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Ca y est, j’ai mis un (court) article sur mon nouveau blog (monblognotes.over-blog.com)…
¤ Yay ! ¤
¤ “Design” en cours, merci d’être cléments… ¤
2005-05-18 18:17
Il y a un peu plus de deux semaines jours de cela, je l’ai croisée de nouveau.
- Marie-Christine !? dis-je l’air surpris et interrogateur. ¤ j’ai été super bonne actrice sur ce coup-là quand même… ¤
- Oui ?
- C’est bien toi ? Tu ne me reconnais pas, je suis Jazz, de Morangy, on était à la même école, tu ne te rappelles pas de moi ?
- Si, si, je me rappelle, déclare-t-elle après un moment de silence suivi d’une observation incrédule de mon visage. Tes parents sont repartis en Guadeloupe avant la fin de l’année scolaire.
¤ Tiens, pourquoi tout le monde se rappelle de ça précisément : mon départ avant la fin de l’année scolaire ? Tout le monde a dû croire que mes parents fuyaient le fisc ou voulaient échapper à un tueur à gages sanguinaire lancé à nos trousses par un caïd soucieux de récupérer leurs dettes de jeu somptuaires. Précisons tout de même que je suis partie à la fin du mois de mai dans mon année de CM1, que le programme était fini, oui, ça arrive, et que j’allais être scolarisée presque dès mon arrivée en Guadeloupe dans une classe de CM1 histoire que mes parents aient bonne conscience… Ceci dit, j’ai passé le mois restant dans une classe de CE2 — dont le maître était voué à être mon parrain, mais bon, je ne suis toujours pas baptisée – parce que l’ambiance était meilleure et que lors de mon court séjour dans ma nouvelle classe de CM1, j’ai pu me rendre compte que je m’ennuyais ferme. En CE2, en revanche, j’étais assistante du maître !! Eh ouais ! ¤
- Oui ! C’est ça !
- Petite Jazz, comme tu as grandi !
- Ben ouais ¤ tu fais un peu naine à côté de moi qui suis juchée en plus sur des talons de 6 centimètres… mais bon, n’insistons pas… ¤ Toi aussi ¤ mais si peu finalement, enfin, pas dans le sens de la longueur devrais-je dire… hé hé ! C’est la deuxième fois que je tombe sur une ancienne connaissance qui a plus grossi que moi, ouais ! ¤
- Alors, qu’est-ce que tu deviens ?
- Je suis ¤ alors, voici l’alternative : soit je me la joue low profile, soit je lui balance mon titre ronflant et creux rien que pour la frime ? Mon choix est vite fait : je vais crâner comme si c’était ma mission première sur cette terre… ¤ responsable du marketing et de la com’ dans une boîte qui fait des logiciels, bref, de l’informatique ennuyeuse quoi ¤ j’insiste sur la notion d’ennui en injectant un soupir en signe de modestie, pour pondérer le tout… Comment j’me la pète avec l’air de ne pas y toucher… ¤.
Et toi ?
- Je travaille à côté, à la Caisse de Retraite. ¤ Ouah, totale éclatche, dis moi ! ¤
- Depuis quand es-tu revenue ? ¤ de Guadeloupe s’entend ¤
- Depuis 1997, pour finir mes études.
- Ah d’accord…
Passé le cap où je m’étais assurée que j’étais LA femelle alpha, et elle la minable petite dominée (en taille, en job, en silhouette), j’ai fini par me rappeler que cette nana avait toujours été super gentille avec moi quand nous étions petite. Elle m’avait appris à monter à vélo ¤ sans roulettes ¤, à faire du patin ¤ à roulettes ¤. Elle n’avait jamais été hautaine avec moi, en fait. Bien au contraire.
Je détestais juste la concurrence malhonnête qu’elle me faisait auprès de ma mère. J’avais l’impression de vivre dans l’ombre de la parfaite Marie-Christine. Aussi étais-je un plus froide avec elle qu’avec mes autres copines/camarades de l’époque.
Stupide comme réaction, hein ?
Jalousie mal placée.
J’ai arrêté le show. Je me suis sentie super conne, conne alors de l’avoir considérée comme une rivale dans le cœur de ma mère, conne maintenant d’avoir voulu la faire passer pour une personne de moindre valeur que moi… J’avais envie de me mettre des baffes et de lui demander pardon. Mais j’ai su garder une certaine contenance. ¤ Mais quand même qu’est-ce que je suis conne… ¤
Elle m’a informée de la séparation officielle et géographique de ses parents, un de chaque côté de l’Atlantique. Elle m’a parlé de gens dont les noms m’évoquaient de lointains souvenirs de descente à la boulangerie pour acheter des tonnes de bonbecs les jours de distribution d’argent de poche, de sorties de classe bruyantes, de jeux de récré endiablés… Des images floues qui réchauffent quand même le cœur.
Nous avons échangé nos numéros de téléphone.
Je crois que je vais l’appeler et l’inviter à manger un bout à la maison un de ces soirs.
¤ Ca me permettra au passage de vérifier le parallélisme de ses pieds et de changer l’huile de nos relations. ¤
Marie-Christine, c’est une fille très bien.
Et c’est moi qui le dit. Je m’en souviens.
_fin_
¤ Rendons justice à ma pauvre mère qui a dû passer pour une mauvaise maman dans cette note.
Bon, OK, dans ma petite tête à la mémoire sélective, et en toute mauvaise foi, elle me disait très (trop ?) souvent « Marie-christine, ceci », « Marie-christine, cela ».
Mais ce que j’ai oublié de préciser, c’est qu’elle me rappelait aussi très souvent ces quelques mots de sagesse maternelle : « tu ne dois pas te comparer aux autres, mais tout d’abord à toi même et essayer de te dépasser, à l’école, mais aussi dans la vie. C’est toi-même ta concurrente. C’est de l’auto-stimulation, une course avec et contre toi même. Les autres ne m’intéressent pas, c’est toi ma fille, c’est toi qui m’intéresse. Et ne pars jamais battue, tu comprends ? Je ne t’ai pas élevée dans la peur. Tu es une gagnante, une battante. Tu pars gagnante, toujours, d’accord ? »
D’accord Maman.
Merci. ¤
2005-05-17 19:20
Mais voilà…
Moi, j’étais pressée.
Elle, elle semblait toute à ses pensées.
Et puis, ce n’était peut-être pas elle…
Je n’ai rien fait. Mais j’étais médusée.
Tous ses souvenirs qui remontaient. D’un seul coup.
Je m’en suis voulu, j’aurais dû lui faire un signe, esquisser un sourire et attendre sa réaction. Je n’allais peut-être jamais la revoir. C’aurait été l’occasion de la rendre humaine. De la faire descendre de ce piédestal.
Ca m’a hantée pendant quelques heures et puis, j’ai oublié.
Quelques jours ont passé, et je l’ai revue. Même station de métro, même endroit.
J’étais sûre, au fond de moi que c’était bien elle, mais je n’étais pas encore prête à l’affronter.
J’ai fui, évité de regarder plus longtemps dans sa direction.
Le soir même, j’ai eu ma mère au téléphone :
- Maman, tu ne sauras jamais qui j’ai croisé aujourd’hui dans le métro ?
- Qui ?
- Devine !
- Non, dis-moi, qui ?
- Marie-Christine !
- Marie-Christine qui ? Je la connais ?
- Comment ça ? Bien sûr que tu la connais ! C’était une petite voisine Martiniquaise à Morangy. Tu te rappelles quand même, une petite fille parfaite ! Ma-rie-Chirs-ti-ne.
Une voisine ? Non, ça ne me dit rien.
Et je l’ai crue. Cet accent de franchise dans la voix de ma mère ne peut être feint. Même au téléphone, elle ne peut pas mentir sans que je m’en rende compte, elle est trop honnête pour ça. ¤ Enfin, j’aime bien croire que mon pouvoir du Jedi me permet de détecter tout de suite le moindre petit mensonge. ¤
M’enfin, quelle déception. ¤ Comme si j’apprenais que la paire de chaussures pas chère dont je rêve n’existe pas dans ma pointure. En trois fois pire. Au moins. ¤
Pas la peine d’insister, elle ne s’en rappellait plus ¤ bon, j’ai quand même évoqué son pied de travers, ses célèbres couettes, ses résultats scolaires, rien à faire… amnésie totale ¤.
Bon, finalement, c’était une petite revanche sur Marie-Christine : ma mère se souvient de moi, mais pas d’elle !!!! ¤ Comme quoi, les fleurs, les petits cadeaux, les coups de fil, pour la fête des mères et les anniversaires, toutes ces petites attentions « impromptues » au cours de l’année, CA PAIE !! ¤
J’aurais pu m’en tenir à cette petite victoire, m’estimer heureuse de sa disparition de la mémoire de ma mère.
Mais non, il ne faut pas bouder son plaisir…
¤ niark niark niark ! muhahahahahahaaaaaaaa ! ¤
à suivre…
2005-05-16 18:05
« Marie-christine a souri sur sa photo de classe, elle, j’en suis sûre. »
Ma mère continuait à me bassiner avec son héroïne de la Comtesse de Ségur.
« Marie-Christine accepte de porter des jupes-culottes, elle, et ça lui va bien. »
Dans ma tête de petite fille, toutes ces références ne signifiaient qu’une chose : « ah si seulement tu étais un peu plus une petite fille modèle… comme Marie-Christine. »
Dans des moments de grande insécurité, ma paranoïa arrivait à me convaincre que ces comparaisons signifiaient en fait : « ah, j’aurais préféré Marie-Christine comme fille, parce que toi, t’es pas un cadeau, hein. »
« Marie-Christine qui est plus âgée que toi n’a pas besoin d’argent de poche. »
Au lieu de me motiver, ces allusions me galvanisaient contre la Marie-Christine.
Chacune des allusions de ma mère à Marie-Christine se soldait irrémédiablement par un bon quart d’heure de remise en cause, d’introspection, de jalousie, de doute et de torture mentale auto-infligée, mais le tout, en silence. Je me disais que Dieu n’avait pas livrée la fille qu’elle espérait à ma mère, que je la décevait, que je ne méritait pas son amour, que j’étais la Sophie dont les Malheurs avaient été consignés par la comtesse de Ségur ¤ encore elle ! ¤, la gaffeuse au mauvais caractère, pas Camille avec ses cheveux soyeux, sa perfection, ses vertus et ses dispositions, et tout et tout.
A bout de nerfs, un jour, j’ai dit à ma mère :
- Tu voudrais aussi que j’aie un pied tordu comme elle ?
- Non ! Bien sûr que non ma puce, m’a-t-elle répondu précipitamment.
Mais ma sortie l’avait choquée. Au point que les comparaisons devinrent plus espacées.
Et puis, peu de temps après, nous sommes partis en Guadeloupe, et comme le temps passait, que près de 7 000 km nous séparaient, Marie-Christine a disparu de ma vie et s’est rangée dans un coin obscur et poussiéreux de ma mémoire.
Des années après, me voici revenue dans l’Hexagone. Je l’avais presque complètement oubliée.
Il y a six mois environ, j’ai croisé dans une station de métro par laquelle je passe tous les jours, une nana qui lui ressemblait beaucoup…
à suivre…
2005-05-13 12:18
« Marie-Christine, elle a tout compris. »
« Marie-Christine n’a aucune note en dessous de B. »
Marie-Christine. Ah, Marie-Christine…
Marie-Christine, c’est mon Endicott à moi ¤ désolée pour cette allusion obscure pour toute personne ignorant ce chef d’œuvre de Kid Creole & the Cocunuts ¤. Enfin, c’était mon Endicott : quand j’étais petite, ma mère me parlait souvent (trop à mon goût) d’elle.
Marie-Christine et moi avons fréquenté la même école pendant plusieurs années, dans des classes plus ou moins concurrentes, jamais dans la même.
« Marie-Christine ne ronchonne pas quand sa mère lui demande d’aller chercher des trucs à la boutique. »
Les parents de Marie-Christine étaient du même âge que les miens, antillais aussi, et n’habitaient guère loin de chez nous, et, sans pour autant être des amis intimes mes parents aimaient bien à discuter avec eux de temps à autre quand ils se rencontraient sur le parking, à la superette, en venant nous chercher à l’école, ou sur le marché.
« Marie-Christine sait se coiffer toute seule. »
Marie-Christine était très bonne élève, toujours dans le trio de tête, et ses prouesses scolaires rendait sa mère bouffie de fierté ¤ une mère normale, quoi ! ¤.
Dans mon souvenir, Marie-Christine était grande, bien plus que moi, plus mince que moi, de bonne composition ¤ du genre à dire « dis, maman ? » en début de chaque phrase à sa génitrice, cette expression que j’ai toujours trouvée peu naturelle, et pour tout dire un peu faux-cul bien que ma mère m’ait assuré plusieurs fois qu’elle trouvait que ces deux mots formaient une bien belle musique à son oreille… Information que j’ai su utiliser à mon avantage à quelques reprises… ¤.
Le seul défaut de ce parangon de petite chérie : un pied qui rentrait un peu vers l’intérieur.
C’était la seule ombre au tableau. Et encore, ce n’était pas sa faute, mais ce panard de traviole constituait l’unique faiblesse que je pouvais exploiter.
« Marie-Christine est tellement polie. »
Combien de fois ai-je pensé à la manière dont un deuxième pied rentré lui siérait ¤ c’est vrai, quoi, un croche-patte est si vite arrivé ! ¤
Combien de fois ai-je imaginé la bêtise qu’elle avait commise pour être punie par cette extrémité contrariée et ce léger boitement ?
Combien de fois ai-je essayé de me consoler en me racontant qu’elle ne se marierait pas facilement à cause de ce handicap affolant, parce que les garçons sont bêtes et n’aiment pas les défauts physiques ?
Tant et tant de fois.
à suivre…
2005-05-11 19:11
Le matin de mon départ pour les Etats-Unis, je finissais mon stage.
Mon père est venu me voir au travail.
Furieux, il me demande pourquoi j’ai pris sur moi de changer les serrures, de quoi j’ai peur, si ma mère est rentrée, etc.
Je lui explique qu’il n’a plus rien à faire à la maison, que j’ai déjà toléré son retard dans le déménagement de ses affaires et qu’il pourra récupérer le peu qui reste par l’intermédiaire de mon oncle.
Piqué par mon aplomb, il ne dit plus rien.
Je lui rappelle que je pars l’après-midi même.
Il me dit qu’il sait. Il sort de sa poche un billet de 500 francs fraîchement issu du distributeur et me dit : « ne me fais pas honte ».
Il s’est souvenu de la date de mon départ. Lui qui ne se rappelle rien, pas même la date d’anniversaire de ses deux enfants ¤ enfin, je dis deux, mais en fait, je ne sais pas, j’ai peut-être un frère ou une sœur quelque part dont j’ignore l’existence ¤.
Maintenant encore, alors que j’écris, le souvenir de cette attention me touche et fait monter mes larmes.
C’est bête, hein ?
Je ne hais pas mon père, non.
Je me rappelle d’un homme qui m’aimait.
De celui que, petite fille, je voulais épouser.
De celui qui me considérait comme la prunelle de ses yeux.
De celui qui exigeait que toute personne un peu malade se tienne à distance de son enfant.
De celui pour qui j’ai éprouvé de la pitié quand j’ai vu le minable petit appart’ qu’il partageait à plus de 50 ans avec son frère (qui lui devait avoir 46 ans je crois, il est resté vieux garçon à cause de sa mère, ma grand’ mère).
Ils sont tous deux victimes de cette mère qui porte à jamais les stigmates auto-suggérés de ses origines modestes, cette « humiliation de la pauvreté » qu’elle a essayé laver en épousant le fils de la famille chez qui elle était employée comme bonne, après avoir mis au monde ses enfants. Un mariage forcé. Cette femme qui lui a inculqué la défiance, la médisance, la médiocrité, la bassesse, le mensonge, le mépris, la duplicité, la paranoïa vis-à-vis des tous ceux qui vous veulent du mal et vont vous jeter un sort pour un opui, pour un non.
Elle a honte de ses origines, mais pas de sa stratégie d’accession à la petite bourgeoisie de campagne.
Elle a élevé ses enfants pour qu’ils soient ses jouets, des pantins.
Ceux qui n’ont pas su partir tôt n’ont jamais pu se libérer de son joug.
Elle a détruit leurs relations sentimentales, leurs amitiés, leurs espoirs, leurs ambitions.
Seul un de mes oncles paternels, l’aîné, semble s’en être sorti. ¤ Mais qu’en sais-je moi qui ne le connais que si peu ? ¤
Les autres ont des séquelles exprimées dans des degrés différents dont ils s’accommodent plus ou moins bien.
Je trouve toutes sortes d’excuses à mon père.
Je ne peux pas le haïr, et parfois, je m’en veux d’être aussi faible.
- Fin -
Merci à ceux qui ont partagé mon histoire en la lisant.
Merci à ceux qui ont fait des commentaires.
Merci aussi à ceux qui n’ont pas su quoi dire.
Mes excuses à ceux chez qui j’ai réveillé de mauvais souvenirs.
Faudrait quand même que je fasse une note pour dire comment ma mère se porte, tenter de décrire la relation avec mon père, tout ça.
Mais aujourd’hui, je suis épuisée. (Tiens, la raison de ma fatigue devrait d’ailleurs faire l’objet d’une autre note.)
2005-05-09 19:51
Bon, je préfère vous prévenir tout de suite ceux qui n’ont jamais pointé le bout de leur souris sur ce blog ¤ et ils sont nombreux ¤, le “x” entre parenthèses à la fin du titre de cette note ne signifie pas qu’il s’agit d’une histoire de cul, mais plutôt que c’est la dixième partie d’une histoire marquante dans ma vie.
Voilà, c’est dit.
Revenons donc à nos moutons.
***
Ils sont partis. En cachette, discrètement, avec l’aide de mon autre oncle qui les a amené à l’aéroport.
Mon frère qui ignorait encore tout à l’époque de cette folle nuit, croyait à des vacances bonus et surprise.¤ Je dis à l’époque, mais à ce jour, je ne sais même pas si mon frère a eu connaissance des agissements de mon père cette nuit-là. ¤
Mon petit frère était fou de joie !
Ma mère m’a dit au revoir avec des yeux pleins de culpabilité : elle laissait son agnelle avec un loup. Il pouvait ne faire qu’une seule bouchée de moi s’il le voulait. Je l’ai convaincue du contraire, je ne sais comment. Mais de toute façon, il fallait que je finisse ce fichu stage.
Mon père rentre ce soir-là. Tard.
Je l’ai attendu dans l’anxiété et la tension.
Il découvre le mot de ma mère qui disait en quelques mots brefs que je lui ai dictés qu’elle était partie avec mon frère pour quelque temps et qu’il fallait qu’il s’assure que je ne manquerais de rien.
Il crie à l’abandon du domicile conjugal, il hurle, il froisse le mot, le jette à la poubelle puis le récupère arguant que c’est une preuve de son abandon, de sa fugue, il tente de m’arracher des informations quand à l’endroit où ils sont. En criant, sans me menacer physiquement. Il ressasse les mêmes choses, encore et encore : je suis du côté de ma mère, je la couvre comme toujours, depuis toujours, et patati et patata.
J’ai peur mais je n’écoute plus.
Je sais que ma mère n’a rien à craindre, elle a encore presque toutes ses fringues, ses affaires personnelles dans la maison. Alors, pour l’abandon de domicile conjugal il repassera.
Je ne dis rien de plus.
Il se calme. Tout seul.
Le mois que j’ai passé après le départ ninja de ma mère et mon frère a été assez calme.
J’avais souvent la maison pour moi seule pendant cinq ou six jours d’affilée.
Il ne rentrait que rarement, me laissant quelques billets pour acheter à manger, m’amenant faire des courses au centre commercial au besoin.
Un père presque « gentil et normal » mais absent. Tant mieux.
Il n’a pas quitté la maison le 15 août comme il l’avait promis, bien qu’ayant commencé à débarrasser l’appartement de quelques-unes de ses affaires.
Le 16, il est revenu, et le 17 aussi.
Il ne dormait à la maison plus le soir, mais en rentrant du boulot, il m’est arrivé de la trouver dans le lit conjugal terminant une sieste par exemple.
Il déménageait sans hâte.
Un jour, après m’être assurée qu’il avait emporté presque toutes les choses dont il avait besoin, j’ai décidé que j’en avais assez.
J’allais bientôt partir pour les Etats-Unis.
Ma mère rentrerait le lendemain de mon départ. Mon frère la suivrait d’une semaine.
Il ne voulait pas me rendre son double des clefs, et de toutes les façons, il aurait pu en faire des doubles. Il pouvait revenir à la maison et tabasser ma mère sans défense, sans mon frère pour provoquer un peu de remords en lui.
J’ai fait changer les serrures.
à suivre…
2005-05-06 17:08
Hier, je n’ai rien publié.
Alors, aujourd’hui, c’est double ration.
***
(viii)
Au bout de la première phrase, il lâche :
- Aaaaah zut !
- Ah zut quoi ?
- Ben…
- Ben quoi ?
- Je m’étais trompé de ligne.
- Et alors ?
- …
- Alors ?
- Alors il faut tout recommencer ?
- Il n’y a pas de copier-coller ?
- … Moi je ne sais pas, ce n’est pas moi qui prend les dépositions d’habitude.
- Quelqu’un d’autre sait le faire ?
- Allez, ne vous inquiétez pas, on va tout reprendre.
- Quoi ?
- Alors, Nom ? Vous m’avez dit ?
- Je peux taper à votre place si vous voulez, je tape vite.
- Non, je ne sais pas si vous avez le droit.
- Bon, écoutez, je veux qu’on en finisse le plus vite possible.
J’égrène de nouveau les données personnelles de ma mère. Plus vite. La colère dans la voix.
Maman me demande de me calmer.
Je la foudroie du regard.
Elle ne sait rien, elle s’est fait avoir, et je suis encore dans cette histoire à la con.
Comme ce jour de la Fête des Mères où mon père l’avait tabassée. Ce jour où j’ai du aller à l’école sans comprendre pourquoi mon père la disputait et la battait. Ce jour où j’ai compris pourquoi il fallait connaître par cœur le numéro de téléphone de mes tantes.
Comme ce jour où j’ai vu mon père lacérer son manteau en cuir tout neuf celui dont on lui avait fait cadeau, ce jour où il a brandi un coutelas de coupeur de cannes devant mes yeux, je me rappelle la terreur de ma mère obligée d’aller partager sa couche avec cet homme, son mari, qui cette nuit-là avait décidé de ranger le coutelas sous son oreiller, le manche dépassant ostensiblement, à portée de main, pour la garder en respect.
J’assiste à tout ça. Je me retrouve au milieu de cette merde.
J’ai envie de ne pas exister.
Mais je dois aller au bout de cette nuit au moins.
___
(ix)
Déposition et plainte enregistrées.
Le reste de la nuit n’est que brouillard pour moi.
J’engueule ma mère, je lui dis toute ma rage.
Il n’a pas changé en plus de vingt ans de mariage. A quoi bon ?
A QUOI BON ? Pour quoi tenter de le raisonner alors qu’il doit quitter la maison d’ici 1 mois ?
Amour aveugle ou acharnement ?
Je lui fait savoir que j’ai mal pour elle, qu’il n’avait pas raison de la frapper mais qu’elle l’avait cherché et peut-être même bien mérité.
¤ Sur le coup, je ne le pensais qu’à moitié, aussi horrible que cela puisse paraître. Aujourd’hui encore. Je sais, c’est horrible, et désagréable. ¤
Elle a morflé.
Si elle avait fermé sa bouche elle n’aurait pas le visage en feu. Si elle m’avait écoutée, on n’en serait pas là.
Pourquoi l’avoir cherché si près de la libération ?
La nuit se termine. Je ne sais plus comment.
Je ne dors pas.
Demain est déjà là. Depuis longtemps, ce demain-là est douloureux.
Je vais travailler. Dans le coaltar toute la journée.
Ma mère aussi, malgré mes interdictions.
Elle va raconter aux collègues qui seront forcément intrigués qu’elle a pris une porte. Classique. Ils traduiront par eux-mêmes.
Pendant les jours qui suivent, mes parents s’évitent.
Mon père agit comme s’il ne s’était rien passé. Classique aussi. Il est coutumier du fait. C’est un pro de la dénégation et du déni.
Deux jours après, mon oncle apprenant ¤ par qui, je ne sais plus ?¤ que ma mère avait été rossée par mon père, exige que mon frère et elle volent au plus vite jusqu’à Paris, le temps que mon père se calme et qu’il quitte la maison dans un mois, comme s’est prévu dans la séparation.
Leur départ s’organise en secret.
Moi, je resterai avec lui et la bête qui sommeille en lui, parce que je dois finir mon stage obligatoire pour mes études.
à suivre…
2005-05-04 11:22
Hein, que faut-il faire ?
Retourner à la maison et attendre patiemment l’ouverture des bureaux pour porter plainte ? Demain, il sera peut-être trop tard.
« Mademoiselle, n’exagérez p… »
Mon regard le fait taire.
L’ami de mon père demande au policier qui se dandine de prendre notre déposition.
- Mais pourquoi tu ne le fais pas, toi, tu es un ami de la famille ?
- Parce que je suis un ami de la famille, justement. Ne discute pas. Fais-le.
Ma mère est assise sur un banc, elle essaie de garder la tête droite. Elle ne peut pas pencher le visage en avant, sinon, le sang congestionné dans la moitié de son visage lui fait mal.
¤ Je revois souvent les histoires que j’ai vécues de manière symétrique, comme si je les regardais dans un miroir. Parfois, je peux même m’y voir. J’ai cherché dans ma mémoire quelle partie de sa figure était douloureuse. Je ne veux pas demander à ma mère de s’en souvenir. Normal. Mais si je retrace les événements encore une fois, étant donné la disposition des meubles et des pièces, je crois que c’est la moitié droite de son visage qui était gonflée, mais je n’en suis pas certaine. Mon père est droitier. ¤
Je suis assise à côté d’elle, j’ai envie de lui dire :
C’est bien fait pour ta gueule.
Je te l’avais dit.
Mais non, tu as toujours été naïve.
J’ai cette violence là en moi mais je me dit que je ne peux pas faire son procès maintenant. Mais quand ?
Ils tergiversent et finissent par nous indiquer une petite pièce.
C’est le flic mou qui va s’occuper de nous.
Je m’assois en face de lui. Il a arrêté de se dandiner.
Je lui donne le nom, le prénom, la date de naissance, l’adresse et le reste des coordonnées de ma mère.
tac… tac… tac… tactac… tac… Aïe, mer… !
Il tape avec son seul majeur sur son clavier pour entrer les données dans son vieux logiciel. C’est maladroit et lent.
J’enrage.
Soit je lui propose de taper à sa place, soit je l’assomme avec le clavier.
J’allais commencer à dévider le fil de cette soirée, mais il veut entendre la version de ma mère, pas la mienne.
Ma mère, avec difficulté, revit son calvaire.
Mais au bout de la première phrase…
à suivre…
2005-05-02 17:28
Il ne veut pas nous accompagner pour nous protéger, et bien qu’il aille se faire foutre. Je ne lui dit pas, mais mes yeux ne mentent pas.
Je me dis que dieu n’existe probablement pas. La guerre, passe encore ; la faim dans le monde, la mort d’innocents, tout ça ma foi pouvait encore arriver à le supporter.
Mais le massacre de ma mère, encore une fois, après toutes ces années, non.
Si Dieu existait il ne laisserait pas faire.
Nous arrivons à l’hôpital.
Un médecin nous reçoit.
J’insiste pour accompagner ma mère.
Il l’examine.
Incrédule, il ne sait pas même pas quoi mettre sur son certificat.
Je lui récite les faits, parler devient douloureux pour ma mère, physiquement et dans sa tête.
Il écrit.
Ordonnance en poche, retour au commissariat.
Les hommes blaguent. Ils rient fort.
Je précède ma mère et ma voix les fait trembler : « maintenant qu’on a vu le docteur, on se met où pour porter plainte ? »
Le policier de tout à l’heure nous avait déjà oubliées.
Un autre s’avance vers ma mère. Il semble la connaître, mais ne la remet pas pour autant.
Ma mère lui rafraîchit la mémoire : « je suis la femme de votre ami. Vous étiez à notre mariage. Enfants, nous habitions la même commune. »
Il se souvient.
Il s’interroge sur moi, suis la petite fille espiègle à la langue bien pendue qu’il a connue ?
Ma mère lui apprend que je suis bien son aînée, que j’ai un petit frère. Elle débite ses quelques informations sur sa famille sur un ton badin, je crois même la voir esquisser un sourire, asymétrique. Comme si nous nous étions rencontrés dans un supermarché, au rayon frais.
Mais nous sommes au commissariat.
¤ Encore quelques salamalecs dans le genre et je jure que je vomis. ¤
Il l’interroge. A-t-elle divorcé ? Qui lui a fait ça ? Est-ce son nouveau compagnon ?
Je l’observe : il ne pense pas que son ami puisse être le responsable de cette figure de monstre dont est affublée ma mère. Une femme dont tout le monde a reconnu la beauté d’aussi loin que remontent mes souvenirs.
La nouvelle que je lui apprend le sidère : c’est mon père, son ami, le mari de ma mère, c’est lui qui a fait ça.
Emu, il demande confirmation à ma mère.
Ma mère s’en acquitte d’un hochement de tête honteux.
Sans appel.
Il ouvre la bouche. Ne comprend pas.
L’agent qui s’occupe des violences domestiques n’est pas là. Elle arrête son service à 17h00. ¤ C’est bien connu, les maris violents, les femmes qui frappent jusqu’au sang, les enfants incontrôlables qui lèvent la main sur leurs parents respectent tous le couvre-feu de 17h00. ¤
Alors, que faut-il faire ?
à suivre…
2005-04-29 16:12

vous, ici ?