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Je cherche un moyen d’éloigner mon curieux chéri de mon blog. Quelque chose pour qu’il arrête de le lire. Je l’ai déjà supplié d’arrêter de visiter cette page, menacé de changer de blog (mais j’ai la flemme de la faire), promis d’écrire des choses viles et injustes sur lui. Mais, rien à faire, il est curieux, c’est pus fort que lui. Et régulièrement, il y va, arguant qu’il a bien le droit de lire ce qu’il veut, vu que c’est public et accessible à tout le monde. Bon, il faut bien lui accorder ce tout petit point.

Mais zut, il pourrait respecter mon intimité quand même.
Je l’entends déjà dire « je fais c’que j’veux ! » dans une piètre imitation de ma personne.

 

J’écris depuis longtemps, j’écris pour plein de rasions, j’écris sans vouloir qu’on me comprenne, j’écris et me dit que le lendemain, tout ça n’aura sûrement plus de sens.

Et je n’aime pas me relire.

 

Comme l’idée qu’il puisse connaître de moi des choses très intimes — des mots que je ne révèle pas au grand jour, des pensées que j’ai nourries parfois à mon insu, des idées qui ont mûri, tapies, loin des regards et des oreilles qui pourraient s’en emparer – sans trop d’effort — même si parfois IE s’évertue à rendre très ardue la tâche consistant à taper quelques lettres dans une barre d’adresse – me gêne.

C’est comme s’il écoutait aux portes durant mes conversations de filles.

 

Comme s’il m’épiait par le trou de la serrure.

 

C’est comme s’il assistait à ma séance de psychanalyse en prenant des notes.

 

Comme si tout ça, mais je ne sais pas ce qu’il a entendu, vu, ressenti ou compris sais juste qu’il peut tout voir.

C’est comme s’il prenait des choses que je n’ai pas envie de donner, pas comme ça, pas maintenant.

 

Et puis, ce blog, c’est quand même un refuge bien pratique pour se cacher, geindre et pleurer sur mon sort, me faire consoler par des gens que je connais pas, et qui ne me connaissent pas vraiment.

C’est l’endroit où je peux exagérer, ma faire odieuse, ou encore affiner certaines réflexions peu abouties « presque » pour moi-même.

C’est un rempart.

Une cachette
visible potentiellement de tous, mais qui n’est accessible qu’à ceux qui savent qu’elle est là, et quand bien même, quand ils s’aventurent à en tourner les pages, ce cahier en ligne garde cet anonymat rassurant.

 

Je pourrais, afin de le détourner de cet endroit, écrire des choses qu’il ne souhaite pas entendre.
Des choses que je n’ose pas lui dire en face, parce que je ne suis pas prête ou que j’ai peur de sa réaction.

 

Oui, je pourrais faire ça. Mais je pense que ça le peinerait beaucoup.

 

D’autres idées ?

Anyone ?

2004-11-23 18:53

Quand le téléphone de neuneu sonne, il le laisse sonner  au moins deux fois.

La première sonnerie amène l’incrédulité (la sienne, la nôtre). Ce premier son ne lui est familier que parce qu’il a l’habitude d’entendre nos amis  et collègues nous appeler pour nous convier à des événements sociaux à caractère hautement festif (déjeuner dans le bistrot du coin, partie de flipper dans le bistrot d’en face, distribution gratuite de chouquettes, découverte du dernier gadget électronique à la mode, ou partage des émotions provoquées par le dernier petit film téléchargé qui montre un chat espiègle tapant sur la tête d’un enfant trop taquin…). Mais en général, cette mélodie étrange sort de NOS téléphones à nous autres, personnes appréciées dans la société pour notre convivialité, nos bons mots, nos bons plans, notre caractère, notre bonne tenue en société, et toutes ces rasions qui font de nous des êtres charmants, ou à défaut avec qui il est agréable de passer quelque temps.

Là, il se refuse tout bonnement à penser que quelqu’un est vraiment en train de chercher à le joindre. Il avait presque oublié l’emplacement sur son bural de cette petite chose d’où sort la voix des gens qui ne veulent  s’infliger ni la vision d’horreur de sa petite tête à grandes oreilles posée sur ce corps ingrat, ni son bla-bla indigeste et bégayant.

Pris d’une fulgurence au souvenir de l’endroit où il a rangé le téléphone, il échappe de peu au torticolis en tournant violemment la tête pour se concentrer sur la machine à parler : le téléphone. Il doit exercer son pouvoir de Jedi pour convaincre le téléphone de chanter encore une fois, une seule petite fois encore…

 

Le laps s’écoulant entre les deux sonneries voit se succéder dans son petit corps de pré-adolescent portant en cachette les vêtements de papa avec les bijoux de maman pour voir comment ça fera quand il sera plus grand :
- le doute,
et s’il ne sonnait plus ce fichu téléphone auquel sont raccrochés tous mes espoirs d’être un jour accepté parmi les humains ?

- l’agacement,
et si on m’appelait pour me demander un énième détail technique ?

- le désespoir,

et s’il ne sonnait plus jamais ? Plus jamais de la vie ?

- l’espoir,
s’il sonne, je pourrais peut-être aller m’enfermer dans les WC pendant 30 secondes, le temps de faire ma petite affaire…

- la lucidité,
je ne suis qu’une sous-merde.

 

Mais arrive la deuxième sonnerie, il se remet de son excitation, serre les jambes pour masquer un début d’érection et jette un regard triomphant à tout le monde autour…  « Hé hé, mais mais qui m’appelle donc les amis ? » chantonne-t-il rasséréné. Personne ne répond, normal, on n’est pas des voyants, et , j’allais oublier, il n’a pas d’« amis ».
Il saisit le combiné — poussiéreux — puis attend quelques secondes, comme s’il était occupé par une autre discussion (mais c’est qu’il affine sa technique, le bougre !), toussote pour se donner de la contenance, et se lance. Là, voilà, il répond, avec sa voix la plus forte et la plus grave – je l’imagine le soir en train de soigner sa gorge douloureuse à force de se faire passer pour un garçon post-pubère, je le vois en train de souffrir atrocement en se faisant des piqûres de testostérone direct dans la carotide pour simuler un peu de cette virilité qu’il a désespéré de jamais conquérir naturellement.
Il articule exagérément le nom de l’infortuné correspondant, histoire que tout le monde sache qui a besoin de lui.
Il déblatère pendant trois minutes son long et creux monologue.
L’interlocuteur déclare forfait, la discussion prend fin.
Il est heureux, il s’absente pour aller aux WC.
Il en revient, soulagé, allégé.

 

Encore une foutue bonne journée.

2004-11-23 12:36