Hein, que faut-il faire ?
Retourner à la maison et attendre patiemment l’ouverture des bureaux pour porter plainte ? Demain, il sera peut-être trop tard.
« Mademoiselle, n’exagérez p… »
Mon regard le fait taire.
L’ami de mon père demande au policier qui se dandine de prendre notre déposition.
- Mais pourquoi tu ne le fais pas, toi, tu es un ami de la famille ?
- Parce que je suis un ami de la famille, justement. Ne discute pas. Fais-le.
Ma mère est assise sur un banc, elle essaie de garder la tête droite. Elle ne peut pas pencher le visage en avant, sinon, le sang congestionné dans la moitié de son visage lui fait mal.
¤ Je revois souvent les histoires que j’ai vécues de manière symétrique, comme si je les regardais dans un miroir. Parfois, je peux même m’y voir. J’ai cherché dans ma mémoire quelle partie de sa figure était douloureuse. Je ne veux pas demander à ma mère de s’en souvenir. Normal. Mais si je retrace les événements encore une fois, étant donné la disposition des meubles et des pièces, je crois que c’est la moitié droite de son visage qui était gonflée, mais je n’en suis pas certaine. Mon père est droitier. ¤
Je suis assise à côté d’elle, j’ai envie de lui dire :
C’est bien fait pour ta gueule.
Je te l’avais dit.
Mais non, tu as toujours été naïve.
J’ai cette violence là en moi mais je me dit que je ne peux pas faire son procès maintenant. Mais quand ?
Ils tergiversent et finissent par nous indiquer une petite pièce.
C’est le flic mou qui va s’occuper de nous.
Je m’assois en face de lui. Il a arrêté de se dandiner.
Je lui donne le nom, le prénom, la date de naissance, l’adresse et le reste des coordonnées de ma mère.
tac… tac… tac… tactac… tac… Aïe, mer… !
Il tape avec son seul majeur sur son clavier pour entrer les données dans son vieux logiciel. C’est maladroit et lent.
J’enrage.
Soit je lui propose de taper à sa place, soit je l’assomme avec le clavier.
J’allais commencer à dévider le fil de cette soirée, mais il veut entendre la version de ma mère, pas la mienne.
Ma mère, avec difficulté, revit son calvaire.
Mais au bout de la première phrase…
à suivre…
2005-05-02 17:28

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