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Donc, je sors…

…mon téléphone de mon sac.

Je compose le numéro de Viv. Sa voix enregistrée annonce :

- Bonjour, vous êtes bien sur ma messagerie vocale, je ne suis pas disponible pour l’instant alors laissez-moi un message…
- Vivi, c’est Jazz. Bon. Tout va bien, je suis arrivée à mon rencard, et je crois que je vais bien m’amuser ¤ n’y voir aucun sous-entendu sexuel ¤. Si je ne t’envoie pas un SMS pour te confirmer que je suis bien rentrée chez moi d’ici 01h30 du matin, tu peux commencer à t’inquiéter et à lâcher les chiens. Auquel cas, je compte sur toi pour donner une bonne photo de moi pour l’avis de recherche. NAN, c’est bon ! ¤ Viv, il faut la ménager, c’est une fille sensible qui s’inquiète vite pour ceux qu’elle aime ¤ Nan, j’rigole, enfin, pour l’avis de recherche oui, mais pour le reste, le SMS et tout ça, c’est sérieux.

Allez bisous,.

Ah, et je précise que je n’ai pas bu !

Re-Bisous ! Bye !

Une bonne chose de faite.

Je compose alors le numéro de Fred.

Depuis mon poste d’observation… j’observe (!), le téléphone collé contre l’oreille, la main en porte-voix pour qu’il n’entende pas trop les bruits extérieurs et en déduise que je me trouve à moins de 25 mètres de lui.

- ^

O O

^

‘–’

Pendant un instant, je prie avec ferveur tous les dieux du monde pour que quelqu’un d’autre que le figurant de Blanche-Neige et les Sept Nains décroche…

Quasiment au même moment, un séduisant jeune homme du groupe d’amis et le culbuto se mettent à fouiller précipitamment, fébrilement dans leur poche.

Pourvu que…

à suivre…

2005-01-14 17:28

Des vidéos “sportives” qui me font rire…

- Rocky is back
- Comment jouer au basket, même sans ballon

- Le record du monde de CupStacking
2005-01-27 14:26

Non, ce n’est pas le Journal de cette Lou-là.

C’est un Lou au masculin singulier.

Singulier, parce qu’il n’est pas né comme les autres.
Alors son papa nous raconte son apprentissage de la vie…

A découvrir ici.

¤ Merci à Leeloolene pour ce lien ! ¤
2005-01-27 14:04

Aujourd’hui, je savoure les dernières heures, les dernières minutes d’un temps qui à jamais sera révolu.

Hier, j’ai regardé mon visage dans la glace.

Je me suis vue.

Je n’ai pas regardé mes yeux, ma peau, ou ma bouche, séparément comme des pièces juxtaposées.

J’ai vu mon visage tout entier.

Je me suis vue.

Je me suis rendu compte que je n’avais plus ce visage d’avant. Ce visage d’enfant. Mes joues restent aussi charnues, mais j’ai grandi.

Quand j’étais petite, j’étais impatiente d’avoir 12 ans, puis 15, puis 18.

Je ne m’imaginais même pas au-delà de 23 ans.

Comme si s’étendait au-delà une terre inconnue, qui dépassait de loin mes capacités d’imagination et d’extrapolation.

Ou comme si je pensais que le malheur finirait de m’étreindre avant.

Comme une limite.

Demain, j’aurai 26 ans.

Le temps est passé. Ni rapide, ni lent. Juste passé, au rythme de cycles qui nous paraissent irréguliers, à nous qui ne savons pas toujours écouter. Comme dans un roman. Lorsqu’un an passe en une ligne et que deux heures demandent une description d’une vingtaine de pages.

Je ne me plains pas de mon âge, non. J’ai juste l’impression de ne pas l’avoir.

Comme si tout d’un coup je me réveillais adulte. Avec quelques filaments blanc-argent qui élisent domicile sur ma tête ¤ et même à un endroit ou je n’aurais jamais soupçonné leur présence si précocement dans ma vie ¤.

Avec des soucis d’adulte.

Avec des pouvoirs d’adulte.

Avec mes rêves d’enfant.

Avec la sensation que j’ai vécu l’existence d’une autre avant l’heure.

C’est drôle.

Aujourd’hui, je m’imagine femme, mère, je me projette dans 25 autres années.

Et je ris.

Je reviens vite au présent.

Je me dis que ça va.

Que mes cheveux blancs permettent à Célia de moins complexer à cause de ces quelques années de plus.

Que si j’avais pu raconter ma vie actuelle à la petite fille que j’étais alors, elle aurait probablement souri et dit : « non, je préfère ne pas savoir, j’aime trop les surprises. »

2005-01-27 13:03

Cette note-ci, m’a fait penser à la première fois où j’ai été “confrontée” au racisme.

 

Un jour d’école.

Je viens d’arriver au CE1, un jour et demi après la rentrée.

Ce jour et demi à mon passif me semble être une lacune, que dis-je, un béance irrattrapable dans le passé collectif de cette classe de CE1 dont je pensais que je ne serais jamais partie intégrante. Je me sens étrangère, comme imposée à ce groupe déjà bien formé et cohérent. Quand mes camarades parlaient de leur jour de rentrée avec la nouvelle maîtresse, je n’avais pas cette référence-là, je ne pouvais pas partager ce souvenir, et je m’excluais toute seule pour me punir de cette immense et impardonnable déloyauté.

En plus, j’étais la benjamine de ce nouveau groupe, deux années me séparaient des autres. Je me sentais heureuse d’être parmi eux, mais dans la peur d’un rejet. Quand le directeur m’a amenée dans la classe de ma nouvelle maîtresse, il m’a présentée ainsi :

- Bonjour, je t’amène la petite Jazz qui vient du CP, à qui j’ai fait passer des tests, je te la confie, hein. On en reparlera plus tard, quand sa mère viendra la chercher. Hmm hmmm… [Aux élèves :] Bonjour les enfants, je vous présente une nouvelle camarade de classe, elle s’appelle Jazz. Merci de l’accueillir dans votre classe. [A la maîtresse de nouveau :] Où veux-tu qu’elle s’asseye ?

- On va te mettre à côté de Christophe, d’accord ? [A moi :] Tu veux bien aller t’asseoir à côté du garçon, au deuxième rang, là où il y a une place libre ?

- Oui Madame ¤ A l’époque, j’avais élaboré la théorie suivante : le fait d’appeler ma maîtresse « Madame », plutôt que l’ennuyeux et convenu « Maîtresse », lui prouverait que je la voyais non pas comme quelqu’un dont je dépendais, mais plutôt comme une femme que je respectais et que je remerciait pour le temps qu’elle voulait bien consacrer à nous instruire. C’était décidé, ça deviendrait mon signe distinctif….que mon sentiment de marginalisation accrû m’a poussé à abandonner au bout de deux jours. Je n’étais pas très courageuse… ¤

Comme c’était le tout début de l’année scolaire, au cours de la première semaine, le matin, la maîtresse vérifiait les acquis du CP, lecture, écriture, calcul, et l’après-midi, nous nous livrions à des activités artistiques : coloriage, dessin, lecture.

Au cours de ma première après-midi, nous avons donc reçu chacun une feuille représentant un Bambi à colorier. ¤ Mais jusqu’à la fin de cette semaine-là, j’ai vraiment cru que le CE1, c’était super relax. ¤

Mon voisin, dès que la maîtresse avait le dos tourné m’assaille de questions :

« Pourquoi t’es pas venue à la rentrée ? », « T’étais où avant ? », « T’as quel âge ? » « pourquoi t’es venue ici ? ».

Curiosité saine. J’étais tiraillée entre le désir d’obéir à ma mère qui m’avait interdit de bavarder en classe, surtout qu’à la grande école, c’était plus sérieux qu’à la maternelle, et celui de répondre aux questions insistantes de ce petit brun un peu rondouillard comme moi. Refuser de lui donner satisfaction, c’était me rendre encore plus antipathique, déjà que je prenais le train en marche. Mais je ne pouvais déroger à la règle maternelle. Je fis un petit écart en écrivant au crayon à papier, au dos de ma feuille Bambi :

On va parler à la récréation.

¤ Ecrire les mots en entier, « récréation » au lieu de « récré », ça aussi faisait partie de mon côté snob aussi ça, j’écrivais les mots dans toute leur longueur, tels que tout le monde le devrait, parce que, selon moi, la langue écrite devait se différencier de la langue orale par la perfection de ses structures, de ses formes, de ses proportions, de son rythme. Tout écrit devait être de la prose réfléchie, étudiée, respectée. J’ai vite abandonné ce principe aussi… ¤

Un petit coup de coude pour attirer son attention discrètement, et j’indique à Christophe les lettres tracées sur le papier qu’il déchiffre.

- Tu peux parler, murmure-t-il avec un haussement d’épaules, elle dira rien la maîtresse.

Je secoue la tête frénétiquement de droite à gauche pour lui signifier que je ne souhaite pas continuer cette discussion muette. Je me mure dans un silence éloquent… et n’oublie pas de gommer la trace de mon méfait.

Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit que je ne devais plus prêter attention à ce que disait mon voisin et me concentrer sur mon coloriage.

Christophe continue de parler, je n’entends plus rien, absorbée par le choix de mes couleurs, attentive au détail, la main ferme mais pas trop pour un coloriage dans les règles. Je m’applique, c’est mon premier acte au sein de cette classe, il s’agit de ne pas se rater !

Christophe pose toujours ses questions.

Je n’entends plus le monde autour de moi, j’insuffle la vie et les couleurs à Bambi. Son œil s’anime, son pelage prend forme. Silence ! Je crée !

J’entend Christophe me traiter de « copieuse » alors que je ne regarde même pas son dessin. Il dit autre chose qui m’échappe.

J’ai un très vague souvenir de Christophe allant voir la maîtresse, et partant avec elle hors de la classe. Elle nous demande de rester sages.

Elle revient.

La cloche sonne.

C’est la récré(ation). Tout le monde me pose des questions, anciens camarades du CP, nouveaux du CE1. A peine le temps de répondre à leurs questions.

Et déjà, la cloche sonne.

En rang. C’est le retour en classe.

Je me rassieds. Pas de Christophe. Peut-être à l’infirmerie.

Et puis, Christophe réapparaît. Le Directeur n’a pas l’air content. Ce n’est pas sympa, s’il était malade ce n’est pas de sa faute, il ne faut pas lui en vouloir. En tout cas, Christophe ne parle plus.

Le reste de l’après-midi se déroule sans encombre.

Ma mère vient me chercher.

Le directeur lui parle. Encore. Je me dis que s’il passe autant de temps avec tous les parents d’élèves, il ne doit pas avoir le temps de dormir. Je regarde le ciel de septembre. Je joue à la marelle toute seule pendant que Maman parle de je ne sais quoi avec Monsieur le Directeur.

Je me dis que je suis peut-être un de ces « enfants à problèmes » dont on parlait dans le magazine de Maman. Ou alors, j’ai du mal à m’adapter à ma classe, tout le monde l’a senti et on veut me remettre au CP. Je vais essayer de cuisiner ma mère subtilement pour en savoir plus sans pour autant éveiller ses soupçons quand à mes problèmes d’intégration.

Elle sort du bureau, le Directeur pose sa main sur ma tête en me demandant si ça va.

Je réponds que oui et lui demande si on peut rentrer. Ma mère remercie chaudement le Directeur et nous prenons le chemin de la maison. Enfin !

Pendant que nous marchons, en faisant attention à éviter les voitures en traversant sur le passage protégé, elle me demande de lui raconter mon après-midi.

Je lui apprend en gros que le CE1, c’est fastoche. Que je m’attendais à quelque chose de plus dur. Elle demande :

- C’est tout ?

- Oui Maman !

- Ca c’est bien passé avec ton voisin de table ?

- Il était très bavard, mais je ne lui ai pas parlé. ¤ C’est vrai, écrire, ce n’est pas parler ! ¤ Dis, Maman ? ¤ Ca la fait craquer quand je dis ça. ¤ De quoi t’as parlé avec le directeur ?

Maman prend ce ton que je lui connais quand elle veut m’expliquer quelque chose d’important, de difficile, de compliqué, ce ton qu’elle avait adopté pour me dire que si parfois mon père perdait les pédales et la battait ce n’était pas une raison pour l’aimer moins, que travailler c’était très important, que faire l’amour, c’était pas juste presser ses lèvres contre celles d’une autre personne en tournant la tête de part et d’autre comme à la télé. Elle m’apprend ainsi que Christophe a fait quelque chose de mal. Qu’il a été un peu méchant avec moi mais qu’il ne devait pas s’en rendre compte. ¤ Ah bon, il a été méchant ? ¤

Que les mots qu’il m’avait dits ne devaient pas me blesser.

¤ Mais pour qui Maman me prend-elle ? Tout ce tintouin parce que j’avais probablement utilisé les mêmes couleurs que lui pour colorier un faon : du marron clair, du marron foncé, du jaune, du noir, et quelques tâches laissées en blanc, quelle inventivité, il aurait dû déposer un copyright ! ¤

Et là, Maman m’informe que mon bon voisin Christophe a été mené de salle en salle par le directeur qui lui tirait l’oreille et qui sermonnait tous les élèves de chaque classe de l’établissement sur le respect des autres quelles que soient la couleur de leur peau, leurs croyances, leurs origines. Tout ça parce qu’il m’avait traitée de « copieuse » et qu’il avait ajouté quelque chose d’autre que je n’ai jamais entendu, mais qui n’a pas échappé à ma maîtresse…

2005-01-24 17:15

- Tu veux savoir ce que j’en pense ? Hé bien, je ne trouve pas de mots pour décrire le mépris que ce genre de comportement m’inspire. [sourire carnassier dévoilant mes canines acérées et prêtes à mordre]

- …

- Sache que les femmes ne sont pas des chaussures. Tu devrais le savoir. Et tu aurais dû être profondément choqué de ma grotesque comparaison. Ensuite, tu crois vraiment que toutes les femmes sont à ce point désespérées ou folles qu’elles sont toutes à TES pieds, qu’elles se sentent honorées d’être par toi choisies, pour se tenir à ta dispo 24/7, pour que tu les exhibes en société comme un trophée, alors que t’as une bobonne à la maison qui attend innocemment le retour du mari prodigue ? Tout ça, parce que ça fait bien d’avoir une à montrer, l’autre à cacher ? Je ne sais pas si c’est de la naïveté ou un ego sur-dimensionné résultant d’un complexe d’infériorité fort justifié par ailleurs. [sourire « je t’emmerde gros con »®]

- Non, mais je lui ai déjà dit que je serais partagé et que j’aurais d’autres, comment dire, « activités » à la ville.

- Et tu crois que ça améliore ton cas ? Ne dis plus rien, s’il te plaît, tu t’enfonces. Toujours est-il que tu as bien de la chance qu’elle accepte « ça » de ta part. Je ne te demande même pas ce que tu penserais si tu étais à sa place, si on inversait les rôles, parce que je suis certaine que tu vas trouver une réponse qui te semble logique. Mais alors, le pire de tout, c’est que tu me fasses l’insulte de me proposer ce « partenariat ». Il y a des escorts qui sont payées pour ça. OK ? Moi, je ne veux pas du tout être un membre de ce ménage à trois, et qui ne sert que ton plaisir égoïste. Et ce n’est pas ton argent, qu’entre nous, tu utilises très mal, enfin, d’après ce que je vois [j’insiste du regard sur son accoutrement des pieds à la tête], ni même tout l’or du monde qui me feront changer d’avis. Je trouve ça, tout simplement infecte.

- Ahhhh… Non, non, non, ne te méprend pas, je ne parlais pas de toi, je ne te faisais pas de proposition, tu n’es pas ce genre de femmes, je le sais, et puis, tu ne me conviendrais pas. Ah ? Tu as crû que je te faisais une propo…

- Quoi ? Et tu espères que je vais gober ce genre de retournement de veste de dernière minute inspiré par la honte ? Assume ! Tu insultes aussi mon intelligence là, tu veux que je te re-serve les propos que tu m’as tenus tout à l’heure ? Que j’étais le genre de femme qu’il te fallait, que tu me demandais si je voulais être ta paire d’escarpins de sortie ?

- … [air penaud]

- Minable !

Je prends mon billet, le pose sous la coupelle, sur la table. Mon manteau vole sur mes épaules. D’un pas résolu et libre, je m’évade après avoir fait un signe de tête à la serveuse et un grand sourire au trio enchanteur.

Il me suit. J’entends son pas lourd et sa respiration haletante derrière moi.

J’accélère.

J’attends pour traverser la rue, il me rattrape.

Il me dit :

- Non, ne nous séparons pas comme ça. Ca aurait pu être tellement bien. Bon, tu as bien compris que j’étais intéressé par toi. D’accord. Mais… Laisse-moi encore une chance de te monter que tu as tort de ne pas accepter. Viens, je te propose de venir boire un verre chez moi. Tu pourras voir le tableau, si tu l’aimes, je le garde. Pour l’amour de l’art. Allez !

- Je rentre chez moi, fais-en de même, trouve-toi une vie, ciao ! [mépris acide et transperçant quand le toise]

Nous traversons. Je descends les escaliers qui mènent vers le métro.

Il me retient par le bras.

¤ GROSSIERE ERREUR. Il a donc bien une mémoire de poisson rouge… ¤

Je le regarde, je regarde son bras. Je me concentre, et…

HOP !

Il retire sa main comme sous l’effet d’une brûlure.

¤ ha ah ! Ce bon vieux pouvoir de Jedi arrive toujours à me surprendre… ¤

Ca y est ! L’expérience est TER-MI-NEE. Je rentre chez moi. Ca fait du bien.

Oui, mais. Il y a un hic !

Je suis sur le quai, seule, il est tard.

Je consulte les horaires du métro et je me dit que je vais rater la correspondance avec le dernier qui devrait me ramener chez moi.

Je me résigne à prendre un taxi… que j’attends près de vingt minutes, debout, alors qu’il commence à bruiner, et que j’ai les pieds qui souffrent dans ma paire de chaussures pointues.

Une Renault s’arrête, le chauffeur n’est plus en service mais il accepte de faire une dernière course pour moi. Je le remercie, lui souffle mon adresse en jetant mon corps là sur la banquette arrière. Je masse mes pieds endoloris.

Ouf ! la soirée est finie.

Je suis chez moi, je quitte mon manteau et balance les instruments de torture que j’ai aux pieds.

J’appuie presque machinalement sur les touches de mon vieux Nokia de l’époque.

Ma Vivounette,

suis bien rentrée,

ai plein de choses

à te raconter.

bisous. Jazz

_ F I N _

¤ Voilà, j’ai mis fin à mon post fleuve. Merci, merci, merci de l’avoir lu jusqu’ici. ¤

2005-01-20 18:08

¤ Je pensais donc à toutes sortes d’éventualités, à tout, sauf à ça… ¤

 

- Ben, c’est qu’elle est un peu… enfin, elle manque de… tu vois ?

- Non !

- Tu sais, je fréquente des milieux très chics et huppés, où il faut sans cesse faire preuve de raffinement, de culture et montrer que l’on partage certaines valeurs. Et j’ai peur qu’elle fasse tâche.

- Fasse tâche ? ¤ avec ma technique de l’écho, je viens d’obtenir à une vitesse fulgurante mon diplôme pratique en PNL et maïeutique 1er niveau. ¤

- Elle ne parle pas très bien la langue, mais ça peut s’apprendre, mais elle ne comprend pas mes blagues ¤ personne ne peut le lui reprocher ¤ elle n’a pas été à l’école très longtemps, elle a fait son éducation toute seule, tu vois, l’école de la vie, quoi…

- Je ne vois pas en quoi c’est grave, au contraire, et surtout si tu l’aimes.

- C’est pas ça la question ! Intellectuellement, elle ne convient pas à mon statut. J’aurais presque honte de l’amener à des dîners, à es soirées, surtout avec la sortie de mon bouquin…

- Ortie de ton bouquin… ¤ je m’amuse même à tronquer les mots maintenant ¤

- Donc, il me faudrait une femme avec un sens de l’humour, une femme qui présente bien et qui soit ma partenaire dans la haute société. Une femme comme toi, quoi.

 

¤ QUOI ?????

Il me propose de faire l’escort de luxe ou quoi ? ¤

 

- Mais tu sais, tu as des compensations dans ce cas-là. Et puis, tu peux voir d’autres personnes quand je n’ai pas besoin de toi.

- … [je suis toujours sous le choc]

- Tu vois, c’est une sorte de contrat. Tu me donnes la priorité dans ton emploi du temps, tu fais ce que tu veux de ton temps libre, et te fais profiter des plaisirs de la vie, le luxe, la bonne société, les meilleurs restaurants, etc.

- … [je reste interdite]

- Alors, dis-moi ? Qu’est-ce que t’en penses ? Hein ?

 

Il m’a prise de vitesse ! C’est ça, ça ne peut pas être autre chose que ça.

Il a eu envie de se débarrasser de la vieille chieuse râleuse et boudeuse que je suis en se faisant passer pour un homme odieux.

C’est l’arroseuse arrosée !

Bravo Culbuto Fred !

Je dis, Môssieu Culbuto Fred, même.

Tu veux jouer à ça petit ? Pas de prob… Hé ! Mais si c’était vrai ?

Non, il ne faut pas prendre de risque avec ce genre d’individus. De plus, c’est une porte de sortie rêvée pour moi.

 

- Fred, tu veux savoir ce que je penses de ta proposition, c’est ça ? [sourire]

- Oui ! Alors ?

- Si je comprends bien, tu souhaites avoir une femme au foyer, douce, gentille, aimante et soumise j’imagine, et une autre pour l’apparat, les soirées, la vie publique ? Je me trompe ? [sourire toujours]

- T’as tout bon.

- Donc, c’est comme si, disons, tu voulais, heu… une paire de bonne vieilles charentaises sexy pour rester à la maison, et une paire d’escarpins sexy pour sortir ? Exact ? ¤ Il va tomber dans le piège que je lui tends. ¤ [sourire se rapprochant de la crampe]

- Ouiiii ! [enjoué]

- Et tu me demandes ce que j’en pense, si je voudrais être la deuxième ? C’est ça ?

- Exactement ! [heureux et soulagé]

 

à suivre…
2005-01-20 17:42

Il me livre sur le ton de la confidence torturée une info pour le moins inattendue.

 

« Tu sais, sur Internet, j’ai cherché une femme. Et j’ai cherché, cherché, cherché. J’en étais arrivé à la conclusion que les françaises sur ICQ sont toutes pareilles. Elles sont trop sélectives. Moi, quand je leur envoyais une invitation à tchater avec moi, elles répondaient OK, et tout se passait bien jusqu’à ce que je leur envoie une photo et mon numéro de téléphone et leur demande d’en faire autant. Là, elles commençaient à jouer les Sainte-Nitouche, elles ne voulaient plus avoir affaire à moi, elles allaient même jusqu’à dire qu’elles avaient un copain/mari, etc et qu’elles ne faisaient du tchat que pour le fun. J’ai passé mon annonce en anglais. Et là : BOUM ! J’ai eu des centaines de réponses de filles de l’est, des russes, des roumaines, des ukrainiennes, des filles superbes qui m’envoyaient des photos et leur email sans que j’aie besoin de leur demander. Des femmes sensuelles, avec leur charme slave.

C’est là que je me suis décidé à abandonner les françaises, définitivement. Toi, tu es un cas à part, t’as de la chance de me rencontrer, parce que tu ne m’as pas donné de photo, ni numéro de téléphone, et je ne réponds plus à ce genre d’annonces. Mais enfin, tout ça pour te dire qu’après avoir fait ma sélection parmi toutes ces bombes (sic) je me suis déplacé, j’ai été en Ukraine, j’en ai vu quelques-unes, toutes plus charmantes les unes que les autres, elles avaient toutes envie de venir en France, toutes envie d’emménager avec moi, de se marier, et cetera, parce qu’elles me trouvaient beau, attentionné, et qu’elles sentaient, les slaves sont très intuitives, que je saurais m’occuper d’elles, en tout cas, bien mieux que les hommes de chez eux qui ne savent pas apprécier les trésors qu’ils ont à disposition. »

 

Comme au fur et à mesure de son récit, son air de contrition s’est transformé en sourire béat, en éternelle optimiste que je suis, je pense qu’il a de l’humour, et je me dis qu’il rigole.

Mais non, encore une fois, il est sérieux.

Il croit à chacun des mots qu’il prononce.

Il a du plaisir à s’écouter parler aussi.

 

Il continue :

« Au retour de mon voyage, il y en avait une qui m’avait tapé dans l’œil. Elle m’aimait bien. Elle a une plastique parfaite. Elle a la bonne taille, tout ce qu’il faut là où il faut, etc… »

¤ Là, je me demande à quel moment j’ai basculé du statut de jeune femme à séduire, du genre de femme qu’il lui faudrait, à celui de pote de beuverie à qui on raconte ses conquêtes. Pourtant, je n’avais pas pris de bière, ni gratté mon entrejambe, ni même roté bruyamment, encore moins discuté de la dernière stagiaire recrutée et qui a l’air méga-bonne. Je ne comprenais pas ce changement de situation. Choc brutal pour mon ego ¤

« Bref, PAR-FAI-TE ! [il a les yeux qui brillent, il doit penser à ses fesses.] Je lui ai promis de la faire venir l’année prochaine, ou d’ici deux ou trois mois. Elle reste pendant une période d’essai et puis si ça va, elle reste. Définitivement. »

 

Je réponds surprise :

- Ah, oui, c’est donc une affaire qui marche ¤ j’assume à fond mon nouveau rôle de copain de Culbuto le Hobbit, et je me refuse à le mépriser ouvertement pour sa terminologie inappropriée, une « période d’essai » ? ¤ Cette période d’essai est-elle reconductible ou non ? ¤ Oups ! ce sarcasme-là m’a échappé, je n’ai aucun contrôle de moi-même, ou quoi ? ¤

- Ben, on verra.

- Ah, OK. ¤ Je pouffe intérieurement, m’imaginant l’Ukrainienne avertie et maline lui demander un délai avant la signature de son CDI, juste le temps pour elle de consulter son syndicat, se mettre à jour sur le Droit du travail français, prendre connaissance de la convention collective des épouses slaves, et évaluer l’exhaustivité des avantages du CE… ¤ Lui as-tu promis davantage que le simple fait de vivre avec toi ¤ genre, des tickets-restal ¤ ?

- Ben, on verra pour le mariage et tout ça. On a le temps. Et puis…

- Oui, et puis… ¤ je fais écho à la fin de ses phrases, ça le relance… ¤

- Ben, si tu veux, c’est une femme parfaite, elle est belle, elle sait tenir une maison, elle sait faire à manger, elle saura s’occuper de moi, de mon intérieur… Mais bon, y’a quelque chose qui cloche…

- Bon, y’a quelque chose qui cloche…

 

¤ Là, je pense tout d’abord qu’elle doit avoir un gamin, puis je me dis qu’elle n’est peut-être pas très dégourdie au lit, ou qu’elle veut rapatrier sa sœur qui est aussi une bombe et qu’il a peur de vouloir tromper l’une avec l’autre, je me dis qu’il a peut-être découvert qu’elle était en fait un transsexuel et qu’ils n’auraient jamais d’enfants, ou bien que sa famille de culbutos n’aime pas les Ukrainiens depuis ce jour de juillet 94 où son père avait parié que jamais un perchiste ne passerait la barre mythique des 6,14m et que l’exploit de Sergueï Bubka a allégé le patrimoine familial d’une magnifique villa à Saint-Trop’, de huit Mercedes-Benz de collection, et d’une série rares d’œufs Fabergé. Bref, je pense à toutes sortes d’éventualités, à tout, sauf à ça… ¤

 

à suivre…

2005-01-19 18:10

Mon plan est simple : je me lève, je paie, je m’arrache.

Il ne peut ignorer mes intentions, aussi me demande-t-il de rester encore un peu parce que je n’ai pas eu l’occasion de parler de moi. Il me prie de l’excuser pour sa grossièreté.

Parler de moi ? OK.

 

Je modifie le déroulé de mon plan :

 

D’abord, je lui raconte que je suis violente, que j’ai frappé des hommes, que j’ai échappé de peu à la prison, que si je ne suis plus avec mon ex, c’est en fait, non pas à cause d’une banale « erreur de jugement » comme j’aime à le dire, mais parce qu’il a gardé un très mauvais souvenir de nos dernières disputes et que désormais, il se protège de ma fureur derrière une injonction du tribunal qui m’oblige à ne pas l’approcher à moins de 50 mètres, que mon psy m’a conseillé de sortir de nouveau en compagnie d’hommes pour savoir si mes envies de castrer toute la gent masculine persistaient.

 

J’insiste ensuite pour ne pas le revoir parce que je sens que mon chemin vers la guérison est encore très très long et que même si parfois j’ai l’air calme, je sais que mes pulsions restent incontrôlables. Je prétends que j’ai oublié de prendre mes psychotropes, et enfin, je me lève, je paie, je me barre.

 

¤ Je sais, c’est un peu alambiqué comme plan, mais on n’a pas tous les jours un zozo prêt à avaler une telle histoire, alors, je n’allais pas bouder mon plaisir. ¤

Pendant que j’échafaude ce scénario amusant, ¤ que dis-je jouissif ! ¤, il continue de vomir des mots : il ne comprend pas mes motivations à aller sur Internet pour rencontrer des gens, parce que je suis belle, intelligente, etc. ¤ oui, oui, c’est ça, essaie de m’endormir mon petit…¤

 

Mais finalement oui, il comprend, car lui aussi, il a du mal à trouver, malgré tout ¤ malgré TOUT ? malgré QUOI ? ¤ et qu’il a été très déçu du comportement des femmes avec lui.

 

¤ Il embraye, pas moyen d’en placer une ¤

 

Elles avaient toutes une seule envie : s’attaquer à son fric. Alors que lui, cherche le grand amour. Une femme avec qui il pourra partager tout ce qu’il possède et tout ce qu’il peut offrir, bla bla bla.

Pendant quelques minutes encore il me bassine avec ces histoires de fric, de possessions, de pouvoir, de Paris aux pieds de sa bien-aimée.

Bref, de tout, sauf d’amour.

Je n’en peux plus, je vais lui cracher mon venin à la figure, et me barrer. Il remarque que je ne le regarde pas, que je fais signe à l’hôtesse, et il dit :

- Tu t’en v…

- Tu dis que les femmes que tu as connues dernièrement ne s’intéressaient qu’à ton fric. Peut-être es-tu parano, ou, peut-être est-ce parce que tu ne mets que ça en avant. L’argent, le blé, tu ne parles que de ça ou presque depuis près d’une heure. Que dis-je ? Depuis ton annonce sur ICQ, c’est sous-entendu, et pas très finement d’ailleurs. Peut-être que tu tiens tellement à l’argent, au fait de montrer que tu en as, et que tu peux le mettre à leur service qu’elles ne se privent pas. Je crois qu’on peut trouver des circonstances atténuantes à ces femmes qui veulent plumer un mec qui se revendique pigeon. Non ?

- Tu vois, tu es le genre de femme qu’il me faudrait. Tu es franche, tu me dis mes quatre vérités en face…

- Et en plus, ton argent, je m’en fiche à un point et d’une force, tu ne t’imagines même pas.

Jugeant que ma dernière réplique peut faire office de point final, je fouille dans mon sac pour atteindre mon billet. Départ imminent.

En me remémorant ce dialogue, je me rends compte que c’est peut-être là qu’il a cru que j’avais mordu : nous cherchions tous les deux à faire passer un message à l’autre :

Lui à Moi : tu es la femme qu’il me faut, en tout cas, j’en veux une comme toi.

Moi à Lui : Ton argent, je m’en contrefiche, ah, et de toi aussi par la même occasion, si je reste c’est plus par pitié ou par incrédulité, dans le but de pouvoir raconter ça à Célia et à Viv, et aussi pour le jazz.

Au lieu de cela, il avait probablement entendu quelque chose comme : je Te serai dévouée et je ne m’en prendrai pas à Ta fortune si Tu me choisis, ô Grand Pharaon réunificateur d’Egypte, fils de Râ. La grandeur de Tes richesses jamais ne m’éloignera de mon but unique dans la vie : t’aimer, te chérir et faire de toi un souverain heureux.

Se sentant mis en confiance par cette déclaration déformée par son imagination et son ego, ou bien encouragé par un autre signal qui m’aurait échappé bien malgré moi, il me livre sur le ton de la confidence torturée une info pour le moins inattendue.

à suivre…

2005-01-19 15:26

… 4 – 5 !

 

Zut !

Triple zut !

Je suis toujours dans la salle d’eau impeccablement tenue de ce petit bar sympa.

¤ Ca m’apprendra à oublier ma plate-forme de téléportation ! ¤

 

Je retourne sur le ring pour un second round.

Prête à en découdre.

Pour de bon.

 

Je me rassieds.

 

- Dis-donc, elle a pas fini de nous casser les oreilles l’autre avec sa musique-là ? Tu trouves pas qu’elle chante mal ?

- Non. Bien au contraire.

Je savoure les dernières notes de musique en lui faisant bien comprendre que toute mon attention se porte vers le trio, et que lui n’existe plus.

 

A la fin du tour de chant, la chanteuse passe parmi les clients. Je cherche dans mon sac, mais Culbuto Fred me fait signe qu’il s’en occupe et dépose un billet dans sa corbeille en lui disant : « très bien » le pouce levé en signe d’approbation. Hypocrite.

 

Il la regarde s’éloigner, forcément, et reprends ses esprits.

- Dis-donc, t’es pas trop trop black toi comme fille ?

- Pourquoi tu dis ça ?

- Non, parce qu’en te voyant partir là tout à l’heure, je t’ai vue sous un autre angle et disons que tu n’as pas un petit cul de Sénégalaise.

- C’est peut-être parce que je ne suis pas Sénégalaise ¤ pour ceux qui ne le savent pas je suis Antillaise ¤. Mais bon, au moins je ne mens pas ouvertement sur ma personne, je ne dis pas que je suis beau, bien dans mon corps et dans ma tête alors que…[je le désigne de haut en bas, telle une potiche devant une machine à laver séchante dans le Juste Prix] A bon entendeur ! [sourire carnassier avec la tête inclinée].

¤ et pan, dans les dents ! ¤

 

L’air de rien, il repart dans une jactance sans fin sur son fric, sa vie, et tout et tout.

¤ Ce mec a la dent dure, ou alors, il a la mémoire d’un poisson rouge ¤

 

Comme je ne me montre pas curieuse, il part dans des interrogations rhétoriques forcées :

- Tiens, je me demande pourquoi j’ai rencontré autant de gens dernièrement ?

- …

- Ah oui ! C’est pour la promotion de mon livre, bien sûr !

- …

- Ouais !

- …

- Qu’est-ce que j’ai pu en rencontrer des gens ! La promo d’un bouquin, je ne pensais pas que c’était un tel exercice de relations publiques, n’est-ce pas ? Hein ?

-… ah, tu as co-écrit un bouquin ? ¤ Je me refuse à croire qu’il y soit arrivé tout seul, tout un bouquin ? Lui ? Tout seul ? Avec les faibles capacités intellectuelles dont il fait preuve ? Nooooooooooooon… ¤

- Oui, je suis co-auteur.

- … ¤ Bingo !¤

- Tiens, je te donne la carte de publicité qu’on a fait imprimer pour la promotion, si tu veux, je peux t’en donner d’autres pour que tu en parles autour de toi, en plus, t’es dans la com’ non ?

- oui, je suis dans la com’ ¤ et franchement j’aurais préféré ne rien connaître ni à la communication, ni à rien du tout en voyant l’immonde tract naviguer jusqu’à moi. ¤

- T’en voudrais combien ? Je peux t’en envoyer autant que tu veux.

- Aucun, merci, je me contenterai de celui-ci, je ferai des photocopies s’il le faut.

- Mais ce sera mieux en couleur, non ?

- Non, je t’assure que le noir et blanc a son charme parfois, et puis, la star c’est le livre, pas cette carte de pub, aussi imm… ¤ immonde ? ¤ immense soit-elle. ¤ Hé, tu crois que j’ai pas compris ton petit jeu pour avoir mon adresse espèce de stalker à la noix ? Amateur, va ! ¤

 

Je prends quand même sa carte professionnelle et j’enfonce les deux dans les profondeurs les plus abyssales de mon sac à main… et de ma mémoire.

J’ai fait ma B.A., je pense qu’il est l’heure de rentrer chez moi. Je le laisserai juste finir ce monologue, et je me lèverai en le remerciant pour la soirée qui aurait pu être pire, si par exemple, il avait entrepris un strip-tease intégral sur le comptoir, et je déposerai un billet qui couvrira ma consommation ainsi qu’un pourboire. Ouais, mon plan est bon.

 

De toute les façons, j’avais entendu le pire sur ce type, de sa propre bouche.

Enfin, le croyais-je…
mais la suite me laissera stu-pé-fai-te.

 

à suivre…

2005-01-19 14:22