Hier, je n’ai rien publié.
Alors, aujourd’hui, c’est double ration.
***
(viii)
Au bout de la première phrase, il lâche :
- Aaaaah zut !
- Ah zut quoi ?
- Ben…
- Ben quoi ?
- Je m’étais trompé de ligne.
- Et alors ?
- …
- Alors ?
- Alors il faut tout recommencer ?
- Il n’y a pas de copier-coller ?
- … Moi je ne sais pas, ce n’est pas moi qui prend les dépositions d’habitude.
- Quelqu’un d’autre sait le faire ?
- Allez, ne vous inquiétez pas, on va tout reprendre.
- Quoi ?
- Alors, Nom ? Vous m’avez dit ?
- Je peux taper à votre place si vous voulez, je tape vite.
- Non, je ne sais pas si vous avez le droit.
- Bon, écoutez, je veux qu’on en finisse le plus vite possible.
J’égrène de nouveau les données personnelles de ma mère. Plus vite. La colère dans la voix.
Maman me demande de me calmer.
Je la foudroie du regard.
Elle ne sait rien, elle s’est fait avoir, et je suis encore dans cette histoire à la con.
Comme ce jour de la Fête des Mères où mon père l’avait tabassée. Ce jour où j’ai du aller à l’école sans comprendre pourquoi mon père la disputait et la battait. Ce jour où j’ai compris pourquoi il fallait connaître par cœur le numéro de téléphone de mes tantes.
Comme ce jour où j’ai vu mon père lacérer son manteau en cuir tout neuf celui dont on lui avait fait cadeau, ce jour où il a brandi un coutelas de coupeur de cannes devant mes yeux, je me rappelle la terreur de ma mère obligée d’aller partager sa couche avec cet homme, son mari, qui cette nuit-là avait décidé de ranger le coutelas sous son oreiller, le manche dépassant ostensiblement, à portée de main, pour la garder en respect.
J’assiste à tout ça. Je me retrouve au milieu de cette merde.
J’ai envie de ne pas exister.
Mais je dois aller au bout de cette nuit au moins.
___
(ix)
Déposition et plainte enregistrées.
Le reste de la nuit n’est que brouillard pour moi.
J’engueule ma mère, je lui dis toute ma rage.
Il n’a pas changé en plus de vingt ans de mariage. A quoi bon ?
A QUOI BON ? Pour quoi tenter de le raisonner alors qu’il doit quitter la maison d’ici 1 mois ?
Amour aveugle ou acharnement ?
Je lui fait savoir que j’ai mal pour elle, qu’il n’avait pas raison de la frapper mais qu’elle l’avait cherché et peut-être même bien mérité.
¤ Sur le coup, je ne le pensais qu’à moitié, aussi horrible que cela puisse paraître. Aujourd’hui encore. Je sais, c’est horrible, et désagréable. ¤
Elle a morflé.
Si elle avait fermé sa bouche elle n’aurait pas le visage en feu. Si elle m’avait écoutée, on n’en serait pas là.
Pourquoi l’avoir cherché si près de la libération ?
La nuit se termine. Je ne sais plus comment.
Je ne dors pas.
Demain est déjà là. Depuis longtemps, ce demain-là est douloureux.
Je vais travailler. Dans le coaltar toute la journée.
Ma mère aussi, malgré mes interdictions.
Elle va raconter aux collègues qui seront forcément intrigués qu’elle a pris une porte. Classique. Ils traduiront par eux-mêmes.
Pendant les jours qui suivent, mes parents s’évitent.
Mon père agit comme s’il ne s’était rien passé. Classique aussi. Il est coutumier du fait. C’est un pro de la dénégation et du déni.
Deux jours après, mon oncle apprenant ¤ par qui, je ne sais plus ?¤ que ma mère avait été rossée par mon père, exige que mon frère et elle volent au plus vite jusqu’à Paris, le temps que mon père se calme et qu’il quitte la maison dans un mois, comme s’est prévu dans la séparation.
Leur départ s’organise en secret.
Moi, je resterai avec lui et la bête qui sommeille en lui, parce que je dois finir mon stage obligatoire pour mes études.
à suivre…
2005-05-04 11:22

No comments yet
Flux de commentaires pour cet article