Mais voilà…
Moi, j’étais pressée.
Elle, elle semblait toute à ses pensées.
Et puis, ce n’était peut-être pas elle…
Je n’ai rien fait. Mais j’étais médusée.
Tous ses souvenirs qui remontaient. D’un seul coup.
Je m’en suis voulu, j’aurais dû lui faire un signe, esquisser un sourire et attendre sa réaction. Je n’allais peut-être jamais la revoir. C’aurait été l’occasion de la rendre humaine. De la faire descendre de ce piédestal.
Ca m’a hantée pendant quelques heures et puis, j’ai oublié.
Quelques jours ont passé, et je l’ai revue. Même station de métro, même endroit.
J’étais sûre, au fond de moi que c’était bien elle, mais je n’étais pas encore prête à l’affronter.
J’ai fui, évité de regarder plus longtemps dans sa direction.
Le soir même, j’ai eu ma mère au téléphone :
- Maman, tu ne sauras jamais qui j’ai croisé aujourd’hui dans le métro ?
- Qui ?
- Devine !
- Non, dis-moi, qui ?
- Marie-Christine !
- Marie-Christine qui ? Je la connais ?
- Comment ça ? Bien sûr que tu la connais ! C’était une petite voisine Martiniquaise à Morangy. Tu te rappelles quand même, une petite fille parfaite ! Ma-rie-Chirs-ti-ne.
Une voisine ? Non, ça ne me dit rien.
Et je l’ai crue. Cet accent de franchise dans la voix de ma mère ne peut être feint. Même au téléphone, elle ne peut pas mentir sans que je m’en rende compte, elle est trop honnête pour ça. ¤ Enfin, j’aime bien croire que mon pouvoir du Jedi me permet de détecter tout de suite le moindre petit mensonge. ¤
M’enfin, quelle déception. ¤ Comme si j’apprenais que la paire de chaussures pas chère dont je rêve n’existe pas dans ma pointure. En trois fois pire. Au moins. ¤
Pas la peine d’insister, elle ne s’en rappellait plus ¤ bon, j’ai quand même évoqué son pied de travers, ses célèbres couettes, ses résultats scolaires, rien à faire… amnésie totale ¤.
Bon, finalement, c’était une petite revanche sur Marie-Christine : ma mère se souvient de moi, mais pas d’elle !!!! ¤ Comme quoi, les fleurs, les petits cadeaux, les coups de fil, pour la fête des mères et les anniversaires, toutes ces petites attentions « impromptues » au cours de l’année, CA PAIE !! ¤
J’aurais pu m’en tenir à cette petite victoire, m’estimer heureuse de sa disparition de la mémoire de ma mère.
Mais non, il ne faut pas bouder son plaisir…
¤ niark niark niark ! muhahahahahahaaaaaaaa ! ¤
à suivre…

2005-05-16 18:05