C’est con parce que je ne te connais même pas en vrai
mais ça me fait quand même plaisir pour vous
écrivait Bakemono en réponse à ma dernière note.
C’est con ? Peut-être pas tant que ça…
Quelques jours, quelques mois, plus d’un an déjà que cette idée de note trotte dans ma tête, sans jamais lui donner corps sur le clavier parce que c’est trop con, trop bateau, trop stupide.
Comme si d’habitude, je mettais un point d’honneur à ne mettre en ces pages que de la grande littérature, de véritables défis intellectuels, exclusivement des propos hors du commun et savamment exprimés.
Alors , voilà.
Je ne connais pas Bakemono autrement qu’à travers son blog.
Nous n’habitons pas la même ville.
Je ne pense pas que fréquentions les mêmes magasins ¤ bien que j’adore les fringues asiatiques confortables ¤
Dans la vie, si nous nous croisions dans la rue, ou faisions la queue devant un kiosque à journaux, je crois que je la trouverais un peu trop dark à mon goût, et elle penserait probablement que j’ai un peu la dégaine d’une pétasse boboïsante parisienne de ses deux à qui il ne manque que le yorkshire à couettes dans son panier Burberry.
¤ Allons jusqu’à imaginer que son mépris à mon endroit se lirait sur son visage, que je lui renverrais un vilain regard qui en dirait long : la bataille qui suivrait se terminerait vraisemblablement en défaite cuisante pour moi car Bakemono-San a plus de technique que moi — elle mate des mangas, gaffe ! — et je n’ai que de lointains souvenirs de ma formation à l’Ecole Hauts-Couteaux aux côtés de l’Héritier de la Grande Loose*.
Dark Metal 1 – Parigote pseudo-hype 0 et 1 ongle cassé ¤
C’est vrai que nous avons des points communs.
Tout d’abord, nous sommes toutes deux blogueuses sur over-blog de surcroît. Mais bon, il y a des milliers de blogeurs et ce n’est pas pour autant qu’un lien se tisse avec chacun d’entre eux.
Encore que…
Le fait de savoir qu’une personne blogue me prédispose à vouloir entendre ce qu’elle a à dire davantage que la parole d’un non-blogeur. Après, il arrive que je ne sois pas du tout d’accord avec ses opinions, son mode de pensée. ¤ Non, les blogeurs ne sont pas tous mes amis, surtout ceux qui écrivent en SMS. ¤
Mais la blogosphère a atteint très rapidement une taille critique. Par taille critique, j’entends, le rang au-dessus de celle qu’avait la Toile les premières années où elle s’est fait connaître de tous. Il y avait les webmasters qui alimentaient leurs sites persos avec force animations et transitions savoureusement kitschissimes aujourd’hui ¤ sauf aux yeux de mes boss qui trouvent ça « vraiment très vivant, moderne et dynamique » d’avoir des transitions aléatoires entre deux pages d’un site corporate, mais bon, passons… ¤ et aussi les premiers utilisateurs – civils — qui empruntaient en masse les autoroutes de l’information. Ils étaient suffisamment nombreux pour penser qu’ils formaient une communauté hétéroclite et mondiale, et suffisamment peu pour avoir le sentiment d’appartenir à encore à un club qui les rassemblaient autour d’un même phénomène encore réservée à quelques privilégiés même s’ils sont déjà plusieurs millions avec leur carte de membre. ¤ Rappelez-vous les CD d’essai gratuit pour un mois, la signature sonore d’AOL, le bruit du modem s’activant enfin après la cinquième tentative de connexion et le bonheur que ce zigouigoui métallique provoquait en nous, les recherches sur lokace… Vous y êtes ? ¤
Aujourd’hui 20 millions de foyers français ont un accès Internet**, le triple play séduit de plus en plus, les Blackberry et les téléphones 3G pullulent. Le fait de ne pas être connecté marginalise : vous êtes pauvre (que ce soit dans un pays riche ou pauvre sous-développé pas encore sorti de l’auberge tant qu’on vous y maintient en voie de développement), simplement réfractaire à la technologie, tellement isolé que même le rayonnement des satellites vous évite, ou juste trop vieux, c’est honteux. Être Internaute, c’est devenu une sorte de norme comparable au fait d’avoir, je ne sais pas moi, deux yeux ¤ hmm hmm… bonsais29, si tu me lis… ¤, ou un visage. Quand on n’en a pas on est bizarre, mais le fait d’en avoir ne créé pas en vous un sentiment d’appartenance particulier au groupe des « gens qui ont une paire yeux et un visage » ¤ sauf pour Isabelle Dinoire, évidemment ¤.
Et puis, autre point commun, il y a Metallica, que j’apprécie, mais bien moins que Bakemono et que le Loup qui m’a fait partager son goût pour la musique de ce groupe.
¤ Oui, oui, oui, moi aussi avant de connaître, si on compte pas quelques solos de guitare entendus par hasard que je trouvais pêchus, j’étais quasiment sûre que c’était du bruit de la musique pour ados attardés qui se sentent inadaptés dans cette fichue société d’hypocrisie ambiante, j’veux dire, tu peux pas comprendre… Depuis, j’ai changé d’avis, et vous recommande l’excellent documentaire : Some Kind of Monster, couillu, troublant, rythmé, intime et incroyablement vrai, à voir même si / surtout si vous n’êtes pas fan de métal et /ou de documentaires. ¤
Mais ce n’est pas assez me dis-je.
Si je devais me coltiner tous les blogs de fan de Metallica, je ne serais pas rendue.
Il doit y avoir autre chose.
Elle me lit, je ne sais pas pourquoi, le sait-elle elle même ? ¤ heu si oui, je suis intéressée de savoir pourquoi. ¤
Je la lis, avec plaisir, sans vraiment m’expliquer pourquoi, peut-être que je me retrouve un peu en elle, qu’elle contente la partie de moi qui porte du noir, à envie de mettre un pied au derrière des caniches qui bavent, rêve de rembarrer méchamment les petites vieilles malpolies qui puent un parfum trop capiteux pour dater de ce siècle, et veut apprendre le japonais.
Quand j’ai découvert, en retard, comme toujours, qu’elle avait eu un accident de voiture, j’ai eu très peur pour elle, quand j’ai appris qu’elle allait mieux, j’ai été soulagée.
Pourtant je ne la connais pas, cette fille. Non. Tout juste un petit bout d’œil un peu mélancolique, un peu naïf et perçant mais que je ne reconnaîtrais probablement pas si je voyais le visage qui va avec.
Nous ne nous connaissons pas, et pourtant, elle se réjouit du désir de grossesse partagé d’une fille qui porte des bottes bizarres à fleurs et de son Loup suffisamment bizarre pour aimer une fille qui porte des bottes bizarres à fleurs.
Il doit y avoir autre chose.
Oui, mais quoi ?
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* vous aurez reconnu, surtout vous les tout juste trentenaires, Crème sur le Divan Ken le Survivant, de l’Ecole Hokuto, Héritier de la Grande Ourse.
** source : Journal du Net - MORI/Hotwire

vous, ici ?