Plus je sonde les sites d’emploi à la recherche du nouveau job de mes rêves, plus je trouve que les entreprises cherchent des profils prodigieusement précis.
Ils cherchent la perle rare, comme toute jeune fille en fleur ¤ ou en boutons ¤ qui jure qu’elle n’acceptera que le parfait prince charmant, ce jeune homme châtain clair, les yeux bleus le matin, verts l’après-midi, trente-deux dents blanches et régulières, une peau parfaite, des muscles bien dessinés…

Trop précis mesdemoiselles !
Ah non, vous répondent-elles, il pourra faire entre 1m82 et 1m84.

Ah, mais quelle tolérance, y’a pas à dire, vous ratissez large !

Et puis, un jour, la gamine se rend compte qu’en fait de prince charmant, sa description avait manqué de préciser certains aspects : qu’il soit hétéro, qu’il n’aime que moi, qu’il fasse la vaisselle, qu’il n’ait pas honte d’aller m’acheter des tampons quand il y a urgence, que sa mère ne soit décédée depuis longtemps mais pas trop, parce que je ne vais pas la remplacer non mais ho , qu’ils soit fils unique pour éviter que les autres éléments de la fratrie ne l’accaparent, qu’il n’ait pas d’amis lourdingues qui l’entraînent dans des beuveries sans fond, qu’il ne soit pas ci, qu’il ne soit pas ça…

La liste des desiderata n’est jamais assez longue…

Ou alors, elle se demande si elle n’avait peut-être pas énoncé trop de critères dans sa requête.

Peut-être que la gentillesse et la dévotion de ce brun aux yeux noisettes auraient pu lui faire oublier les quelques centimètres qui lui manquaient.

Si elle n’avait pas disqualifier d’office tel autre à cause d’un peu de gras du bide, elle aurait été séduite par sa personnalité.

Au lieu de ça, ce soir encore, elle restera avec son crétin de mec qui lui parle comme à de la merde, et qui passe si peu de temps avec elle, qu’elle ne se souvient plus de la teinte que prennent ses jolis yeux avec les changements du soleil.

Ah, tant de critères à respecter…

Comme si les histoires d’amour n’étaient pas encore suffisamment anxiogènes, on se met des barrières un peu débiles, des œillères en limitant son choix et pour quoi ?

Bref, mettons fin à ma comparaison douteuse.

Sur les sites, on trouve des annonces comme celles-ci.


Cherchons
un(e) consultant(e)
avec une double formation ingénieur(e) systèmes/réseaux et oncologie des pieds bots
et une expérience d’au moins cinq ans dans le toilettage de caniche.

Poste à pourvoir urgemment.

___

Société d’export en tatanes d’occasions
recherche
une assistante de direction
¤ vous remarquerez que ce sont presque toujours des femmes qui sont demandées pur ce poste, sous prétexte que nous sommes plus soigneuses, plus discrètes et plus organisées, je dis faux, faux et re-faux, halte à l’hypocrisie ! ¤
ayant eu exercé au moins dix-huit ans comme serveuse dans un bistrot parisien où seuls 67% de la clientèle habituelle exigeait des places non-fumeur, avec une bonne connaissance de l’arrosage de bananier d’appartement, et un solide carnet d’adresses dans le ravitaillement cycliste. Connaissance du tamoul un plus.

__

Dans le cadre d’un création de poste,
mon client,
acteur majeur dans la récupération et le recyclage des os de hamsters,
cherche
sa/son Responsable de Communication

Ayant passé six années à la tête de la communication d’une banque d’affaires mêlée à un gros scandale financier, vous saurez apprivoiser un chien sosie de Lassie pour lui faire danser la gigue à reculons. Ayant multiplié par 800 trois ou quatre années de suite le porte-feuille clients de chacun de vos deux derniers employeurs nés en Île-de-France, aimant la choucroute garnie en conserve, vous possédez de préférence un tête bien plate (pour porter les plateaux repas et cafés lors des conseils d’administration).
Les propriétaires de 4×4 tunés dont le pot d’échappement génère de grosses bulles roses parfum tagada bénéficieront d’un regard particulièrement favorable.

Vous accepterez bien entendu, d’être payé au lance-pierre, dans le cadre d’un CNE et d’abandonner toute vie privée (si tant est que vous en ayez encore une).

__


Bon, OK, j’exagère… mais à peine.

Les boîtes trouvent-elles réellement ces perles rares ? J’ai du mal à le croire.

D’ailleurs, souvent les annonces les plus précises sont celles qui restent le plus longtemps sur les sites, et un œil exercé, amis fatigué de parcourir ces pages remarquera que de telles annonces sont souvent reformulées, retouchées, amaigries, bref, rendues moins arrogantes, extravagantes et irréalistes dans leur demande afin d’attirer des candidats qui existent ailleurs que dans leur tête de débiles exigeants et qui qu’il est possible de rencontrer dans la vraie vie, pas dans les films qu’ils se font le matin sous la douche.

Ou ces annonces sont-elles seulement de grandes aspirations pour de petites réalisations ? Les entreprises visent-elles la Lune pour, d’une part, décourager les candidats les moins bons (souvent les moins réalistes sur leurs capacités et qualifications, mais au moins, ceux-là ont de l’aplomb), et d’autre, part s’approcher autant que faire se peut du candidat idéal décrit ?

Bientôt, les recruteurs en auront un peu marre demander une expérience de x années dans un milieu parfaitement similaire (soit, chez un concurrent) combinée à une quadruple expertise farfelue, assortie d’une connaissance de huit langues mortes et enterrées (dont le candidat n’aura jamais l’usage de toutes les façons à moins de tomber sur l’une des 6 personnes qui les pratiquent encore occasionnellement dans le monde, mais qui de toutes les façons, n’ont pas le téléphone), et d’un certains nombres d’allèles dont la liste se trouve en annexe.

Un jour, les annonces auront atteint un tel degré de précision qu’elles se réduiront peut-être à :


Leader mondial
dans conception de matériaux de construction de beignets flottants
cherche pour poste de commercial(e) semi-sédentaire :

Amélie Lebrun
(ou Vincent Delebaer, si Mlle Lebrun n’est pas disponible).