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Mise en garde : refroidir dans ce post signifie “décourager”, “ôter l’envie à”.

Pourquoi est-ce que tout le monde se marie ? Pourquoi est-ce que tout le monde tombe enceinte ?

C’e n’est pas de la jalousie, non. C’est juste que j’ai l’impression de ne pas avoir grandi aussi vite que mes amis.

J’ai l’excuse, il est vrai, d’être leur cadette de deux ans au moins.

Hier, j’ai passé un cap.
Hier, c’était le 25 novembre, et j’ai 25 ans, je ne suis pas mariée.
Je suis une Catherinette.

Mais si on considère que mon chéri m’appelle « la femme de ma vie », que je suis sa concubine, je pense jouir d’une énorme compensation.

J’ai des amis mariés depuis un an ou deux, qui me paraissent heureux en ménage, selon l’expression consacrée.

Je connais même des parents (plutôt des amitiés du côté de mon chéri d’ailleurs) ravis de pouponner.

Mais il y a aussi Vivi.

Vivi (meilleure amie n° 1 dans l’ordre chronologique) qui envisage le divorce comme seule issue à cette union malheureuse qui la consume, elle et sa bonne humeur, elle et son optimisme pugnace, elle et son cœur de géante, elle et ses épaules larges et accueillantes. Elle a déclaré forfait dans le match inique qu’elle livre aux jeux de rôles en ligne et à l’indifférence de celui qui est son mari depuis plus de deux ans, je me rappelle, j’étais témoin. Ce mari, qui se montre particulièrement hostile à toute activité de couple (autre que sexuelle…).

Par respect pour elle qui l’aime encore (une sainte cette fille-là), je ne lui crache pas mon venin quand il décroche le téléphone à sa place.
Par respect pour elle encore, je ne le mets pas en face de sa médiocrité quand il se comporte en mufle.

Ce mec est une sous-merde. Je le méprise, je le déteste (et je déteste peu de gens) de rendre mon amie si malheureuse, de faire du mal à quelqu’un d’aussi bon.

J’ai envie e le pulvériser.

¤ Si je faisais un remake de Four Weddings & A Funeral, je n’ai aucun doute quant à son rôle. ¤

Vivi est un cas isolé parmi mes amis.

Venons-en à un sujet qui ne me file pas la rage, mon chéri m’a fait dernièrement une demande déguisée, une sorte de promesse de mariage.

Il bavardait tranquillement sur MSN avec son meilleur ami, que nous appellerons Vunu, un garçon très discret, tellement réservé que j’avais l’impression qu’il voulait s’excuser de respirer trop fort quand je l’ai rencontré.

Vunu a donc appris son mariage prochain à mon chéri qui lui a répondu un truc du genre « c’est fou, tout le monde se marie maintenant, l’année prochaine, c’est toi, après ce sera moi… », et voilà qu’il me redit la teneur de leurs propos en finissant par un sourire.

Mes réactions :
Je suis heureuse, j’ai le cœur qui commence à s’emballer, mais bon, il faut raison garder.
Je me sens bête, il n’est pas en train de me faire une demande, c’est juste une boutade, enfin…
Oui, mais si ça n’en était pas une ? Je doute.
Je me dit qu’il faut lui répondre quelque chose même si il ne s’attend à rien de ma part.

« Ah ouais ? Et avec qui ? Tu comptais m’inviter ? » ai-je dit, ou quelque chose comme ça, en m’efforçant de cacher mon malaise sous un sarcasme maladroit.

« Ben avec toi, t’es bête…3

Mon chéri était déjà certainement passé à un autre sujet, ou il a continué à tchater avec Vunu, mais moi, j’étais restée tétanisée devant cette échéance de 2 ans.

Je pense à la galère que ça a été pour celles de mes amies qui ont préparé leur mariage, je pense à toutes les dépenses occasionnées, je pense à une robe à trouver, je pense à trouver un logement pour tous nos amis, à trouver une date qui ne tombe pas en plein milieu de mes règles… Je m’emballe bien comme il faut, quoi.

Je rumine tout ça pendant une bonne demi-heure, et je sors : « ben non, je ne peux pas me marier avec toi… » (e t je sous-entendais « enfin, pas dans deux ans… »).

Voyant son regard d’incompréhension, je me rattrape in extremis, et le rassure en lui disant que j’ai envie d’économiser avant de partir dans un mariage, chose que je ne peux pas commencer à faire aire sérieusement avant 2006.

Il me dit que oui, il comprend et le sait bien, mais que ça ne voulait pas dire qu’il voulait se marier dans deux ans non plus…

Je pourrais me contenter d’accepter ces propos sans douter de leur sincérité.

Mais je m’en veux.

J’ai terriblement envie de me marier avec lui, de ne plus être sa concubine, mais sa femme, d’accoler son nom au mien.

¤ Et que je n’entende pas de remarque déplaisante sur les femmes qui ne veulent pas abandonner leur nom de jeune fille…j’ai mes raisons de vouloir garder ce nom, l’une des rares choses que cette famille paternelle à la con ne pourra jamais me reprendre. Mais bon, ils sont tellement cons, que parfois, je me dis que je devrais reconsidérer ma position. ¤

2004-11-26 17:32


Quand ?

Ce matin

Où ?

Dans le bus

Qui ?

Le petit vieux handicapé avec son pantalon tout souillé, qui râle quand on ne lui cède pas la place  « en raison de [sa] maladie », qui râle quand on lui cède la place « parce qu[il peut] encore rester debout, [il n’est] pas encore mort », qui râle quand on veut l’aider à sortir du bus car sa jambe plus courte que l’autre et son dos archivoûté inspirent aux gens de soudains accès de solidarité — à moins que ce ne soit de la pitié ou la culpabilité d’avoir laissé Mamie crever pendant la canicule 2003 – qui râle aussi quand on passe trop près de lui en sortant, sachant que son périmètre de sécurité établit ses contours à un mètre autour de son hideuse personne – je le soupçonne d’ailleurs d’utiliser ses odeurs corporelles comme arme de répulsion vis-à-vis des autres usagers – bref, autant dire que sur ce trajet que nous partageons du début à la fin pendant près de 20 minutes, il est en rogne toutes les 5 minutes. Une vraie purge quoi…

Le personnage est planté je crois, il ne manque rien. Ah, si, quand il râle, il gueule.

Voilà.

¤ Pour ma part, son dos voûté et ses jambes inégales ne m’inspirent plus rien qu’un surnom bien mérité « Tonton Daniel » et de l’agacement, j’ai dépassé en juin, je me rappelle, le stade de la peine et de la compassion. ¤

Alors, ce matin, en le voyant sortir du café d’en bas et se diriger vers l’arrêt du bus, j’ai roulé de gros yeux vers le ciel et prié, prié pour qu’il n’ai pas le temps d’arriver à l’abribus à temps pour chopper le même véhicule que moi.

Hélas, hélas, trois fois hélas…
Un peu moins d’une minute avant que le bus s’arrête à notre hauteur, son pas traînant l’annonçait.

Désespérée, je suis montée à sa suite (ah, oui, il faut aussi toujours le laisser entrer le premier, quoi qu’il arrive, quelle que soit sa position dans la ligne d’attente…UNE PUUUUUUUUURGE), vissant les écouteurs de mon nouveau « empiithriii-plèyâ » (« lecteur mp3 » pour les francophiles technophobes) dans mes (petites et ridicules, oui, oui) oreilles.

Pas de place assise dans la partie avant du bus, ça va le faire suer, c’est une petite victoire pour mon moi mesquin (eh ouais, je suis comme ça !).

Mais au lieu de déloger un usager sympa (il s’en prend toujours à ceux qui ont l’air gentil, pas con non plus, l’enfoiré !) en lui faisant montre de sa mauvaise humeur soutenue par la force de frappe d’une haleine de petit fennec crevé depuis 2 jours, il se dirige d’un pas presque guilleret mais asymétrique vers le fond du bus, la « rotonde »,  et y prend place.

Et pendant tout le trajet, il ne pipe mot.

Pourtant, un mec écoutait sa musique à fond juste à côté de lui.
Pourtant, la terre entière l’a effleuré en se levant pour sortir.
Pourtant le chauffeur freinait brutalement.

 

Mais rien.

 

Rien de rien.

 

Je me dis que Tonton Daniel doit être heureux, qu’il a probablement trouvé une aide à domicile qui sait le dompter, ou il a appris la veille l’existence des talonnettes, je sais pas, moi ! Il y a un truc le rend supportable en tout cas.

 

Et là, je surprend en regardant par la vitre un mec qui attend de traverser en dansant. Plus loin, je remarque un autre type, la quarantaine, pas hype, limite ringard, qui pilote sa trottinette comme un Schumacher du macadam parisien. Je vois des gens dehors totalement gelés, le nez rouge dépassant de l’écharpe, mais tellement heureux malgré ce zéro degré ou s’entête le mercure ce matin.
Je vois des gens heureux et je me dis qu’on est jeudi, que demain soir, c’est le week-end. Que j’ai un boulot dont je ne peux pas trop me plaindre, que j’ai une bonne santé en ce moment, que j’ai un Jules génial, qu’aucun distributeur n’a avalé ma carte bleue au cours des derniers 12 mois… Je me dis que la vie est cool et que même si je peux toujours trouver des trucs qui ne vont pas à tout, je vis une existence plutôt cool.

 

Et là… un signe !

 

Je vois l’enseigne rose clair de ce petit restal qui dit en toutes lettres « LA VIE EST BELLE ».

Oui, la vie est belle.

 

Je passe devant ce restal tous les jours en allant travailler. Je n’y avais jamais fait gaffe et je ne l’aurais sûrement jamais remarqué si ce n’était pour la bonne humeur exceptionnelle de Tonton Daniel.

Ah, c’est beau la vie.

Et dire que ce débordement d’amour est certainement juste dû au fait que Papy s’est bourré la gueule au bistral pour être un peu high avant de prendre son bus pour aller faire ses infiltrations.

 

Mouais, bon, voilà qui me fait reconsidérer ma position.

 

Allez, je vais faire pipi.

2004-11-25 11:57

Une nouvelle unité monétaire vient de naître, et quelques-uns de ceux dont je partage le bural — avant-gardistes en diable, précurseurs à bien des égards, de vrais trendsetters je vous dis — l’utilisent déjà couramment :il s’agit du ¤ta-daaaaam¤ « zeuro ».

 

Le problème lorsqu’on change de monnaie, c’est cette longue période de transition pendant laquelle cohabitent avec plus ou moins de bonheur et de qui pro quo, l’ancienne et obsolescente unité, et la nouvelle devise avec ses pièces jeunes, toutes propres et reluisantes, ses billets repassés, quasi-vierges d’empreintes digitales et de germes en tout genre, avec de nouveaux systèmes anti-faux qui vous obligent à endurer des regards pleins de suspicion et des minutes d’attente angoissée et constellée de gouttes de sueurs froides pendant que la caissière du Carrouf’ vérifie que ce gros billet que vous lui avez tendu est authentique.
La période de transition se caractérise par une sorte de nouvelle Bataille d’Hernani perdue d’avance pour le clan des Anciens qui s’obstinent à parler en monnaie d’avant, laquelle est, il n’y a pas de secret, vouée à disparaître. Les Modernes quant à eux, s’expriment avec verve et facilité dans la nouvelle monnaie et regardent avec pitié ceux qui ne réussissent pas à formuler les prix comme eux : les vieux quoi. Pis encore sont ceux des Modernes qui ont connu l’unité précédente pendant plus de 20 ans et qui feignent soudain des efforts de mémoire surhumains quand on leur parle autre chose que leur sabir nouveau quand on en vient aux prix, comme s’ils avaient à tout jamais oublié ce que c’était la vie avant…
Et puis, il y a les bilingues, les neutres quoi. Ceux-là se sont en général habitués à la conversion de toutes les sommes de la vie courante (prix d’une baguette, panier moyen de la ménagère, facture EDF, un séjour au ski, une nouvelle paire de pompes…), ils ont de bonnes idées des ordres de grandeur mais préfèrent parler de montants importants dans leur bonne vielle unité (en général, avec l’inflation, le désir de monnaie forte, tout ça, ça fait beaucoup plus en anciens sous !). Ce sont souvent d’ailleurs les interprètes pour les quelques largués, ceux qui jonglent sans problème des euros aux anciens francs pour dire :

« Mamie, rendez-vous compte, la dernière cagnotte de l’Euro-Miyon s’élevait à près de pfouuu…¤petit temps de réflexion où le bilingue psalmodie des calculs ésotériques¤ 22 milliards de centimes, hein… Dites donc, on peut vous en payer des cercueils en noyer intérieurs matelassés et des veillées mortuaires au Ritz avec ça, hein, Mamie, non, réglez votre sonotone là… Ha, c’te vieille carne qui va pas crever tout de suite pour arrêter de nous faire chier, non ! ».

 

Mais là, avec le zeuro, pas de calculatrice, pas de changement de caisse enregistreuse, pas de ridicule petit convertisseur en papier bristol (qui ressemble à ces cartes d’anniversaire où on fait tourner le petit disque pour afficher le bon âge – soit dit en passant, ça ne sert à rien, parce que le disque se déplace toujours et le récipiendaire de la carte est toujours perplexe devant le chiffre indiqué…). ¤ J’entends déjà les commerçants soupirer de soulagement (c’est vrai quoi, après le bogue de l’an 2000, le passage à l’euro, on n’allait pas encore les solliciter…). ¤

En effet , le zeuro a un taux de conversion assez simple par rapport à l’euro. Les deux sont à parité parfaite. 1 zeuro =1 euro (précision pour neuneu).

 

Ainsi,
les téléphones mobiles dernier cri coûtent au moins 100 zeuros,
et pour un bon repas au restal on peut dépenser facile 28 zeuros.

¤ Là, j’entends de nouveau les commerçants, mais maintenant, ils râlent parce qu’ils ne pourront pas nous arnaquer avec des arrondis à la dizaine supérieure sur les nouvelles étiquettes. ¤

 

Par contre, et c’est là que ça se complique, il faut savoir que certains prix seront toujours indiqués en euros : un joli mug à 5 euros, un cahier à 1,50 euro, etc.

 

Conclusion : le zeuro, c’est facile, c’est juste une petite habitude à prendre. Les gens du bural l’ont bien compris et ont intégré les subtilités du maniement du zeuro.

 

Ca, ou bien ils ont UN GROS PROBLÈME DE PATAQUÈS*

 

Non, parce que bon, je ne veux pas jour les Maître C., (je fais des fôtes d’aurtograffe) mais quand même, zut quoi !

 

***

*Pataquès : au sens propre, c’est une faute commise à l’oral, une liaison mal-t-à propos.

Cela vient de la déformation de « je ne sais à qui c’est »

> « Je ne sais pas à qui est-ce »

> « Je ne sais pas à qu’ess »

> « Je ne sais pas t’à qu’ess »

> « pataquès ».

2004-11-24 18:00

Je cherche un moyen d’éloigner mon curieux chéri de mon blog. Quelque chose pour qu’il arrête de le lire. Je l’ai déjà supplié d’arrêter de visiter cette page, menacé de changer de blog (mais j’ai la flemme de la faire), promis d’écrire des choses viles et injustes sur lui. Mais, rien à faire, il est curieux, c’est pus fort que lui. Et régulièrement, il y va, arguant qu’il a bien le droit de lire ce qu’il veut, vu que c’est public et accessible à tout le monde. Bon, il faut bien lui accorder ce tout petit point.

Mais zut, il pourrait respecter mon intimité quand même.
Je l’entends déjà dire « je fais c’que j’veux ! » dans une piètre imitation de ma personne.

 

J’écris depuis longtemps, j’écris pour plein de rasions, j’écris sans vouloir qu’on me comprenne, j’écris et me dit que le lendemain, tout ça n’aura sûrement plus de sens.

Et je n’aime pas me relire.

 

Comme l’idée qu’il puisse connaître de moi des choses très intimes — des mots que je ne révèle pas au grand jour, des pensées que j’ai nourries parfois à mon insu, des idées qui ont mûri, tapies, loin des regards et des oreilles qui pourraient s’en emparer – sans trop d’effort — même si parfois IE s’évertue à rendre très ardue la tâche consistant à taper quelques lettres dans une barre d’adresse – me gêne.

C’est comme s’il écoutait aux portes durant mes conversations de filles.

 

Comme s’il m’épiait par le trou de la serrure.

 

C’est comme s’il assistait à ma séance de psychanalyse en prenant des notes.

 

Comme si tout ça, mais je ne sais pas ce qu’il a entendu, vu, ressenti ou compris sais juste qu’il peut tout voir.

C’est comme s’il prenait des choses que je n’ai pas envie de donner, pas comme ça, pas maintenant.

 

Et puis, ce blog, c’est quand même un refuge bien pratique pour se cacher, geindre et pleurer sur mon sort, me faire consoler par des gens que je connais pas, et qui ne me connaissent pas vraiment.

C’est l’endroit où je peux exagérer, ma faire odieuse, ou encore affiner certaines réflexions peu abouties « presque » pour moi-même.

C’est un rempart.

Une cachette
visible potentiellement de tous, mais qui n’est accessible qu’à ceux qui savent qu’elle est là, et quand bien même, quand ils s’aventurent à en tourner les pages, ce cahier en ligne garde cet anonymat rassurant.

 

Je pourrais, afin de le détourner de cet endroit, écrire des choses qu’il ne souhaite pas entendre.
Des choses que je n’ose pas lui dire en face, parce que je ne suis pas prête ou que j’ai peur de sa réaction.

 

Oui, je pourrais faire ça. Mais je pense que ça le peinerait beaucoup.

 

D’autres idées ?

Anyone ?

2004-11-23 18:53

Quand le téléphone de neuneu sonne, il le laisse sonner  au moins deux fois.

La première sonnerie amène l’incrédulité (la sienne, la nôtre). Ce premier son ne lui est familier que parce qu’il a l’habitude d’entendre nos amis  et collègues nous appeler pour nous convier à des événements sociaux à caractère hautement festif (déjeuner dans le bistrot du coin, partie de flipper dans le bistrot d’en face, distribution gratuite de chouquettes, découverte du dernier gadget électronique à la mode, ou partage des émotions provoquées par le dernier petit film téléchargé qui montre un chat espiègle tapant sur la tête d’un enfant trop taquin…). Mais en général, cette mélodie étrange sort de NOS téléphones à nous autres, personnes appréciées dans la société pour notre convivialité, nos bons mots, nos bons plans, notre caractère, notre bonne tenue en société, et toutes ces rasions qui font de nous des êtres charmants, ou à défaut avec qui il est agréable de passer quelque temps.

Là, il se refuse tout bonnement à penser que quelqu’un est vraiment en train de chercher à le joindre. Il avait presque oublié l’emplacement sur son bural de cette petite chose d’où sort la voix des gens qui ne veulent  s’infliger ni la vision d’horreur de sa petite tête à grandes oreilles posée sur ce corps ingrat, ni son bla-bla indigeste et bégayant.

Pris d’une fulgurence au souvenir de l’endroit où il a rangé le téléphone, il échappe de peu au torticolis en tournant violemment la tête pour se concentrer sur la machine à parler : le téléphone. Il doit exercer son pouvoir de Jedi pour convaincre le téléphone de chanter encore une fois, une seule petite fois encore…

 

Le laps s’écoulant entre les deux sonneries voit se succéder dans son petit corps de pré-adolescent portant en cachette les vêtements de papa avec les bijoux de maman pour voir comment ça fera quand il sera plus grand :
- le doute,
et s’il ne sonnait plus ce fichu téléphone auquel sont raccrochés tous mes espoirs d’être un jour accepté parmi les humains ?

- l’agacement,
et si on m’appelait pour me demander un énième détail technique ?

- le désespoir,

et s’il ne sonnait plus jamais ? Plus jamais de la vie ?

- l’espoir,
s’il sonne, je pourrais peut-être aller m’enfermer dans les WC pendant 30 secondes, le temps de faire ma petite affaire…

- la lucidité,
je ne suis qu’une sous-merde.

 

Mais arrive la deuxième sonnerie, il se remet de son excitation, serre les jambes pour masquer un début d’érection et jette un regard triomphant à tout le monde autour…  « Hé hé, mais mais qui m’appelle donc les amis ? » chantonne-t-il rasséréné. Personne ne répond, normal, on n’est pas des voyants, et , j’allais oublier, il n’a pas d’« amis ».
Il saisit le combiné — poussiéreux — puis attend quelques secondes, comme s’il était occupé par une autre discussion (mais c’est qu’il affine sa technique, le bougre !), toussote pour se donner de la contenance, et se lance. Là, voilà, il répond, avec sa voix la plus forte et la plus grave – je l’imagine le soir en train de soigner sa gorge douloureuse à force de se faire passer pour un garçon post-pubère, je le vois en train de souffrir atrocement en se faisant des piqûres de testostérone direct dans la carotide pour simuler un peu de cette virilité qu’il a désespéré de jamais conquérir naturellement.
Il articule exagérément le nom de l’infortuné correspondant, histoire que tout le monde sache qui a besoin de lui.
Il déblatère pendant trois minutes son long et creux monologue.
L’interlocuteur déclare forfait, la discussion prend fin.
Il est heureux, il s’absente pour aller aux WC.
Il en revient, soulagé, allégé.

 

Encore une foutue bonne journée.

2004-11-23 12:36

Un séisme a secoué mon île hier.
Pas un de ces tremblements de terre indolores auxquels nous avons habituellement droit.

Non.

Je ne l’ai su que très tard hier soir.

J’avais éteint mon mobile, et ce n’est que vers 20 heures que j’ai écouté les messages désespérés laissés par ma mère qui précisait avec une voix qu’elle s’efforçait de garder calme, qu’elle nous aimait mon frère et moi.
Deux fois.
A 50 minutes d’intervalle.
La deuxième fois, c’était flippant.
Elle a senti arriver son heure.
Elle souhaitait nous dire avant de mourir qu’elle nous aimait.

Quand j’ai voulu la rappeler, elle était arrivée chez sa mère à près de 30 kilomètres de là, après une escale chez la voisine de palier.

Ma grand-mère, femme forte, “majorine” comme on dit chez nous avait demandé à mon oncle d’aller la chercher en quatrième vitesse (ce qui à mon avis, n’était pas très prudent, mais bon, ils n’ont rien eu, ma mère était rassurée, ma grand-mère aussi).

Avant, souventes fois, quand je voyais un truc horrible qui se passait à la télé (un enfant cul-de-jatte de naissance “Kenny-style”, la mort brutale d’un parent dans un accident de grand’roue, un chantage ou horreur, un ongle cassé bien trop bas…) mon sens de l’empathie hyperdéveloppé (ou serait-ce plutôt du masochisme ?) me tourmentait, je me demandais, mais qu’aurais-je fait si une telle chose m’arrivait je trouvais toujours une solution ou un moyen de m’accomoder de la situation, mais ça déviait rapidement vers une question plus grave, une question qui déclenchait à tous les coups en moi une sorte d’angoisse envahissante et handicapante, qui hantait mes nuits.

Mon chéri m’a dissuadé de penser toujours au pire. (???)
2004-11-22 19:04

2004-11-22 00:22

… sur mes oreilles.

OUI, j’ai des appendices auriculaires petits.
Elles ont gardé la même taille depuis l’âge de 5 ans.
Ce doit être pour compenser la croissance de mes pieds et de mes mains.

J’assume la petitesse de mes oreilles.

Pleinement.

So, yes, I do have small ears (-euh).

Tiens, ma boucle d’oreille ressemble à une boule de Noël comme ça.

2004-11-18 19:13

Je suis jalouse de cette série de photos sur le Blog Racontards.

Je vous présente ma dernière paire de baskets rouuuuuuuuuuuuuuges que j’aime trop.

Mais, à bien y réfléchir… j’avais déjà établi un précédent

Ha ha !

[edit de 15h53]

sous un meilleur éclairage, ça donne…


2004-11-19 16:02

Parte Tres – Segundo trozo

Au sommaire de la deuxième partie.

- la manière dont j’ai finalement réussi à me faire exclure de la réunion,

- de nouvelles traductions spontanées,

- de nouvelles stats insignifiantes,

- des activités pour moins se faire chier en réunion.

 


Comment j’ai réussi à me faire éjecter de cette fichue réunion…

Voilà, on m’a demandé de dévoiler les deux projets qui avaient ma préférence, c’était à 11h10, je me rappelle. Je m’exécute et naïvement, cite mes chouchous.
J’allais et j’aurais pu m’en tenir là, mais je me sentais un peu comme un imposteur, un intrus dans cette réunion de grosses légumes (moi, je m’apparente plutôt à un fruit).
Alors, pour montrer que je savais bien que ma présence était le fruit (héhé, je vous avais dit que j’étais un fruit) du hasard, j’ai ajouté que mon choix se portait sur ces deux projets-ci plutôt que d’autres pour des raisons prosaïques, pour la simple et bonne raison que je n’avais pas de compétences techniques, je ne savais pas combien de temps, d’effort ou d’hommes il faudrait pour développer tel ou tel projet (en même temps, je m’en contrebalance), mes seuls repères et critères de sélection se basaient sur la « désirabilité » du produit (ce mot est un vestige des discours du grand chef de mon ancien job) et sur mon envie de l’utiliser et de payer pour en tant qu’utilisatrice grand public. Prosaïque, non ?


Gros blanc.

Très long.

 

Le boss tente de rebondir.

En vain.

Sa bouche reste entr’ouverte, les paroles qu’il voulait prononcer s’entêtent probablement à se terrer quelque part, au fond.
Les filaments de laine s’échappant des pulls et autres lainages nécessaires pour affronter cette froide journée d’automne restent en suspens dans l’air. Plus rien ne bouge.

Il vient peut-être de se rendre compte que je n’ai pas d’ordi devant moi, donc, je ne tape pas de compte-rendu, donc que je ne suis pas une secrétaire, mais que si je suis là sans aucune compétence technique, parmi les grands pontes ingénieurs doctes grands chefs indiens savants manitous du computer, c’est que j’ai usurpé cette place, ici, à moins de deux mètres de lui…

Il semble ne plus savoir quoi dire.

 

…Blurp…

 

Ah, non, c’était juste un petit rototo qui ne voulait pas sortir. C’était discret mais je l’ai vu et entendu. Et quelques secondes après, j’ai perçu des relents de Coca Light Lemon. Pas de doute, le cadavre de la cannette gît dans la poubelle derrière lui. Pas d’inquiétude alors…

On continue le tour de table, chacun énonce ses favoris, et ça continue, ça continue, c’est interminable, mais la suite on la connaît (cf. post précédent)…

 

Au retour d’un déjeuner sur le pouce, j’apprends qu’il faut bosser urgemment pour une présentation urgente à envoyer de l’autre côté de la Manche en toute urgence, parce que c’est… pressé ! (Hé ? Marie-Thérèse, aujourd’hui, c’est un jour pair ou impair ? Les Inconnus sont dans la place.)

Je recommence à bosser, je réapprends des gestes simples comme allumer mon ordi, lire mes mails, écrire des choses qui ont du sens, regarder les offres sur vente-privee.com, autant de petites choses qui me semblaient lointaines et oubliées tant ces réunions avaient constitué une brèche (spatio-temporelle) dans ma vie. Je revis ! Je me sens à nouveau utile ! Chouette ! J’ai presque, je dis bien presque, envie d’être sympa avec mon collègue très con.
Je le vois, mon euphorie retombe.

Les pieds sur terre.

Les autres suppliciés quant à eux ont « travaillé » tout l’après-midi sur cette « présentation ». Sans moi. Hourra.


J’ai tout de même au cours de cette matinée fort instructive eu le temps de glâner de quoi alimenter les rubriques suivantes.

La trad’ spontanée ou Leçon d’humilité

L’autre jour, j’ai donné quelques exemples véridiques de traduction spontanée des perles de la réu.
Mais, attention, ne nous méprenons pas !

Non, je ne me moque pas des gens qui n’excellent pas dans une langue étrangère.
Au contraire, je félicite toute personne voulant faire l’effort de s’exprimer couramment dans un autre idiome (même quand c’est approximatif, et même si je trouve que l’anglais est incontournable, indispensable).
Mais là, on a affaire à des gusses qui se foutent ouvertement de la gueule de tous ceux qui ne parlent pas français, et qui en plus, sont les premiers à critiquer l’accent fort, la grammaire défaillante ou le vocabulaire pauvre de toute autre personne ayant appris l’English as a foreign language. Donc, ne boudons pas notre plaisir.

 

Voici quelques nouveaux exemples de traduction 100% authentiques :

- C’est un niveau plus supérieur, sans le groupe de Stefani Gwen. (That’s a MORE highER level, without no doubt.)

- Arnaud, je sais que tu es vachement la Reine sur ce marché. (Arnaud, I know that you are very queen/keen on this market.)

- On pourra pas fixer de réunion, y’a pas une pute de libre ! (We cannot arrange a meeting, there is no slut/slot available.)

- Non, non, arrête, là, ce n’est pas du tout ce que j’ai cousu. (No nononono, stop it now, this is not what I have saw/said.)

- Il va falloir travailler sur une partie du personnel. (We will have to work on a part of the staff/stuff.)

- C’est pas juste, tu connais la réponse, tu cagues. (It is not fair, you know the answer, you shit/cheat.)

 

Il arrive que notre ami anglais fasse de temps à autre un arrêt au pit pour vidange (le thé, c’est diurétique), alors le français reprend le dessus, enfin, il tente de reprendre le dessus. Extraits :

« Laisse-moi finish »

« Il faut garder un eyes on this »

« – Il faut bien se dire qu’on ne peut pas garder le produit as is

   – Mais, à qui tu parles là ?

   – Ben, à tout le monde… Sauf à l’autre qu’est aux chiottes

   – Mais tu viens de parler d’un certain Aziz…

   – non, je parlais du produit tel quel, « as is » quoi !

   – ah… »

 

 

Statistiques du jour

- Nature des appels

Appels à caractère pro : 0.

Appels à caractère perso :2.

Appel d’origine indéterminée (l’appelé répond fébrilement et sort précipitamment de la pièce pendant une poignée de secondes pour conclure par un «  je te rappelle » juste avant de venir se rasseoir, embarrassé) : 3.

 

- Articles textiles

par rapport à hier, 4 personnes n’ont pas changé de bas et sur ces 4 là, 3 n’ont pas changé de haut non plus.

Je porte un pull asymétrique, le boss aussi, sauf que pour lui, c’était pas voulu !

On compte aussi un mouchoir à carreaux rouge et blanc, façon nappe de bistrot après un passage d’escargot bien baveux. Ah, n’oublions pas une cravate tellement moche qu’elle m’a fait perdre connaissance pendant 30 secondes. Bah, c’est toujours ça de pris sur cette fichue réunion.

 

 

De bonnes idées d’activités pour moins se faire chier en  réunion

Idée n°1

Trouver l’expression qui a connu le plus de répétitions.

D’ailleurs, voici le résultat tant attendu du « quote of the meeting » :

« Can I ask a stupid question » fait un bon second avec 8 itérations, juste après « per se » qui totalise un score de 12 répétitions sur les trois demi-journées.

Citons tout de même les autres participantes :

“Let’s put ourselves in a good mindset”

“per se”

“as is”

“I don’t agree”

“Does it create value?”

“What time is it?”

 

 

Idée n°2

Trouver les expressions qui se rattachent à un même mot.

Exemple, hier, le mot racine était « kill » (ça donne une bonne idée de l’ambiance)

Déclinaisons entendues :

- the killer question

- the killer application

- the cost killer

- the killer idea

- Kill Bill

- Killing me softlyyyyyyyyyyyyyyyyy with his song (mais, ça, c’était dans ma tête)

 

Idée n° 3
Jouer au Loto Business

C’est top.

Business loto


2004-11-18 12:13