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Je travaille à côté d’un garçon qui est désespérant. Pour commencer, il est en colère contre le monde entier, qu’il trouve toujours idiot et illogique.
Il passe son temps à parler de choses qui ne sont que très rarement intéressantes : l’amour de son cousin pour le plastique d’emballage, le manque d’hygyène chronique de son oncle, son envie désespérée que les gens l’écoutent.
J’écris et j’ai une révélation, ce qui est barbant ce n’est pas tant ce qu’il dit que lui-même. Ce garçon est une purge. Sa vie semble se réduire à une juxatposition:
- de blablas insipides, arrosés de bière bues en solitaire, la nuit devant son poste de télévision,
- de coups de fils ratés à des amis qui filtrent uniquement ses appels,
- de de voyages avec un autre type (qui bizarrement lui a l’air plutôt sympa bien que ses collègues le trouvent très chiant dans le boulot…),
- de phrases entrecoupées de petits rires idiots dont il se gratifie lui-même, parce qu’il a du apprendre avec le temps que ce qu’il dit n’est pas drôle (quand il parle, j’ai l’impression qu’on m’oblige à écouter un dialogue d’Hélène & les Garçons avec profusion de faux gags et cascades de rire forcés enregistrés),
- de méditation sur l’art de rester zen et puceau malgré soi à 28 ans,
- de recherches d’histoires toutes plus affligeantes de banalité et de fadeur pour conserver le crachoir le p^lus longtemps possible, malgré l’abandon ostentatoire de son public.
Mais qui suis-je pour juger de l’intérêt que peuvent avoir ses propos ? J’écris sur un blog et rien ne dit que mes mots peuvent intéresser quelqu’un.
Pas grave, je persisite.
Non content de m’énerver par sa seule présence, il semble agir comme si tout ce qui est sur mon écran d’ordinateur lui est destiné… Avec un peu de chance, il est en ce moment même en train de lire ce que je pense de lui…
TU ES MINABLE.
(Là, comme ça si tu lis, tu te sens mal… )
(…)
(Bon, pas de réaction, il n’avait donc rien perdu sur mon écran cette fois-ci).
J’éviterai dans ces lignes d’aborder son aspect physique. Non, ce n’est pas sa faute… un peu d’indulgence.
Pargois, il siffle (mal) des airs très persistants (Barbie Girl, 2Unlimited sont des hits dans son répertoire), claque des doigts (comme un abruti, sans rythme), et imite les pulsations de la techno quand il est content. Je dois faire une pause, là : j’ai la nausée en y pensant…
Amoins que… Mais oui, c’est ça !
Son parfum m’insupporte, il a branché le climatiseur et la ventilation rejette –vers mon nez habitué à d’autres effluves bien plus délicats — ce mélange malheureux d’émanations corporelles et de parfum capiteux acheté probablement une fortune — pourquoi ? parce qu’il était très cher et de marque connu, et non parce qu’il lui allait. Blaireau !
(Ah ! Ouf ! un problème réglé : j’ai arrêté la clim’.)
Quand il est vraiment en forme, il fait des jeux de mots ridiculement évidents sans sel, sans esprit, ceux qu’on a même peur de dire à haute voix avec des amis fidèles et miséricordieux. Ceux que Carambar a refusé pour son worst-of. Et tant qu’on ne lui a pas montré que cette sous-merde pseudo-humoritisque a pénétré le mur de notre indifférence — à notre corps déféndant – il insiste et commet de nouveau son calembour mauvais, sans vergogne, sans conscience de son erreur et des gens qui ont envie de le baffer pour continuer leur conversation.
Il aime aussi se mêler aux conversations auxquelles il n’est pas invité, s’auto-proclame expert du sujet et ponctue chaque phrase de traits — hilarants à ses yeux — d’autant plus navrants que les véritables interlocuteurs font bien des efforts pour continuer leur débat par dessus ses interventions inopportunes. Toutes ses tentatives se transforment alors en borborygmes désespérés… jusqu’à ce que, trouvant un nouvel élan, il veuille lancer un nouveau sujet : comment prendre rendez-vous chez le coiffeur de quartier en faisant croire qu’on est un VIP très pressé et très occupé. (Résultat : son coiffeur s’est vengé de son impudence sur ses cheveux, laissant ses oreilles très, très dégagées…)
Bon, je ne suis pas parfaite. BIen entendu. Loin de là.
Peut-être a-t-il lui même écrit une page sur l’insoutenable promiscuité dont il est victime par ma faute ? Pire, il a peut-être préféré ne pas me mentionner du tout, parce qu’il ne me considère pas comme digne d’intérêt ?
Si je suis mon raisonnement, je le trouve finalement intéressant puisque j’écris à son sujet.
Bon, disons que c’est un spécimen d’étude, très rare (j’espère). Avec un peu de chance, il naîtra en lui une vocation pour le karaoké, il partira loin, sur Mars, ou encore plus loin, au Japon par exemple, où il sera adulé comme un demi-dieu, les fans se déchireront ses T-shirts en fin de concert, il signera des autographes, apprendra à faire des jeux de mots désopilants que personne ne comprendra, il participera à plein de jeux télévisés bizarres, tournera quelques pubs bidons, ce sera la nouvelle coqueluche là-bas…
Pauvres Japonais, pauvre type.
2004-06-29 18:32

vous, ici ?