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… parfois, je me relis, et je me trouve drôle et ça m’épate.

Voilà, c’est dit.

Madame, Monsieur,
Vous avez répondu à notre offre et nous vous en remercions.
Nous avons cependant le regret de porter à votre connaissance que nous avons été ” submergé ” par les candidatures (plus de 260 en 4 jours) et nous n’avons été en mesur d’examiner uniquement les réponses arrivées parmi les 150 premières, en conséquence de quoi, nous n’avons pas étudier la votre. Nous vous prions de nous en excuser.
Salutations distinguées.

Voilà. Ca, c’est la réponse que j’ai reçue à ma candidature pour un poste de Responsable du service communication.

Alors, par où commencer ?
Déjà, c’est quoi cette RH de fainéants ?

“Ah ben non, vous comprenez, on ne va traiter que les 150 premiers dossiers.”
Trop dure la vie ! On ne va pas prendre la peine d’étudier les candidatures des mecs qui ont pris la peine de répondre à notre annonce, de mettre leur CV à jour, de pondre une lettre de motivation ° certains même auront poussé le zèle jusqu’à la personnaliser en changeant le titre du poste et le nom d ‘entreprise… bande de vils flatteurs ! ° .

Moi, j’aurais dû suivre l’exemple de cet employeur et n’envoyer que les 150 premiers mots de mon CV, en me justifiant ainsi : “veuillez trouver ci-joint mon curriculum vitae, en tout cas les cent cinquante premiers mots, puisque, étant donné le nombre surprenant d’offres d’emploi auxquelles je réponds (vingt par jour environ), je ne peux me permettre d’envoyer un dossier complet à chaque employeur potentiel, non, mais, sérieux, vous vous rendez compte du boulot que ça demande ? Vous l’aurez donc compris, l’efficacité et l’économie sont deux de mes nombreux points forts. Et ce n’est qu’un aperçu (humour) de mon immense talent. Alors, qu’attendez-vous ? Embauchez-moi !”

Ils s’attendaient à quoi ? A recevoir 3 CV et demi, dont une candidature spontanée pour un boulot d’auditeur interne ?
Ils ne se sont pas renseignés sur le marché ? Les annonces pour des postes de communication reçoivent en moyenne à Paris au bas mots 300 réponses° dont environ 20% envoyées par moi, je réponds à tellement d’annonces que parfois je postule deux fois au même poste sur des sites différents °, carrément plus si la paie est décente.

Et puis, c’est quoi ce nombre de 150 ? Je préfère me dire qu’il s’agit d’un nombre arbitraire plutôt que de leur capacité réelle à traiter des dossiers.

Si j’ai gardé un truc de ma terminale S option Maths ° oui Madame °, mon calcul me dit qu’ils ne traitent que 57,69% des candidatures reçues (sur les quatre premiers jours de parution). Et ils trouvent ça normal, puisqu’ils ont le toupet de l’annoncer et de l’invoquer en excuse.

Là, je dis bravo ! J’applaudis des deux mains ° mais avec juste 5,697 doigts, hein, y’a pas de raison de se fouler quand les autres ne le font pas °.

M’enfin, ils prennent la peine de répondre, politesse que de nombreux employeurs jugent superflue, et ils sont francs, et c’est bien là le problème.

Je crois que j’aurais préféré le sempiternel “votre dossier ne correspond pas exactement au profil recherché par nos clients actuellement, nous avons trouvé :

a) la perle rare, (en fait : un type qui passait par là et en fait, il respire, il sait écrire des phrases avec des majuscules, des points, des virgules, et, connaît ses conjugaisons du premier groupe au présent de l’indicatif, alors, on n’a pas pris la peine de chercher davantage).

b) que la filleule du patron était finalement parfaite pour ce job, si si, il insiste.

c) d’autres pistonnés que nous ne pouvons nous permettre de rejeter.

d) que le fait que vous n’ayiez que 23 mois d’expérience dans le secteur au lieu de 2 années complètes jouait nettement en votre défaveur.

e) que vous demandez trop de blé, alors qu’on pourrait payer une stagiaire pour faire ce boulot, et en plus elle la ramènerait certainement moins que vous.

f) qu’il était plus économique d’embaucher une personne qui a travaillé pour la concurrence et de qui on pourra tirer tout un tas d’infos utiles et totalement confidentielles au cors d’un déjeuner convivial bien arrosé.

g) que votre thème astral ne s’accorde pas bien avec ceux de l’équipe en place. les Verseau sont trop libres et créatifs donc dangereux, des bombes à retardement, nous on veut des robots acquiesceurs pondeurs de textes stéréotypés, et basta.

h) toute combinaison des possibilités énoncées ci-dessus.

… aussi regrettons-nous de ne pouvoir donner une suite favorable à votre candidature”.

Bref, finalement, je ne pensais pas dire ça, mais rien ne vaut le bon vieux prétexte pourri et unique pour tout le monde, au moins, on ne sent pas l’attaque personnelle du genre “ah ben, non, t’as pas été assez rapide cocotte, tant pis pour toi qui n’est pas au chomdu où qui a préféré travailler plutôt que d’écumer les sites d’emploi”.
Le truc qui me gave vraiment, plus encore que le rejet, c’est le rejet sans style, sans panache, et livré avec des fôtes de grammaire, orthographe, syntaxe :

- “le regret de porter à votre connaissance QUE”,
- “submergé” au singulier,
- l’adverbe “uniquement” utilisé à tort avec la négation,
- “mesur” sans “e”,
- “nous n’avons pas étudiER”,
- “la votre” sans accent circonflexe.

Ne parlons même pas de la lourdeur de l’expression “en conséquence de quoi”, qui là, typiquement vient masquer la vacuité du contenu ° presque un oxymore quand on y pense… °. Comme les gens qui s’obstinent à répéter “tout un chacun”, ou “si vous voulez” ou encore “tout à fait” lorsqu’ils n’ont rien à dire, pour gagner du temps, ou juste parce qu’ils ont entendu ça dans la bouche de quelqu’un d’impressionnant et qu’ils s’attachent à imiter juste parce que ça fait bien dans une phrase.
Parfois, less is more.

Comment peut-on, sur si peu de mots, faire autant d’erreurs ? Pour un message de réponse qui sera envoyé à 259 personnes, au bas mot ? En plus, pour des gens de la comm’,  nous à qui
l’on demande d’avoir une plume impeccable ° après 10 relectures °. Non pas que je ne fasse pas de fautes. Non, non, je suis certaine de pouvoir en retrouver au moins cinq dans ce seul billet. Mais quand même, dans le cas d’un message adressé à un public (d’autant plus difficile sur le sujet qu’il travaille dans la communication) large, à la critique facile (d’autant plus que c’est pour signifier un rejet), il faut faire des efforts.

Bref, quand je vois ce message, je  me console : je préfère ne pas travailler pour cette bande de glandus !