You are currently browsing the daily archive for août 16th, 2007.
Akynou et moi, on est presque voisines.
J’ai juste une “petite” côte à monter et à redescendre et hop, je suis chez elle en moins de deux.
Lors de nos trop rares balades avec Le Loup, quand nous passons dans le coin, je ne manque pas de jeter un oeil en direction de chez elle, le remords en tête : “il faut qu’on se fasse ce resto, nom d’un chat !”
Bref, je m’épanche un peu là, et tout ça ne vous regarde pas plus que ça, en fait.
Alors, pour en venir au sujet de la note, voici la question soulevée par Akynou dans un de ces commentaires.
“Est-ce que [la couleur de peau ] a vraiment une importance. [Ma fille aînée] à deux ans et demi me posait la question de savoir de quelle couleur elle était. Comment répondre. Elle avait la même couleur que mon père, qui était considéré comme blanc, tout en étant métisse… Je lui ai demandé de quelle couleur elle se voyait… justement, elle ne savait pas. Elle avait besoin d’un nom, pour le dire. Comme Serge sur ses crayons…”
Comme à chaque fois que le sujet de l’identité, de la couleur, de l’appartenance à une culture, un groupe ethnique ou une nationalité se pose, les expériences des autres sont toujours enrichissantes, je crois (et pas que dans ce domaine là, d’ailleurs).
Voici une histoire, ou deux.
Depuis toujours, j’aime écouter les récits d’école de mes cousins. C’est un univers impitoya-a-ble décrit avec des mots d’enfants pas toujours aussi insouciants qu’on veut le croire.
Donc, un jour de vacances, je questionne Brissou et Cla-Cla (frère et soeur de 7 et 5 ans à l’époque, tous deux métissés, nés de parents eux aussi métissés, qui ressemblent à un mélange de Polynésiens, d’Antillais et d’Indiens d’Amérique, le tout à peau claire et chevelure sombre massive un peu crépue, pour vous donner un contexte) sur le nom de leurs camarades de classe favoris, ceux qu’ils aimeraient retrouver à la rentrée :
Eléa, Amine, Cléo, Jérémie, Djamena, Théophile, Lana, Djibril, Perrine, Louis, Violette, Erwann…
C’est une litanie de prénoms du monde, marqués de l’héritage régional, à la mode ou pas (bref, comme on en trouve dans toutes les écoles de Paris, ailleurs, je ne sais pas…) qui répond à ma demande.
Et puis, Brice finit la liste en disant :
- Tout le monde sauf Arthur et ses copains !
- Ah bon, et pourquoi pas Arthur ? Il n’est pas sympa ?
Le frère et la soeur répondent en coeur :
- Non, il ne veut pas jouer avec les Noirs !
Merde, c’est vrai ! Les racistes aussi, malheureusement, se reproduisent et leurs idées ne meurent pas toujours.
- Et alors, ça vous rend tristes ?
- Ben non, lâchent-ils, toujours en choeur.
Brice complète :
- Il a dit qu’il ne jouait pas avec les Noirs. Mais il est bête, et moi je ne joue pas avec les bêtes.
Là, inutile de vous dire que je suis super fière de mon cousin !
Je continue mon questionnaire.
- Et lui, il est Noir ?
- Non, il est un peu rose, dit Cla-Cla avec son adorable petit minois (qui depuis a beaucoup changé, elle est devenue néo-hippie-punk)
- Et vous, vous êtes quoi ? Noirs ? Blancs ? Roses ? Un petit peu roses ?
Je viens de plonger mes cousins dans la perplexité.
La fulgurance frappe enfin Cla-Cla :
- Je sais, moi, on un p’tit peu noirs avec beaucoup beaucoup de blanc, déclare Cla-Cla après quelques secondes de réflexion torturée.
Brice, le ton péremptoire du fils aîné qui sait mieux que son bébé de soeur, impose sa vision des choses :
- Non, n’importe quoi Cla-Cla, on est pas ce que t’as dit, hein. On est… BEIGES !
Je ne sais pas si Arthur a révisé ses critères pour la sélection de ses amis, mais grâce à lui, maintenant encore, il m’arrive de faire un large sourire en entendant le mot “Beige”, en mémoire du fou rire qui s’est emparé de moi après cette fameuse sortie de Brissou.
Une autre fois, c’est mon cousin Vinou (oui, je leur donne à tous des surnoms stupides…) qui est rentré scandalisé de l’école.
Vinou, il est noir ébène, une couleur profonde comme celle de mon grand-père maternel.
Il a accouru vers sa mère, en pleurant à moitié.
Entre ses larmes, nous avons compris :
Maman, tu m’aimes moins parce que je suis un p’tit négr0 comme il a dit Ludovic ?
Il a fallu lui expliquer en vrac que :
- la couleur de peau, c’est comme la couleur des yeux, ce n’est pas vraiment important, et puis, on ne va pas se mettre à détester tous les gens qui ont les yeux verts, ce serait bête et méchant.
- ce n’était pas parce que ses soeurs aînées étaient beaucoup plus claires de peau que lui qu’il fallait croire que nous les aimions davantage que lui.
- certains mots sont considérés comme des injures qu’ils renvoient à des haines complètement injustifiées et qu’il ne faut pas les dire.
- si tout le monde était pareil, alors on s’ennuierait sec sur cette planète-là.
- Ludovic est un petit con, et que des petits cons comme lui, il y en a de toutes les couleurs.
Il a compris, et pour alléger un peu la gravité de la leçon que nous venions de lui faire, je lui ai dit, l’air très sérieux :
- Tu vois, moi, je ne t’aime pas, et tu sais pourquoi ? C’est pas parce que t’es noir, c’est parce que t’es très moche et très bête !
Ce à quoi il a répondu dans un grand sourire :
- Mais non, tu m’aimes.
- Mais oui, je t’aime mon Vinou ! Tu le sais bien.
- Oui
- Et tu n’es pas moche.
- Je sais, j’suis beau.
- Mais alors, qu’est-ce t’es bête et prétentieux !
On a bien rigolé aussi ce jour-là avec Vinou.
Si j’étais un crayon de Serge, comment serais-je étiquetée ?
Je ne sais pas si je supporterais de n’être que couleur.
Je suis couleur et saveur, non, couleurS et saveurS, et héritages, et culture propre, et influences, et appropriation et interprétations de tout ça.
Je ne me suis jamais posé la question pour moi-même, peut-être parce que je suis noire, et que ça se voit, que cela s’impose. Je ne sais pas à quel moment je m’en suis rendu compte de cette chose-là.
Me suis-je jamais fait cette réflexion ?
Non, j’aurais trouvé ça décidemment trop compliqué. Je suis noire, et après ?
Quand ma mère me disait : “Black is beautiful”, j’avais envie de lui dire “Oui, m’enfin, les autres couleurs aussi sont beautiful”, sans chercher à comprendre la revendication qu’il y avait dans ce slogan.
Ca risque de devenir un peu plus compliqué avec ma descendance.
Si je devais avoir des enfants avec le Loup, j’aimerais qu’ils se voient comme des personnes qui, il se trouve, ont aussi une couleur ni étendard séparatiste, ni honte. Ni fardeau, ni supériorité. Juste une composante de ce qu’ils sont.
Je crois que ces notions de couleur ressortent surtout quand on est dans un endroit, un pays, une région où l’on est seul à porter certains traits
ethniques (peau, cheveux, faciès, corpulence…).
Bon, assez parlé ou écrit, si vous préférez.
Evidemment, je ne pense pas vraiment avoir répondu à quoi que ce soit, mais j’ai le sentiment agréable d’avoir contribué au partage d’idée sur le sujet.
Messages personnels à l’attention d’Akynou:
- Si Lou a trouvé un mot, qu’elle le fasse savoir. Sinon, je lui propose : “Louesque”.
- Si tu pouvais me donner la recette pour en faire des jolies comme les tiennes, ce serait sympa.
°Le Loup veut deux filles, et moi, je veux une rouquine…°
Merci par avance.
- Si tu es toujours OK pour un resto, je suis partante du jeudi au dimanche soir jusqu’au 8 septembre.
Fin de cette note qui a pu paraître interminable…

vous, ici ?