Il ne veut pas nous accompagner pour nous protéger, et bien qu’il aille se faire foutre. Je ne lui dit pas, mais mes yeux ne mentent pas.
Je me dis que dieu n’existe probablement pas. La guerre, passe encore ; la faim dans le monde, la mort d’innocents, tout ça ma foi pouvait encore arriver à le supporter.
Mais le massacre de ma mère, encore une fois, après toutes ces années, non.
Si Dieu existait il ne laisserait pas faire.

Nous arrivons à l’hôpital.
Un médecin nous reçoit.
J’insiste pour accompagner ma mère.
Il l’examine.
Incrédule, il ne sait pas même pas quoi mettre sur son certificat.
Je lui récite les faits, parler devient douloureux pour ma mère, physiquement et dans sa tête.
Il écrit.

Ordonnance en poche, retour au commissariat.

Les hommes blaguent. Ils rient fort.
Je précède ma mère et ma voix les fait trembler : « maintenant qu’on a vu le docteur, on se met où pour porter plainte ? »
Le policier de tout à l’heure nous avait déjà oubliées.

Un autre s’avance vers ma mère. Il semble la connaître, mais ne la remet pas pour autant.
Ma mère lui rafraîchit la mémoire : « je suis la femme de votre ami. Vous étiez à notre mariage. Enfants, nous habitions la même commune. »

Il se souvient.
Il s’interroge sur moi, suis la petite fille espiègle à la langue bien pendue qu’il a connue ?
Ma mère lui apprend que je suis bien son aînée, que j’ai un petit frère. Elle débite ses quelques informations sur sa famille sur un ton badin, je crois même la voir esquisser un sourire, asymétrique. Comme si nous nous étions rencontrés dans un supermarché, au rayon frais.
Mais nous sommes au commissariat.
¤ Encore quelques salamalecs dans le genre et je jure que je vomis. ¤

Il l’interroge. A-t-elle divorcé ? Qui lui a fait ça ? Est-ce son nouveau compagnon ?
Je l’observe : il ne pense pas que son ami puisse être le responsable de cette figure de monstre dont est affublée ma mère. Une femme dont tout le monde a reconnu la beauté d’aussi loin que remontent mes souvenirs.

La nouvelle que je lui apprend le sidère : c’est mon père, son ami, le mari de ma mère, c’est lui qui a fait ça.
Emu, il demande confirmation à ma mère.
Ma mère s’en acquitte d’un hochement de tête honteux.
Sans appel.
Il ouvre la bouche. Ne comprend pas.
L’agent qui s’occupe des violences domestiques n’est pas là. Elle arrête son service à 17h00. ¤ C’est bien connu, les maris violents, les femmes qui frappent jusqu’au sang, les enfants incontrôlables qui lèvent la main sur leurs parents respectent tous le couvre-feu de 17h00. ¤

Alors, que faut-il faire ?

à suivre…

2005-04-29 16:12