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Non, vraiment, il n’y a rien à faire…

Ca m’est encore arrivé.
A mon âge.
Si je n’avais pas aussi peur, j’aurais peut-être la force d’avoir honte.

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet, mais je ne peux pas regarder le clip de Thriller.
° On ne rigole pas. °

J’ai vécu plusieurs ouragans, une menace de mort appuyée de la part de mon propre père, la peur de perdre ma mère par les mains de ce même père, la séparation déchirante des What 4, j’ai encaissé tout ça de manière plutôt stoïque, mais, mon courage à des limites.

Quand je vois le clip de Thriller, certes, il me faut bien 30 secondes pour réaliser. 30 secondes, une demi-minute, c’est le temps qu’il faut à ce terrible souvenir enfoui pour refaire surface et sonner l’alarme dans mon cerveau. Et là, enfin je me rappelle.

Cependant, une fois avertie, tout va très vite:

1) je commande à mon corps d’arrêter de swinguer frénétiquement sur le beat entraînant de la chanson ° je me fais avoir à chaque fois, c’est terrible, mais je n’y peux rien, quand la musique est bonne, bonne, bonne, bonne, mes réactions peuvent aller du marquage discret des temps au pied dans le meilleur des cas, au booty-shake presque totalement désinhibé. Vous trouvez ça drôle ? Attendez la meilleure, j’ai vraiment été emportée par cette dernière manifestation de symbiose avec la musique, un jour sur le quai du métro à une heure où des gens capables de vous filmer avec leur téléphone portable et de mettre ça sur I-ou-tioub m’ont vue. Là, je dis merci Beyoncé ! ° ;

2) je me saisis enfin de la télécommande ou je prétexte un truc hyper urgent à faire dans une autre pièce où je pourrais aller cacher la véritable raison de ma fuite ;

3) j’attends d’entendre le rire maléfique à la fin, je laisse passer quelques secondes et je refais mon appartition dans la pièce, en faisant mine d’être déçue d’avoir raté une grande portion de ce chef-d’oeuvre (parce que c’en est un, il faut bien le dire… “Hais le chien, mais reconnais que ses dents sont blanches” comme on dit chez moi*).

Le clip de Thriller, c’est une expérience horrible à revivre.
A chaque fois qu’il est diffusé ° et que je le vois, sinon, ça ne compte pas, hein, je n’ai évidemment pas un détécteur de pasasge du clip intégré en moi… °, je redeviens la petite fille de quatre ans bravache mais pas assez pour finir de regarder le clip que nous avait annoncé Michel Drucker. Là je dis merci Michel !

Non, sérieusement, quand Michael dit à la nana qu’il est spécial, qu’il se baisse et montre à nouveau son visage de loup-garou aux yeux luisants…
Brrrrr…
Et comme si ça ne suffisait pas, les images de bras qui jaillissent du sol dans le cimetière…
La danse du mort-vivant en haillon, les mouvements saccadés, le pied qui traîne, le genou déboité, le petit “tchah” qu’ils crachent tous en choeur…
Arghhhh !

Mon père m’avait pourtant prévenue :
- Ca fait un peu peur, ma puce, tu ne veux pas aller voir ta Maman dans la cuisine ?
- Non, hein, ça va, j’ai pas peur…

Bravache, pas vraiment téméraire, je vous dis la gamine !

Pas peur ? Tu parles !

J’ai résisté autant que j’ai pu, mais les ancêtres qui reviennent à la vie pour t’impressionner avec leur pas de deux macabre ont eu raison de moi.
Tout d’un coup, j’avais une mission importante à aller acccomplir dans la cuisine : aller pleurer dans les jupes de Maman, sous les rires entre moquerie et compassion de mon père.

Hé bien, un quart de siècle après, je peux vous dire que je n’ai pas accueilli hyper bien la campagne d’anniversaire de cet album.
25 ans de Thriller, 25 ans à avoir les foins ! Super, merci Michael !

Allez, bon, comme c’est un super titre, je file quand même le lien pour visionner le clip sur I-ou-ti-oub. Pour ceux qui n’ont pas peur des machabées guinchants…

Moi, je le regarderai bien, mais bon, ça dure quand même près d’un quart d’heure et puis j’ai tout un tas de choses méga-urgentes à faire, là…

Mamaaaaaaaaaaaaaaan ?

* en créole, ça donne : “hay chyen di dan-ay blan” [prononcez : haille chien, di dent aille blanc] ça peut toujorus servir pour impressionner vos connaissances ou collègues antillais. Si vous n’en avez pas, posez vous des questions sur la diversité, m*rde. Ca craint pour vous et votre ouverture sur le monde, et ça veut dire que nous n’avons pas encore fini notre entreprise de tropicalisation … zut !

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