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Le sommeil menace d’envelopper mon corps tout entier : il est venu réclamer son dû et ne compte pas repartir bredouille.
Il guette le moindre moment de torpeur pour poser de nouveaux jalons, patiemment. Il sait qu’il aura ma peau. Tôt ou tard.

J’ai l’ai fui, comme un ami de longue date rendu momentanément indésirable par un caprice, comme un amant que l’on se refuse à voir sans pouvoir le quitter.

Plus qu’à mon habitude, je l’ai évité, réduisant son temps de visite à la portion congrue. Je ne veux pas le recevoir, mais je m’en veux de l’avoir délaissé quand vient l’heure de nous séparer.

Mes mâchoires s’ouvrent et se ferment dans une longue déclamation silencieuse.
Le monde qui semble plus pâle résonne de bruits étouffés, et le voile de fumée du dehors veut s’insinuer dedans.

Mes membres sont trop lourds, depuis combien de temps ? depuis toujours ?
Ecrire devient un effort.
Mon esprit s’embrume et mes pensées s’évaporent.

Je suis dans mon état de torpitude.
Je m’y suis plongée.

Torpitude

¤ rien que le yoga ne puisse régler cependant ¤

Hier, j’ai encore reçu en pièce jointe d’un mail, une série de photos très cons, de celles que l’on peut prendre en vacances. ¤ pas du tout mon genre, quoi ¤

Elles représentent donc des touristes qui s’amusent à se faire tirer le portrait à côté de monuments ou de sites, dans des positions farfelues : on nous fait croire  que celui-ci empêche la Tour de Pise de tomber, que celle-là a l’air d’aimer le cocotier de son voisin, qu’un autre n’est pas vexé que le panneau sur lequel il s’appuie indique qu’il a l’air con, alors qu’un autre rêve d’avoir un membre pareil à un obélisque.

C’est très con, c’est très potache, c’est parfois à la limite du bon goût qu’il convient de passer à ses amis de peur qu’ils vous renient pour votre mauvais sens de l’humour.

¤ Note pour plus tard : penser à brûler les négatifs et tout exemplaire de cette photo de moi en train de supporter l’Atomium en Belgique, ainsi que toutes celles ou je prends des poses très pouf’… ¤

Ce mail venait-il de la nana qui me gonfle avec ses blagues nulles et archi-vues ? Non.
Ca venait de mon propre frère.
Donc, je lui pardonne.
Il a mon absolution sans peine, pour la bonne raison qu’il est mon frère.

Bon.
Pas de quoi en faire une note me direz-vous.
¤ En même temps, avec ce raisonnement-là, je n’écrirais jamais rien, donc arrêtez de m’interrompre, et lisez plutôt ce qui suit. ¤

Je remonte le fil des transferts et m’aperçois que ce mail émane en fait de ma propre mère ¤ qui se trouve aussi être la mère de mon frère, comme de par hasard… ¤.

Elle aurait reçu ce slideshow d’un collègue, et a trouvé bon de l’envoyer à mon frère — pas à moi, vous l’aurez noté — et si mon frangin n’avait pas voulu partager le fun avec moi, je n’aurais rien su de toute l’histoire.

Ma mère reçoit un truc (moyennement) drôle, et au lieu de me l’envoyer et d’essuyer mes éternelles leçons de morale fais-ce-que-je-dis-ne-fais-pas-ce-que-je-fais sur le bon goût dans l’humour, mon snobisme hypocrite en la matière, et mon côté blasé j’ai-déjà-reçu-ce-truc-vingt-fois-et-c’est-crétin, elle préfère en faire part à mon frère ?

Non, décidément, Je n’arrive pas à comprendre son choix.

C’est définitif, Maman préfère son fils.
¤ En même temps, qui pourrait lui en vouloir, c’est un type bien, beaucoup mieux que sa soeur qui n’arrête pas de râler et de partir dans des mini-délires de jalousie paranoiaque. ¤