Nonobstant la pression croissante qu’exercent nos mes proches, et en dépit des coureurs qui rument ¤ où l’inverse ¤ je ne suis pas enceinte.
Ceux qui rêvent de fonder une famille ¤ mais qui ne le font pas pour nombre de raisons ¤ nous prient gentiment, mais avec insistance, de réaliser leurs rêves par procuration, en nous traitant mentalement d’autolâtres ingrats et crétins. ¤ Parano ? Moi ? Qui vous a dit ça ? Hein ? Vous me voulez du mal vous aussi ? ¤
Ceux de nos proches qui ont déjà enfanté nous supplient d’en faire autant, nous vantant, de manière partielle et partisane, les joies de la parentalité ¤ sans jamais évoquer accouchement, nuits blanches, couches sales ni vomissures ¤. Ils n’en peuvent plus :
« Vous allez voir, ça va changer votre vie. Vous devenez responsables d’un être qui compte sur vous, que vous devez nourrir, éduquer, élever afin qu’il devienne un bon citoyen ! Quelle expérience édifiante… »
¤ En somme, un sorte de gros tamagochi qui donne un bon prétexte pour partir tôt du boulot ¤
Ma mère s’impatiente :
« Alors, vous la faîtes quand cette petite-fille ? Faut s’y mettre hein ! Hein ! Depuis le temps que vous êtes ensemble ! Vous attendez quoi pour me faire une petite métisse ? Dis, des fois, vous la laisserez en Guadeloupe avec moi ? »
¤ En fait, j’hésitais à te le dire Maman, mais on est sur liste d’attente pour adopter une petite asiatique, on voudrait relancer les United Colors of Benetton ! ¤
Ma grand’mère, tout en douceur et subtilités :
- Ah la la, Pipiss’ ¤ Pipiss’ = pupuce en créole ¤ ! Si tu savais comme ça ferait plaisir à la vieille femme que je suis ¤ 70 ans à peine ¤ ! Seigneur ! Prête-moi la vie pour que je puisse vivre des jours bénis en la présence de mes arrière-petits-enfants, s’il te plaît ! Seigneeeeeur !
¤ Non, vraiment, Mamie, ça me gène, appelle-moi Pipiss’… ¤
Mon père ¤ bizarrement ¤ est le seul à ne pas me mettre la pression. A sa décharge, il a probablement oublié, mon numéro de téléphone et/ou mon prénom et/ou mon existence.
Et puis, comment ne pas le comprendre ? Il pense que j’ai une dent contre lui. ¤ tiens, mais pourquoi il pense ça ? parce qu’il a tabassé et tourmenté ma mère ? qu’il a accusé mon frère des pires choses ? qu’il m’a traitée de tous les noms, menacée de mort en paroles et en actes ? qu’il nous a arraché le cœur ? Non, vraiment, je ne vois pas pourquoi je lui en voudrais.¤
La famille du Loup ¤ qui est fils unique et petit-fils paternel unique ¤, elle, ne dit rien, ils sont discrets. ¤ Pour l’instant… ¤
Mais ne vous y méprenez pas, nous avons envie d’avoir un enfant, même deux. Le Loup a déjà même trouvé un prénom pour une fille. ¤ Mais, pourquoi tout le monde pense-t-il que nous aurons une fille ? ¤
Mais, voilà, on veut d’abord s’installer dans un endroit à nous, accueillant, y réaliser tous les travaux qui nous chantent et qui seraient pénibles/dangereux si nous avions un nourrisson (peinture, bruits de perceuse, grosses poussières, etc.)
Et une fois qu’on aura préparé ce nid douillet…
¤ Alors, patience… ¤

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