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De temps à autre, j’ai des lubies.
Parfois, c’est imaginer les gens au moment de leur jouissance.
D’autres fois, c’est de faire un pari avec moi-même sur le nombre de pas qu’il me reste à faire avant d’arriver à ma destination.
D’autres fois encore, je compte les marches des trois étages qui séparent l’entrée de mon immeuble et notre appartement. Il y en a 55 mais parfois, c’est flippant, j’en compte 54 ou 56, le maximum ayant été 57. Ce jour-là, j’ai vraiment eu peur, cette sensation de terreur sourde où vous avez l’impression que quelque chose ou quelqu’un vous joue des tours. Attention référence littéraire : ceux qui ont lu Le Horla de Guy de Maupassant comprendront.
En ce moment, grossesse oblige, mon nouveau truc, c’est de me dire que tous les gens que je croise ont été bébé autrefois et de feuilleter en pensée leur album de famille en m’attardant sur les photos des premiers mois de leur vie.
Pour certaines personnes, il est particulièrement difficile de croire qu’elles ont connu l’état de nourrisson : le mec fou qui injurie les gens dans la rue, ce monsieur qui donne des coups de pied à son chien parce qu’il voulait lécher du vomi ¤ c’est moi, où le motif du vomi revient souvent chez moi, là ? ¤, la dame qui a pris cet air pincé en traversant le rire tonitruant de jeunes étudiantes, et Claude, ma collègue de bureau.
J’ai beau faire de mon mieux pour l’imaginer bébé, en longue robe de baptême blanche, dans un sourire que ses parents ont dû mettre une bonne demi-heure à figer sur ses lèvres boudeuses, portée par sa marraine dont la moitié de la tête sort du cadre de cette vieille photo en noir et blanc, jaunie et écornée, mais non, même à grands renforts de détails, ça ne marche pas.
Quand je l’entends se plaindre de son traitement tout léger pour la repousse de ses tifs, alors que je n’ai qu’une envie, c’est de lui dire que ma belle-mère va se faire couper un sein qu’elle ne voudra probablement pas faire reconstruire par peur de repasser sur le billard à plus de cinquante ans, que mon beau-père et ma grand-mère qui ont eu chacun un accident vasculo-cérébral (AVC, quel sigle horrible) doivent suivre un traitement à vie avec des rendez-vous médicaux jusqu’à la tombe, que le Loup avec ses calculs rénaux doit se priver de chocolat, manger sans sel, et éviter tout un tas de trucs dont il raffolait avant.
J’ai envie de lui dire : “hey, toi, grosse nase, si au lieu de te plaindre de ta vie, tu essayais de voir le bon côté des choses, peut-être que tu serais moins aigrie et que ton caillou serait moins lisse…” Mais je me retiens.
Qu’elle se plaigne, passe encore : elle ne sait pas forcément ce qui se passe dans ma vie et à quel point je peux trouver ses complaintes indécentes. Mais quand elle s’apitoie sur son sort et agit de manière infecte avec tout le monde, là, j’ai envie de lui dire “Mais tu vas fermer ta gueule Claude et être un peu plus gentille !”
Elle se plaint, à tort souvent, de tout et de tous, sans penser au mal qu’elle fait autour d’elle.
Combien de fois l’ai-je entendu accuser un collègue d’incompétence ou de je-m’en-foutisme, alors qu’elle s’était trompée. Bien entendu, à mesure que le temps avance, les reproches prennent de l’ampleur dans sa propre bouche jusqu’à ce qu’elle n’y tienne plus et les déverse dans chaque paire d’oreilles passant à portée de voix. En revanche, quand elle se rend compte de son erreur, les rares fois où ça arrive, elle ne pipe mot, pas même pour laver la réputation qu’elle s’est fait un plaisir de salir.
Ajoutez à cela, un cynisme systématique, un manque de politesse (ni merci, ni s’il te plaît), et une humeur massacrante un lundi sur deux (mais ça dure quinze jours…) et vous avez un portrait de la personne que je voie quasiment cinq longs jours sur sept.
Alors elle, oui, j’ai vraiment du mal à l’imaginer en poupon joufflu, aimé et jovial.
Avant-hier, j’ai reçu un mail de la Big Boss qui me demandait de faire un truc qui avait l’air intéressant sur plusieurs mois, en plusieurs étapes : bref, de quoi m’occuper jusqu’à mon congé mat’.
J’étais surprise qu’elle fasse appel à moi, ça avait l’air un peu sympa à faire, pas trop rébarbatif, utile et le fruit de ce travail serait exposé à tout le groupe. En plus, c’était carrément dans mes cordes !!!
Elle avait dû prévoir ma stupéfaction puisqu’elle a précisé à la fin de son mail : “ce n’est ni une blague, ni un moyen d’occuper ton temps”. ¤ Non, je ne délire pas, elle a bien écrit ça… ¤
Là, j’ai commencé à cogiter, mais histoire d’être sûre d’avoir tout bien compris et de ne pas me tromper de voie, parce que malgré tout, il y avait des choses qui demandaient à être précisées, je lui ai demandé un rendez-vous dans le mail suivant (cliquez sur les mails pour mieux les voir) :
Pourquoi diable ai-je répondu ça ? Quelle drôle d’idée j’ai eue en envoyant ce mail ? Pourquoi ai-je voulu être laconique et ne pas lui faire peur avec toutes mes questions détaillées ? Pourquoi ne lui ai-je pas montré ma gratitude en lui offrant de faire de mon premier-né son appuie-coude pendant les 18 premières années de sa vie ? POURQUOI????
Voilà ce que j’aurais dû écrire :
Clairement, j’aurais dû écrire ça, mais quelque chose m’a empêché de le faire. En tout cas, c’était visiblement mal parce que je me suis pris ça dans la tronche en arrivant le lendemain matin :
Vlan dans les dents !
Je lis le mail au Loup qui me dit “laisse tomber, c’est de l’acharnement !”. Je ne m’attendais pas à un jugement aussi péremptoire de sa part : il est d’habitude si blasé de mes fantasques aventures au travail et trouve toujours que je prends les choses trop à coeur. Là, l’utilisation du mot “Acharnement” et de quelques noms d’oiseau à l’intention de BigBoss m’ont réconfortée.
Le Loup avait déjà été échauffé par la manière dont BigBoss avait formulé sa demande à ma chef ¤ la compagne de BigBoss ¤ avec un superbe “peux-tu ma prêter Jazz” ou encore un “ce travail doit être fait soigneusement”. Il y a bien longtemps que je ne me vexe plus pour si peu dans cette boîte.
Moi, pas démontée, je lui renvoie un mail :
Mail envoyé à 12:26 mercredi.
Jeudi à 19:30, toujours pas de réponse, BigBoss et ma boss (en copie de tout) sont en déplacement et ne rentrent que demain.
Entre temps, ma boss m’a adressé d’autres messages sur d’autres sujets. Le silence de BigBoss ne résulte donc pas d’un problème de réception/envoi de mails, à moins qu’elle ait encore paumé son Blaquebérie dans les chiottes.
Je caresse le doux rêve de lui avoir cloué le bec.
Je ne sais pas où ça me mènera, mais au moins, ça m’a fait du bien de lui renvoyer son Scud dans les guiboles.
Je me tâte cependant : dois-je me fendre demain d’une petite visite à son bureau demain pour lui signifier, gentiment, mais fermement, que je n’ai certainement pas mérité son courroux puis son silence et que si elle préfère que je sois un béni-oui-oui, il suffisait de le dire ?
¤ M’enfin, ce n’est pas vraiment une nouveauté : pour se faire bien voir, il faut être parente avec la boss, ne pas poser de questions et faire semblant d’avoir tout compris. Quoi qu’il arrive, montrer sa gratitude et ne pas sortir du rang. ¤
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* Evidemment, les noms de personnes, produits, et divisions ont été changés.
Attention, phrases longues, prenez une grande respiration avant de lire ce qui suit.
Depuis que j’ai annoncé ma grossesse au boulot, une fois passés le commentaire habituel de ceux qui n’aiment pas être pris au dépourvus, ce fameux “je le savais” ¤ Ah bon, alors pourquoi cet air de surprise, et pourquoi ça n’avait pas l’air de te déranger de me faire porter des colis lourds ? ¤, les chuchotements qui s’arrêtent de manière suspecte quand j’entre dans une pièce, l’apathie presque rassurante de ceux qui accueillent la nouvelle avec un œil torve, et les quelques “c’est vrai ? chouette !” de ceux qui ne sont ni enragés de la vie, ni dégoûtés par le bonheur des autres, qui s’en foutent parce que mon absence n’aura pas de répercussion sur leur propre boulot, l’étonnement souvent mal feint de ceux qui ont appris par ragots mais qui veulent jouer les ignorants, et les vraies félicitations de ceux qui m’aiment bien et sont heureux pour moi, j’ai vite eu l’impression que ma vie, mon corps, mon ventre basculaient dans le domaine public.
Je vous passe les réflexions du genre “Alors, maintenant que tu es mariée, tu t’es dit que c’est permis ? Allez, youp-la-boum ?” ou “Alors, ça faisait longtemps que tu essayais ou c’est arrivé comme ça ?” ou “Tu le sais depuis quand ?” qui seraient déjà bizarres venant de collègues avec qui je n’ai pas d’affinités, mais qui frôlent carrément la prise de renseignements “tout ce que vous dites ici sera retenu subrepticement mais effectivement contre vous” quand elles émanent de ma chef directe.
Elle aurait tout aussi bien pu me dire : “alors, depuis combien de temps tu prévois de nous faire un bébé dans le dos, hein, grande garce, c’est pas comme ça que je vais pouvoir te pousser à la démission ! Il ne me reste plus qu’à continuer à te demander d’exécuter des tâches bien chiantes, avec des délais de maboule, sans jamais parler d’augmentations et te reprocher de tirer la tronche 50% du temps, même quand tu affiches un sourire ultra-brite en toutes circonstances (deuil, maladie des proches, anémie grave), sans jamais te plaindre ¤ en dehors de ton blog ¤. De toutes les façons, t’es tellement conne, tu n’as même pas relevé quand quelques mois après, pour t’envoyer dans le placard de la ménopause, j’ai invoqué — en totale contradiction avec mes propos antérieurs, je le sais, mais je dis ce qui m’ararnge — ta bonne humeur à toute épreuve ; d’ailleurs, ça te plaît de donner des cours d’informatique à des gâteuses qui se plaignent tout le temps ?”, ouais, elle aurait pu dire ça, au moins, j’aurais apprécié sa franchise.
Je me contente de rester vague dans mes réponses en disant : “c’est arrivé, c’est arrivé…”, “j’ai su depuis hof… longtemps”, et ma préférée “oui, j’ai découvert les joies de l’intimité depuis le mariage”. Ce genre d’humour semble avoir le pouvoir de stopper la curiosité des gens.
Qu’on regarde mon ventre en tentant d’être discret, qu’on me demande le sexe (je ne saurai pas avant un mois et demi) ou si j’ai des prénoms en tête ou si j’ai une préférence pour une fille ou un garçon, si je vais bien, si tout se passe bien, si je suis heureuse, si mon mari, nos familles le sont aussi, si ça me fait drôle, si je le sens bouger, tout ça, ça ne me pose aucun problème : ces questions appartiennent pour moi au registre poli et badin des discussions supportables quand à la grossesse, cet état soulevant, je le constate, toujours une foule d’interrogations pour ceux qui sont passés par là, et les autres aussi.
Mais que ma chef (qui a gentiment indiqué la sortie à 4 personnes depuis le mois d’avril) me pose des questions qui touchent à des domaines plus intimes comme la “facilité” d’avoir un enfant, sachant que c’est souvent un sujet très douloureux pour nombre de couples, qu’elle prétende faire amie-amie avec moi juste pour me soutirer des informations, qu’elle enrobe tout ça d’humour, ça me fout les boules.
Ces gens ne sont pas mes amis, juste des collègues que j’ai du mal à tolérer souvent tant leur hypocrisie cousue de fil blanc, leurs petites manipulations, leur plaisir à lancer des rumeurs juste pour savourer les dommages qu’elles produiront, leur incapacité à vivre en dehors des enjeux du travail, tout ça, tout ça, me filent la gerbe.
¤ Bref, maintenant je comprends mieux pourquoi la fantasque Mademoisele C., une ancienne collègue, répondait à qui lui demandait si elle avait voulu d’un enfant depuis longtemps : “ça nous a pris comme une envie de pisser”. Précisons que nous enchaînions à l’époque les vagues saisonnnières de départs plus ou moins volontaires et son poste était comme tant d’autres, menacé. Elle a bien fait la maline, en plus, après son congé maternité, elle s’est barrée pour suivre son mari en Orient, loin des turpitudes de la vie en agence… ¤
Heureusement, au-dessus de cette mélée crasse, il y a quelques personnes qui sont sympa, ils peuvent me poser les mêmes questions que ma chef et ça ne m’embêtera pas plus que ça, et si je suis gênée pour leur répondre, au moins, je peux leur dire clairement sans qu’ils ne s’en formalisent. Ceux-là ont l’air vraiment sincère et ont même tendance à ne plus me parler que de cette grossesse en bêtifiant quand ils me parlent ou en s’adressant carrément à mon ventre. On m’avait prévenue. Je savais que mon bide allait concentrer toutes les attentions, bonnes ou mauvaises…
Je sais que je ne suis plus vraiment la même maintenant, mais avant de me transformer en culbuto puis en mère, j’aimerais être encore un peu tranquille.
Aussi je suis tentée de jurer de plus belle quand on me dit qu’il faudra m’habituer à ne plus dire de gros mots (moi qui en dis si peu d’habitude à part l’occasionnel “pµtain”), de changer de conversation quand une mère évoque son épisiotomie, et de transformer la réplique d’Adriana K. en “regardez-moi dans les yeux, pas au niveau du nombril”.
D’ailleurs, celui-ci commence à se montrer dangereusement, menaçant de sortir complètement ¤ à mon grand désarroi car je ne supporte pas qu’on me touche le “bibic” comme on dit chez moi ¤. Donc, ceux qui veulent me toucher le bide peuvent toujours… se toucher.
Peut-être que quand l’enfant bougera, je n’aurai qu’une envie : plaquer la première main qui passe contre mon abdomen gonflé. Pour l’instant, la simple perspective que quelqu’un d’autre que mon mari (ou ma mère ou mon frère, voire mes beaux-parents ¤ mais à mon avis, ceux-là sont tellement respectueux qu’il faudrait les forcer à me toucher ¤) pose ses doigts sur moi pour me palper l’utérus ¤ MON UTERUS !!! ¤ et sentir les ruades de son occupant me donne envie d’ouvrir la boîte-à-baffes ¤ le grand modèle de boîte-à-baffes ¤. Comme si on ne passait pas assez de temps comme ça à se faire ausculter, questionner, et analyser urine et sang.
Bon, je relis un peu les paragraphes précédents et je me dis que je vais passer pour une parano qui vit mal sa grossesse, alors que c’est faux : je suis une parano qui vit bien sa grossesse. D’ailleurs, mardi, j’ai vu les battements de coeur du bébé sur le voltmètre ¤ c’est comme ça que j’appelle le Dopple portatif, ça me rappelle mes cours de physique au collège ¤ et il pétait la forme, par contre j’abrite un enfant qui refuse de se faire interviewer : j’ai bien vu le rythme cardiaque capté par le voltmètre, mais pas moyen d’entendre le petit coeur, bébé s’amusait à nous échapper comme une savonnette.
C’est con, mais ça me fait rire de savoir que j’ai un enfant insaisissable. ¤ Comment ça, ça me fera certainement moins marrer quand je lui courrai après partout dans la maison, essayant de lui faire enfiler son pyjama ? ¤
Parfois, en regardant la télévision, j’ai l’impression d ‘être dans Hibernatus et que Louis de Funès va débarquer au bras de Claude Gensac; ou alors, je suis la mère de Good Bye, Lenin! et l’on cherche à me faire croire que les choses ont continué leur cours, sans grand bouleversement.
Je regarde la télé et même si certaines choses ont changé ou plutôt sont apparues (les jeux de call-TV où l’on appelle des numéros surtaxés en vain pour dire que l’on a bien rconnu la blonde dont le visage est découpé en carrés, la télé-réalité…) elle n’est guère différente finalement de celle de mon enfance.
Je vois Dechavanne et Nagui ; je vois aussi Michel Drucker, Patrick Sabatier, Patrick Sébastien, Jean-Pierre Foucault, William Lemeyrgie, Michel Denisot. J’entends encore Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, même s’ils sont séparés, et le siège de PPDA est encore chaud. J’ai même réussi à chopper Philippe Gildas sur une chaîne de la TNT, Jérôme Bonaldi n’était pas très loin, et Patrice Laffont qui reprend du service public. Sans oublier : “je suis le présentateur de ce jeu télévisé sur France 3 depuis 1988, j’ai souvent été admiré pour la variété de mes cravates, pour mon sens dramatique, ma rapidité à articuler des questions, et ma capacité à ne pas rire quand un candidat répond 6 fois de suite, en vain, ‘la Mer Noire’, je suis, je suis…” Julien Lepers !!
Je zappe et je tombe sur Une Famille en Or, La Roue de la Fortune, Intervilles.
Bientôt on pourra parier sur la réaction de dégoût ou de ravissement des prochains candidats à Tournez Manège…
Des redifs de La Petite Maison dans la prairie, Derrick,
Les choses, j’en suis sûre ont à peine bougé dans l’intrigue des soaps américains comme Les Feux de l’Amour ou Amour, Gloire et Beauté.
Alors, non, je ne veux pas faire la jeuniste à tout prix. Je ne veux pas changer pour changer. Mais parfois, j’ai l’impression que ma télé bien que plus large et plus mince, n’a pas tant changé que ça à l’intérieur.
Je suis nostalgique de certaines émissions (la Télé des Inconnus par exemple, Le Petit Théâtre de Philippe Bouvard, Nulle part Ailleurs, La Grande Famille, entre autres…) et je comprends que l’on ait envie de faire durer ou ressusciter un concept qui a fait ses preuves… mais il y a un moment où toutes ces valeurs refuges me donnent l’impression d’avoir grandi plus vite que ma télé.
A ce train-là, je ne serais pas surprise que Guy Lux revienne nous vendre un concept de jeu à vachette où il apostropherait Simone et où Léon s’essouflerait en commentant une course sur un tapis glissant de savon noir, qu’Yves Mourousi nous annonce la ré-élection de Mitterand en ouverture du 13h00 assis sur un coin de bureau à côté de Marie-Laure Augry, ou que Dorothée nous enjoigne à n’avoir aucune pitié pour les croissants…
Hier, je vous ai annoncé que j’allais passer un entretien pour un nouveau job.
C’était un euphémisme.
Ce matin, je me suis réveillée bien avant la sonnerie de 7h00.
Je tourne et vire dans le lit à côté du Loup qui dort du sommeil du juste. ¤ Rogntudju, celui-là, il mériterait que je lui flanque un coup de pied en prétextant un cauchemar… on n’a pas idée de dormir comme ça dans l’insouciance la plus moelleuse quand moi, je n’arrête pas de me torturer le ciboulot. ¤
Le réveil sonne enfin. Le Loup sourit.
Je me douche, me coiffe, me brosse les dents, mets les fringues soigneusement préparées la veille.
Je stresse un max. L’estomac vide, impossible d’avaler quoi que ce soit d’autre que de l’eau
Le Loup m’accompagne. Il sait à quel point c’est important pour moi.
Il ne cherche pas à me rassurer, il sait que ça ne sert à rien, et puis lui non pus n’en mène pas large, j’en suis sûre, mais il intériorise vachement.
Moi, je pense à ce truc depuis des semaines, des mois même, au point que j’ai perdu du poids.
Le stress je vous dis. Deux mois et demi d’attente pour arriver là.
On arrive un peu tôt sur les lieux.
On nous reçoit, on patiente.
Mon rendez-vous arrive.
Je rentre dans une petite pièce.
Je me désape.
Je rentre dans un pièce plus grande, plus sombre.
Je m’allonge.
Je respire fort.
Le toubib m’applique du gel sur le bas du bide.
Il pose sa sonde.
Une forme apparaît sur l’écran plat en face de moi.
Un joli papillon apparaît. C’est un cerveau.
C’est le cerveau de notre enfant.
Mais l’enfant ne bouge pas.
Et pendant ce temps-là, le toubib mesure, serein.
J’ai bien lu le déroulement de la première écho, je sais qu’il ne faut pas regarder le praticien, ne pas se fier à ses mimiques, et ne pas lui poser la foule de questions qui se pressent à vos lèvres. Alors je me tais.
J’aurais dû brieffer le Loup. Il doit se demander ce qu’il se passe, et ne pas comprendre mon mutisme inhabituel, nile silence du toubib. A bien y réfléchir, tel que je connais le Loup, il est tout à fait possible qu’il ait glané des infos depuis l’âge de quinze ans, et qu’il en sache beaucoup plus que moi.
Là, un nouvel élément apparaît sur l’écran : une ligne orange.
J’étire le bras en arrière pour saisir la main du Loup.
La ligne est plate, plate, plate, et enfin, au bout, un sursaut, puis un autre.
Je broie la main du Loup.
La, c’est un festival de sauts, on entend un galop vigoureux. C’est son coeur qui bat à 160 pulsations par minute.
On voit son bras plié, un adorable chapelet qui doit être sa colonne vertébrale, son cerveau à nouveau.
Une tête ronde.
Mais l’angoisse m’étreint toujours, il reste encore la clarté nucale à mesurer.
Et puis, ce bébé ne bouge pas.
Peut-être dort-il ?
Peut-être n’a-t-il pas envie de collaborer, peut-être est-il un bébé farceur ?
Le toubib veut mesurer les jambes. Il pousse, pousse et pousse avec sa sonde.
Le bébé bouge !
Il est récalcitrant ! Pas question de le sortir de sa position de dodo, non mais ho !
Il bouge ce bébé, il bouge ! Je ne sens rien, mais il bouge et faut pas l’emmerder, OK ?
Un bébé de caractère (comme son père), qui estime que son sommeil est précieux (comme sa mère).
Voilà, c’était le récit de mon premier entretien pour le job de Maman !

Voyage intérieur
¤ Ouais, je sais, on ne voit rien, et ça pourrait aussi bien être une grosse cacahuète coincée dans mon oesophage… ¤
J’adore cette expression : “détail de taille”, quand je l’utilise, j’ai toujours l’impression d’être Sherlock Holmes, loupe à la main, examinant triomphalement la courbure d’un “C” dans une lettre manuscrite, sachant que là est la clef du mystère.
Allez ! Une petite mise en situation pour mieux comprendre.
“- Loup ? Je mets quoi comme boucles d’oreilles pour aller avec cette robe ? Les noires longues ou les clous verts ?
- Mets donc les clous verts, ou les autres, c’est un détail.
- Ah, ben oui, c’est un détail, certes, mais les noires ont un côté clinquant limite pupute mais telelment charmant que les vertes n’ont pas, elles font tout de suite plus dadame ¤ oui, je sais, je doudouble des syllabes ¤, plus apportez-moi-un-café-tout-de-suite-pour-qu’on-commence-cette-réunion-j’ai-une-conf-call-avec-Rio-juste-après, tu vois ?
- Hmpf…
- Et ouais ! Je sais, gros dilemme, là ! Détail de taille ! Tu en saisis maintenant toute la portée mon vieux.
- Ah, ouais, je n’avais jamais considéré ce problème de choix sous cet angle. Il continue mezzavoce : Surtout qu’avec tes cheveux par dessus, ça se verra pas du tout…
- T’as dit quoi là ?
- Oh, rien, ma chérie. Tu seras belle quoi qu’il arrive, mets donc les longues vertes va… “
Bon, en l’occurence, le titre de ce billet n’a rien à voir avec mes banales préoccupation quotidiennes d’accesoirisation.
Pour comprendre, il faut lire ce qui suit.
Ce matin, je parcours rapidement l’une des lettres d’info proffessionnelles dont regorge ma boîte de réception.
Je m’arrête sur l’article intitulé “Tatjana Patitz, nouvelle image de Marina Rinaldi”.
Il dit que cette marque de fringues a choisi l’ex-top Tatjana Patitz comme nouvelle porte-parole et image de ses prochaines campagnes de publicité.
Jusqu’ici, rien de choquant, sauf si l’on sait que :
- cette marque habille les femmes à partir de la taille 46.
- le mannequin choisi fait une taille 36 (soit 5 tailles en moins que le minimum de la marque) d’après la fiche de son agence.
Je ne comprends pas pourquoi une nana dont la jambe flotte dans le bras d’une chemise en taille 42 serait parfaite pour représenter des femmes qui s’habillent en taille 52 !
Je comprends le sens de leur slogan “Style is not a size”. Mais c’est un message qui sera d’autant plus fort que les modèles commercialisés sont portés par des gens qui font un vrai 46.
La marque est connue pour avoir auparavant fait appel à des femmes qui ne rentrent pas dans dans un skinny jean en 34.
Peut-être que je suis trop bête pour piger ce qui n’est que de l’ironie, je ne sais pas. Mais ça me désole.
Peut-être qu’ils ont voulu montrer que ces fringues sont tellement chouettes que même une femme super mince qui peut aller s’habiller partout ailleurs a envie de les porter.
Je reste perplexe…
L’info en anglais ici.
Comment m’étais-je retrouvée là, enfermée dans un sous-sol par si beau samedi, en train d’enfoncer deux doigts dans le torse minuscule d’un bébé, tout en fredonnant intérieurement le tube des Bee Gees ¤ celui-là même qui m’avait fait frétiller furieusement dans le ventre de ma mère alors qu’elle essayait d’admirer un John Travolta pré-scientologie, ondulant, sexy en diable, fébrile, et moulé dans son fute blanc ¤ je vous le demande ?
Ah oui, voilà ! J’avais cliqué !
Après toutes ces années à me dire qu’il fallait que je le fasse, à renoncer devant le prix à payer, puis à oublier, à y revenir, avant de rechigner à nouveau à cause d’un problème de volonté masqué par des incompatibilité d’emploi du temps, enfin, là, j’avais un créneau libre, des sous et une motivation supplémentaire.
Toutes les conditions étaient réunies pour que je sois finalement là à violenter un poupon qui ne se réveillerait pas de toutes les manières, à bécoter bouche ouverte cet homme sans âge au visage lisse et sans sourcil avec qui il était bien convenu que ce que nous faisions n’était que passager, que nous en resterions très probablement là, au moins pour un moment.
En plus, j’avais réussi à me convaincre que c’était pour le bien de tous, celui des autres surtout, le mien un peu aussi.
Le pire, c’est que j’étais bien contente d’avoir profité de l’absence du Loup et de ne pas être restée à végéter avec le chat dans le canapé à la maison. L’envie et la peur se demandent font tout pour me faire basculer dans l’une ou l’autre.
Je m’y attendais un peu. Ceux qui sont passés par là avant moi m’ont dit que ça me ferait très certainement cet effet-là.
Voilà, comme ça, je m’étais inscrite ¤ toute seule comme une grande que je pense être ¤ à cette formation de premiers secours de la Croix-Rouge.
J’y ai passé une grande portion de mon week-end, mais ça valait le coup.
Bon, après, sont nées deux obsessions :
- trouver un vêtement avec des poches suffisamment grandes pour contenir tout ton petit nécessaire de secourisme ainsi que la carte de tous les endroits susceptibles d’abriter un défibrillateur. Mais là, on parle carrément d’une grosse sacoche bien lourde, et tu te dis que ça n’ira jamais avec tes chaussures blanches en plastoque.
- tomber sur ta première victime, aussi guettes-tu les signes d’étouffement au restaurant, sinon, tu te demandes si ce type allongé sur l’herbe est conscient ou non, s’il respire, tu te dis que ce bébé est peut-être un peu bleu, et tu rappliques ventre à terre à la simple évocation d’une écharde ¤ on ne sait jamais, ça pourrait être une grosse plaie ouverte sanguinolente, avec une perte de connaissance et arrêt cardiaque, oh, ce serait tellement chouette ¤.
Deux semaines après cette formation, je suis tranquillement en train de me promener au BHV quand soudain j’aperçois un jeune homme à terre, à côté des escalators.
“Chouette, me dis-je, ma première vraie victime !” Là, je demande au garçon à côté de lui s’il est tombé, s’il respire, s’il a l’air conscient. Le type m’a l’air complètement paumé, alors, je prends les choses en main.
“Monsieur, si vous m’entendez, serrez ma main s’il vous plaît ! Vous m’entendez ?”
Et là, je me voyais déjà en train de le mettre en PLS (position latérale de sécurité) ou de lui faire une RCP (réanimation cardio-pulmonaire), la totale, quoi ! Au lieu de ça, il a repris connaissance à la fin de ma question et a demandé à son ami depuis combien de temps il était tombé dans les pommes. Sur ce des employés du magasin sont arrivés en disant qu’ils avaient appelé les pompiers (alors qu’ils auraient dû appeler le SAMU, mais bon…), on a demandé au garçon d’aller plus loin sans trop bouger pour ne pas gêner la circulation, je lui ai demandé s’il faisait ça souvent et il m’a dit : “non, mais je viens de me faire faire un piercing, alors…” P’tit con, va. Même pas de lésion.
J’ai attendu 30 secondes par esprit de secourisme ¤ bon, OK, surtout pour savoir s’il n’allait ps nous faire un vrai malasie avec épilepsie, vomissements, yeux révulsés, étouffement… ¤ j’ai vu qu’il était conscient, que les gens autour de lui avaient l’air de rester vigilants, alors, je suis partie, un peu déçue, je dois l’avouer, de ne pas avoir eu au moins l’occasion de le mettre en PLS, mais en même temps fière d’avoir pu mettre en pratique une des choses apprises en formation.
Espèce d’ingrat, va !
Sinon, si vous aussi vous voulez aller au restaurant et passer votre temps à reluquer vos voisins dans l’espoir purement altruiste de pouvoir leur porter secours, qu’attenddez-vous, inscrivez-vous à un stage de secourisme, c’est chouette, on apprend plein de trucs et ça peut sauver des vies, pour 50 à 60€, ça vaut carrément le coup.
Ici, le lien vers la Croix Rouge, mais d’autres organismes le font aussi.
Il y a des comportements, des manies que l’on a et que l’on pense être seule ou seul à avoir.
Vous savez de quoi je parle, on fait tous ce genre de petites choses accidentellement ou non, ces petites choses qui sont autant d’éléments idiosyncratiques ¤ voilà, placement d’un mot savant de plus de 14 lettres en début de billet : c’est fait ! ¤.
Pour certains, c’est le fait de suivre la course d’une goutte de pluie venue s’écraser sur la vitre, jusqu’à la ligne finale que marque la fin de la fenêtre.
Pour d’autres ce sera le fait de compter toujours le matin le nombre de station de bus/métro restant sur le trajet vers le bureau.
Il m’arrive parfois d ‘observer chez d’autres ces choses que je pensais être si exclusivement personnelles. Quand je les surprends, ces instants me font entrer dans une sorte intimité immédiate avec l’autre, qu’il le sache ou pas, et que je le veuille ou non.
Chaque semaine, et probablement chaque jour si j’y prêtais un peu plus attention, je me retrouve donc propulsée dans ces zones de proximité fortuite, fugace et forcée par une occurrence de ce genre de comportements. Ces rencontres me donnent l’impression d’être un peu moins seule dans ma folie, mes manies, ma tête.
Alors voici, deux trois choses que j’ai observées dernièrement et qui font que je me sens moins seule.
- les inconnus qui lisent les mêmes livres que moi et qui ne peuvent s’empêcher de me le faire remarquer afin que nous partagions nos avis, nous comparons notre avancée dans les pages et évoquons ce qui nous plaît et ce que nous apprécions moins, et parfois même, là encore, nos avis convergent.
- l’aller-retour penaud qu’effectuent les gens qui sortent d’un endroit et se trompent de chemin, aussi repassent-ils dans le sens inverse quelques secondes (minutes pour le plus étourdis) plus tard en ayant l’air de se reprocher gentiment ce manque flagrant de sens de l’orientation.
- les demandes de lait de soja au Starbeusque pas parce que le client est végétalien, mais juste parce qu’il préfère.
- les discussions des gens qui pensent que la trentaine, c’est un cap que tu passes en douceur, sans vraiment t’en rendre compte, mais un jour, tu te dis que t’es super différent des petits jeunes de 20 ans ¤ je n’ai pas l’impression que le mot “vingtenaire” existe, y voir un signe que ce n’est qu’à partir de 30 ans que l’on nous met dans des catégories, ou que l’on se sent obligé de faire partie de l’une ou l’autre de peur de ne pas s’être trouvé ? Bref, si “vingtenaire” existait, c’est le mot que je voudrais employer ici ¤ dans ta mentalité, tes objectifs, tes envies, et même si t’es un peu nostalgique, tu penses que c’est bien que tu n’en sois pas au même stade quand même — sinon à quoi auraient servi la dernière décennie ? — et quand tu repenses à toutes les galères, les zones d’insécurité, les leçons durement apprises par lesquelles ils devront passer, tu te félicites bien d’être à l’étape suivante, à moins que ce soit une manière dérisoire de te consoler de ne plus pouvoir faire la fête tout le temps et enchaîner les nuits blanches sans conséquence sur ta capacité intellectuelle et pulmonaire.
- le sourire sincère et étonné, souvent complice et un peu coupable, qui apparaît sur le visage des gens que tu croises perdus dans leurs pensées quand tu apparais brusquement dans leur champ visuel.
- le bruit du sachet de chips quand les gens vont chercher les toutes petites miettes qui restent collées au fond en demandant aux autres de leur pardonner ce péché mignon mais sonore.
Voilà !
Et vous, vous arrive-t-il de surprendre chez les autres des choses que vous croyiez être seuls à faire ?
Vous aimez prendre plaisir ? Vous appréciez travailler avec une équipe impliquée, avec des outils et des moyens …?
C’est quoi ces questions à la con, vous dites-vous derrière votre écran ?
Jazz aurait-elle bu ?
La salle de bains serait-elle victime de spam ?
S’attend-on vraiment à recevoir des réponses négatives à ces interrogations ?
Et surtout, pourquoi des chaussettes bleues à étoiles jeunes ?
°Pour cette dernière question, merci de vous reporter aux règles très précises du Kamoulox.°
Voilà, c’est ma dernière trouvaille en provenance des sites d’emploi.
Donc, jouisseurs naïfs et /ou amateurs de truismes, n’hésitez plus, postulez !
Trouvé aujourd’hui en cherchant un nouveau boulot sur le net :
“Bac +4 en communication ou marketing (Ecoles de commerce, de communication…)
-Une première expérience (2/3 ans) dans le secteur.
-Vous parlez couramment anglais et vous avez acquis une sensibilité multiculturelle.
-Vous savez travailler en transverse et vous êtes à l’écoute des besoins des équipes en matière d’information.
-Vous maîtrisez les méthodes et les outils de communication et vous avez une bonne.” (sic)
Ce boulot doit être vachement prenant s’il demande d’avoir une bonne, ça sous-entend que tu n’auras pas le temps de faire ton ménage…. C’est craigonsss °Bon, en vrai, je ne fais pas trop le ménage…° mais j’ai quand même postulé en espérant qu’ils ne m’en voudront pas d’avoir renvoyé ma bonne, parce qu’avec la baisse de mon pouvoir d’achat je ne pouvais plus la payer. Et, là, comme je ne vais plus avoir de RTT, je ne sais vraiment pas à quel moment je vais avoir le temps de faire les poussières, moi !





vous, ici ?