En allant prendre le métro, l’autre jour, je suis tombée sur un journal gratuit 20 Métros par Minute. ¤ j’espère que nul employé de la RATP n’ira se faire de fausses idées en lisant ce faux-titre de canard… sinon, gare à la grève préventive… ¤

Il gisait là, rendu à moitié transparent par l’humidité du sol, ouvert sur une page de pub pour un de mes anciens clients.

Entre nous, ça ne s’est pas bien terminé.
Ma chef de l’époque ramassait tout le crédit de mon labeur : elle signait mes écrits, envoyait mes rapports et prenait toujours la parole la première.
Ca ne me gênait pas, nous faisions tout d’abord un travail d’équipe.

Je corrigeais ses fautes dans les drafts de documents à envoyer au client, ce pour quoi elle ne manquait pas de me remercier, discrètement, entre deux portes.
Je préparais tous ses rendez-vous avec le client même ceux auxquels je n’étais pas conviée.

Et puis, un jour, elle est partie.
Quand le client l’a appris, il a fait part de sa décision de ne plus travailler avec le reste de l’équipe (moi, en gros) parce que jamais il ne trouverait quelqu’un d’aussi capable, une si belle plume, un esprit si vif et travailleur que cette usurpatrice.

Au moins, le client me l’a dit en face, en précisant qu’il n’y a vait rien de personnel à ces remarques, bien entendu.
Il ne savait pas que l’esprit, la plume et le travail qu’il appréciait était de moi, au moins à 80%.

Je suis passée pour une parfaite idiote, avec l’interdiction de broncher, car le client était gros, la référence belle, et mon mployeur en avait bien besoin.
Le client est resté dans notre agence, pendant encore quelques mois, mais avec une équipe différente dont chaque membre, chaque jour, maintenant qu’ils devaient pâtir du mauvais caractère de mon ancien client, me demandait comment j’avais fait pour le supporter sans me plaindre.

Cette histoire m’avait bien filé le blues à un moment où je n’en avait guère besoin. ¤ Mais a-t-on seulement besoin du blues ? Ca fait de nous des bons à rien, sauf si l’on est musicien… ¤

J’ai regardé la publicité tremper dans l’eau.

Je l’ai dépassée et je me suis arrêtée.
Un regard en arrière encore.
Revenir sur mes pas pour piétiner de rage ce bout de papier me ferait passer pour la dingue que je suis.
Zut ! Les regards convergent déjà vers moi. Je dois pas avoir l’air con, plantée là, le poing vindicatif en direction d’un bout de papier qui se délite.

Un sourire pour embrouiller tous les spectateurs de ma rancune passagère et hop !
J’ai laissée la bouche de métro m’avaler, joyeusement, parce que après tout, c’est passé, c’est loin, et puis, ma vie n’est plus celle-là…