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Il était dans le métro,
les cheveux noirs,
noirs comme la colère qui ne gronde plus,
l’oeil étrangement ouvert.
C’est drôle…
La barre au-dessus des appuie-tête des strapontins dans le métro arrivent pile au niveau des yeux des autres usagers assis dans ma perspective.
C’est troublant.
Je devine des expressions sans en être vraiment sûre.
Rit-il ?
Se fâchent-elles ?
Est-ce une moue boudeuse que j’aperçois ?
Il est en train de dormir ou quoi ?
C’est lui qui me regarde, ou c’est moi qui le mate ? Peut-être est-ce un peu des deux.
Les gens deviennent comme autant de témoins qui préfèrent garder leur anonymat ; je m’attends presque à entendre leur voix déformées à l’hélium, censurées par des bips intempestifs.
Ah !
Quelqu’un se lève…
Zut !
Celui-là n’avait pas des lunettes anti-reflets.
Et pourtant, je ne saurai rien des miroitements son âme…
En allant prendre le métro, l’autre jour, je suis tombée sur un journal gratuit 20 Métros par Minute. ¤ j’espère que nul employé de la RATP n’ira se faire de fausses idées en lisant ce faux-titre de canard… sinon, gare à la grève préventive… ¤
Il gisait là, rendu à moitié transparent par l’humidité du sol, ouvert sur une page de pub pour un de mes anciens clients.
Entre nous, ça ne s’est pas bien terminé.
Ma chef de l’époque ramassait tout le crédit de mon labeur : elle signait mes écrits, envoyait mes rapports et prenait toujours la parole la première.
Ca ne me gênait pas, nous faisions tout d’abord un travail d’équipe.
Je corrigeais ses fautes dans les drafts de documents à envoyer au client, ce pour quoi elle ne manquait pas de me remercier, discrètement, entre deux portes.
Je préparais tous ses rendez-vous avec le client même ceux auxquels je n’étais pas conviée.
Et puis, un jour, elle est partie.
Quand le client l’a appris, il a fait part de sa décision de ne plus travailler avec le reste de l’équipe (moi, en gros) parce que jamais il ne trouverait quelqu’un d’aussi capable, une si belle plume, un esprit si vif et travailleur que cette usurpatrice.
Au moins, le client me l’a dit en face, en précisant qu’il n’y a vait rien de personnel à ces remarques, bien entendu.
Il ne savait pas que l’esprit, la plume et le travail qu’il appréciait était de moi, au moins à 80%.
Je suis passée pour une parfaite idiote, avec l’interdiction de broncher, car le client était gros, la référence belle, et mon mployeur en avait bien besoin.
Le client est resté dans notre agence, pendant encore quelques mois, mais avec une équipe différente dont chaque membre, chaque jour, maintenant qu’ils devaient pâtir du mauvais caractère de mon ancien client, me demandait comment j’avais fait pour le supporter sans me plaindre.
Cette histoire m’avait bien filé le blues à un moment où je n’en avait guère besoin. ¤ Mais a-t-on seulement besoin du blues ? Ca fait de nous des bons à rien, sauf si l’on est musicien… ¤
J’ai regardé la publicité tremper dans l’eau.
Je l’ai dépassée et je me suis arrêtée.
Un regard en arrière encore.
Revenir sur mes pas pour piétiner de rage ce bout de papier me ferait passer pour la dingue que je suis.
Zut ! Les regards convergent déjà vers moi. Je dois pas avoir l’air con, plantée là, le poing vindicatif en direction d’un bout de papier qui se délite.
Un sourire pour embrouiller tous les spectateurs de ma rancune passagère et hop !
J’ai laissée la bouche de métro m’avaler, joyeusement, parce que après tout, c’est passé, c’est loin, et puis, ma vie n’est plus celle-là…
Ce jour-là, je ne me sens pas très belle.
Un peu trop boudinée dans mon jean, le teint brouillé, les cheveux comme une masse informe et mousseuse indissociable de mon crâne.
Un de ces jours où l’on n’a pas envie de se reconnaître dans la glace.
Avec le Loup, nous allons prendre l’air.
Sur le quai du métro, j’observe en douce.
Des filles si maigres qu’on ne les voit pas de profil.
D’autres qui passent derrière des affiches sans les décoller.
Un autre qu’on peut faxer.
Mon bras a plus de chair que la gambette de celle-ci.
Faméliques.
J’ai beau me dire qu’elles sont limite maladives, qu’elles font pitié plutôt qu’envie, qu’elles doivent trouer leurs vêtements de poupée aux coudes et aux genoux tellement leurs articulations sont saillantes… je suis jalouse.
On doit se sentir plus à l’aise dans le bus quand on a un si petit cul.
Ca doit être aussi jouissif que d’avoir une Smart quand il ne reste que des places ridiculement petite, des mouchoirs de poche pour se garer.
Ca fait quoi de marcher sans faire trembler le sol ?
Pour me sentir moins obèse, il faudrait que je perde l’équivalent d’une jambe.
Que va dire Maman quand elle me verra ? Que j’ai enflé, que je devrais faire du sport de manière plus assidue, qu’elle connaît ce drainant super efficace ?
Ah, heureusement l’arrivée de filles à fesses, des filles qui ont de la poitrine, pas des piqûres de guêpes, des non-anorexiques me sort de mon anticipation des reproches maternels.
Ce ne sont ni thons, ni des obèses.
Certaines ont même le minois mignon.
Juste des filles pas retouchées parfaites comme dans les magazines, mais que tout un tas de gens n’hésiteront pas à complexer à la première occasion. ¤ Bien entendu, ce n’est pas mon genre… ¤
Tiens…
une chose me frappe…
Est-ce que ça voudrait dire que…
Non…
Peut-être que les hommes commencent à comprendre…
Mais bien sûr !
Il faut que je fasse part de ma découverte au Loup…
Sur le ton de la confidence, je lui chuchote, tout heureuse :
- Je suis satisfaite de voir que les “grosses” ¤ moi aussi, je me mets à dire grosses alors qu’elles ont juste plus que la peau sur les os… argh, les rédactrices de mode ont eu ma peau… ¤ sont maquées, alors que les minces/maigres sont célibataires. ¤ je le sais car elles sont seules, et cet air mêlant la tristesse et le désespoir mal dissimulés au message “Attention, j’ai l’air d’être heureuse et comblée, mais je suis quand même disponible, hein, mais c’est surtout parce que je n’ai pas le temps de me consacrer à la recherche de l’âme soeur, trop de boulot, vous comprenez” je l’ai tant arboré pendant quelques mois qu’il ne peut me tromper. ¤
Je finsi ma phrase sur un clin d’oeil.
Je suis Marie Curie, je viens de découvrir le radium.
Ce à quoi le Loup répond :
- Tu veux dire que, une fois en couple, les filles se mettent à grossir ?
Oui.
Bon.
Merci le Loup.
¤ Là pour le coup, je passe de Marie Curie à Rosalind Franklin, la chercheuse oubliée et bafouée, dont les travaux ont pourtant mené à la découverte de la structure de l’ADN… ¤
Maintenant, je me sens vraiment grosse,
mais au moins, j’ai quelqu’un à enquiquiner avec mes histoires.
Le 12 juillet 1998.
Le 12 juillet 1998.
Le 12 putain de juillet 1998.
MAIS JE SUIS TROP CONNE !
Je ne vais quand même pas faire ça.
Lui offrir un T-shirt à la gloire de l’événement que la bête a eclipsé. A la gloire du jour où pour moi, tout s’est résumé à mourir ou tuer. Cette lugubre alternative bien que fugace, a suffisamment duré pour me faire trembler.
J’avais pris un long couteau que je voulais planter dans la bête.
J’allais me jeter du cinquième étage, pas haut, mais terriblement vertigineux quand vous avez la jambe par dessus la rambarde et que vous dites au sol, que vos larmes rendent flou, « j’arrive ».
La bête m’avait presque transformée en monstre, un monstre suicidaire, un monstre parricide, ou plutôt meurtrier, parce qu’après tout, c’était la bête que je voulais arrêter, pas mon père.
J’aime la vie et la respecte trop pour y mettre fin, qu’il s’agisse de la mienne ou de celle d’autrui ¤ mettons l’euthanasie à part quand même ¤.
Moi ?
Suicidaire ?
Moi ?
Meurtrière ?
J’ai du mal à le reconnaître dans ces deux adjectifs.
Mais bon, passons.
J’ai replacé le T-shirt sur la pile. Soigneusement.
J’ai avalé les larmes.
J’ai rejoint le Loup, l’air de rien, l’œil sec pour ne pas l’alarmer.
Je voulais aussi acheter un petit quelque chose au compagnon de maman.
Un parfum, comme la dernière fois ?
Pour qu’il l’utilise comme de l’eau de Cologne bon marché et s’en arrose au point de vider le flacon en quoi ? Cinq jours ? Non, pas question !
D’accord il a un TOC, mais il devrait savoir ce que ça coûte un Laurent Saint-Yves, nom d’un petit bonhomme !
Il ne donne pas dans le sportswear, donc, exit les t-shirts.
J’avais pensé à une cravate, et puis, dans la rage que m’avait inspirée cette sinistre date du 12 juillet 1998, j’ai repensé que j’étais trop bonne trop conne avec ma foutue indulgence, et ma trop grande envie de mesurer les choses à l’aune d’autrui. Marre de toujours pondérer, de trouver des circonstances atténuantes, d’excuser.
Est-ce que ceux qui vous causent du chagrin pensent à tout ça quand ils merdent ?
à suivre…
J’en étais où moi, déjà ?
Ah oui, ce type est un salaud, un con, et violent par dessus le marché, mais ces deux pauvres coups de fil m’attendrissent.
Pourquoi ?
Parce que je trouve ce pas vers moi absolument exceptionnel !
Je m’enthousiasme pour deux coups de fil. Absurde, non ?
Donc, dernièrement, pendant que le Loup parcourait les rayons d’un magasin pour hommes, à la recherche d’un nouveau bermuda, je me suis mise en quête d’un cadeau pour mon père. Le 18, c’est la fête des Pères.
Oh ! Je ne vais rien lui prendre de bien « fancy », juste une petite attention, marquer le coup.
Un T-shirt fera l’affaire.
Ah, justement, ils en ont dans le magasin, sur le thème du foot, c’est parfait.
Mon père est un grand technicien du jeu de la balle au pied, un grand joueur — qui n’a jamais su partager sa passion avec son fils d’ailleurs, mais bon, peu importe… déjà qu’il appelle… ne sois pas trop gourmande Jazz.
Voyons…
Un t-shirt à la gloire de la Main de Dieu d’un certain Diego M.
Non, mon père aime le fair-play. On respecte la décision de l’arbitre, quelle qu’elle soit. Mon père est réglo… sur le terrain. Pas de tacles irréguliers, pas de foutage sur la gueule de l’équipe adverse.
Le foot, c’est sérieux.
Un T-shirt sur le foot anglais ?
Non, je crois me souvenir qu’il n’a jamais vraiment aimé le jeu anglais, trop « aérien » répétait-il à l’envi.
Sinon, un autre sur des pays d’Amérique du Sud…
Mouais, bof.
Ah, en voilà un qui lui plaira à tous les coups :
France- Brésil, 3-0, le 12 juillet 1998.
Ouais, ça lui fera plaisir.
Et quand je pensais que j’allais me saisir du T-shirt, c’est lui qui s’est emparé de moi, m’étreignant dans une crise d’angoisse.
Le 12 juillet 1998.
Le 12 juillet 1998.
Le 12 putain de juillet 1998.
à suivre…
Allez, une dernière petite série avant la pause…
****
Mon père m’a appelée deux fois en deux mois, sans raison particulière.
Peut-être commence-t-il à regretter, ou du moins, à se rendre compte.
Deux coups de fils en deux mois, qu’est-ce qu’il lui prend, il multiplie brutalement sa fréquence d’appels.
Au cours de la dernière décennie, il ne me gratifiait que d’un appel annuel.
Un coup de fil par an…
Pour mon anniversaire ?
Pour Noël ?
Pour le Nouvel An ?
Non, non, et non.
Juste pour me demander si j’avais bien reçu son virement bancaire mensuel, pour savoir s’il pouvait le faire un peu plus tard, ou pour s’enquérir de la date de fin des mes études… afin de pouvoir me sucrer le virement bancaire (il n’a même pas cherché à savoir si j’avais trouvé un emploi, si j’allais devoir payer un loyer pour le mois de juillet, si j’avais besoin d’un peu d’argent de poche pour mes vacances, mes dernières vacances d’étudiantes…).
Donc, deux coups de fil, à si peu d’intervalle, je trouve ça chouette, génial, inespéré, carrément bien.
Ben oui, il s’agit quand même de mon père… soit le type qui, entre autres, m’a traitée de tous les noms, celui qui m’a menacée de mort, geste à l’appui. ¤ il croyait que ma mère le trompait de longue date et que nous étions mon frère et moi dans la combine, alors il affirmait à longueur de journée que nous le prenions pour un con, ce à quoi j’ai fini par répondre, exaspérée : « ben, si tu crois qu’on te prend pour un con, c’est peut-être que t’en es… ». Un trait d’esprit audacieux que je ne regrette pas, malgré les ecchymoses, les crises d’angoisse et les nuits blanches qu’il a occasionnées.¤
Bon, rien à voir avec le Shmilblick, mais Surya Bonaly a beau être laide comme un pou, maquillée avec des néons Las Vegas Style, mais qu’est ce qu’elle est bonne sur la glace, punaise, elle devient belle, expressive, gracieuse, hypnotisante…
¤ Entre Noirs, on a une bonne blague : si elle s’était mise au ski, ou à n’importe quel autre sport d’hiver, Surya aurait toujours été au top du classement, pourquoi ? Parce qu’elle bat les Blancs en neige ! ¤
Oui, je l’avoue, à l’heure où j’écris cette note, je regarde Le Grand Défi de la Glace sur TF1, alors que j’ai encore trois CD d’une série anglaise dans le style A League of Gentlemen qui me met à la limite de l’incontinence, cadeau d’un gentleman de goût, mais je suis incapable de me saisir de la télécommande, je veux savoir qui va gagner…
à suivre…
¤ mon histoire, pas l’emission pour ménagère de moins de cinquante balais… ¤
Question un peu triviale, je sais, mais bon, ça me tarabuste.
Il paraît que boire de l’eau permet de maigrir…
Si on boit, par exemple, plusieurs litres d’eau
et que l’on va se vider la vessie aux toilettes,
est-ce que ça veut dire que,
en se penchant sur la cuvette des WC,
avant de tirer la chasse,
on pourra apercevoir le gras
évacué,
semblable à de petites gouttes d’huile,
surnageant au dessus du pipi ?
Si vous avez une réponse, merci de me la faire connaître.
Le Loup me dit que ces nouvelles lunettes ont tendance à glisser le long de son nez ¤ qu’il a très droit et très beau ¤ :
- Et puis, tu sais, mon nez graisse…
- Non, ma.
- Quoi, ma ?
- Ben ma.
- Mais ma quoi ?
- Ta nez graisse.
Le Loup, il n’a même pas rigolé.
¤ Parfois, ce type n’est pas drôle. ¤
Cher blog,
Je suis sympa, je te prépare psychologiquement depuis deux semaines…
Mais bon, faudra t’y faire, d’ici peu, je me ferai plus rare à tes yeux.
Voilà, je serai en vacances, ben oui, j’y ai droit.
Oui, bien entendu je reste à portée de clic mais je compte bien éviter tout contact prolongé avec un modem pendant cette période.
Il faut voir ça comme une trève, une pause bienvenue pour toi et pour moi.
Tu pourras te reposer toi aussi, vivre ta vie un peu sans moi.
Mais je reviendrai, hein. Et après, on s’aimera encore plus fort, tu verras.
Et puis je griffonerai certainement deux ou trois bricoles dans mon petit carnet pour me souvenir des mots qui me seront venus pour évoquer le sable chaud qui chatouille mes pieds, les embruns qui constellent mes lunettes de gouttes minsucules, l’air marin qui m’ouvre l’appétit, le sel de la mer qui marbre ma peau redevenue chocolat, les remarques désobigeantes de ma mère et l’enthousiasme navrant et répétitif de mon beau-père qui me donneront envie d’écourter mon séjour, mais surtout, le retour dans mon autre chez moi, même si dorénavant, mes compatriotes me considèrent vacancière plus volontiers que locale… et peut-être ces notes donneront-elles naissance à des billets.
Je reviendrai presque à reculons, je sourierai d’un air absent en te montrant des photos, sans t’avouer combien tu m’as manqué, parce qu’en te retrouvant, c’est aussi ma routine boulot ¤ trop loin, trop souvent, et pour encore trop longtemps ¤ métro ¤ trop plein, trop crado, trop souvent ¤ dodo ¤ or lack of thereof ¤ que je reprends.
Ce n’est pas de ta faute, oh non, au contraire, tu réussis à rompre l’ennui, à me donner envie de raconter, de mettre les mots.
Nous nous reparlerons, l’air de rien, tu ne me demanderas rien, ou si peu, et je serai contente de te savoir à nouveau là, au bout des doigts.

vous, ici ?