Le début de l’histoire est ici.
Alors que nous étudiions la poésie en cours de français, notre prof nous annonça que nous allions participer à un concours de poème organisé pour les collèges de la région.
Nous devions proposer des œuvres poétiques originales, en vers ou en prose, et les meilleures d’entre elles seraient rassemblées en un recueil. J’étais très fière d’en avoir trouvé le titre : “Poètes en herbe”, suggestion que mes camarades ne trouvaient pas géniale jusqu’à ce que la prof explique le sens figuré de l’expression… et leur dise que cela nous donnait de meilleures chances de gagner que « Les Petits Poètes » ou « Poésies de la 5ème B du collège Untel à Trucville ».
J’avais aussi participé à la copie au propre des poèmes du recueil avec quelques autres de mes camarades dont l’écriture était lisible : Béa, Véronique, Mylène et peut-être un garçon, fils d’instituteur qui formait des lettres si gracieuses qu’il nous plongeait dans une pâmoison jalouse à chacun de ses passages au tableau.
Victor, un dessinateur hors-pair, avait créé les magnifiques illustrations qui rendaient ce recueil aussi chouette.
Tout le monde y avait mis du sien. Même les élèves jugés médiocres avaient une chance de voir leur œuvre publiée parce que pour une fois, il ne s’agissait pas de savoir sa leçon par cœur, de ne pas faire de fautes d’orthographe (elles seraient corrigées en cours) en dictée, ou de calculer juste, il suffisait de coucher son cœur ou une idée en rimes ou pas, sur le papier. C’était l’exercice où nous nous exposions le plus, mais où nous étions finalement, le moins sanctionnés sur nos personnalités balbutiantes de pré-ados, et nous le ressentions tous même sans pouvoir l’exprimer clairement.
J’ai soumis un ou deux poèmes et je me rappelle qu’au moins l’un deux a été pris. C’était une comptine dont j’avais rêvé ou que j’avais entendue dans un rêve, et que j’avais remaniée pour en faire une sorte de poème, sans même comprendre tout ce que je voulais exprimer par là. J’y avais ajouté de bons mots trouvés avec des amies quelques années auparavant, de l’autre côté de l’Atlantique, dans une cour d’école de l’Essonne de mon enfance, et je me sentais un peu mal de signer ce poème de mon seul nom. Mais je l’ai quand même proposé, et lorsque je l’ai recopié je me suis dit au moins huit fois par ligne que j’étais malhonnête de m’accaparer toute cette gloire.
Danielle, elle, avait proposé un truc qu’on trouvait sensas’. On ne pigeait rien à l’histoire, la dernière phrase ne rimait avec rien d’autre, et comble du raffinement, son poème était en alexandrins. Alléluia ! Il fallait nous voir en train de compter sur nos petits doigts les syllabes de chaque ligne et nous émerveiller de tant de complexité et de créativité débridée.
Non, il faut que je me souvienne de son poème pour que vous compreniez.
Ça faisait…
Oh zut !
Ça parlait d’une charmante créature qui faisait des plis tous les jours ou un truc comme ça…

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