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Job Idol

Gougueule étant mon ami °m’enfin, ça serait bien qu’il se décide à m’embaucher un jour, y’en a marre, je ne compte plus le nombre de cv envoyés… Alors que la perspective de m’exiler à Dublin ne m’enchante pas plus que ça à la base…°, je décide de me fier à sa connaissance encyclopédique et à la naïveté totale des gens qui pensent que le Net est totalement inoffensif…

Là, parmi les pages d’un site/forum recensant les anciens élèves d’une université, je tombe sur les participations potaches à des discussions, et surtout un album photo de ma future intervieweuse.

Verdict : bon, je n’avais pas tout à fait tort : elle aime bien la chasse et l’équi.
Mais elle est jeune, naïve, fait des blagues de jeune diplômée, elle sort tout juste de l’université. Elle va être impressionnée par moi, mon expérience, ma prestance, mes petites oreilles… A tous les coups, elle voudra me filer un job dans la minute, surpayé, surdimensionné, sur la vie d’ma mère.

Calmos Jazz !
Il ne faut point tomber dans l’excès inverse à présent.

On y va super zen.
Tu pars avec une ardoise nette a priori. Et puis, si elle t’a contactée, et si après l’énoncé de ton salaire somptuaire, elle a quand même voulu te voir, c’est que tu n’es pas dénuée d’intérêt.

Donc, j’y vais.

Comme à fois que je pars de ce bureau, je suis en retard.
J’appelle pour prévenir.
Je me pointe.
Je donne fiches de paie et photocopies des diplômes °heureusement que je n’ai pas grugé cette fois-ci° à la secrétaire.
Je me cale dans un fauteuil de la salle d’attente.

Là, d’autres gens, un peu cul serré font semblant de lire et ou d’être absorbés par les infos du Tour de France.
Tous en costard ou tailleur. Les coupes laissent un peu à désirer. A part la bonne femme qui me sourit à ma gauche, ils sont tous très mal à l’aise. Un peu serrés au niveau du col. Stressés à l’idée de passer sur le gril. Presque penauds.
Ont-ils peur d’être reconnus ? Ils baissent tous les yeux, évitent les regards.

J’ai envie de leur dire qu’il n’y a pas de honte à vouloir un avenir professionnel meilleur, avec plus de pépettes à dépenser, des missions plus palpitantes. J’ai envie de monter sur une des proprettes petites tables de cette salle à haut plafond, et me lancer dans une harangue sur l’espoir de lendemains meilleurs, sur la meilleure façon de mater le patron qui vous tient pour acquis et qui ne fait plus rien pour fidéliser son premier et meilleur client : vous !

Mais quelque chose dans l’hésitation d’un nouvel arrivant me freine. Il ne reste plus de trop de places libres, sans trop de promiscuité parmi les fauteuils restants, à part autour de moi, dans mon carré où trois belles assises en cuir offrent leur repos aux fesses pincées.

Il me surveille pendant trois ou quatre secondes et décide que finalement, je ne suis pas dangereuse et prend place en face de moi, de l’autre côté de cette table qui m’aurait bien servi d’estrade.

Pas le temps d’étudier plus avant la calvitie anxieuse de mon nouveau voisin, ni de lui inventer une vie ou de trouver les raisons qui le pousse à chercher ailleurs tout sanglé qu’il est dans sa veste, car mon aristo vient me chercher.

à suivre…