Ouais, je sais, ça faisait longtemps que vous n’aviez pas eu de nouveau feuilleton.
Et ben voilà, dans la série “Je me rappelle”, l’oubliée des poètes en herbe.

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Je me rappelle cette fille, mais pas son prénom.

Ah oui, voilà ! C’est Danielle ! Par contre, son nom de famille, m’échappe vraiment, de toutes les façons, je ne l’aurais pas publié.
Donc, Danielle.

Elle était grande et maigre, elle ressemblait à une girafe perdue parmi la tribu de pygmées que nous autres, ses camarades de cinquième, formions. Elle avait déjà redoublé une ou deux fois, et son âge nous paraissait vénérable.
Elle se mouvait lentement, même quand elle courait. Ce n’était pas encore de la grâce, elle baignait encore dans la gaucherie adolescente, juste une sorte de léger ralenti. Elle portait toujours des vêtements délavés, déjà usés, froissés, jamais ou très rarement des habits neufs. Ces chaussures étaient poussiéreuses parce que ses parents n’avaient pas toujours les sous pour lui payer le bus et que la route était longue de sa petite case en bois au toit de tôle au collège du bourg.
Elle parlait lentement, à voix basse, sur une musique imaginaire lancinante qui vous aurait endormis si vous l’écoutiez trop longtemps. Elle avait un air bravache parfois avec les garçons qui auraient voulu lui manquer de respect, une fronde dans le regard qui ne cadrait pas avec l’insécurité qu’elle manifestait en cours.

Elle n’avait pas de bonnes notes et l’école semblait la rendre plus petite. Assise ou plutôt recroquevillée sur sa chaise en bois, luttant pour replier sous elle les longs spaghetti qui lui servaient de jambes, rentrant les coudes dans les côtes pour ne pas gêner son voisin de table en écrivant sur son cahier qui ressemblait à un calepin entre ses doigts-araignées, elle était toujours à l’arrière de la classe parce qu’elle était décidément trop grande et qu’elle empêchait toujours les camarades assis derrière elle de voir le tableau.

¤ Ah, ça y est, je me souviens de son nom de famille maintenant. Pas facile à porter non plus… ¤

Danielle ne se faisait jamais remarquer en classe, ne répondant que lorsqu’on l’interrogeait. Je ne me souviens pas avoir lu, même une fois, dans ses yeux l’assurance d’une bonne réponse qu’elle pensait être la seule à avoir, ce sentiment de savoir qui vous donne des ailes et vous fait lever le doigt si vite et si fort que votre épaule manque de se disloquer.

Dans la cour de récré, nous, les filles, lui parlions peu sans l’exclure — en tout cas, pas sciemment — de nos discussions pour autant. Parfois, quand elle se joignait à nos conversations plutôt que de rester dans son coin avec des amies de son quartier, elle écoutait et économisait ses mots quand elle intervenait sur des sujets qu’elle connaissait infiniment mieux que nous (la cuisine, le baby-sitting, les quartiers de notre commune qu’elle parcourait à pied, les redoublements, ce que ça fait d’avoir 14 ans). Elle donnait son avis de manière polie même quand nous nous trompions complètement (« 5 minutes pour faire cuire le riz, ça suffit je crois ? »).

Et puis, son jour de gloire est arrivé…

à suivre…