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Je descends voir la concierge, pour lui demander confirmation. Elle répond à mes questions avec un sourire qui me choque. Oui, C’est bien Madame Ledoux qui est morte. C’est bien elle qui a eu quelque chose de grave encore en début d’année.

- Elle est morte comme ça, et elle me montre son pouce comme pour me dire « super ».
- Ah oui, vous m’aviez dit que c’était l’autre dame âgée qui l’avait découverte.
- Oui, la dame du 4ème. Mais l’autre, elle est morte bien, hein !

Elle sourit encore, comme insensible à cette mort si proche. Moi, je viens de recevoir cette nouvelle en pleine face ¤ bon, OK, c’était la deuxième fois en 1 mois qu’on me l’apprenait… ¤. Quelques instants auparavant, j’étais au seuil de la porte de la morte. Je la croyais en vie. Je me préparais à faire une petite blagounette des familles avec elle ¤ du genre : moi aussi ça m’arrive de mal raccrocher mon téléphone… vous voyez ?” ¤. Dans ma tête, le décès était récent : je venais tout juste de le comprendre, de le saisir par des détails sordides qui marquent l’absence, l’immobile, le point de non-retour. La mort avait laissé sa signature à la porte. Comme une silhouette peinte en blanc autour d’une victime dans les films américains : les tâches de sang ont été lavées, mais le polygone reste. C’est un signe que la mort était là, qu’elle est passée depuis longtemps, qu’elle n’en a déjà plus cure et qu’il faut s’y faire, elle a fauché par ici, elle repassera par là, Mme Ledoux n’est ni la première, ni la dernière… Mais je suis touchée, sur même si je ne la connaissais pas. ¤ Application de la théorie de la mort kilométrique ? ¤

Et si ça a cet effet-ci sur moi, j’imagine pour l’amie du téléphone…
- Bon, ben excusez-moi de vous avoir dérangée Madame, mais je voulais être sûre, une amie de Mme Ledoux m’a appelée et… je vais devoir lui annoncer la mauvaise nouvelle.
- Ah. Elle sourit toujours. Bon, ben, bonne soirée.
- Heu… oui. Merci.

Elle m’aurait dit : « chacun sa merde, mais je suis bien contente de ne pas être à ta place » que ça ne m’aurait pas eu un autre effet sur moi.

Elle sourit tout le temps, d’accord, ça lui donne l’air aimable, mais un petite expression, même muette, de compassion, pour moi, mais surtout pour la morte, ça m’aurait paru plus dans la circonstance.

Mais rien, pas un même semblant de peine, mal joué.
Bon, après tout, la vie continue.
Mais allez expliquer ça à l’amie inquiète…

Je rentre chez moi, je prend le téléphone free, je sens que ça va durer un moment…

- Allô, Mme Biiiiip ? Oui, c’est Mme Untel, enfin ¤ je commence à prendre l’habitude ¤ je veux dire, Mademoiselle X. la voisine de Mme Ledoux.
- Oui, je vous ai reconnue.
Allez Jazz, il faut penser à tous les épisodes d’Urgences où Carter, Benton ou Green devait annoncer le décès d’un patient….

à suivre…