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Rien.
Rien.
Et re-rien.
C’est ce qui se passe en ce moment.
Rien.
Ni appel, ni mail.
Pas de nouvelle de l’Agence.
Je n’ai aucune idée de l’état des délibérations.
Distraitement, je regarde l’écran de mon téléphone portable. Et rien.
Peut-être ne pensent-ils même pas à moi. Peut-être ne prendront-ils la décision que dans une semaine, ou dans deux, qui sait ?
Pour l’instant, je prends mon mal en patience, surtout que je serai en week-end prolongé dans une petite demi-heure parce que j’ai décidé que je n’allais pas faire de vieux os, ni de zèle pour cette boîte, quoi, zut !
Je ne veille même pas à emporter mon téléphone avec moi quand je m’absente de mon bureau : mon manque de motivation actuel endort aussi toute anxiété quand au futur.
Je vous conseille donc de ne pas trop vous angoisser pour ça dans les prochains jours, car vous n’aurez de mes nouvelles que la semaine prochaine.
A bientôt,
Jazz

– Aujourd’hui, pas de résumé de l’épisode précédent, cause flemme avancée –
Pour une fois, je ne vais pas aider cette saleté de Valeria avec ses trucs de dernière minute.
Je n’en ai rien à battre.
Je m’en vais, parce qu’il le faut et je lui souhaite de passer de bonnes vacances, mais je suis déjà en retard avec ses conneries habituelles. Elle s’y prend systématiquement au dernier moment et il faut toujorus que quelqu’un soit là pour rattraper dans un temps très court. et ce quelqu’un, c’est généralement moi.
Le chauffeur de taxi pense que je peux arriver à l’heure à mon rendez-vous et à 17h58, je referme la portière avec un sourire pour le remercier de son “bonne chance”.
Je sonne, j’ouvre. On m’installe.
Je sors mon stylo, ma pochette, mon calepin.
On frappe.
“Entrez ! Faites comme chez vous…” dis-je avec bonne humeur.
En me serrant le main, la nana de la dernière fois me dit qu’une autre personne arrivera sous peu pour me parler. “C’est vache, hein”, dit-elle… Je lui assure que non.
Ladite autre personne arrive.
Je l’avais déjà vue lors de mon tout premier entretien, c’était, je crois, la seule peut-être à dire bonjour et à sourire.
Tout se passe bien, elle a un anglais fort bon la bougresse.
Quand je lui demande ce qu’elle aime le moins dans son boulot, elle se plaint un peu des heures, en précisant que l’équilibre boulot/vie privée n’est pas trop respecté.
Aïe ! Bon, ben, OK.
D’un coup, j’ai un peu moins envie de travailler pour eux. Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas pire que ce que je fais en ce moment.
La bonne femme de mon précédent entretien (qu’on appellera dorénavant Julie) revient.
Nous parlons encore et encore.
Julie a bien aimé ma lettre et l’a trouvée représentative de ce qu’elle avait vu de moi.
A leur demande, je leur narre ma désolante rencontre avec TicMadame et elles n’en reviennent pas.
Julie me raconte être très satisfaite de leur dernier recrutement : une jeune femme toujours souriante, simple dans sa tête, de bonne humeur, qui ne semble pas être victime du stress ou qui du moins ne le communique pas aux autres.
Tiens, c’est aussi comme ça que je me vois, pourtant dans mon job actuel, bizarrement, ça ressemble presque à une liste de défauts. Du coup, à l’intérieur, j’ai envie de crier et de pleurer, parce que merde, dans cette boîte à la con, je me sens vraiment mal.
A l’extérieur, sourire impeccable.
Julie me dit qu’elle espère prendre une décision d’ici la fin de la semaine prochaine.
Alors, j’attends.
J’attends en essayant de ne pas me dire que je suis une mauvaise mère sans même avoir donné la vie, puisque cet enfant que je croyais tant désirer pour l’année prochaine, n’était peut-être juste qu’un moyen de passer le temps et de compenser mon ennui professionnel. Et voilà que, si je me faisais embaucher par l’agence, cet enfant ne serait qu’un autre projet reporté de deux, trois ans. Je voulais un enfant pour les mauvaises raisons. Le Loup qui s’improvise expert en casuistique — son père d’ailleurs, était chez les Jésuites — m’explique que non, je ne suis pas indigne, que c’est toujours ce que j’ai voulu et que la situation actuelle est tellement éprouvante pour moi que cela conditionne mon jugement. Enfin, je crois que c’est ce qu’il a voulu dire…
J’attends en essayant de ne pas déprimer trop en arrivant au bureau.
J’attends en ne regrettant pas d’avoir annulé l’entretien d’aujourd’hui pour cet autre job situé dans le trou du lµc du monde, qui payait moins que ce que je gagne aujourd’hui, avec un domaine très réduit (quoique plus large que celui dont je peux me prévaloir actuellement).
J’attends en me disant que si je ne suis pas prise, ben… ben quoi ? je ne sais pas. De toutes les façons, je me laisse choir dans le fatalisme, et c’est une protection bien douce finalement. Je ne me sens pas d’attaque.
J’ai eu un gros coup de blues tout à l’heure. Les digues ont laissé fuir quelques larmes. J’envisage d’aller voir un psy. Je vais mal. J’ai tout le temps envie de pleurer et ça m’énerve parce que finalement, ce n’est rien de vraiment grave. C’est juste du boulot, mais ça m’empoisonne la vie. Je sens que je me perds un peu.
Donc, une bonne nouvelle ne serait pas de trop.
à suivre…

Résumé de l’épisode précédent :
Je décroche un entretien.
Je sais faire des ellipses narratives.
Tic Madame n’est pas représentative.
Le job me plaît (sur le papier au moins).
Je dois revenir vers eux.
________
C’est vendredi, alors triple dose les amis !
°après, ne venez pas vous plaindre de la longueur des notes°
Le Boss de l’agence me parle un peu du job. Il me demande combien je gagne et ne bronche pas quand je lui sors mon vrai brut annuel °j’aurais peut-être dû mentir cette fois-ci…°.
Il faut savoir qu’en agence, on est (beaucoup) moins bien payé que chez l’annonceur (les autres entreprises, quoi), du moins, jusqu’à un certain niveau d’expérience. Enfin, je crois. Donc, son absence d’émotion est un bon signe. Si j’étais trop chère, il aurait saisi l’opportunité de négocier à la baisse ou de me rappeler que l’agence est un monde qui rémunère aussi par la richesse de son quotidien. Enfin, je crois.
Il me dit qu’il veut que je sois parfaitement consciente de ce qu’exige le poste parce que les gens ne s’épanouissent que comme ça, quand ils ont pleine connaissance de ce qui peut les attendre. Je fais oui de la tête. °Bon public, je vous dis.°
Il me dit : “vous allez devoir prendre le TGV”. Il me dit : “ce client est difficile”. Il me dit : “il y a plein de choses à gérer”. Il me dit : “c’est au moins six mois de travail de mise en place”. Il me dit des choses et des choses encore, mais bizarrement, tout ça me fait rêver.
Je me dis : “il faudra que je prenne un abonnement Grand Voyageur”. Je me dis : “je viens juste de quitter un univers mi-kafkaïen, mi-santabarbaresque, alors à côté les problèmes que j’ai rencontrés en agence me semblent sortis de Bisounoursland…”. Je me dis : “avoir du pain sur la planche, je me rappelle que c’était chouette”. Je me dis : “un plan sur six mois, douce musique à mon oreille…”. Je me dis des choses et des choses encore et je continue de rêver.
L’entretien est terminé. Depuis mon petit nuage, j’ai cru comprendre que c’était à moi de revenir vers eux, en leur disant ce que j’avais compris de cet entretien. Je crois qu’il me dit que je peux prendre mon temps.
Je fais un plan : je vais leur pondre un retour très wow ! Genre grande affiche, livrée dans un tube, oui madame, par coursier, oui monsieur, avec texte humoristique, private jokes, et message subtilement distillé. Je vois du “c’est moi la meilleure, choisissez-moi, je suis drôle, créative, pleine de peps, vous venez de comprendre que ce vide dans votre vie professionnelle, c’était mon absence… mais vous pouvez désormais y remédier en m’embauchant”. Ca, où un truc dans le genre, moins subliminal, tu vois ?
Je raconte mon projet à deux personnes autour de moi. Elles me disent : “c’est risqué quand même, non ?”
Ben oui, c’est risqué, en même temps, le courant est clairement passé, enfin je crois, je n’ai pas envie de cacher ma personnalité, et en plus, s’ils n’ont pas d’humour, ben, j’ai pas envie de travailler avec eux…
Enfin, je crois. C’est du moins l’argument que j’avance quand je présente l’idée au Loup.
Le Loup, c’est un type qui m’aime bien. Il me connaît. Il me veut du bien. Et le Loup, il sait qu’il peut tout me dire quand je lui demande de faire une critique sur mes idées. Parce que j’ai confiance en son jugement, mais que parfois, je passe outre parce que le Loup n’est pas moi, et que parfois, je sais mieux que lui. °En vrai, je sais toujours mieux que lui, mais on ne sait jamais, un jour, peut-être lira-t-il ces pages, et il vaudra mieux ne pas le froisser. Hé hé, maline la Jazz…°.
Alors évidemment au bout des trois premières secondes de mon exposé, le loup s’écrie “ah nononononononononon hein !”.
Je ne vois pas du tout ce qui ne lui plaît pas dans mon plan tout en finesse. Je n’ai même pas eu le temps de lui parler du nez de clown et du charmeur de serpents à l’oeil charbonneux qui déclamera le texte de l’affiche.
Le Loup soutient que ce serait trop bête de me priver d’une si bonne occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger.
Ce type ne comprend rien à l’humour universel dont je détiens le secret, c’est le seul être humain, voire être vivant °non, contrairement à une idée reçue, le rire n’est pas le propre de l’homme, celui quia dit ça n’a clairement pas vu les marguerites se poiler l’autre jour quand je racontais mes blagues sur les graines de tournesol… y’en a deux ou trois qui en ont perdu des pétales, moi j’vous l’dis… Et mon chat rigole toujours de bon coeur à mes bons mots, et elle, rien d’autre ne la déride, c’est dire…° donc, c’est le seul être vivant complètement réfractaire, complètement imperméable à mon très grand sens du drôle élégant.
Bon, dans le doute qui s’empare soudain de mon esprit futé, je m’abstiens quand même.
Il ne s’agirait pas de louper cette perche tendue parce que mes interlocuteurs, que j’espère futurs collègues, pourraient succomber à une Lupite aigüe avec coinçage de zygomatiques et tout et tout.
Donc, après quelques minutes de réflexion, et combien de tentations de faire de la mauvaise foi, j’arrête de grommeler à l’intérieur de moi-même.
Je me dis que ce serait trop bête de me priver d’une telle occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger. °Comment ça c’est le Loup qui m’a ouvert les yeux ? Vous êtes dans quel camp, là ? OH ?°
Autant l’affiche m’aurait tout de suite démarquée °en bien ou en mal°, autant un texte à deux balles, c’est rasoir.
Allez expliquer ça au Loup !
Ce type est intraitable °il mange du taboulé, aussi, forcément…°*.
Le Loup pontifie : “T’es pas obligée de te démarquer à tout prix”.
Le Loup, il n’a rien pigé.
Le Loup, il ne comprend pas que je n’ai vraiment pas envie de me faire doubler par un crétin qui aura envoyé une photo de lui avec un nez de clown et dont la créativité fera crier au génie ceux qui auraient dû être mes collègues. Et puis, un charmeur de serpents, ça fait toujorus son petit effet.
Non, le Loup il ne percute pas.
On voit que ce n’est pas lui qui va devoir se taper le texte sérieux et poussiéreux et tellement adulte-qui-a-vendu-ses-jouets à écrire…
Je repoussed tant que je peux le moment de me mettre face à l’ordinateur.
Je tape, sans conviction, deux-trois phrases que je trouve vides, pas très percutantes, pas très moi non plus.
Je relis, je retape, mais bon, écrire tout en mode balai-dans-le-cµl, bof, pas trop envie.
Oui, je fais un caprice. Oui, je n’y mets pas toute ma volonté, oui, je regarde la télé en même temps, et je joue avec le chat, mais bon, j’avance quand même.
Le Loup me donne son verdict : “c’est bien”.
C’est bien ? Juste bien ?
Les boules. S’il dit ça, c’est que ce n’est pas super. C’est juste bien. Et moi, je dois me vendre comme mieux que bien. Parce que bien, c’est un 12/20. Et Maman m’a toujours dit que 12/20, c’est comme 10/20, tout juste la moyenne. Du coup, je suis une insatisfaite chronique qui pense que 14/20, c’est franchement moyen. Donc, le “c’est bien” laconique du Loup, ça me pique, ça me gratte, ça me déconstipe.
Je dors avec l’intention de faire péter the texte dans ta face de futur employeur le lendemain. Un 12/20, ça fait tache.
Je rêve de chats se transformant en lapins, je rêve de purée de carottes et de pomme de terre, je rêve du Loup qui me dit il faut d’abord plutôt les chats/lapins.
Je laisse passer la matinée, et là, je bosse ma lettre.
Je la relis, mais pas trop. Je la fais relire à une gentille collègue digne de confiance et très gentille. Elle est très rationnelle cette fille, donc, si ça passe, ça va. Ca veut dire que mon mail sera mainstream. Pas envie que ça fasse pompeux.
Ensuite, vient le tour du Loup qui lit ça en 10 secondes chrono °il lit vite et il retient tout, un don dont — un dondon, hi hi — je suis jalouse à un point que vous n’imaginez pas°. Il lance un “vachement bien” ! C’est une victoire. Il ne râle même pas parce qu’en quatre mots à la fin de mon mail, je fais allusion à cette private joke qu’il ne trouvait pas digne d’intérêt.
J’appuie sur “envoyer”, je fais mon cinéma en criant “ça y est c’est trop tard, c’est fait, on ne peut plus rien changer, c’est parti, c’est parti”, une sorte de rite alea jacta est-ique avec Jules César en talons compensés argent et paillettes mauves sur les paupières, passant le Rubicon sur son char de la Pride, offrant des préservatifs à ses troupes.
Et puis, j’attends que ça morde…
__2 heures et 8 minutes plus tard__
Qu’est-ce que je vais me mettre pour ce deuxième rendez-vous ?
°ça, les enfants, vous voyez, c’est encore un magistral exemple d’ellipse narrative…°
Surtout, ne pas s’emballer. Ce sont des gens polis qui veulent me signifier en face à face que je ne fais pas l’affaire et qu’ils peuvent, à la limite me filer un poste de stagiaire à condition que je les paye. Non, elle m’a peut-être convoquée parce qu’elle trouve que j’ai été lourdingue dans ma lettre et qu’elle veut me faire une correction commentée de mes erreurs. Non, elle veut me voir pour me dire qu’en fait TicMadame est encore là et qu’elle sera ma boss directe et que c’est la seule chance que j’ai de me tirer de mon boulot actuel avant les années 2020, elle y veillera. Ou alors…
à suivre…
(Bon, là, pour le coup vous ne pouvez pas m’en vouloir de faire durer le suspense. Je ne saurai la suite que ce soir, après le rendez-vous. A force d’ellipses narratives, la succession des événements du récit rejoint le temps réel. J’ai des fourmis dans le ventre, je crains le pire, et espère le meilleur.)
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*si vous avez compris cette blague de taboulé, vous êtes très probablement une marguerite — marge d’erreur de 1,4% — et oh ! Regardez ! Vous venez de perdre trois pétales, là…

Résumé de l’épisode précédent :
Le numéro que vous avez demandé n’est certainement plus en service actuellement, nous vous demandons de bien vouloir patienter pendant que nous vérifions.
Un traumatisme, c’est dur de s’en défaire quand même.
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Bizarrement, je ne psychote pas plus que ça pendant les quelques jours qui passent entre les deux appels d’Arielle.
Lorsque qu’elle refait vibrer mon mobile, c’est pour :
- 1) me rassurer en me disant que ni Toc, ni TicMadame ne font plus partie de la société, et cela depuis au moins 2 ans.
- 2) m’informer que le boss de l’Agence a sélectionné mon CV et qu’on voudrait me voir en personne.
Ouf et chouette ! Chouette et ouf !
Alors, je m’habille bien, et puis j’y vais. °Ca, c’est de la bonne ellipse narrative, et croyez-moi, je m’y connais, j’ai inventé cette figure, enfin, je crois…°
Déjà, contrairement à la fois d’avant, on me reçoit avec le sourire, on me propose un verre d’eau, les gens, même stressés, ont appris à dire “bonjour !”.
L’air semble plus léger, et ce changement n’est pas à imputer uniquement au changement de saison. Je reconnais les murs, je reconnais le sol, je reconnais l’espace, mais je ne reconnais plus l’aura du lieu.
Une dame qui n’a pas peur de manger de la choucroute avec moutarde s’il vous plaît me demande de la suivre avec un sourire aussi large et rassurant que ses hanches.
Nous commençons l’entretien, elle me félicite sur la mise en page de mon CV °je roucoule de plaisir° et m’invite à me présenter.
Je fais mon show. Elle rigole à mes blagues, en fait elle aussi, je rigole parce que je suis bon public aussi, il faut le reconnaître. Ambiance très détendue.
Elle veut savoir ce que je connais de leur Agence.
Je dis que j’ai un ancien collègue qui a travaillé pour eux et que j’étais déjà venue en novembre 2005 et que j’avais vu…
“- Ah, mais c’est donc vous qui aviez vu TicMadame ?
- Oui, c’est bien moi.
- Alors, je vous en supplie, ne vous fiez pas à cette personne pour vous faire une idée de l’Agence, elle a énormément changé depuis. Elle n’est pas du tout représentative de l’état d’esprit actuel de l’Agence. C’est aussi pour changer cette culture que je suis arrivée.
- Ah, tant mieux.
- D’ailleurs, elle ne fait plus partie de l’Agence. Elle est partie très peu de temps après mon arrivée. Je vous prie de nous excuser au nom de l’Agence. Vraiment.
- Pas de problème. ° là, j’aurais dû dire, “filez-moi le job et on sera quittes”. encore une occasion loupée…°
Elle veut me faire voir le boss, l’étape suivante.
On me mène dans Le bureau, celui où j’ai été torturée. Mais là, les vibrations ne sont plus les mêmes. C’est beaucoup plus relax.
Je rencontre M. Boss, il est speed, actif, parle vite mais c’est efficace.
Par contre, en quarante minutes avec lui, je n’ai eu droit qu’à deux regards dans les yeux alors qu’il était là, assis en face de moi. Bon, au moins, il ne louchait pas sur mon décolleté, que j’avais fait sage pour l’occasion.
Il s’excuse lui aussi pour ma malencontreuse aventure avec TicMadame.
Il va même jusqu’à douter de sa santé mentale, et se féliciter de son départ. Il y reviendra à la fin de l’entretien, en s’excusant encore. C’est dire que l’autre dingue a marqué les esprits…
à suivre…

Résumé de l’épisode précédent :
Mauvais souvenirs de novembre 2005.
Recherche d’une excuse habile pour ne pas revivre ça.
Contact avec Arielle la recruteuse de l’Agence.
Evocation de TicMadame.
Blanc.
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Blanc. Loooooooong blanc.
Je comprends soudain enfin la réaction des enfants d’une tribu africaine quand ils ont vu pour la première fois ma copine alsacienne (1m82 de blancheur lunaire, immaculée) et qu’ils ont été saisi de stupeur, qui s’est transformée en peur, en pleurs et en chœur d’appels désespérés à Maaaaaaman pour qu’elle viennent les sortir de là.
°Avant, je me moquais des gens qui criaient Maman, c’était réservé aux bébés Cadum ce truc-là. Du moins le pensais-je jusqu’à ce que je me retrouve à avoir très peur et très mal un soir à l’hôpital. Là, je me suis résignée à invoquer le pouvoir maternel — et celui du Loup — entre deux crises de larmes. Comme quoi, appeler Maman, c’est un réflexe en cas d’atteinte à sa propre survie. Et ne vous moquez pas, vu la taille du scalpel du chirurgien, j’aurais voulu vous y voir…°
Donc, oui, parfois, le blanc, c’est flippant. L’inverse étant vrai aussi. Beaucoup de gens ont peur du noir °je parle aussi bien de l’obscurité que de moi les rares fois où je me promène dans le XVIe à Paris°.
Mais arrêtons de jouer sur les mots et la peur des différences d’épiderme.
Arielle reprend, enfin, la parole.
- Excusez-moi, je faisais un créneau. TocMadame, dites-vous ?
– Non, Tic-Ma-da-me. °ouf, soulagée…°
- TicMadame, non… ça ne me dit rien. Elle ne doit plus faire partie de notre société.
- Ah ! °Comme dans “Ah ! Léluiah”°
- Donc, vous pouvez nous envoyer votre CV, et depuis, l’agence a beaucoup changé. Rappelez-moi votre profil s’il vous plaît.
Je m’exécute, toute contente.
Elle me dit que le poste à pourvoir, c’est un poste de boss. Autant vous dire que j’adore. Je dore de plaisir. °oui, moi, je ne rougis, ni ne rosis, je dore, c’est comme ça.°
Et là, je lui termine en lui promettant d’envoyer mon CV dans le quart d’heure.
Elle est bien contente, me remercie d’avoir appelé pour la prévenir, et me rassure qu’elle vérifiera que TocMadame n’est plus dans la boîte.
- Non, TicMadame.
- Comment dites-vous ?
- TIC. MA. DA. MEUH.
- Ah ! Non, écoutez je vais vérifier. Mais ça ne me dit rien.
Elle a du mal la mère Arielle avec les noms, alors, elle va peut-être chercher à Toc au lieu de Tic.
Et puis, peut-être TicMadame s’est-elle mariée et a-t-elle changé de nom. Auquel cas, je risque de la re-croiser en me pointant au rendez-vous qu’on va peut-être me donner.
La haine.
Et puis ZUT !
Je ne peux pas avoir peur de cette nana toute ma vie.
Mais bon, ça me déconstiperait bien °dans le sens de “ça me ferait bien chi€r”° qu’elle me fasse la nique au moment où je franchis le seuil de l’agence, me ridiculisant avec une sortie du genre :
“Alors, Jazz, toujours aussi jolie, quoi que sur plus de surface maintenant ? Tu as appris à écrire et à différencier une stratégie d’une problématique après deux ans et demi ?”
ou
“Au moins, avant, tu étais jeune, on pouvait te pardonner cet air idiot, mais là, vraiment, tu frôles la trentaine, et t’as toujours l’air aussi con. T’es vraiment pas faite pour ce job ma pauv’ fille.”
ou encore
“Va mourir sombre crétine, ne t’avais-je donc pas sommé de ne jamais remettre les pieds ici et de ne jamais plus soumettre ton immonde personne à ma vue” d’un air dégoûté. “Comment oses-tu ?” crierait-elle encore avant de cracher une flaque visqueuse de longs serpents noirs et luisants au sol en me maudissant en araméen, les yeux révulsés, le corps secoués de violents spasmes.
Traumatisée, moi ?
Meu noooon. Je ne vois pas ce qui vous fait dire ça, enfin.
à suivre…

Résumé de l’épisode précédent :
Le sigle ALRDNJ signifie : A la Recherche du Nouveau Job.
Mon job actuel pue plus que jamais. Entre humiliation discrète, placardisation en douce et désorganisation chronique… Je pète les plombs.
J’ai évité un faux plan avec un avocat qui me semble limite libidineux.
Je reçois un appel de phares d’une agence trop bien connue…
________
Les souvenirs pour le moins mauvais de cet entretien de novembre 2005 sont encore frais. J’en ai oublié les détails, mais l’essence est encore là, et devient de plus en plus entêtante, capiteuse, empoisonnante quand j’y repense.
Et là, on me dit “Même joueur joue encore”. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours eu la conviction que j’allais, d’une manière ou d’une autre être en contact avec cette agence à nouveau. Mais dans quelles circonstances, dans quel rapport de forces ? Serai-je plus solide ? Me ferai-encore humilier ? TicMadame sera-t-elle plus féroce que jamais ? mais surtout, quel est l’âge du capitaine ?
Quoi qu’il en soit, je sais que je n’ai aucune envie de travailler pour ces gens puisqu’ils ont trouvé TicMadame suffisamment chouette pour l’embaucher un jour (même si en fait, l’histoire est plus compliquée que ça : TicMadame est entrée comme stagiaire, elle a gravi les échelons, puis la petite agence spécialiste où elle travaillait a fusionné avec une autre plus grande, mais c’est la petite qui a phagocyté la grande dans la culture, les méthodes de travail et les équipes). Moi, c’est sans appel, je ne pourrai jamais vivre le plus clair de mon temps éveillé à ses côtés. Hors de question.
Mon ami Gougueule me dit en plus que TicMadame travaille encore chez eux, à moins qu’elle n’ai pas remis son profil à jour sur les sites de réseau professionnel. Mais comment faire passer le message en douce à Arielle, sans la vexer, ni me griller dans la profession ?
Réfléchissons un peu.
Possibilité 1 :
Arielle est une chasseuse de tête employée par l’Agence de TicMadame. Dans ce cas, je dois lui faire comprendre que l’Agence ne m’a pas retenue autrefois et que je ne tiens pas à revivre cette commotion professionnelle, mais que je suis ouverte à des postes chez d’autres de ses clients °sans directrice sanguinaire de préférence…°.
Possibilité 2 : Arielle est employée de l’Agence, en charge des RH. Et là, je dois juste décliner la proposition, gentiment, pour ne froisser personne.
Comme mon ami Gougueule ne me permet pas de savoir laquelle des deux possibilités est la bonne, je décide d’éviter le mail dans lequel les nuances et la subtilité ne sont pas faciles à traduire, et je lui passe un coup de fil.
“- Allô ?
– Bonjour. Mme Arielle ?
- Elle-même.
- Je suis Jazz, je vous appelle suite à votre mail me demandant de vous envoyer mon CV sous Word pour un poste à pourvoir à l’Agence. Je vous dérange ?
- Non, non, allez-y !
- En fait, avant toute chose, je souhaitais savoir si vous travailliez pour l’Agence ou si vous étiez un prestataire extérieur au service de l’Agence.
- Non, non, je travaille à l’Agence depuis plus de deux ans maintenant.
- Ah… mer… ci ! Merci d’avoir répondu à ma question. Voilà, je souhaitais vous dire une chose un peu délicate aussi ai-je préféré vous entendre de vive voix pour vous expliquer la situation. J’avais déjà été en contact avec l’Agence en novembre 2005, pour un poste de Directrice de Clientèle et pour être parfaitement honnête, cet entretien s’était mal passé, pour des raisons de personne, de feeling ou une absence de chimie, appelez-ça comme vous voulez, mais je pense que je ne correspondais ni aux critères, ni à la culture de l’Agence, du moins, à l’époque. Donc, pour ne pas vous faire perdre de temps, j’ai préféré ne pas vous envoyer mon CV ; je pense vraiment ne pas être dans le bon état d’esprit pour travailler chez vous, du moins si les choses n’ont pas changé depuis. °On ne sait jamais, elle a pu se faire virer sauvagement au cours des 4 derniers mois°
- Ah bon, c’est gentil de m’appeler pour me dire ça. Très gentil même. Mais qui vous avais reçu ?
– TicMadame.
Et là… un blanc. mais pas un blanc je ne sais pas moi, blanc. Non, non, un blanc fluo qui fait mal aux yeux et aux oreilles. Un bon gros Blanc. Si ça se trouve, Tic Madame doit accéder sous peu aux fonctions de Chef du Monde de l’Agence et son nom est tabou, comme Voldemort dans Harry Potter. Si t’es pas un Mangemort, tu l’as très mauvaise, tu vois. °Les connaisseurs et fans du petit sorcier à la cicatrice en forme d’éclair comprendront, les autres, ben, tant pis°
à suivre…
Pour ceux qui n’avaient pas deviné en voyant ce logo, le sigle ALRDNJ signifie : A la Recherche du Nouveau Job.
Il y a donc du nouveau sur ce front.
Dans mon boulot actuel, c’est de mal en pis. J’ai finalement changé de fonction, juste un an après la promesse faite. Mais, vieux motard que jamais, hein, comme on dit.
Sauf que J’ai du refiler mon beau Mac à la nouvelle employée qui vient reprendre mon ancien poste et qui n’est autre qu’une parente de ma nouvelle boss. Sauf que nos missions respectives ne sont pas déterminées (et ce n’est pas faute d’avoir demandé une mise au clair). Sauf qu’elle se récupère tous les trucs chouettes que je n’ai pas fait quand j’étais à sa place, et en plus, tous les trucs chouettes que j’aurais dû faire maintenant.
Le pied !
Du coup, j’ai hérité d’une vieille bécane qui m’envoie chier quand je lui demande d’ouvrir deux images de plus de 3 Mo. J’ai un an et demi de mails qui ne sont plus consultables, et le logiciel le plus évolué (hors Office) est… Paint ° la seconde marche étant occupée par le démineur… Mais là, peut-être que je m’avance et que le démineur plante aussi sur ce PC de m€rde° !
Le panard intégral je vous dis !
Je ne vous raconte pas tout, ce serait navrant, et en plus, je préfère oublier °ou refouler, me souffle Sigmund° plutôt que de ressasser.
Evidemment, tout ça me motive encore plus. Tout d’abord, un cabinet d’American Lawyers °avocats américains en français, c’est comme des avocats français, mais avec une chair plus ferme, d’où la difficulté à en faire du guacamole° qui cherche à ouvrir un bureau à Paris et une personne pour les aider à le monter, rabattre des clients, tout ça. Pas le job rêvé, mais toujours mieux que ce que je fais en ce moment.
J’envoie mon cv, le type m’appelle. On prend rendez-vous durant son prochain séjour à Paris. Il demande à voir ma photo, il veut savoir si je peux lui faire visiter Paris. A ce moment de la conversation, je me dis qu’il cherche un guide, une escort, mais pas une employée. Je lui envoie quand même ma photo. Il me fais un compliment qui n’a aucune raison d’être dans ce cadre professionnel. Là, je ne sens vraiment pas ce truc, aussi, pour m’en débarasser, je fais la nana toujours intéressée, mais 24 heures avant le rendez-vous, j’annule en disant que je dois partir pour raisons professionnelles, amis que je lui souhaite de trouver ce qu’il est venu chercher.
Voilà, comment j’ai esquivé ce qui allait sûrement être une rencontre bien lourde, bien inutile, avec un soupçon de dragouille alors qu’on s’apprête à faire de moi une honnête femme ° quelle expression à la con °.
Et puis, j’ai reçu cet autre e-mail. Une certaine Arielle me dit avoir repéré mon CV sur un site d’emploi, elle veut une version Word de mon CV, elle pense que mon profil correspond à un poste à pourvoir dans une agence… Ah oui, mais quelle agence.
Et là, gros flashback : je me revois sortant de ce bel immeuble qui avait été le théâtre de mon calvaire.
à suivre…
°En attendant la suite, vous pouvez vous (re)faire les épisodes 4, 5, 6 & 7 de la série Entretiens, Entrechiens).°

vous, ici ?