« Marie-Christine, elle a tout compris. »
« Marie-Christine n’a aucune note en dessous de B. »
Marie-Christine. Ah, Marie-Christine…
Marie-Christine, c’est mon Endicott à moi ¤ désolée pour cette allusion obscure pour toute personne ignorant ce chef d’œuvre de Kid Creole & the Cocunuts ¤. Enfin, c’était mon Endicott : quand j’étais petite, ma mère me parlait souvent (trop à mon goût) d’elle.
Marie-Christine et moi avons fréquenté la même école pendant plusieurs années, dans des classes plus ou moins concurrentes, jamais dans la même.
« Marie-Christine ne ronchonne pas quand sa mère lui demande d’aller chercher des trucs à la boutique. »
Les parents de Marie-Christine étaient du même âge que les miens, antillais aussi, et n’habitaient guère loin de chez nous, et, sans pour autant être des amis intimes mes parents aimaient bien à discuter avec eux de temps à autre quand ils se rencontraient sur le parking, à la superette, en venant nous chercher à l’école, ou sur le marché.
« Marie-Christine sait se coiffer toute seule. »
Marie-Christine était très bonne élève, toujours dans le trio de tête, et ses prouesses scolaires rendait sa mère bouffie de fierté ¤ une mère normale, quoi ! ¤.
Dans mon souvenir, Marie-Christine était grande, bien plus que moi, plus mince que moi, de bonne composition ¤ du genre à dire « dis, maman ? » en début de chaque phrase à sa génitrice, cette expression que j’ai toujours trouvée peu naturelle, et pour tout dire un peu faux-cul bien que ma mère m’ait assuré plusieurs fois qu’elle trouvait que ces deux mots formaient une bien belle musique à son oreille… Information que j’ai su utiliser à mon avantage à quelques reprises… ¤.
Le seul défaut de ce parangon de petite chérie : un pied qui rentrait un peu vers l’intérieur.
C’était la seule ombre au tableau. Et encore, ce n’était pas sa faute, mais ce panard de traviole constituait l’unique faiblesse que je pouvais exploiter.
« Marie-Christine est tellement polie. »
Combien de fois ai-je pensé à la manière dont un deuxième pied rentré lui siérait ¤ c’est vrai, quoi, un croche-patte est si vite arrivé ! ¤
Combien de fois ai-je imaginé la bêtise qu’elle avait commise pour être punie par cette extrémité contrariée et ce léger boitement ?
Combien de fois ai-je essayé de me consoler en me racontant qu’elle ne se marierait pas facilement à cause de ce handicap affolant, parce que les garçons sont bêtes et n’aiment pas les défauts physiques ?
Tant et tant de fois.
à suivre…
2005-05-11 19:11

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