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Je ne sais pas ce qui m’arrive en ce moment, mais j’ai l’impression de voir Gérard Rinaldi à tous les coins de rue.
La forte dose de Marc & Sophie, de Charlots, de génériques de dessins animés chantés par lui, absorbée pendant mon enfance aurait-elle contribué à cette résurgence soudaine ?

Le ciel m’est tombé sur la tête.
Et il est tombé de haut.

L’amour ne dure pas toujours.
J’ai appris ça dernièrement.
Ou pour être plus exacte, j’ai ré-appris.
J’avais oublié, le Loup m’avait fait don de cette amnésie partielle dans laquelle j’avais eu du mal à m’installer mais qui finalement me plaisait bien, me rassurait. Je me raccrochais à l’idée de l’amour éternel. Celui qui dans le fond, ne s’altère jamais, ne s’arrête jamais. Cette idée de l’amour à laquelle on se suspend instinctivement, comme l’enfant agrippe la main de sa mère quand il sent venir le danger ° au choix : un inconnu armé à la mine pathibulaire, genre Jo l’Indien dans Tom Sawyer, et accessoirement armé, ou juste la Tante Georgette qui refoule du goulot et pince les joues °.
J’étais contente finalement d’avoir cédé à ce repos de l’esprit : nous nous aimerions toujours, nous étions ensemble pour toujours. L’amour était là, il y resterait et nous l’entretiendrions consciencieusement par de petites attentions et des gestes plus spectaculaires pour les occasions où cela s’impose.
Une simple et douce insouciance dont j’ai été tirée sans ménagement.

Brutalement, cruellement ma mémoire est venue me retrouver.

Dans le bureau, la rumeur courait depuis quelques jours. Mais bon, ils travaillaient depuis si longtemps ensemble, ils se comprenaient à demi-mot, elle lui fournissait tout ce dont il avait besoin et plus, il savait quoi lui dire pour qu’elle fasse des merveilles.
C’était une blague. Il était son work husband, son mari du boulot.
Un mari, elle en avait un autre, un vrai, de ceux qu’on connaît depuis une éternité qui nous accompagne dans la vie d’adulte, et avec lesquels on passe devant monsieur le Maire, un mari, genre père de mes enfants. Un vrai quoi.
Un mari, c’en était un lui aussi. Du genre polyvalent : cuisine, soin des enfants, ménage, loisirs… il savait tout faire, tout organiser.

Et puis voilà.
À force d’être si bien ensemble au bureau et si mal dans leurs foyers respectifs, ça devait arriver.

C’est Elle qui me l’a avoué. J’ai cru à une blague. Je m’extasiais déjà sur l’habileté avec laquelle les caméras chargées de capturer ma surprise sur pellicule avaient été planquées. Mais non. Pas de caméras, pas de blague, pas de Jacques Rouland, ni de Marcel Beliveau. Juste ses yeux à elle, ses yeux qui bien que rivés aux miens, soutenaient à peine mon regard.
J’étais là, complètement con, abasourdie. On était là toutes les deux dans les chiottes pendant son pot de départ, alors que les autres, derrière la fine cloison trinquaient au champ’, et que son amant, mon collègue prenait des photos avec son vieil appareil argentique.

Elle était sérieuse, il se voyaient depuis plusieurs mois déjà. Et ce n’était pas que du cul. Un coup de foudre à retardement. Une passion.

En revenant à la maison, encore sous le choc, ° « estèbèkwè » comme on dit chez moi °, je me déleste du poids des faits en les livrant en vrac au chat et au Loup.
Le chat a pris son air scandalisé et a vocalisé clairement sa désapprobation ° ça, ou alors, elle voulait que je lui augmente sa ration de croquettes °.
Et le Loup de me répondre simplement :
« Ben ouais, ça arrive, hein. ».

Le salaud !
Et dire que c’est lui qui m’a fait abandonner ma conception sombre, fataliste, très les histoires d’am-les histoires d’am-les histoires d’amour finissent mal en général et en partculier là.

Lui, se contente de balayer le sujet d’un revers de main, et basta.

A moi, il a fallu une bonne semaine pour m’en remettre. Une semaine, et une nouvelle déclaration du Loup, qui a senti, mais un peu tard quand même que j’étais déstabilisée.
« Mais pour nous ma puce, c’est pas pareil, on n’est pas eux » ou quelque chose comme ça.
En vrai, je ne me souviens pas. Le Loup a le don rare de pouvoir faire passer son message sans que j’écoute les mots.

Il a dit ça et ma mémoire a flanché de nouveau. J’me souviens plus très bien…

Son « ça arrive, hein » m’a secouée, encore plus que ces histoires de collègues qui couchent et s’aiment et aiment et se couchent.

M’avait-il trompée ? Envisageait-il de le faire ? Etait-ce un passage obligé, une p*tain de fatalité ? Je me demandais comment j’allais réagir, cette question stérile qui amène inexorablement le même genre de réponse, puisque qu’on ne peut jamais savoir comment on va réagir, essayer de deviner c’est déjà pas mal.

Je me disais que je lui pardonnerais peut-être finalement.
Que je ne saurais peut-être jamais rien.
Que je préfèrerais fermer les yeux.
Que je m’en ficherais totalement.
Que j’en ferais autant, si ce n’était pas déjà le cas avant lui.

Cette histoire m’a mis un coup.
Elle m’a fait réfléchir et sortir de ma torpeur.
Un électrochoc.

Du grain à moudre pour moi, la future mariée.

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