Une nouvelle unité monétaire vient de naître, et quelques-uns de ceux dont je partage le bural — avant-gardistes en diable, précurseurs à bien des égards, de vrais trendsetters je vous dis — l’utilisent déjà couramment :il s’agit du ¤ta-daaaaam¤ « zeuro ».

 

Le problème lorsqu’on change de monnaie, c’est cette longue période de transition pendant laquelle cohabitent avec plus ou moins de bonheur et de qui pro quo, l’ancienne et obsolescente unité, et la nouvelle devise avec ses pièces jeunes, toutes propres et reluisantes, ses billets repassés, quasi-vierges d’empreintes digitales et de germes en tout genre, avec de nouveaux systèmes anti-faux qui vous obligent à endurer des regards pleins de suspicion et des minutes d’attente angoissée et constellée de gouttes de sueurs froides pendant que la caissière du Carrouf’ vérifie que ce gros billet que vous lui avez tendu est authentique.
La période de transition se caractérise par une sorte de nouvelle Bataille d’Hernani perdue d’avance pour le clan des Anciens qui s’obstinent à parler en monnaie d’avant, laquelle est, il n’y a pas de secret, vouée à disparaître. Les Modernes quant à eux, s’expriment avec verve et facilité dans la nouvelle monnaie et regardent avec pitié ceux qui ne réussissent pas à formuler les prix comme eux : les vieux quoi. Pis encore sont ceux des Modernes qui ont connu l’unité précédente pendant plus de 20 ans et qui feignent soudain des efforts de mémoire surhumains quand on leur parle autre chose que leur sabir nouveau quand on en vient aux prix, comme s’ils avaient à tout jamais oublié ce que c’était la vie avant…
Et puis, il y a les bilingues, les neutres quoi. Ceux-là se sont en général habitués à la conversion de toutes les sommes de la vie courante (prix d’une baguette, panier moyen de la ménagère, facture EDF, un séjour au ski, une nouvelle paire de pompes…), ils ont de bonnes idées des ordres de grandeur mais préfèrent parler de montants importants dans leur bonne vielle unité (en général, avec l’inflation, le désir de monnaie forte, tout ça, ça fait beaucoup plus en anciens sous !). Ce sont souvent d’ailleurs les interprètes pour les quelques largués, ceux qui jonglent sans problème des euros aux anciens francs pour dire :

« Mamie, rendez-vous compte, la dernière cagnotte de l’Euro-Miyon s’élevait à près de pfouuu…¤petit temps de réflexion où le bilingue psalmodie des calculs ésotériques¤ 22 milliards de centimes, hein… Dites donc, on peut vous en payer des cercueils en noyer intérieurs matelassés et des veillées mortuaires au Ritz avec ça, hein, Mamie, non, réglez votre sonotone là… Ha, c’te vieille carne qui va pas crever tout de suite pour arrêter de nous faire chier, non ! ».

 

Mais là, avec le zeuro, pas de calculatrice, pas de changement de caisse enregistreuse, pas de ridicule petit convertisseur en papier bristol (qui ressemble à ces cartes d’anniversaire où on fait tourner le petit disque pour afficher le bon âge – soit dit en passant, ça ne sert à rien, parce que le disque se déplace toujours et le récipiendaire de la carte est toujours perplexe devant le chiffre indiqué…). ¤ J’entends déjà les commerçants soupirer de soulagement (c’est vrai quoi, après le bogue de l’an 2000, le passage à l’euro, on n’allait pas encore les solliciter…). ¤

En effet , le zeuro a un taux de conversion assez simple par rapport à l’euro. Les deux sont à parité parfaite. 1 zeuro =1 euro (précision pour neuneu).

 

Ainsi,
les téléphones mobiles dernier cri coûtent au moins 100 zeuros,
et pour un bon repas au restal on peut dépenser facile 28 zeuros.

¤ Là, j’entends de nouveau les commerçants, mais maintenant, ils râlent parce qu’ils ne pourront pas nous arnaquer avec des arrondis à la dizaine supérieure sur les nouvelles étiquettes. ¤

 

Par contre, et c’est là que ça se complique, il faut savoir que certains prix seront toujours indiqués en euros : un joli mug à 5 euros, un cahier à 1,50 euro, etc.

 

Conclusion : le zeuro, c’est facile, c’est juste une petite habitude à prendre. Les gens du bural l’ont bien compris et ont intégré les subtilités du maniement du zeuro.

 

Ca, ou bien ils ont UN GROS PROBLÈME DE PATAQUÈS*

 

Non, parce que bon, je ne veux pas jour les Maître C., (je fais des fôtes d’aurtograffe) mais quand même, zut quoi !

 

***

*Pataquès : au sens propre, c’est une faute commise à l’oral, une liaison mal-t-à propos.

Cela vient de la déformation de « je ne sais à qui c’est »

> « Je ne sais pas à qui est-ce »

> « Je ne sais pas à qu’ess »

> « Je ne sais pas t’à qu’ess »

> « pataquès ».

2004-11-24 18:00