« Marie-christine a souri sur sa photo de classe, elle, j’en suis sûre. »
Ma mère continuait à me bassiner avec son héroïne de la Comtesse de Ségur.
« Marie-Christine accepte de porter des jupes-culottes, elle, et ça lui va bien. »
Dans ma tête de petite fille, toutes ces références ne signifiaient qu’une chose : « ah si seulement tu étais un peu plus une petite fille modèle… comme Marie-Christine. »
Dans des moments de grande insécurité, ma paranoïa arrivait à me convaincre que ces comparaisons signifiaient en fait : « ah, j’aurais préféré Marie-Christine comme fille, parce que toi, t’es pas un cadeau, hein. »
« Marie-Christine qui est plus âgée que toi n’a pas besoin d’argent de poche. »
Au lieu de me motiver, ces allusions me galvanisaient contre la Marie-Christine.
Chacune des allusions de ma mère à Marie-Christine se soldait irrémédiablement par un bon quart d’heure de remise en cause, d’introspection, de jalousie, de doute et de torture mentale auto-infligée, mais le tout, en silence. Je me disais que Dieu n’avait pas livrée la fille qu’elle espérait à ma mère, que je la décevait, que je ne méritait pas son amour, que j’étais la Sophie dont les Malheurs avaient été consignés par la comtesse de Ségur ¤ encore elle ! ¤, la gaffeuse au mauvais caractère, pas Camille avec ses cheveux soyeux, sa perfection, ses vertus et ses dispositions, et tout et tout.
A bout de nerfs, un jour, j’ai dit à ma mère :
- Tu voudrais aussi que j’aie un pied tordu comme elle ?
- Non ! Bien sûr que non ma puce, m’a-t-elle répondu précipitamment.
Mais ma sortie l’avait choquée. Au point que les comparaisons devinrent plus espacées.
Et puis, peu de temps après, nous sommes partis en Guadeloupe, et comme le temps passait, que près de 7 000 km nous séparaient, Marie-Christine a disparu de ma vie et s’est rangée dans un coin obscur et poussiéreux de ma mémoire.
Des années après, me voici revenue dans l’Hexagone. Je l’avais presque complètement oubliée.
Il y a six mois environ, j’ai croisé dans une station de métro par laquelle je passe tous les jours, une nana qui lui ressemblait beaucoup…
à suivre…
2005-05-13 12:18

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