- Euh.. voilà… Comme je vous l’ai dit, je suis monté voir l’appartement de Mme Ledoux et je suis désolée, mais j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Je le regret de vous dire que Mme Ledoux est décédée.
- Quoi ? Ah nooooon ? C’est horrible ! Ce n’est pas possible. Elle pleure. A chaudes larmes.
- Je suis vraiment navrée Madame, je vous présente mes condoléances pour votre amie.
- Mais non, vous ne pouvez pas me dire ça… quelle horreur ! Elle est morte… ?!
- Oui, je suis désolée de vous apprendre la nouvelle, dans de telles circonstances en plus.
- …
- Vous étiez proches ?
- Oui, enfin… plutôt… Je suis partie en vacances, je l’ai appelée et je lui ai promis de lui passer un coup de fil à mon retour et vous m’apprenez qu’elle est morte. Elle avait fait un malaise il y a peu, elle souffrait encore plus depuis, mais là…
- Je suis sincèrement désolée d’être celle qui vous apprend la mort de Mme Ledoux. Mais sachez qu’elle est morte dans son sommeil.
- Mais elle est morte quand ? Je l’ai appelée début juin.
- Ca date de début juin.
- Début juin ? Mais c’est à ce moment que je l’ai appelée.
- Les scellés… enfin, je veux dire, c’était un peu avant le 9 juin.
- Oh mon Dieu ! Quelle horreur.
- Je sais que c’est une phrase de circonstance qui semble être usée et qui ne console pas vraiment mais je vous la dit quand même : s’il elle souffrait au moins, maintenant, où qu’elle soit, elle ne souffre plus.
- (pleurs)
- Au moins, Madame, vous l’aurez entendue peu de temps avant sa mort.
- Oui, mais… Quelle horreur ! Comment s’est arrivé ?
- Une voisine a donné l’alerte quand elle a vu qu’elle ne répondait pas. Elle est morte paisiblement…
- (pleurs)
- Dans son sommeil…
- (pleurs)
- Paisiblement…
- (pleurs)
- Sans douleur…
- (pleurs)
- Quand on l’a trouvée, elle avait un visage serein…
- (pleurs)
- Aucune marque de crispation ou de douleur, elle s’en est allée tranquillement.
- (pleurs)
- Ca devrait vous rassurer, elle n’est pas partie dans de terribles souffrances.
- Oui, vous avez raison…
- Madame, vous êtes seule ?
- Oui, enfin, non ?
- Comment ça ? Vous savez, ce n’est peut-être pas le moment de rester seule, vous venez d’apprendre quelque chose qui secoue.
- Mon mari ne va pas tarder à rentrer.
- Bon, alors, Madame, essayez de tenir le coup jusqu’à son arrivée, après, il pourra vous consoler. Mais arrêtez de vous faire du mal, elle est bien là où elle est.
Mais je ne l’ai pas rappelée. J’ai essayé pendant 3-4 jours et voilà…
- Oui, mais même si vous l’aviez appelée il y a 6 jours ou deux semaines, ça n’aurait pas fait de différence, vous voyez… Vous l’avez eu peu de temps avant…
- Je vous remercie en tout cas de vous être déplacée.
- J’aurais aimé revenir avec de meilleures nouvelles. Mais voilà… Je peux faire quelque chose pour vous ?
- Euh… non, c’est déjà beaucoup…
- Mais, non, je vous en prie.
- Ah, vous pourriez peut-être vous renseigner, savoir où elle a été enterrée…
- Heu… Oui, je peux le faire, mais vous n’avez pas le numéro de l’hôpital sa fille ?
- Non.
- Pas moyen de la joindre ?
- Non, elle est hospitalisée à vie, c’est d’ailleurs depuis ce jour-là que Mme Ledoux ne va plus trop bien…
- Et sa famille ?
- Ben, justement, elle s’était éloignée de la famille depuis…
- Elle est hospitalisée à vie ? Elle est… malade ?
- Oui…
- Ah…
- Bon, je vais me renseigner et vous rappeler dès que j’aurai l’information.
- Elle avait prévu d’acheter une place en Seine-et-Marne, on en a parlé une fois.
- En Seine-et-Marne, d’accord. Bon et bien, faites bien attention à vous, de toutes les façons, vous n’auriez rien pu faire, même à un mois près. Donc, attendez patiemment le retour de votre mari en vous reposant un peu, d’accord ?
- (pleurs)
- D’accord ?
- (pleurs)
- Vous allez vous reposer et arrêter de pleurer si fort Madame ? Vous ne pouvez plus rien à la situation, et elle est mieux comme ça. De là où elle est elle veille probablement sur sa fille. Je suis sûre qu’elle ne vous en veut pas et qu’elle vous garde comme amie dans son coeur. Alors, vous me promettez de ne pas trop vous rendre dingue, d’accord ?
-
(pleurs) D’accord. (pleurs)
- Bon, alors à bientôt Madame, je vous rappelle dès que j’en sais plus.
- Merci encore, à bientôt.

Depuis, je n’ai pas encore été sonner à la porte de la concierge. J’ai peur de son sourire inopportun, de ne pas avoir de réponse, de rappeler l’amie de Madame Ledoux…

à suivre…