Il y a un peu plus de deux semaines jours de cela, je l’ai croisée de nouveau.

- Marie-Christine !? dis-je l’air surpris et interrogateur. ¤ j’ai été super bonne actrice sur ce coup-là quand même… ¤

- Oui ?

- C’est bien toi ? Tu ne me reconnais pas, je suis Jazz, de Morangy, on était à la même école, tu ne te rappelles pas de moi ?

- Si, si, je me rappelle, déclare-t-elle après un moment de silence suivi d’une observation incrédule de mon visage. Tes parents sont repartis en Guadeloupe avant la fin de l’année scolaire.

¤ Tiens, pourquoi tout le monde se rappelle de ça précisément : mon départ avant la fin de l’année scolaire ? Tout le monde a dû croire que mes parents fuyaient le fisc ou voulaient échapper à un tueur à gages sanguinaire lancé à nos trousses par un caïd soucieux de récupérer leurs dettes de jeu somptuaires. Précisons tout de même que je suis partie à la fin du mois de mai dans mon année de CM1, que le programme était fini, oui, ça arrive, et que j’allais être scolarisée presque dès mon arrivée en Guadeloupe dans une classe de CM1 histoire que mes parents aient bonne conscience… Ceci dit, j’ai passé le mois restant dans une classe de CE2 — dont le maître était voué à être mon parrain, mais bon, je ne suis toujours pas baptisée – parce que l’ambiance était meilleure et que lors de mon court séjour dans ma nouvelle classe de CM1, j’ai pu me rendre compte que je m’ennuyais ferme. En CE2, en revanche, j’étais assistante du maître !! Eh ouais ! ¤

- Oui ! C’est ça !

- Petite Jazz, comme tu as grandi !

- Ben ouais ¤ tu fais un peu naine à côté de moi qui suis juchée en plus sur des talons de 6 centimètres… mais bon, n’insistons pas… ¤ Toi aussi ¤ mais si peu finalement, enfin, pas dans le sens de la longueur devrais-je dire… hé hé ! C’est la deuxième fois que je tombe sur une ancienne connaissance qui a plus grossi que moi, ouais ! ¤

- Alors, qu’est-ce que tu deviens ?

- Je suis ¤ alors, voici l’alternative : soit je me la joue low profile, soit je lui balance mon titre ronflant et creux rien que pour la frime ? Mon choix est vite fait : je vais crâner comme si c’était ma mission première sur cette terre… ¤ responsable du marketing et de la com’ dans une boîte qui fait des logiciels, bref, de l’informatique ennuyeuse quoi ¤ j’insiste sur la notion d’ennui en injectant un soupir en signe de modestie, pour pondérer le tout… Comment j’me la pète avec l’air de ne pas y toucher… ¤.

Et toi ?

- Je travaille à côté, à la Caisse de Retraite. ¤ Ouah, totale éclatche, dis moi ! ¤

- Depuis quand es-tu revenue ? ¤ de Guadeloupe s’entend ¤

- Depuis 1997, pour finir mes études.

- Ah d’accord…

Passé le cap où je m’étais assurée que j’étais LA femelle alpha, et elle la minable petite dominée (en taille, en job, en silhouette), j’ai fini par me rappeler que cette nana avait toujours été super gentille avec moi quand nous étions petite. Elle m’avait appris à monter à vélo ¤ sans roulettes ¤, à faire du patin ¤ à roulettes ¤. Elle n’avait jamais été hautaine avec moi, en fait. Bien au contraire.

Je détestais juste la concurrence malhonnête qu’elle me faisait auprès de ma mère. J’avais l’impression de vivre dans l’ombre de la parfaite Marie-Christine. Aussi étais-je un plus froide avec elle qu’avec mes autres copines/camarades de l’époque.

Stupide comme réaction, hein ?

Jalousie mal placée.

J’ai arrêté le show. Je me suis sentie super conne, conne alors de l’avoir considérée comme une rivale dans le cœur de ma mère, conne maintenant d’avoir voulu la faire passer pour une personne de moindre valeur que moi… J’avais envie de me mettre des baffes et de lui demander pardon. Mais j’ai su garder une certaine contenance. ¤ Mais quand même qu’est-ce que je suis conne… ¤

Elle m’a informée de la séparation officielle et géographique de ses parents, un de chaque côté de l’Atlantique. Elle m’a parlé de gens dont les noms m’évoquaient de lointains souvenirs de descente à la boulangerie pour acheter des tonnes de bonbecs les jours de distribution d’argent de poche, de sorties de classe bruyantes, de jeux de récré endiablés… Des images floues qui réchauffent quand même le cœur.

Nous avons échangé nos numéros de téléphone.

Je crois que je vais l’appeler et l’inviter à manger un bout à la maison un de ces soirs.

¤ Ca me permettra au passage de vérifier le parallélisme de ses pieds et de changer l’huile de nos relations. ¤

Marie-Christine, c’est une fille très bien.

Et c’est moi qui le dit. Je m’en souviens.

_fin_

¤ Rendons justice à ma pauvre mère qui a dû passer pour une mauvaise maman dans cette note.

Bon, OK, dans ma petite tête à la mémoire sélective, et en toute mauvaise foi, elle me disait très (trop ?) souvent « Marie-christine, ceci », « Marie-christine, cela ».

Mais ce que j’ai oublié de préciser, c’est qu’elle me rappelait aussi très souvent ces quelques mots de sagesse maternelle : « tu ne dois pas te comparer aux autres, mais tout d’abord à toi même et essayer de te dépasser, à l’école, mais aussi dans la vie. C’est toi-même ta concurrente. C’est de l’auto-stimulation, une course avec et contre toi même. Les autres ne m’intéressent pas, c’est toi ma fille, c’est toi qui m’intéresse. Et ne pars jamais battue, tu comprends ? Je ne t’ai pas élevée dans la peur. Tu es une gagnante, une battante. Tu pars gagnante, toujours, d’accord ? »

D’accord Maman.

Merci. ¤

2005-05-17 19:20