Le ciel m’est tombé sur la tête.
Et il est tombé de haut.
L’amour ne dure pas toujours.
J’ai appris ça dernièrement.
Ou pour être plus exacte, j’ai ré-appris.
J’avais oublié, le Loup m’avait fait don de cette amnésie partielle dans laquelle j’avais eu du mal à m’installer mais qui finalement me plaisait bien, me rassurait. Je me raccrochais à l’idée de l’amour éternel. Celui qui dans le fond, ne s’altère jamais, ne s’arrête jamais. Cette idée de l’amour à laquelle on se suspend instinctivement, comme l’enfant agrippe la main de sa mère quand il sent venir le danger ° au choix : un inconnu armé à la mine pathibulaire, genre Jo l’Indien dans Tom Sawyer, et accessoirement armé, ou juste la Tante Georgette qui refoule du goulot et pince les joues °.
J’étais contente finalement d’avoir cédé à ce repos de l’esprit : nous nous aimerions toujours, nous étions ensemble pour toujours. L’amour était là, il y resterait et nous l’entretiendrions consciencieusement par de petites attentions et des gestes plus spectaculaires pour les occasions où cela s’impose.
Une simple et douce insouciance dont j’ai été tirée sans ménagement.
Brutalement, cruellement ma mémoire est venue me retrouver.
Dans le bureau, la rumeur courait depuis quelques jours. Mais bon, ils travaillaient depuis si longtemps ensemble, ils se comprenaient à demi-mot, elle lui fournissait tout ce dont il avait besoin et plus, il savait quoi lui dire pour qu’elle fasse des merveilles.
C’était une blague. Il était son work husband, son mari du boulot.
Un mari, elle en avait un autre, un vrai, de ceux qu’on connaît depuis une éternité qui nous accompagne dans la vie d’adulte, et avec lesquels on passe devant monsieur le Maire, un mari, genre père de mes enfants. Un vrai quoi.
Un mari, c’en était un lui aussi. Du genre polyvalent : cuisine, soin des enfants, ménage, loisirs… il savait tout faire, tout organiser.
Et puis voilà.
À force d’être si bien ensemble au bureau et si mal dans leurs foyers respectifs, ça devait arriver.
C’est Elle qui me l’a avoué. J’ai cru à une blague. Je m’extasiais déjà sur l’habileté avec laquelle les caméras chargées de capturer ma surprise sur pellicule avaient été planquées. Mais non. Pas de caméras, pas de blague, pas de Jacques Rouland, ni de Marcel Beliveau. Juste ses yeux à elle, ses yeux qui bien que rivés aux miens, soutenaient à peine mon regard.
J’étais là, complètement con, abasourdie. On était là toutes les deux dans les chiottes pendant son pot de départ, alors que les autres, derrière la fine cloison trinquaient au champ’, et que son amant, mon collègue prenait des photos avec son vieil appareil argentique.
Elle était sérieuse, il se voyaient depuis plusieurs mois déjà. Et ce n’était pas que du cul. Un coup de foudre à retardement. Une passion.
En revenant à la maison, encore sous le choc, ° « estèbèkwè » comme on dit chez moi °, je me déleste du poids des faits en les livrant en vrac au chat et au Loup.
Le chat a pris son air scandalisé et a vocalisé clairement sa désapprobation ° ça, ou alors, elle voulait que je lui augmente sa ration de croquettes °.
Et le Loup de me répondre simplement :
« Ben ouais, ça arrive, hein. ».
Le salaud !
Et dire que c’est lui qui m’a fait abandonner ma conception sombre, fataliste, très les histoires d’am-les histoires d’am-les histoires d’amour finissent mal en général et en partculier là.
Lui, se contente de balayer le sujet d’un revers de main, et basta.
A moi, il a fallu une bonne semaine pour m’en remettre. Une semaine, et une nouvelle déclaration du Loup, qui a senti, mais un peu tard quand même que j’étais déstabilisée.
« Mais pour nous ma puce, c’est pas pareil, on n’est pas eux » ou quelque chose comme ça.
En vrai, je ne me souviens pas. Le Loup a le don rare de pouvoir faire passer son message sans que j’écoute les mots.
Il a dit ça et ma mémoire a flanché de nouveau. J’me souviens plus très bien…
Son « ça arrive, hein » m’a secouée, encore plus que ces histoires de collègues qui couchent et s’aiment et aiment et se couchent.
M’avait-il trompée ? Envisageait-il de le faire ? Etait-ce un passage obligé, une p*tain de fatalité ? Je me demandais comment j’allais réagir, cette question stérile qui amène inexorablement le même genre de réponse, puisque qu’on ne peut jamais savoir comment on va réagir, essayer de deviner c’est déjà pas mal.
Je me disais que je lui pardonnerais peut-être finalement.
Que je ne saurais peut-être jamais rien.
Que je préfèrerais fermer les yeux.
Que je m’en ficherais totalement.
Que j’en ferais autant, si ce n’était pas déjà le cas avant lui.
Cette histoire m’a mis un coup.
Elle m’a fait réfléchir et sortir de ma torpeur.
Un électrochoc.
Du grain à moudre pour moi, la future mariée.

4 comments
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14 avril 2008 à 21:25
Madison
Le mariage ça donne du grain à moudre. On se retrouve devant un fait accompli qui fait qu’on a beau attendre ça, on ne peut s’empêcher de faire une sorte de bilan de la situation pour être sur de ne pas se tromper…
15 avril 2008 à 14:19
Madame Pas Contente
De toutes façons, jacques rouland est dcd et marcel doit pas en être loin… Non, avec des références comme ça tu va faire fuire ton lectorat ! Essaye plutôt avec ashton kutcher, c’est bien plus hype…
En ce qui concerne le “fond” du problème, me semble bien que c’est la vie, non ? Et que si un jour ça va plus, c’est rassurant de savoir que ce n’est pas fini (optimisme inside, mais deep inside)
16 avril 2008 à 18:03
Eric D aka Merlin
Comment se monter la tête sur des trucs hypothétiques… Une femme, ça se monte déjà naturellement la tête pour des broutilles mais alors une future mariée angoissée… Je plains le Loup
PS: Mon Dieu, je n’ose pas imaginer si en plus tu étais enceinte…
18 avril 2008 à 17:05
Jazz
>Madison : Ah Madison, en fait, le bilan, je l’ai fait assez tôt dans notre relation. Parfois, certains traits de son caractère m’insupportent (pendant environ 5 minutes…) mais finalement, ça fait partie du package, qui reste très séduisant malgré ou à cause de ses petits et grands défauts. Je trouve ça assez rassurant d’avoir un homme bourré de qualités (ça veut dire qu’on a fait le bon choix, tous les deux… en toute modestie, bien entendu, hein…), et ses défauts le rendent plus humain, plus accessible, moins parfait, et puis, ça nous occupe, ça nous donne un bon sujet à propos duquel on peut baliser (Il paraît qu’on fait ça tout le temps nous le femmes…). (à lire juste après).
>Madame Pas Contente (J’adore ce pseudo) : C’est vrai, j’ai des références plus que “limite” pour une personne de mon âge (encore moins de trente ans pour 3 trimestres), mais si ça a permis à une ou deux personnes de voir qu’il y a eu une vie avant Loana, alors, tant mieux. Et puis, même Ashton Kutcher est l’ex-femme du type qui a joué dans tous les “Die Hard” (pas juste le 4ème volet). Donc bon, y’a pas que moi qui aime les vieilles références…
Sinon, oui, c’est la vie, je suis tout à fait d’accord. La dernière partie de ton commentaire m’inspire un détournement de logo… (à voir).
>Merlin : Ben oui, heureusement que nous, les femmes, nous prenons la tête, sinon, qui s’inquièterait de savoir s’il reste de la pâte dentifrice, du bon vin pour l’apéro avec Sonia & Raphaël, de l’eau et de l’air purs pour les enfants de nos enfants, et un peu d’amour sur terre ? Vous, les mecs, c’est sûr, c’est pas la réflexion ou l’anticipation qui vous usent le ciboulot…
T’inquiète, le Loup n’est pas le plus à plaindre, et puis quand je serai enceinte, il sera, je crois, beaucoup plus flippé que moi. (à vérifier)