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Hier, j’ai acheté un album pour une chanson, une seule.
Des paroles, un refrain, entendus plusieurs mois avant.
Une photo troublante.
J’étais là, dans le salon, et j’ai craqué, la télécommande de Nouce à la main, incapable de choisir le programme du soir.
L’écran bleu s’est dilué.
Mes yeux déversaient, sans que je puisse les arrêter, des litres et des litres de larmes un peu salées.
Lui, continuait de chanter.
Dans tes yeux je suis un héros,
Mais le moment venu, tu ne le croiras plus.
Dans tes yeux je suis plus qu’un homme,
Je ne peux qu’échouer, faut que tu me pardonnes.
Pas facile d’être un père
Quand on est encore un fils,
Non pas facile la colère,
Non pas facile les sacrifices.
Pas facile d’être un père quand on est encore un fils,
Et qu’on veut sa maman.
Et qu’on veut maman !
[extrait de Dans tes yeux de Bruno Maman sur l'album eponyme]
J’ai pensé à Mon Loup que je considère comme un surhomme.
J’ai pensé à mon père qui m’a tant déçue et qui me perce encore le coeur.
J’ai pensé que ceci expliquait cela.
Je me disais, je vais acheter cet album, les autres chansons ont l’air d’être bien.
Et puis le temps a passé, j’avais toujours la chanson dans la tête mais pas le CD dans ma discothèque.
Il y a quelques jours, j’ai vu le clip de cette chanson.
En noir et blanc, un papa super-héros aux yeux de son enfant, se casse la figure à vouloir être un père parfait, sachant que c’est perdu d’avance, mais il essaie quand même.
J’ai pleuré, évidemment.
Encore une fois, toute seule devant la télé.
Bruno Maman envoûte avec sa petite voix entière et sincère, sans fioritures, mais belle, qui m’a pris le coeur pour le serrer très fort. Un voix d’homme un peu fragile, un peu cassé, mais conscient et vivant.
Il a l’air d’un doux-furieux de musique magnifique qui s’excuse d’être là, il parle tout bas, comme s’il demandait la permission de se faire entendre, il crie de désespoir, redoute l’inéluctable, célèbre en secret…
Cette chanson, c’est la rupture des digues pour moi.
Je pleure parce qu’il porte le prénom de quelqu’un que j’aime ou pas, ou plus.
Je pleure parce qu’il a quelque chose de lui.
Il s’appelle Maman et me fait penser à mon Papa.
J’ai écouté quelques-uns des autres morceaux ce matin. Presque tout l’album.
Chaque morceau est totalement différent du précédent et du suivant.
Ce n’est pas un album triste, non, non.
Mais le mieux, c’est encore de le découvrir soi-même.
Je ne regrette aucun euro dépensé pour cet album, juste le temps que j’ai mis à me le procurer.
J’irai le voir en concert, le 9 mai au Bataclan.
Les billets sont achetés.
C’est dingue, j’écoute cette chanson pour la quinzième fois aujourd’hui ¤ et à part quelques rares exceptions, je dé-tes-te écouter des chansons en boucle, à un point, vous n’imaginez pas… ¤ et j’en ai encore des frissons et les larmes prêtes à couler.
¤ Une pensée particulière pour une personne qui ne se reconnaîtra pas
si je ne précise pas qu’elle m’a causé des cauchemars ¤

Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi
dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ;
non, je coulais là des heures agréables,
méditant dans la baignoire
avec le sentiment de pertinence miraculeuse
que procure la pensée qu’il n’est nul besoin d’exprimer.
Jean-Philippe Toussaint,
Extrait de La Salle de Bain
Évidemment, l’autre jour à Brentano’s, j’ai repéré le bouquin grâce à son titre, en rigolant sous cape pour ne pas alerter le Loup. ¤ Comment ça je suis parano ? ¤
J’ai souri en voyant cet homme dans sa baignoire.
Et puis j’ai reposé le livre, en me disant que c’est crétin de vouloir prendre un bouquin à cause d’un titre, et que j’en ai encore tout un tas, fraîchement commandés sur Alazone, à lire, et puis je pourrai toujours le prendre un autre jour.
J’ai fait quelques pas, en me disant que c’était la bonne décision.
Et puis j’ai rebroussé chemin.
Ce serait peut-être drôle après tout…
Je ne pouvais pas refuser ma bibliothèque à un livre sans lui donner une chance…
Alors, j’ai arrêté de le fixer, je l’ai pris et puis je l’ai retourné ¤ que celui qui a dit « Thérèse » se déconnecte immédiatement, merci… ¤.
J’ai lu la quatrième de couv’, et je suis tombée sur la phrase d’ouverture de cette note.
Il m’était dès lors impossible de nier ce signe. Ces mots me parlaient, j’avais la sensation qu’ils n’avaient été écrits que pour moi. Qu’ils ne décrivaient que ce sentiment unique et intime que j’éprouve en écrivant pour moi. Pour vous.
¤ Jean-Philippe, tu me parles, je t’entends, je t’écoute et je vais te lire. Oui, oui. ¤
Quelques minutes plus tard, après avoir sérieusement pris sur moi pour ne pas acheter tous leurs magazines sur le mariage ¤ moi, voir des robes de mariées, des alliances et des décorations de tables, ça me met en transe… ¤
je regardais le caissier éclairer le dos de mon nouveau livre de sa lumière rouge qui couine.
Pour l’instant, je lis le second bouquin de Laura Weisenberg, Everyone Worth Knowing, parce que j’avais bien aimé Le Diable s’habille en Prada, et que je voulais connaître son style dans sa langue d’origine. C’est bien, mais je commence à me lasser, pas parce que c’est chiant, mais parce que je ne lis que dans les transports quand je le peux, quasiment jamais à la maison, et je garde part conséquent le même livre pendant des semaines et des semaines et mon caractère un peu versatile a un peu de mal à supporter ça, mais cela fera l’objet d’une autre note…
Donc, je m’attaquerai bientôt à La Salle de Bain, c’est un tout petit opus que je devrais « dévorer » en moins de huit jours ouvrés. Dieu que je suis lente !
A suivre.

vous, ici ?