Imaginez :

Votre corps n’existe plus. Vous n’êtes plus qu’une grosse tête.

Votre moitié droite est dans une pièce remplie d’une horde d’enfants hyperactifs de nature, shootés au coca sur-caféiné, ayant sniffé des kilomètres de ligne de sucreries, contre lesquels vous ne pouvez rien faire et comme par hasard, vous avez oublié la Ritaline dont vous ne vous séparez jamais. Ils tentent de vous gruyèriser avec un entêtement certain sur le haut et sur votre tempe, avec des marteaux-piqueurs grandeur nature, l’un d’eux veut vous sortir l’œil de l’orbite avec ses petits doigts boudinés mais puissants, un autre passe la main par votre bouche pour vous presser le citron sans merci, vous broyant la mâchoire au passage, enfin, un dernier vous tape avec une réglette en fer observant la régularité d’un métronome imaginaire, sur un rythme lancinant, vous savez quand le prochain coup arrivera, vous pouvez vous y préparer mais la force de l’impact vous surprend toujours. Vous avez la certitude que ces petits monstres ne s’arrêteront jamais, qu’ils auront votre peau. Vous seriez capable d’avouer des crimes que vous n’avez pas commis si cela pouvait vous soulager. Vous réclamez l’euthanasie maintenant tout de suite.

Pendant ce temps, l’autre hémisphère est dans un jardin zen en pleine méditation. Rien ne l’atteint, rien ne l’émeut.

La douleur à droite est horrible, le contraste la rend plus aiguë.

Je viens de décrire une de mes migraines.

J’en souffre depuis longtemps.

Un jour, le médecin m’a demandé si mon inquiétude quant à l’avenir du mariage de mes parents n’était pas à l’origine de mes céphalées. Fiat lux.

Je devais me protéger de cette histoire qui était la leur et ne pas me laisser happer. Même dans les pires moments.

Et puis j’ai suivi un traitement anti-migraine pendant près de deux ans.

Pendant des années, mes migraines m’ont laissée tranquille.

Je les maîtrisais. Au premier signe avant-coureur — un œil fatigué, un léger picotement dans le crâne — je fermais les yeux, respirait tranquillement, vidait ma tête et mes ennemies se faisaient la malle.

Ca marchait bien jusqu’à…

à suivre…