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Aujourd’hui, mauvais réveil accompagné d’une sensation bizarre, fruit d’une nuit incomplète et d’un sommeil en pointillés.
Pas envie de petit-déj’. Mon chéri a préparé l’eau de mon thé, comme tous les matins, et il n’y a bien que ça que je puis avaler.
J’ai envie d ‘aller au taf, finir le boulot que j’ai à faire, éviter le retard… Mais le malaise me rattrape. Mon chéri me conseille d’appeler le médecin tout en farfouillant parmi ses compositions d’équipes de basket américain. Pas de doute, il est multi-tâches. (En ce moment, il entame deux oeufs durs en même temps alors qu’il se remet à peine d’une danse effrénée pendant la mi-temps du match Portugal/Pays-Bas, et il pense déjà au dessert qu’il va prendre… Il doit probablement s’entraîner dur pour arriver à de tels résultats.)
Le toubib arrive, m’ausculte rapidement, et j’échange mon chèque contre une liste de quatre susbtances chimiques supposées calmer mon corps, une feuille d’arrêt maladie d’un long jour, un diagnostic sans appel :

“- Vous avez une gastro-entérite, vous avez mangé quelque chose de louche dernièrement ?
- Non… de la salade (et un peu de boeuf cru… mais bon, ça ne peut pas être ça.)
- Bon alors, c’est que vous avez certainement serré la main de quelqu’un qui se l’était mal lavée, et ensuite la porter à votre bouche, ça arrive…
- Ah ! (Beurk… Il doit bien y avoir d’autres moyens de chopper ça,  de manière plus… moins dégueu quoi…  une espèce d’”immaculée contagion”. Ce doit être le carpaccio alors, oui, de toute façon, j’arrête tout serrage de main pendant au moins un siècle).
- Bon alors, vous vous mettez au régime “riz-banane-carotte, vous évitez les produits laitiers et vous désinfectez les WC après chaque passage avec de l’eau de Javel.
- D’accord (ça y est, je fais partie de la caste des intouchables).
Mon chéri travaille, le médecin m’a laissée, je suis seule chez moi, j’avance sur mon puzzle, je fais la vaisselle, je lutte contre la nausée, me commande du jap avec beaucoup de riz, mange, fais tourner une ou deux machines de linge, me fait royalement chier mais ne me repose pas, j’ai peur de dormir et de me réveiller pour tomber de suite dans les pommes. J’utilise les drogues qu’ont m’a préscrites. Je vais un peu mieux. Je teste ce gel antibactérien sans rinçage. Très bonne idée, ça. (Je deviens limite hypocondriaque.)

Plus tard dans cette journée. Je vais chercher mon frère qui arrive du plat pays. Il va accumuler de la chaleur et de la lumière naturelle pour recharger ses panneaux solaires pour l’année scolaire à venir. Retrouver l’amour d’une mère, retrouver le contact d’une terre. Retrouver sa copine. Il va bien. Moi pas trop, il le sait mais respecte mon droit d’aînesse au mensonge fier. On repart, mon frère mon chéri et moi, on dépose le premier chez une tante, et le deuxième, sur le chemin du retour se fait l’auteur d’un nouvel exploit du quotidien.

Dans une rame, au nord de la ligne 13, tous les sièges sont occupés, la température monte, les arrivées d’air se font rares, et je commence à faiblir… Plus que trois ou quatre stations à tenir, mais là, j’ai beuacoup de mal à respirer. Mes yeux rétrogradent du multicolor au noir et blanc, mes jambes paniquées gueulent à mon cerveau que je suis vraiment très lourde. Je n’entends plus rien, que mon souffle haletant amplifié par le silence qui s’est fait autour. Avant de sombrer dans l’autisme le plus complet, je lance un cri de survie à mon amour. Il capte très bien le message, et me rassure, je l’entends ! Je perçois un truc confus sur le fait de m’asseoir, et il m’assure qu’on descend à la prochaine. Je tiens, mes jambes vont se dérober, je ne vois plus que des lignes et des courbes, je ne peux plus m’accrocher à la barre, mais sa main sur mon épaule m’aimante et me garde droite. Je tiens et rassemble mes forces résiduelles, je tiens parce qu’il me soutient. Je tiens et je cours vers la sortie, me dirige vers un siège orange, je vois l’orange !
Le courant d’air me fait du bien, sa présence à mes côtés encore plus. Je lui demande un soda pas light, il me le ramène, je bois. Frais. Sucré. Pétillant. Bon. Réveil.

Mes yeux retrouvent les couleurs, mon ouïe fonctionne, ça va mieux. Une autre rame nous rapproche de notre base. Je marche, j’aime l’air qui entre dans mes poumons, j’aime la force qui raffermit mes guiboles. Et cet homme qui m’a soutenue, sa main qui me guide, ferme, qui m’empêche de flancher. Il a été grand !

Je me sens bien, il était là. Il est là. C’est lui.

Bon, là je viens de faire tomber son disque dur externe. Il ne s’énerve pas (trop). Il me laisse terminer cette note. Il me demande de faire attention. Il est grand (bis).

Je vais dormir en pensant qu’il est merveilleux et en priant pour que le périphérique éprouvé ne gâche pas ses prochains jours.

Je suis amoureuse.

__ Et puis, comme tu dis que c’est public, et que tu vas probablement lire ces lignes, je peux te l’écrire, à toi, seulement pour toi. Mwen enmè’w. Je t’aime. C’est toi. __
2004-06-30 22:49