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Parte Tres – Segundo trozo
Au sommaire de la deuxième partie.
- la manière dont j’ai finalement réussi à me faire exclure de la réunion,
- de nouvelles traductions spontanées,
- de nouvelles stats insignifiantes,
- des activités pour moins se faire chier en réunion.
Comment j’ai réussi à me faire éjecter de cette fichue réunion…
Voilà, on m’a demandé de dévoiler les deux projets qui avaient ma préférence, c’était à 11h10, je me rappelle. Je m’exécute et naïvement, cite mes chouchous.
J’allais et j’aurais pu m’en tenir là, mais je me sentais un peu comme un imposteur, un intrus dans cette réunion de grosses légumes (moi, je m’apparente plutôt à un fruit).
Alors, pour montrer que je savais bien que ma présence était le fruit (héhé, je vous avais dit que j’étais un fruit) du hasard, j’ai ajouté que mon choix se portait sur ces deux projets-ci plutôt que d’autres pour des raisons prosaïques, pour la simple et bonne raison que je n’avais pas de compétences techniques, je ne savais pas combien de temps, d’effort ou d’hommes il faudrait pour développer tel ou tel projet (en même temps, je m’en contrebalance), mes seuls repères et critères de sélection se basaient sur la « désirabilité » du produit (ce mot est un vestige des discours du grand chef de mon ancien job) et sur mon envie de l’utiliser et de payer pour en tant qu’utilisatrice grand public. Prosaïque, non ?
Gros blanc.
Très long.
Le boss tente de rebondir.
En vain.
Sa bouche reste entr’ouverte, les paroles qu’il voulait prononcer s’entêtent probablement à se terrer quelque part, au fond.
Les filaments de laine s’échappant des pulls et autres lainages nécessaires pour affronter cette froide journée d’automne restent en suspens dans l’air. Plus rien ne bouge.
Il vient peut-être de se rendre compte que je n’ai pas d’ordi devant moi, donc, je ne tape pas de compte-rendu, donc que je ne suis pas une secrétaire, mais que si je suis là sans aucune compétence technique, parmi les grands pontes ingénieurs doctes grands chefs indiens savants manitous du computer, c’est que j’ai usurpé cette place, ici, à moins de deux mètres de lui…
Il semble ne plus savoir quoi dire.
…Blurp…
Ah, non, c’était juste un petit rototo qui ne voulait pas sortir. C’était discret mais je l’ai vu et entendu. Et quelques secondes après, j’ai perçu des relents de Coca Light Lemon. Pas de doute, le cadavre de la cannette gît dans la poubelle derrière lui. Pas d’inquiétude alors…
On continue le tour de table, chacun énonce ses favoris, et ça continue, ça continue, c’est interminable, mais la suite on la connaît (cf. post précédent)…
Au retour d’un déjeuner sur le pouce, j’apprends qu’il faut bosser urgemment pour une présentation urgente à envoyer de l’autre côté de la Manche en toute urgence, parce que c’est… pressé ! (Hé ? Marie-Thérèse, aujourd’hui, c’est un jour pair ou impair ? Les Inconnus sont dans la place.)
Je recommence à bosser, je réapprends des gestes simples comme allumer mon ordi, lire mes mails, écrire des choses qui ont du sens, regarder les offres sur vente-privee.com, autant de petites choses qui me semblaient lointaines et oubliées tant ces réunions avaient constitué une brèche (spatio-temporelle) dans ma vie. Je revis ! Je me sens à nouveau utile ! Chouette ! J’ai presque, je dis bien presque, envie d’être sympa avec mon collègue très con.
Je le vois, mon euphorie retombe.
Les pieds sur terre.
Les autres suppliciés quant à eux ont « travaillé » tout l’après-midi sur cette « présentation ». Sans moi. Hourra.
J’ai tout de même au cours de cette matinée fort instructive eu le temps de glâner de quoi alimenter les rubriques suivantes.
La trad’ spontanée ou Leçon d’humilité
L’autre jour, j’ai donné quelques exemples véridiques de traduction spontanée des perles de la réu.
Mais, attention, ne nous méprenons pas !
Non, je ne me moque pas des gens qui n’excellent pas dans une langue étrangère.
Au contraire, je félicite toute personne voulant faire l’effort de s’exprimer couramment dans un autre idiome (même quand c’est approximatif, et même si je trouve que l’anglais est incontournable, indispensable).
Mais là, on a affaire à des gusses qui se foutent ouvertement de la gueule de tous ceux qui ne parlent pas français, et qui en plus, sont les premiers à critiquer l’accent fort, la grammaire défaillante ou le vocabulaire pauvre de toute autre personne ayant appris l’English as a foreign language. Donc, ne boudons pas notre plaisir.
Voici quelques nouveaux exemples de traduction 100% authentiques :
- C’est un niveau plus supérieur, sans le groupe de Stefani Gwen. (That’s a MORE highER level, without no doubt.)
- Arnaud, je sais que tu es vachement la Reine sur ce marché. (Arnaud, I know that you are very queen/keen on this market.)
- On pourra pas fixer de réunion, y’a pas une pute de libre ! (We cannot arrange a meeting, there is no slut/slot available.)
- Non, non, arrête, là, ce n’est pas du tout ce que j’ai cousu. (No nononono, stop it now, this is not what I have saw/said.)
- Il va falloir travailler sur une partie du personnel. (We will have to work on a part of the staff/stuff.)
- C’est pas juste, tu connais la réponse, tu cagues. (It is not fair, you know the answer, you shit/cheat.)
Il arrive que notre ami anglais fasse de temps à autre un arrêt au pit pour vidange (le thé, c’est diurétique), alors le français reprend le dessus, enfin, il tente de reprendre le dessus. Extraits :
« Laisse-moi finish »
« Il faut garder un eyes on this »
« – Il faut bien se dire qu’on ne peut pas garder le produit as is
– Mais, à qui tu parles là ?
– Ben, à tout le monde… Sauf à l’autre qu’est aux chiottes
– Mais tu viens de parler d’un certain Aziz…
– non, je parlais du produit tel quel, « as is » quoi !
– ah… »
Statistiques du jour
- Nature des appels
Appels à caractère pro : 0.
Appels à caractère perso :2.
Appel d’origine indéterminée (l’appelé répond fébrilement et sort précipitamment de la pièce pendant une poignée de secondes pour conclure par un « je te rappelle » juste avant de venir se rasseoir, embarrassé) : 3.
- Articles textiles
par rapport à hier, 4 personnes n’ont pas changé de bas et sur ces 4 là, 3 n’ont pas changé de haut non plus.
Je porte un pull asymétrique, le boss aussi, sauf que pour lui, c’était pas voulu !
On compte aussi un mouchoir à carreaux rouge et blanc, façon nappe de bistrot après un passage d’escargot bien baveux. Ah, n’oublions pas une cravate tellement moche qu’elle m’a fait perdre connaissance pendant 30 secondes. Bah, c’est toujours ça de pris sur cette fichue réunion.
De bonnes idées d’activités pour moins se faire chier en réunion
Idée n°1
Trouver l’expression qui a connu le plus de répétitions.
D’ailleurs, voici le résultat tant attendu du « quote of the meeting » :
« Can I ask a stupid question » fait un bon second avec 8 itérations, juste après « per se » qui totalise un score de 12 répétitions sur les trois demi-journées.
Citons tout de même les autres participantes :
“Let’s put ourselves in a good mindset”
“per se”
“as is”
“I don’t agree”
“Does it create value?”
“What time is it?”
Idée n°2
Trouver les expressions qui se rattachent à un même mot.
Exemple, hier, le mot racine était « kill » (ça donne une bonne idée de l’ambiance)
Déclinaisons entendues :
- the killer question
- the killer application
- the cost killer
- the killer idea
- Kill Bill
- Killing me softlyyyyyyyyyyyyyyyyy with his song (mais, ça, c’était dans ma tête)
Idée n° 3
Jouer au Loto Business
C’est top.
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2004-11-18 12:13
Parte 3. El dia despues, por la mañana
Au programme de la première partie de ce post (c’est vrai, il était tellement long que je devais le scinder) :
- la découverte d’un jeu anglais,
- les quelques temps forts de la réunion.
Cette réunion, il est important de le rappeler, a pour but la recherche et la définition d’un projet fédérateur qui doit révolutionner l’entreprise et le monde tel qu’on le connaît. Une source de revenus pour payer nos salaires et engraisser les actionnaires, quoi. (pas nécessairement dans cet ordre là.)
Les dinners britanniques : à la découverte d’un monde ludique
Première info délivrée pendant l’attente longue et douloureuse des autres suppliciés (comprendre : les participants) retardataires : le Shag-Marry-Kill game est un jeu d’origine britannique, le joueur se voit imposer par son voisin de gauche trois de noms de personnes qui se trouvent assises autour de la table (du sexe opposé de préférence, si on part sur l’hypothèse ridicule que tout le monde est hétéro), et doit dire celle avec qui il aimerait coucher (shag), se marier (mary), et tuer (kill). On continue jusqu’à ce que tous les convives aient joué. « On pourrait peut-être y jouer en attendant » propose le participant qui vient de nous expliquer les règles iniques du jeu. Un silence empli de gêne lui répond. Tout le monde, moi la première a remarqué qu’il y avait 6 mecs et une nana (moi). Ca rend le jeu moins passionnant. Mais, au moins, on dormira moins cons. Encore que…
Ah… tout le monde est là.
Voilà que notre calvaire débute.
On commence en français, oubliant que le seul Brit’ qui nous impose sa langue parce qu’il ne pige rien au français, est parmi nous. Le fait qu’il ne relève pas les mauvaises blagues sur les anglais ne met pas la puce à l’oreille des 5 personnes (hormis l’Angliche et myself) qui continuent à échanger pensées philosophiques et plaisanteries foireuses en français., le fait que je réponde à toutes les questions en anglais non plus.. Ils sont peut-être tellement bilingues qu’ils ne se rendent pas comptent que deux langues se télescopent dans la discussion. Mouais, disons que c’est ça.
A force d’opiniâtreté, l’un du Club des Cinq se rend compte de sa grossièreté et le boss demande au Brit’, dans une langue assez proche du français: « Alors, tu comprends qu’est-ce qu’on dit ? ». Notre ami Anglais de répondre : « Yes, with cream and sugar please. » Je ne suis pas sûre qu’il s’agisse d’une preuve du célèbre British sense of humour. Passons. Il n’a rien raté d’intéressant, pas la peine de m’embêter à lui traduire la fameuse réplique sur Thérèse dans Le Père Noël…
Une réunion, plusieurs temps forts
10h05
Déjà la 5ème demande de méthodologie de sélection de projet… en vain.
10h10
8ème demande de méthodologie (toujours du même participant, Arnaud), qui décidément reste lettre morte.
10h28
Je pense que si je simule une crise d’épilepsie, j’aurais peut-être une chance de sortir… Non, pas cool, ils seraient capables de ne pas s’en rendre compte.
10h29
Non, la coupe du boss vaut la peine que je reste… Le stylisme se résume à deux coups de tondeuse sans sabot sur les côtés, et le reste est coupé de manière approximative. En gros, c’est la coupe du chanteur de Kajagoogoo, sans les mèches blondes et sans la nuque longue. Hé hé… Ca me mettrait presque en joie, si ce n’était pas le boss, celui qui va en prospection avec les commerciaux chez les grands comptes… tu m’étonnes qu’on ne rentre pas de nouveaux clients ! Je devrais peut-être lui dire que son look laisse, pour le moins, à désirer et que se curer le nez en public, même furtivement comme il le fait en ce moment, c’est assez mal vu. Mais pourquoi me priver de ce spectacle ?
10h30
Demande de méthodologie n°11
10h31
C’est très rafraîchissant cette boîte : le boss parle de perte d’argent, de bénéfices inexistants, il évoque à demi-mots la fureur du Board si on ne leur présente pas un projet viable, il nous fait croire à un scénario tout à fait plausible de la mort prochaine de cette boîte. On sait dorénavant qu’on soit sortir de cette réunion avec une *utain d’idée, ou alors, on peut crever la gueule ouverte sous les yeux du Board qui n’est pas là pour faire de la philanthropie.
Cette réunion se transforme à vue d’œil en opération « Saving private Ryan »… Il faut sauver la boîte, même si on sait que certains vont y laisser leur peau.
10h32
De mon côté, je devrais embrayer sur l’opération « Saving my private ass » en mettant à jour mon CV pour de bon.
10h33
J’ai pensé à plein de choses au cours des six dernières minutes…
10h44
Je chante intérieurement “Too shy shy… Hush hush ! Eye to eye… Too shy shy… Hush huuuuuuuuuush… Eye to eye !” (crise de 80’s revival)
11h00
Arnaud ne lâche pas l’affaire, mais il fait preuve de moins de fougue, ça se sent.
11h10
Je vient de dire quelque chose qui assurera mon salut, mais je ne le sais pas encore…
11h15
Enfin, une méthodologie est proposée par l’animateur de la réunion et aussitôt détruite par… Arnaud (oui, oui, celui qui réclamait cette *utain de méthodologie).
12h00
J’ai l’impression d’assister à une partie de Téléphone arabe. L’animateur répète ce que les autres ont dit juste avant, mais à force d’allers-retours, d’explications, de rectifications, d’altération (in)volontaires, d’introduction de nouvelles idées (chacun voulant prêcher pour sa paroisse), on aboutit non seulement à une déperdition du message original, mais aussi à une démultiplication de messages édulcorés. Rires ou larmes ? J’hésite.
12h15
Arnaud glisse « discrètement » à son voisin : « si on avait eu une méthodologie, on n’en serait pas là ! Ha ! »
12h20
J’envoie un mail par i-mode à un collègue pour lui passer une commande de bouffe.
12h25
L’animateur regarde dans le vide, ses yeux se révulsent, il entre en transe et dit crescendo “I see millions of Euros… but I don’t see them tomorrow”… si c’est avec son petit numéro de Mme Irma qu’il croit qu’il va nous motiver/impressionner, lui… pfff !
12h50
Malheureusement, mon collègue, cette infâme raclure de bidet, était déjà attablé devant un bon petit plat chaud, loin de son téléphone et donc, de mon mail désespéré.
12h55
Le boss comprend enfin que tout le monde crève la dalle. Il nous offre une pause déjeuner royale de 25 minutes. Je pars, la mort dans l’âme chercher de quoi calmer mon ventre affamé, pensant que seule une moitié de cette journée-réunion s’était écoulée. Mais peut-être me trompais-je…
***
Au sommaire de la deuxième partie.
- de nouvelles traductions spontanées
- de nouvelles stats insignifiantes
- des activités pour moins se faire chier en réunion
- la manière dont j’ai finalement réussi à me faire exclure de la réunion…
2004-11-18 11:42

vous, ici ?