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Je devrais avoir honte.
Je prends le temps d’écrire ici alors que je devrais relire un volapük insipide et bancal que certains veulent faire passer pour de l’anglais-je-suis-tellement-bilingue-que-j’ai-pas-besoin-de-formation.
Mais bon, j’aime vivre dangereusement.
Samedi, nous sommes invités au mariage de l’ancien meilleur ami du Loup.
¤ ancien meilleur ami, pas à cause d’une dispute quelconque, mais vous savez, le temps, les intérêts, la vie et tout ça tout ça, ça vous sépare l’air de rien, et vous réalisez que vous ne connaissez plus vraiment :
- votre meilleur ami,
- la personne qui partage votre lit depuis 10 ans,
- le propriétaire de cette petite tête déformée qui persiste à vous appeler « Maman/Papa/Eh toi là ».
Rayez les mentions inutiles. ¤
Pire que la fameuse question :
« Dans quoi je vais pouvoir faire rentrer mon gros derrière Qu’est-ce que je vais me mettre ? »
il y a :
« Que vais leur offrir ? »
J’entends déjà vos questions :
– Ben, Jazz, pourquoi tu demandes pas au Loup ? C’est son ami qui se marie, non ?
Ah, Votre candeur est rafraîchissante…
Là je vous dis que le Loup, c’est un brave type (il sait faire chauffer des trucs au micro-ondes, il fait la lessive et le ménage), il a tout un tas de qualités (il a un compte épargne, parfois, il pense à baisser la lunette des WC, il a une excellente tolérance aux jazzeries), je n’ai pas trop à m’en plaindre. Non, vraiment, la vie avec le Loup, c’est chouette… sauf quand il faut trouver un cadeau pour ses proches et amis. Là, il se transforme en petite chose indécise et/ou je-m’enfoutiste. Si ça ne tenait qu’à lui, on irait acheter un truc vite-fait à Monop’ et hop, emballé c’est pesé. Non, choisir des cadeaux, c’est pas son truc.
Alors, si je veux éviter de me retrouver à dire “Meilleurs voeux de bonheur” à un couple médusé de recevoir un lot de sacs poubelle en plastique noir senteur citron, j’ai intérêt à ne compter que sur moi pour avoir une bonne idée.
¤ Ceci dit, Le Loup se rattrape largement quand il s’agit de me trouver le cadeau parfait. ¤
– Ben Jazz, tu as demandé aux mariés ce qu’ils aimeraient ?
Là je dis que j’ai obligé le Loup à tirer les vers du nez à son ami. Réponse : “n’importe quoi, vous prenez pas la tête !”.
¤ Je finis par comprendre pourquoi ces deux-là sont potes. ¤
Affligeant.
Je finirais presque par trouver la solution des sacs poubelle séduisante, en plus, ça correspond au cahier des charges…
Be careful what you wish for.
- Ben, Jazz, les futurs mariés doivent avoir une liste de mariage ?
La réponse est NON, évidemment, sinon, j’aurais déjà expédié la question en optant pour les repose-couteau en cristal d’Arques qui ne quitteront probablement jamais leur boîte ¤ vous en connaissez, vous, des gens de moins de 35 ans qui en utilisent encore sans craindre de se faire passer pour un bourgeois prout-prout comme Papa-Maman (qui, en passant, sont ceux qui insisté pour ajouter cet article truc de vieux à la liste de mariage avec la collection de caniches en porcelaine peinte à la main) ? ¤
Si vous me demandez mon avis, ne pas avoir de liste de mariage (pour de la vaisselle, financer le voyage de noces, ou un quelconque prétexte pour récupérer des sous et en faire ce qu’on veut…) c’est suicidaire, surtout quand on vit dans le péché est en ménage depuis quelques années déjà, qu’on s’est payé tout ce dont on avait vraiment besoin, et qu’on ne sait pas comment annoncer à Tata Yvonne que son couvre lit en macramé jauni au centre par tant de générations, elle peut se le garder.
– Ben Jazz, t’as qu’à leur offrir un livre sympa sur un sujet qui les passionne.
Vous êtes bouchés ou quoi ?
On ne sait pas ce qui intéresse ces gens, on les connaît pas, je vais limite avoir l’impression de jouer les pique-assiette…
– Ben Jazz, pourquoi ne consultes-tu pas ta super liste d’idées cadeaux ?
Parce que je n’ai pas la rubrique « mariage du couple d’amis inconnus », et quel intérêt y aurait-il à en avoir une vu que des gens comme ça, on ne les voie pas, donc, on ne se soucie pas du cadeau à faire, hein… c’est pourtant évident !
– Ben Jazz, tu veux pas leur offrir une enveloppe ?
Non, sinon, ils auraient précisé « corbeille des mariés » sur l’invitation, arrêtez de me prendre pour une tarée…
- Ben Jazz, vous n’avez qu’à ne pas y aller ?
Quoi ? Et à quel moment je peux mettre une belle robe — que je n’ai pas encore achetée ? Hein ? Non mais ho !
- Ben Jazz, pourquoi tu t’énerves ?
Si vous étiez à ma place et que vous étiez obligés d’aller arpenter les magasins demain à la recherche du cadeau sympa, pas encombrant, plein d’esprit et complètement dans le ton, vous la ramèneriez pas sur le self control.
Je pourrais me dire que je m’en contre-fiche, que je ne les reverrai aps de sitôt et que s’ils n’aiment pas le cadeau, ce n’est aps bien garve. Mais je n’arrive pas à me résoudre à ça.
Dans chacun de mes cadeaux, il y a du coeur, une intention, une recherche.
Un cadeau n’est pas un heureux hasard pour moi.
Allez, je vous tiendrai au courant de notre super cadeau la semaine prochaine.
Note pour plus tard :
Eviter de se masser le cuir chevelu lorsque son crâne n’a pas filrté avec une brosse depuis plus de 48 heures.
Oui, Julia avait raison.
Oui, Bakemono avait raison.
Mon blog est passé à la télé. Et pas que l’en-tête, une partie de la note “Plus de taf, moins de blog” et d’une autre aussi, oui Madame !

Où ça ?
Dans + Clair, l’émission de Canal + qui décrypte les médias.
Ils ont dit des âneries, mais bon, j’endors mon sens critique and won’t bite the hand that feeds.
Heu… attendez, je n’ai pas de pression de clients, d’actionnaires ni de patrons. Les gens qui viennent ici le font, j’ose l’espérer en tout cas, parce qu’ils le veulent. Je suis libre de dire par exemple que dans cette émission que j’aime bien, ils ont laissé dire à une femme interviewée (je ne sais plus qui c’est) dans le sujet que le « log » dans « blog » venait de « se connecter à Internet ». Wrong answer ! C’est certes une acception du mot, mais un log, c’est aussi un journal de bord, un répertoire d’entrées et de sorties, etc. Mais bon. Tout le monde a droit à l’erreur, les blogueurs et initiés auront rectifié d’eux-mêmes, et ceusses qui ne savent pas auront en tout cas une idée plus précise de ce que c’est que ce truc que les d’jeuns qui utilisent les nouveaux minitels pour aller sur le 3615 Veb y écrivent en « est-ce MS » dedans, comme quand ils se causent par « l’hyène » sur « Aime Arsène » par exemple. Probablement pour dire des cochonneries encore. Y’a pu d’jeunesse, moi j’vous l’dis !
Ont-ils dit autre chose ?
En fait après l’apparition de mon en-tête, j’ai eu du mal à me concentrer, tellement la folie m’envahissait. Ce n’est rien que de la vanité, mais ça m’a fait plaisir.
J’ai réussi à obtenir du Loup qu’il m’enregistre une rediff, sans qu’il pose trop de questions.
– Le Loup, tu peux m’enregistrer le + Clair de cette semaine ?
– Pourquoi tu veux la voir ?
– Ben parce que j’aime bien cette émission. Tu l’enregistreras ?
– Ah bon ? Je pensais que tu n’aimais pas particulièrement.
– Ben non, tu vois, j’aime bien râler contre les sourcils du rebeu des indiscrétions, les esquives de la blonde d’Arte, mais j’aime bien ce qu’ils racontent.
– Ah bon ? Mais pourquoi tu veux voir celle-là à tout prix ?
– Heu… Il paraît qu’il y a eu un truc intéressant et je ne sais pas de quoi il s’agit.
– Qui t’a dit qu’il y avait un truc bien ?
– Ben… heu… un… heu… des collègues !
– Et pourquoi tu leur a pas demandé ce qu’il y avait de si intéressant ?
– Pfff. Ils étaient en train de discuter de ça de manière très animée, en mangeant et je ne voulais pas les interrompre. C’est tout.
– Bon, OK.
Ah, ben quand même, c’est pas trop tôt !
Je ne sais pas ce qui lui a pris, d’habitude, il ne pose pas autant de problème. Je lui demande un truc, il fait sans broncher. Mon pouvoir du Jedi, une fois de plus m’a encore failli ?
Sursaut de curiosité ? Soupçons ? Sentait-il que je cachais quelque chose ?
J’avais le choix entre compter sur mon pouvoir de persuasion du Jedi ¤ trop inefficace ¤, de dire la vérité ¤ trop risqué ¤ et d’inventer un bobard crédible ¤ mieux, quoi que moralement répréhensible ¤
Ben ouais, je ne pouvais pas lui dire que mon blog était passé à la télé. Il ne doit pas savoir. Il en est resté au tout premier blog dont j’ai eu le malheur de lui donner l’adresse, parce que je me suis dit que son avis était important, que l’honnêteté dans le couple tout ça, qu’il n’y jetterait q’un oeil discret. Mais voilà qu’il lisait tout, analysait, et m’en parlait après. Du coup, je perdais ma liberté éditoriale : sous son regard, plus possible de pester contre lui, hors de question de me plaindre, d’exprimer ce que parfois je préfère taire mais qui ne posera plus problème une fois écrit, ne parlons même pas de modifier mes versions des faits sous un jour plus favorable pour moi ! J’étais tenue à l’objectivité.
Donc, j’ai menti.
Bien entendu, il aurait pu enregistrer l’émission sur une cassette d’une heure que j’aurais vite cachée en prétendant que je ne sais pas où elle a pu passer car bien des choses disparaissent dans notre appart’ avant de refaire surface quand on n’en a plus besoin du tout, en nous narguant effrontément.
Mais non, trop facile.
Inconsciemment, il a voulu me faire payer pour mon mensonge.
Pour me rendre la tâche plus difficile, ce couillon a commis l’irréparable : utiliser une cassette de cinq heures. Une de celles sur lesquelles nous enregistrons nos émissions quand nous partons en vacances. Et je sais qu’un épisode de l’Île du Top Model ou de la Koh Academy viendra écraser les précieux centièmes de secondes où j’aperçois le haut de mon blog…
Et si d’aventure j’envisageais de rendre la cassette de cinq heures invisible, le simple fait d’imaginer la colère du Loup quand il cherchera cet objet rare met fin à toute intention fourbe.
Vous croyez que je suis une mauviette, que je devrais tout faire pour préserver la pellicule où sont gravés ces quelques courts instants que m’avait prédits Andy W. ?
Oui, m’enfin, bon, c’est pas vous qui aurez à supporter un Loup en train de jurer intérieurement jusqu’à ébullition, de mettre la maison sans dessus-dessous en prenant une voie suraiguë pour dire « p*tain, elle est où cette p*tain de cassette ? », « comment elle a fait pour disparaître… Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas ! C’est le triangle des Bermudes ici ! », le voir devenir fou tout en sachant que c’est ma faute. Non, c’en est trop pour moi. Mais bon, le Loup, il est nul en cherchage. Vraiment nul. Je sais, je vis avec, hein. Quand ce ne sont pas les clés, c’est la carte bleue, ou le CD de tel artiste, ou son pass Navigo. Le pire, c’est qu’il cherche à l’endroit où il faut, il brûle, mais ne trouve pas tellement il est nul en cherchage.
Pour ma santé personnelle, je préfère l’aider à chercher, ce qui prend en général 10 secondes chrono en main, sauf les fois où il trouve avant moi, sans rien me dire évidemment, me laissant ainsi seule dans une quête inutile, jusqu’à ce qu’il me dise :
– Tu cherches quoi ?
– Ben, comme toi le Loup : tes clés/ton badge/ton lacet droit/ton téléphone portable éteint/ta tête.
– Mais c’est bon, je l’ai trouvé.
– Tu pouvais pas le dire avant ? Ca fait 10 minutes que je cherche pour rien, tu m’as fait râter un moment crucial dans mon émission. Pfff. Re-lou !
- Ah, je ne savais pas ma puce.
– Tu croyais que je soulevais le matelas pour me muscler, ou quoi ?
– Désolé.
– Bon, pas grave. ¤ gros nase que j’aime ¤
Voilà, si j’avais dit la vérité, je n’aurais pas pu écrire cette note par exemple.
Mes hormones de travail me travaillent.
Mon chéri hier m’a dit : « mais tu fais une jolie carrière quand même ; à ton âge, regarde tout ce que tu as déjà fait… ». Bien tenté petit brun, c’est gentil et tout, mais moi, ça ne me va pas.
Je crève de n’avoir encore rien fait et plus ça va, plus j’ai la certitude que mon potentiel ¤ ce fabuleux univers des possibles autrefois si vaste et si dense ¤, contrairement aux piles Wonder, s’use si l’on ne s’en sert. Dans quelques années, je serai peut-être bien incapable de trouver mes mots.
La crise.
Horreur ultime.
Santé mentale anéantie.
Comment dit-on déjà ? A mince, voilà, ça commence.
Si ça continue comme ça, dans une demi-douzaine d’années, pas plus, je serai devenue la réplique ¤ en plus jolie quand même, laissez-moi au moins ça ¤ de mon ancienne chef et mentor en négatif , celle qui m’a appris tout ce qu’il ne fallait pas faire, qui ressortait toujours les mêmes fausses bonnes idées poussiéreuses nées dans les heures lointaines qui l’entendaient encore dire des choses sensées, ¤ à l’époque, Eddy Barclay ne devait pas encore avoir l’air vieux, c’est dire… ¤.
Tic.
Tac.
Tic.
Tac.
La trotteuse, impassible égoïste qui doit toujours être à l’heure et c’est tant pis pour les retardataires, continue ses tours de cadran et moi, je croupis ici, au point que je finis par sentir le moisi.
J’ai l’impression de m’épuiser à vouloir sortir le cou de la cangue et je m’essouffle.
Ce week-end, même s’il ne pleut pas, je mettrai mes chouettes bottes à petites fleurs, en caoutchouc gansé de velours rose. Ca me remontera le moral.
Pour vous tenir au courant, quand même. ¤ quand je parlais de culpabilité ¤
Je me suis (enfin) mise au tricot.
Après avoir confectionné une écharpe assortie à des mitaines en grosse laine bleue verte et violette, je tricote en même temps un pull noir très simple pour mon chéri et une autre écharpe dans les tons rouge et cassis pour ma personne.
J’ai passé des entretiens pour travailler ailleurs que dans ma banlieue sordide, toujours dans la communication.
- l’un, au téléphone s’est très bien déroulé, mais j’attends qu’on me donne une date pour le face-à-face qui m’a été promis. ¤ ma naïveté me surprend ¤
- un autre n’a pas abouti car j’ai reçu la fameuse lettre qui fait
“Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre entreprise, blabla… malgré la qualité de votre candidature… blabla après examination de votre dossier… blabla… avons le regret…” ¤ vous en connaissez tous peu ou prou la teneur.¤
deux jours à peine après que le lâche qui m’a reçue en entretien a préféré me laisser entendre que mon dossier était en “stand-by conjoncturel”. M’en fous, il paraît que ce sont des vireurs de femmes enceintes et des suceurs de moelle.
- un autre encore fera date dans mon histoire des entretiens professionnels comme le pire à ce jour. Retard non excusé, incapacité à argumenter de manière cohérente, grossièreté, commentaires déplacés, incitation au mensonge, et j’en oublie. Bien entendu, ce n’est pas moi qui ai commis toutes ces fautes, mais l’employeur potentiel. Oui !
OK, c’était presque couru d’avance, je n’avais pas le job. Mais même si j’avais été prise avec un salaire de folie, une manucure hebdomadaire, trois assistants personnels choisis parmi mes anciens patrons, une privatisation des lieux de culture que je souhaite fréquenter, un jus de fruits frais chaque matin, des pauses de 120 minutes toutes les trois heures, une super mutuelle qui rembourse l’ostéopathie, la carte de membre VIP qui ouvre tous les greens du monde et une place au board d’ici 2 ans, un golden parachute tellement énorme gros qu’en le déployant ça fera une éclipse… ben j’aurais refusé ¤ et ce n’est pas dire qu’elles sont trop vertes, croyez-moi ¤.
Ma mère est venue de Guadeloupe pour voir ses enfants chéris.
Une semaine en Belgique avec mon frère, l’autre chez mes tantes, et 1 jour et demi avec moi.
Frictions, stress et froncements de sourcils. J’aurais aimé que nos rapports soient un peu moins tendus.
Mais voilà, il parait que même après l’adolescence, les rapports avec les parents changent. ¤ c’est Célia qui le dit ¤
Il paraît même que, en temps normal, ce n’est déjà pas facile.
Mais alors, imaginez ce que c’est pour moi qui suis séparée d’eux par un océan, 7000 et quelques kilomètres, que nous ne nous voyons pas souvent, que ma mère a l’impression que je suis devenue méconnaissable, et que le lien avec mon père est ténu pour ne pas dire tellement effilochéqu’il menace de se rompre à tout moment. Je ne l’ai même pas appelé pour son anniversaire. Il m’en voudra. Il a du être un peu triste quand même. Tant pis, il saura ce que ça fait. Y’en a marre de faire des efforts.
Je me dis que malgré tout, j’ai bien de la chance.
Mon sort n’est pas vraiment à plaindre. Mais parfois, ça fait juste du bien de traiter cette vie de chienne.
Vendredi (fin) : Coup de fil du Loup à qui je peux annoncer que l’heure que je viens de passer a été pire que sa semaine entière…
Samedi : Je me réveille vers 7h30 pour être lavée et habillée au moment où je recevrai les courses commandées sur Télémarket. La sonnette retentit, je regarde par le judas et je vois bien que le livreur fait la tête, le poids de 24 bouteilles remplies chacune d’un litre et demi d’eau oblige. Je lui donne un gros pourboire.
Nettoyage rapide de l’appart’ et préparation du déjeuner pour l’arrivée de mon frère. Il trouve tout bon, on rigole bien. On va manger une glace à la rue Mouffetard.
On marche, on marche on marche, on va voir l’expo sur les grilles du Jardin du Luxembourg. On s’assoit, ivres d’images choquantes et sublimes, dans les célèbres chaises vertes. On regarde les pigeons se faisant la cour. On parle à demi-mots de nos blessures paternelles. Il dormira ce soir à la maison.
On va dîner chez Célia et Slimane ou l’on parle un peu de la spondylarthrite de Célia, mon frère s’y connaît, il apprend à devenir kiné. Ca fait du bien à Célia d’aborder le sujet en présence de son copain. On part de leur appart’ en se promettant des parties endiablées d’Uno à venir.
Une fois à la maison, mon frère a pitié de mon cou encore un peu raide après le torticolis. Il me promet un massage pour le lendemain.
Dimanche : Mon chéri reviendra dans quelques heures. Je prend mon courage à deux mains, je demande pardon à mon frère pour l’avoir fait souffrir quand nous étions plus jeunes, d’avoir été une sous-merde. Je lui explique mon histoire. Il entend, comprend et ne juge pas. Mon frère est un ange. Il est bon. Il me raconte ses peurs d’avant, son manque d’assurance… Je lui dit qu’il est formidable et que personne ne lui arrive à la cheville. C’est mon frère et j’en suis fière même si je ne le mérite pas.
Le Loup arrive. Il est timide devant mon frère. Pas d’effusions de tendresse après ses cinq jours et quelques heures d’absence… Mon frère me masse. Il a des mains qui guérissent. Je lui pose plein de questions auxquelles il répond avec bonne humeur. Il me révèle enfin l’histoire qu’il taisait depuis longtemps.
Sa petite-amie était harcelée par un ex devenu malade, drogué, suicidaire et violent. Lassé d’être éconduit, il a décidé de mettre fin à ses jours devant les yeux de la pauvrette qui s’en veut encore, c’est frais, celà s’est déroulé il n’y a que 4 mois. Elle n’a encore vu personne pour l’aider. Je vais essayer de la convaincre.
J’en veux un peu à mon frère d’être passé par cette épreuve sans m’en avoir touché mot. Il souffre toujours en dedans sans rien dire, depuis nan-ni nan-nan.
Il doit s’en aller. Je le serre fort dans mes bras, lui fait tout un tas de recommandations de maman. Je l’ai un peu élevé avec ma mère.
Je pleure dans les bras de mon Loup. Il me console, me félicite de m’être excusée auprès de mon frère. Il sèche mes larmes.
Il me laisse respirer et nous nous retrouvons. Ma peau contre la sienne. Il m’a manqué, je lui ai manqué.
L’après-midi devient soirée.
Je prend ma douche assaillie par une crise d’angoisse. Elle passe.
Il s’endort après l’amour.
Lundi est bientôt là.
_fin_
- Euh.. voilà… Comme je vous l’ai dit, je suis monté voir l’appartement de Mme Ledoux et je suis désolée, mais j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Je le regret de vous dire que Mme Ledoux est décédée.
- Quoi ? Ah nooooon ? C’est horrible ! Ce n’est pas possible. Elle pleure. A chaudes larmes.
- Je suis vraiment navrée Madame, je vous présente mes condoléances pour votre amie.
- Mais non, vous ne pouvez pas me dire ça… quelle horreur ! Elle est morte… ?!
- Oui, je suis désolée de vous apprendre la nouvelle, dans de telles circonstances en plus.
- …
- Vous étiez proches ?
- Oui, enfin… plutôt… Je suis partie en vacances, je l’ai appelée et je lui ai promis de lui passer un coup de fil à mon retour et vous m’apprenez qu’elle est morte. Elle avait fait un malaise il y a peu, elle souffrait encore plus depuis, mais là…
- Je suis sincèrement désolée d’être celle qui vous apprend la mort de Mme Ledoux. Mais sachez qu’elle est morte dans son sommeil.
- Mais elle est morte quand ? Je l’ai appelée début juin.
- Ca date de début juin.
- Début juin ? Mais c’est à ce moment que je l’ai appelée.
- Les scellés… enfin, je veux dire, c’était un peu avant le 9 juin.
- Oh mon Dieu ! Quelle horreur.
- Je sais que c’est une phrase de circonstance qui semble être usée et qui ne console pas vraiment mais je vous la dit quand même : s’il elle souffrait au moins, maintenant, où qu’elle soit, elle ne souffre plus.
- (pleurs)
- Au moins, Madame, vous l’aurez entendue peu de temps avant sa mort.
- Oui, mais… Quelle horreur ! Comment s’est arrivé ?
- Une voisine a donné l’alerte quand elle a vu qu’elle ne répondait pas. Elle est morte paisiblement…
- (pleurs)
- Dans son sommeil…
- (pleurs)
- Paisiblement…
- (pleurs)
- Sans douleur…
- (pleurs)
- Quand on l’a trouvée, elle avait un visage serein…
- (pleurs)
- Aucune marque de crispation ou de douleur, elle s’en est allée tranquillement.
- (pleurs)
- Ca devrait vous rassurer, elle n’est pas partie dans de terribles souffrances.
- Oui, vous avez raison…
- Madame, vous êtes seule ?
- Oui, enfin, non ?
- Comment ça ? Vous savez, ce n’est peut-être pas le moment de rester seule, vous venez d’apprendre quelque chose qui secoue.
- Mon mari ne va pas tarder à rentrer.
- Bon, alors, Madame, essayez de tenir le coup jusqu’à son arrivée, après, il pourra vous consoler. Mais arrêtez de vous faire du mal, elle est bien là où elle est.
Mais je ne l’ai pas rappelée. J’ai essayé pendant 3-4 jours et voilà…
- Oui, mais même si vous l’aviez appelée il y a 6 jours ou deux semaines, ça n’aurait pas fait de différence, vous voyez… Vous l’avez eu peu de temps avant…
- Je vous remercie en tout cas de vous être déplacée.
- J’aurais aimé revenir avec de meilleures nouvelles. Mais voilà… Je peux faire quelque chose pour vous ?
- Euh… non, c’est déjà beaucoup…
- Mais, non, je vous en prie.
- Ah, vous pourriez peut-être vous renseigner, savoir où elle a été enterrée…
- Heu… Oui, je peux le faire, mais vous n’avez pas le numéro de l’hôpital sa fille ?
- Non.
- Pas moyen de la joindre ?
- Non, elle est hospitalisée à vie, c’est d’ailleurs depuis ce jour-là que Mme Ledoux ne va plus trop bien…
- Et sa famille ?
- Ben, justement, elle s’était éloignée de la famille depuis…
- Elle est hospitalisée à vie ? Elle est… malade ?
- Oui…
- Ah…
- Bon, je vais me renseigner et vous rappeler dès que j’aurai l’information.
- Elle avait prévu d’acheter une place en Seine-et-Marne, on en a parlé une fois.
- En Seine-et-Marne, d’accord. Bon et bien, faites bien attention à vous, de toutes les façons, vous n’auriez rien pu faire, même à un mois près. Donc, attendez patiemment le retour de votre mari en vous reposant un peu, d’accord ?
- (pleurs)
- D’accord ?
- (pleurs)
- Vous allez vous reposer et arrêter de pleurer si fort Madame ? Vous ne pouvez plus rien à la situation, et elle est mieux comme ça. De là où elle est elle veille probablement sur sa fille. Je suis sûre qu’elle ne vous en veut pas et qu’elle vous garde comme amie dans son coeur. Alors, vous me promettez de ne pas trop vous rendre dingue, d’accord ?
- (pleurs) D’accord. (pleurs)
- Bon, alors à bientôt Madame, je vous rappelle dès que j’en sais plus.
- Merci encore, à bientôt.
Depuis, je n’ai pas encore été sonner à la porte de la concierge. J’ai peur de son sourire inopportun, de ne pas avoir de réponse, de rappeler l’amie de Madame Ledoux…
à suivre…
Je descends voir la concierge, pour lui demander confirmation. Elle répond à mes questions avec un sourire qui me choque. Oui, C’est bien Madame Ledoux qui est morte. C’est bien elle qui a eu quelque chose de grave encore en début d’année.
- Elle est morte comme ça, et elle me montre son pouce comme pour me dire « super ».
- Ah oui, vous m’aviez dit que c’était l’autre dame âgée qui l’avait découverte.
- Oui, la dame du 4ème. Mais l’autre, elle est morte bien, hein !
Elle sourit encore, comme insensible à cette mort si proche. Moi, je viens de recevoir cette nouvelle en pleine face ¤ bon, OK, c’était la deuxième fois en 1 mois qu’on me l’apprenait… ¤. Quelques instants auparavant, j’étais au seuil de la porte de la morte. Je la croyais en vie. Je me préparais à faire une petite blagounette des familles avec elle ¤ du genre : moi aussi ça m’arrive de mal raccrocher mon téléphone… vous voyez ?” ¤. Dans ma tête, le décès était récent : je venais tout juste de le comprendre, de le saisir par des détails sordides qui marquent l’absence, l’immobile, le point de non-retour. La mort avait laissé sa signature à la porte. Comme une silhouette peinte en blanc autour d’une victime dans les films américains : les tâches de sang ont été lavées, mais le polygone reste. C’est un signe que la mort était là, qu’elle est passée depuis longtemps, qu’elle n’en a déjà plus cure et qu’il faut s’y faire, elle a fauché par ici, elle repassera par là, Mme Ledoux n’est ni la première, ni la dernière… Mais je suis touchée, sur même si je ne la connaissais pas. ¤ Application de la théorie de la mort kilométrique ? ¤
Et si ça a cet effet-ci sur moi, j’imagine pour l’amie du téléphone…
- Bon, ben excusez-moi de vous avoir dérangée Madame, mais je voulais être sûre, une amie de Mme Ledoux m’a appelée et… je vais devoir lui annoncer la mauvaise nouvelle.
- Ah. Elle sourit toujours. Bon, ben, bonne soirée.
- Heu… oui. Merci.
Elle m’aurait dit : « chacun sa merde, mais je suis bien contente de ne pas être à ta place » que ça ne m’aurait pas eu un autre effet sur moi.
Elle sourit tout le temps, d’accord, ça lui donne l’air aimable, mais un petite expression, même muette, de compassion, pour moi, mais surtout pour la morte, ça m’aurait paru plus dans la circonstance.
Mais rien, pas un même semblant de peine, mal joué.
Bon, après tout, la vie continue.
Mais allez expliquer ça à l’amie inquiète…
Je rentre chez moi, je prend le téléphone free, je sens que ça va durer un moment…
- Allô, Mme Biiiiip ? Oui, c’est Mme Untel, enfin ¤ je commence à prendre l’habitude ¤ je veux dire, Mademoiselle X. la voisine de Mme Ledoux.
- Oui, je vous ai reconnue.
Allez Jazz, il faut penser à tous les épisodes d’Urgences où Carter, Benton ou Green devait annoncer le décès d’un patient….
à suivre…
Je lève la tête et j’aperçois…
…des scellés à la cire rouge entre le mur et la porte.
Sur le papier attenant au sceau, quelques inscriptions « Loi du … ne pas briser le scellé sous peine de poursuites… » ou un truc comme ça.
Je m’imagine un vol, un meurtre, un crime !
¤ Damned ! Et moi qui ai laissé mes empreintes sur la sonnette et sur la porte !!! Du calme, tu es une voisine, tu as eu un coup de fil inquiet, tu es venue te renseigner… Tu es innocente ! ¤
Je lève de nouveau la tête, le scellé date du 9 juin.
Je comprends tout. Mme Ledoux, c’est la vieille dame que je ne voyais jamais parce qu’elle ne sortait plus de son appart’ depuis longtemps, celle qui est morte début juin.
C’est la concierge qui me l’avait appris quand je lui avais demandé des nouvelles de la petite mamie toute mimi du 4ème. C’est elle qui avait sonné l’alerte quand elle a vu que Mme Ledoux ne venait pas ouvrir la porte. Ca l’avait secouée. Moi, c’était la première fois que j’entendais parler de cette Mme Ledoux. Je ne connaissais pas son existence, je me rappelle à peine un nom sur une boîte aux lettres.
Si j’avais su, je serais peut-être monté la voir de temps à autre. Ou j’aurais été plus vigilante.
J’essaie de prêter une attention discrète aux petits vieux de l’immeuble : je croise régulièrement la mamie du 4ème, à qui je fais croire qu’elle monte les escaliers plus vite que moi, malgré mon jeune âge et son attaque, ça la fait rire ; le pépé du 2nd me fout une gentille frousse tous les matins quand il éternue 3, 4 voire 5 fois de suite dans des « wraaaaatcheu » sonores à se faire saigner le sphincter; son épouse qunat à elle intime immanquablement à leur vieux caniche gris de se taire quand je passe devant leur porte. Course-poursuite dans les escaliers, éternuements en série et chuts-au-caniche-à-sa-mèmère sont pour moi autant d’indicateurs de bonne santé de mes petits vieux.
Mais Madame Ledoux… Elle est morte dans mon immeuble, deux étages au-dessus sans que je l’aie jamais vue. Je ne sais pas à quoi elle ressemble, enfin, ressemblait…
Mais, en dépit de la bonne foi présumée de mon interlocutrice, il me faut encore lui poser quelques questions que me dicte le peu bon sens dont je sais parfois faire preuve.
- Vous me dites qu’elle appelle souvent sa fille, avez-vous essayé de la contacter, elle ou bien la famille de Mme Ledoux ?
- Non, sa fille est… malade, elle est… hospitalisée et elle je ne connais pas le reste de sa famille.
- Savez-vous si elle a donné un double de ses clés à la concierge ?
- Non, je ne crois pas, elle connaissait quelqu’un à la rue du Poteau, mais je ne connais pas son nom.
- Voilà ce que je vais faire, je vais aller sonner à sa porte, c’est le 5ème, c’est ça ?
- Oui. Merci beaucoup madame, je suis désolée…
- Pas de problème, je vous comprends, je m’inquièterais aussi à votre place. Je vais jeter un coup d’œil et je vous rappelle avec de bonnes nouvelles, d’accord ? Vous avez un numéro où je peux vous joindre ?
- Oui, c’est le 01.xx.xx.xx.xx.
- C’est noté, Madame, arrêtez de vous en faire, il y a certainement une bonne explication à son silence, je reviens avec de bonnes nouvelles, d’accord ? ¤ en disant ça pour la seconde fois, j’ai un mauvais pressentiment ¤
- Oui. Merci. Sonnez fort et longtemps, vous verrez, c’est écrit sur la sonnette, comme elle est un peu sourde, elle est très âgée… N’hésitez pas à sonner et à re-sonner.
- D’accord.
- J’attends votre appel.
Je prends mon bâton de pèlerine, je monte, et effectivement, à la sonnette, il y a écrit le nom de la dame, son ancien métier « Infirmière » et l’indication « sonnez fort et longtemps, merci », ce que je fais.
Je tends l’oreille, mais je n’entends pas le « ding-dong » ni le « bzzzzz » caractéristique de la sonnerie de porte.
Je sonne à nouveau en collant mon oreille contre la porte.
Rien. Toujours rien.
Mais, en levant la tête…

vous, ici ?