Madame Walkyrie ¤ oui, je sais, je disais qu’elle n’était pas si butoresque que ça, mais pour la commodité de l’exposé, elle devra supporter ce sobriquet encore un peu ¤ m’interroge sur tout un tas de choses, mon parcours, pourquoi la communication, pourquoi ces études, pourquoi ici et là, what about my English, et qu’ai-je trouvé Outre-Atlantique.
Elle m’écoute, en regardant au fond de mes yeux. Elle me jauge. J’espère qu’elle aime ce qu’elle voit. Elle pose de vraies questions, celles que posent les gens qui ne sont pas juste intéressés par une ligne concise dans un CV. Elle gratte la surface et ça fait du bien. Je ne suis pas habituée à parler de ça en entretien, mais les réponses me viennent naturellement, peut-être parce qu’elles expriment ce que je suis.
Je trouve que je me débrouille bien.
Son client est dans un secteur très polluant ¤ j’avais une bonne intuition ¤, mais au moins, il font bonne figure en militant pour le développement durable, nouvelles sources d’énergie (bien obligé…), et patati et patata.
Le salaire est bon, pas le double de ce que je gagne, mais bien quand même pour trouver de nouvelles chaussures à mes pieds.
Elle trouve que j’ai un super potentiel. Ouais !!!
Mais elle a un peu peur que l’entreprise qui fait appel à ses services refuse de me voir parce que ses clients cherchent une personne précise… ¤ Tiens, tiens… Ca me rappelle quelque chose… ¤
C’est con, j’ai tout ce qu’il faut sauf la connaissance d’un grand groupe, celle du secteur (qui est super spécialisé quand même), et malgré mes expériences en édition papier, je n’ai jamais touché à des rapports annuels.
Ils ont déjà rejeté la candidature d’une jeune femme qui avait à peu près mon profil à cause de ces « lacunes ».
Ah, merde ! Si j’avais su qu’ils voulaient exactement ça ; j’aurais tout fait comme ils veulent, et on ne serait pas là à tergiverser, hein ?
Ils devraient aussi préciser la longueur et la couleur des cheveux du candidat idéal, sa pointure et le nombre de poils à son… coude !
Empathique, je suggère à la Walkyrie de ne pas me proposer si elle pense que c’est perdu d’avance, ce serait dommage qu’elle perde en crédit auprès de ses clients.
¤ OK, son crédit, je m’en fous, c’est surtout que je n’ai pas envie qu’elle me prenne en grippe si d’aventure ses clients à la recherche d’un clone parfait l’envoyaient valser à tout jamais en lui jetant mon dossier à la figure. C’est qu’elle doit avoir d’autres propositions de poste sympas dans son escarcelle et je veux me la concilier la grande Walkyrie. ¤
Elle me répond qu’elle va quand même tenter le coup. ¤ Yessssss !! ¤
On verra. On verra bien.
C’est peut-être du chiqué, cela ne mènera peut-être à rien, mais mon ego est sorti rasséréné de cet entretien.
Mon ego, encore lui, se porte encore mieux quand, pour appeler le Loup, je me mets à l’écart du bruit de la rue, dans une impasse d’où j’assiste à un lâcher grandiose de pétasses parisiennes dans un brouhaha strident et piétinement agaçant de talons-pupute, comme il se doit. Elles me toisent, évidemment. C’est vrai, je ne porte pas de marque de luxe comme elles, c’est à frôler le décollement de rétine. Mais la comparaison me flatte. Je n’ai pas envie de devenir comme elles. Moi, j’ai du potentiel qu’elle m’a dit la Grande Walkyrie. Et si c’est du chiqué, tant pis, ce qu’elle m’a dit me fait pousser les ailes dans le dos.
à suivre… ou pas !

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