et encore.
Julie a bien aimé ma lettre et l’a trouvée représentative de ce qu’elle avait vu de moi.
A leur demande, je leur narre ma désolante rencontre avec TicMadame et elles n’en reviennent pas.

Julie me raconte être très satisfaite de leur dernier recrutement : une jeune femme toujours souriante, simple dans sa tête, de bonne humeur, qui ne semble pas être victime du stress ou qui du moins ne le communique pas aux autres.
Tiens, c’est aussi comme ça que je me vois, pourtant dans mon job actuel, bizarrement, ça ressemble presque à une liste de défauts. Du coup, à l’intérieur, j’ai envie de crier et de pleurer, parce que merde, dans cette boîte à la con, je me sens vraiment mal.

A l’extérieur, sourire impeccable.

Julie me dit qu’elle espère prendre une décision d’ici la fin de la semaine prochaine.

Alors, j’attends.

J’attends en essayant de ne pas me dire que je suis une mauvaise mère sans même avoir donné la vie, puisque cet enfant que je croyais tant désirer pour l’année prochaine, n’était peut-être juste qu’un moyen de passer le temps et de compenser mon ennui professionnel. Et voilà que, si je me faisais embaucher par l’agence, cet enfant ne serait qu’un autre projet reporté de deux, trois ans. Je voulais un enfant pour les mauvaises raisons. Le Loup qui s’improvise expert en casuistique — son père d’ailleurs, était chez les Jésuites — m’explique que non, je ne suis pas indigne, que c’est toujours ce que j’ai voulu et que la situation actuelle est tellement éprouvante pour moi que cela conditionne mon jugement. Enfin, je crois que c’est ce qu’il a voulu dire…

J’attends en essayant de ne pas déprimer trop en arrivant au bureau.

J’attends en ne regrettant pas d’avoir annulé l’entretien d’aujourd’hui pour cet autre job situé dans le trou du lµc du monde,  qui payait moins que ce que je gagne aujourd’hui, avec un domaine très réduit (quoique plus large que celui dont je peux me prévaloir actuellement).

J’attends en me disant que si je ne suis pas prise, ben… ben quoi ? je ne sais pas. De toutes les façons, je me laisse choir dans le fatalisme, et c’est une protection bien douce finalement. Je ne me sens pas d’attaque.

J’ai eu un gros coup de blues tout à l’heure. Les digues ont laissé fuir quelques larmes. J’envisage d’aller voir un psy. Je vais mal. J’ai tout le temps envie de pleurer et ça m’énerve parce que finalement, ce n’est rien de vraiment grave. C’est juste du boulot, mais ça m’empoisonne la vie. Je sens que je me perds un peu.

Donc, une bonne nouvelle ne serait pas de trop.

à suivre…

Résumé de l’épisode précédent :
Je décroche un entretien.
Je sais faire des ellipses narratives.
Tic Madame n’est pas représentative.
Le job me plaît (sur le papier au moins).
Je dois revenir vers eux.

________

C’est vendredi, alors triple dose les amis !

°après, ne venez pas vous plaindre de la longueur des notes°

Le Boss de l’agence me parle un peu du job. Il me demande combien je gagne et ne bronche pas quand je lui sors mon vrai brut annuel °j’aurais peut-être dû mentir cette fois-ci…°.
Il faut savoir qu’en agence, on est (beaucoup) moins bien payé que chez l’annonceur (les autres entreprises, quoi), du moins, jusqu’à un certain niveau d’expérience. Enfin, je crois. Donc, son absence d’émotion est un bon signe. Si j’étais trop chère, il aurait saisi l’opportunité de négocier à la baisse ou de me rappeler que l’agence est un monde qui rémunère aussi par la richesse de son quotidien. Enfin, je crois.

Il me dit qu’il veut que je sois parfaitement consciente de ce qu’exige le poste parce que les gens ne s’épanouissent que comme ça, quand ils ont pleine connaissance de ce qui peut les attendre. Je fais oui de la tête. °Bon public, je vous dis.°

Il me dit : “vous allez devoir prendre le TGV”. Il me dit : “ce client est difficile”. Il me dit : “il y a plein de choses à gérer”. Il me dit : “c’est au moins six mois de travail de mise en place”. Il me dit des choses et des choses encore, mais bizarrement, tout ça me fait rêver.

Je me dis : “il faudra que je prenne un abonnement Grand Voyageur”. Je me dis : “je viens juste de quitter un univers mi-kafkaïen, mi-santabarbaresque, alors à côté les problèmes que j’ai rencontrés en agence me semblent sortis de Bisounoursland…”. Je me dis : “avoir du pain sur la planche, je me rappelle que c’était chouette”. Je me dis : “un plan sur six mois, douce musique à mon oreille…”. Je me dis des choses et des choses encore et je continue de rêver.

L’entretien est terminé. Depuis mon petit nuage, j’ai cru comprendre que c’était à moi de revenir vers eux, en leur disant ce que j’avais compris de cet entretien. Je crois qu’il me dit que je peux prendre mon temps.

Je fais un plan : je vais leur pondre un retour très wow ! Genre grande affiche, livrée dans un tube, oui madame, par coursier, oui monsieur, avec texte humoristique, private jokes, et message subtilement distillé. Je vois du “c’est moi la meilleure, choisissez-moi, je suis drôle, créative, pleine de peps, vous venez de comprendre que ce vide dans votre vie professionnelle, c’était mon absence… mais vous pouvez désormais y remédier en m’embauchant”. Ca, où un truc dans le genre, moins subliminal, tu vois ?

Je raconte mon projet à deux personnes autour de moi. Elles me disent : “c’est risqué quand même, non ?”

Ben oui, c’est risqué, en même temps, le courant est clairement passé, enfin je crois, je n’ai pas envie de cacher ma personnalité, et en plus, s’ils n’ont pas d’humour, ben, j’ai pas envie de travailler avec eux…

Enfin, je crois. C’est du moins l’argument que j’avance quand je présente l’idée au Loup.
Le Loup, c’est un type qui m’aime bien. Il me connaît. Il me veut du bien. Et le Loup, il sait qu’il peut tout me dire quand je lui demande de faire une critique sur mes idées. Parce que j’ai confiance en son jugement, mais que parfois, je passe outre parce que le Loup n’est pas moi, et que parfois, je sais mieux que lui. °En vrai, je sais toujours mieux que lui, mais on ne sait jamais, un jour, peut-être lira-t-il ces pages, et il vaudra mieux ne pas le froisser. Hé hé, maline la Jazz…°.
Alors évidemment au bout des trois premières secondes de mon exposé, le loup s’écrie “ah nononononononononon hein !”.

Je ne vois pas du tout ce qui ne lui plaît pas dans mon plan tout en finesse. Je n’ai même pas eu le temps de lui parler du nez de clown et du charmeur de serpents à l’oeil charbonneux qui déclamera le texte de l’affiche.
Le Loup soutient que ce serait trop bête de me priver d’une si bonne occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger.
Ce type ne comprend rien à l’humour universel dont je détiens le secret, c’est le seul être humain, voire être vivant °non, contrairement à une idée reçue, le rire n’est pas le propre de l’homme, celui quia dit ça n’a clairement pas vu les marguerites se poiler l’autre jour quand je racontais mes blagues sur les graines de tournesol… y’en a deux ou trois qui en ont perdu des pétales, moi j’vous l’dis… Et mon chat rigole toujours de bon coeur à mes bons mots, et elle, rien d’autre ne la déride, c’est dire…° donc, c’est le seul être vivant complètement réfractaire, complètement imperméable à mon très grand sens du drôle élégant.


Bon, dans le doute qui s’empare soudain de mon esprit futé, je m’abstiens quand même.
Il ne s’agirait pas de louper cette perche tendue parce que mes interlocuteurs, que j’espère futurs collègues, pourraient succomber à une Lupite aigüe avec coinçage de zygomatiques et tout et tout.

Donc, après quelques minutes de réflexion, et combien de tentations de faire de la mauvaise foi, j’arrête de grommeler à l’intérieur de moi-même.
Je me dis que ce serait trop bête de me priver d’une telle occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger. °Comment ça c’est le Loup qui m’a ouvert les yeux ? Vous êtes dans quel camp, là ? OH ?°

Autant l’affiche m’aurait tout de suite démarquée °en bien ou en mal°, autant un texte à deux balles, c’est rasoir.

Allez expliquer ça au Loup !
Ce type est intraitable °il mange du taboulé, aussi, forcément…°*.

Le Loup pontifie : “T’es pas obligée de te démarquer à tout prix”.
Le Loup, il n’a rien pigé.
Le Loup, il ne comprend pas que je n’ai vraiment pas envie de me faire doubler par un crétin qui aura envoyé une photo de lui avec un nez de clown et dont la créativité fera crier au génie ceux qui auraient dû être mes collègues. Et puis, un charmeur de serpents, ça fait toujorus son petit effet.
Non, le Loup il ne percute pas.

On voit que ce n’est pas lui qui va devoir se taper le texte sérieux et poussiéreux et tellement adulte-qui-a-vendu-ses-jouets à écrire…

Je repoussed tant que je peux le moment de me mettre face à l’ordinateur.
Je tape, sans conviction, deux-trois phrases que je trouve vides, pas très percutantes, pas très moi non plus.

Je relis, je retape, mais bon, écrire tout en mode balai-dans-le-cµl, bof, pas trop envie.
Oui, je fais un caprice. Oui, je n’y mets pas toute ma volonté, oui, je regarde la télé en même temps, et je joue avec le chat, mais bon, j’avance quand même.

Le Loup me donne son verdict : “c’est bien”.

C’est bien ? Juste bien ?
Les boules. S’il dit ça, c’est que ce n’est pas super. C’est juste bien. Et moi, je dois me vendre comme mieux que bien. Parce que bien, c’est un 12/20. Et Maman m’a toujours dit que 12/20, c’est comme 10/20, tout juste la moyenne. Du coup, je suis une insatisfaite chronique qui pense que 14/20, c’est franchement moyen. Donc, le “c’est bien” laconique du Loup, ça me pique, ça me gratte, ça me déconstipe.

Je dors avec l’intention de faire péter the texte dans ta face de futur employeur le lendemain. Un 12/20, ça fait tache.

Je rêve de chats se transformant en lapins, je rêve de purée de carottes et de pomme de terre, je rêve du Loup qui me dit il faut d’abord plutôt les chats/lapins.

Je laisse passer la matinée, et là, je bosse ma lettre.
Je la relis, mais pas trop. Je la fais relire à une gentille collègue digne de confiance et très gentille. Elle est très rationnelle cette fille, donc, si ça passe, ça va. Ca veut dire que mon mail sera mainstream. Pas envie que ça fasse pompeux.

Ensuite, vient le tour du Loup qui lit ça en 10 secondes chrono °il lit vite et il retient tout, un don dont — un dondon, hi hi — je suis jalouse à un point que vous n’imaginez pas°. Il lance un “vachement bien” ! C’est une victoire. Il ne râle même pas parce qu’en quatre mots à la fin de mon mail, je fais allusion à cette private joke qu’il ne trouvait pas digne d’intérêt.

J’appuie sur “envoyer”, je fais mon cinéma en criant “ça y est c’est trop tard, c’est fait, on ne peut plus rien changer, c’est parti, c’est parti”, une sorte de rite alea jacta est-ique avec Jules César en talons compensés argent et paillettes mauves sur les paupières, passant le Rubicon sur son char de la Pride, offrant des préservatifs à ses troupes.

Et puis, j’attends que ça morde…

__2 heures et 8 minutes plus tard__

Qu’est-ce que je vais me mettre pour ce deuxième rendez-vous ?
°ça, les enfants, vous voyez, c’est encore un magistral exemple d’ellipse narrative…°

Surtout, ne pas s’emballer. Ce sont des gens polis qui veulent me signifier en face à face que je ne fais pas l’affaire et qu’ils peuvent, à la limite me filer un poste de stagiaire à condition que je les paye. Non, elle m’a peut-être convoquée parce qu’elle trouve que j’ai été lourdingue dans ma lettre et qu’elle veut me faire une correction commentée de mes erreurs. Non, elle veut me voir pour me dire qu’en fait TicMadame est encore là et qu’elle sera ma boss directe et que c’est la seule chance que j’ai de me tirer de mon boulot actuel avant les années 2020, elle y veillera. Ou alors…

à suivre…

(Bon, là, pour le coup vous ne pouvez pas m’en vouloir de faire durer le suspense. Je ne saurai la suite que ce soir, après le rendez-vous. A force d’ellipses narratives, la succession des événements du récit rejoint le temps réel. J’ai des fourmis dans le ventre, je crains le pire, et espère le meilleur.)

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*si vous avez compris cette blague de taboulé, vous êtes très probablement une marguerite — marge d’erreur de 1,4% — et oh ! Regardez ! Vous venez de perdre trois pétales, là…