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Maillots de bain – OK
Paréos – OK
Huile après-soleil – OK
Petites robes bains de soleil dans lesquelles je peux encore caser mon ventre – OK
Tongs – OK
Lunettes de soleil – OK
Housse étanche appareil photo – OK
Chapeau larges bords – OK
Eventail – OK
Bonnes lectures – OK
Bas de contention pour l’avion – OK

A acheter :
- Crème solaire bio indice 1280
- Magazines Bébé pour faire culpabiliser l’hôtesse qui nous installera du coup en 1ère classe, surtout qu’en plus on est en voyage de noces et qu’on boit pas de champagne, alors bon, faites un petit geste quand même…

Avant-hier, j’ai reçu un mail de la Big Boss qui me demandait de faire un truc qui avait l’air intéressant sur plusieurs mois, en plusieurs étapes : bref, de quoi m’occuper jusqu’à mon congé mat’.

J’étais surprise qu’elle fasse appel à moi, ça avait l’air un peu sympa à faire, pas trop rébarbatif, utile et le fruit de ce travail serait exposé à tout le groupe. En plus, c’était carrément dans mes cordes !!!

Elle avait dû prévoir ma stupéfaction puisqu’elle a précisé à la fin de son mail : “ce n’est ni une blague, ni un moyen d’occuper ton temps”. ¤ Non, je ne délire pas, elle a bien écrit ça… ¤

Là, j’ai commencé à cogiter, mais histoire d’être sûre d’avoir tout bien compris et de ne pas me tromper de voie, parce que malgré tout, il y avait des choses qui demandaient à être précisées, je lui ai demandé un rendez-vous dans le mail suivant (cliquez sur les mails pour mieux les voir) :

Mail ok

Pourquoi diable ai-je répondu ça ? Quelle drôle d’idée j’ai eue en envoyant ce mail ? Pourquoi ai-je voulu être laconique et ne pas lui faire peur avec toutes mes questions détaillées ? Pourquoi ne lui ai-je pas montré ma gratitude en lui offrant de faire de mon premier-né son appuie-coude pendant les 18 premières années de sa vie ? POURQUOI????

Voilà ce que j’aurais dû écrire :

Mail non

Clairement, j’aurais dû écrire ça, mais quelque chose m’a empêché de le faire. En tout cas, c’était visiblement mal parce que je me suis pris ça dans la tronche en arrivant le lendemain matin :

Mail1

Vlan dans les dents !

Je lis le mail au Loup qui me dit “laisse tomber, c’est de l’acharnement !”. Je ne m’attendais pas à un jugement aussi péremptoire de sa part : il est d’habitude si blasé de mes fantasques aventures au travail et trouve toujours que je prends les choses trop à coeur. Là, l’utilisation du mot “Acharnement” et de quelques noms d’oiseau à l’intention de BigBoss m’ont réconfortée.

Le Loup avait déjà été échauffé par la manière dont BigBoss avait formulé sa demande à ma chef ¤ la compagne de BigBoss ¤ avec un superbe “peux-tu ma prêter Jazz” ou encore un “ce travail doit être fait soigneusement”. Il y a bien longtemps que je ne me vexe plus pour si peu dans cette boîte.
Moi, pas démontée, je lui renvoie un mail :

Mail 3

Mail envoyé à 12:26 mercredi.

Jeudi à 19:30, toujours pas de réponse, BigBoss et ma boss (en copie de tout) sont en déplacement et ne rentrent que demain.

Entre temps, ma boss m’a adressé d’autres messages sur d’autres sujets. Le silence de BigBoss ne résulte donc pas d’un problème de réception/envoi de mails, à moins qu’elle ait encore paumé son Blaquebérie dans les chiottes.

Je caresse le doux rêve de lui avoir cloué le bec.

Je ne sais pas où ça me mènera, mais au moins, ça m’a fait du bien de lui renvoyer son Scud dans les guiboles.

Je me tâte cependant : dois-je me fendre demain d’une petite visite à son bureau demain pour lui signifier, gentiment, mais fermement, que je n’ai certainement pas mérité son courroux puis son silence et que si elle préfère que je sois un béni-oui-oui, il suffisait de le dire ?

¤ M’enfin, ce n’est pas vraiment une nouveauté : pour se faire bien voir, il faut être parente avec la boss, ne pas poser de questions et faire semblant d’avoir tout compris. Quoi qu’il arrive, montrer sa gratitude et ne pas sortir du rang. ¤

_____

* Evidemment, les noms de personnes, produits, et divisions ont été changés.

Le sujet semble parfois inépuisable, aussi, voici un nouveau volet de

L’informatique, c’est pas automatique

histoire de ne pas vous faire regretter la vie au bureau pendant le week-end.

- Dis-moi Jazz, il faut que je fasse copier ou coller ?
- Pardon ?
- Copier ? Coller ? Je fais lequel des deux ?
- Heu… C’est une devinette ?
- Non, en fait, j’ai fait un truc si tu veux, et puis là, je ne sais plus quoi faire, si c’est copier ou coller, quand je veux le faire monter, là.
- ???
- J’ai fait un truc pour faire monter mon bloc dans ce fichu tableau, là.
- T’as fait quoi comme “truc” pour faire monter ton bloc.
- Je crois que j’ai cliqué sur couper.

Elle tourne son écran vers moi. Je réalise qu’elle a coupé une cellule et veut la recopier ailleurs, plus haut dans son tableau.

- Ah, OK, il faut cliquer sur “coller”.
- Ah, merci, j’oublie toujours.

____

- Han !
- …
- Han, mais c’est pas possible
- …
- Non, c’est pas vrai…
- Quoi ?
- Ah, merci de me le demander, je crois que j’ai perdu le document sur lequel je travaillais.
- Normalement, ton ordinateur a dû faire des enregistrements réguliers, tu devrais au moins pouvoir retrouver quelques modifications.
- Ah, ben j’espère, parce que j’ai enregistré, j’ai appuyé sur le bouton “enregistrer”, j’en suis sûre.
- Bon, ben alors, tu vas le retrouver, je te montre comment faire.

Après 5 bonnes minutes de recherche, impossible de mettre la main sur le fameux document.

- Pourtant, j’avais bien cliqué là pour enregistrer, amis il faut dire que mes mails ne fonctionnent pas bien en ce moment, alors, ça doit court-circuiter quelque part…
- Non, mais là, c’est pas l’icône enregistrer, c’est l’icône pour envoyer un message électronique…

___

- Je pinceaute, je pinceaute. Qu’est-ce que je pinceaute ! Je n’arrête pas de pinceauter depuis que tu m’as montré comment faire.
- C’est bien ! Contente de voir que ça te rend service.
- Ah ben oui. Tiens, je pinceaute encore… Tiens, pinceau ! Et voilà, pinceau encore…
- …
- DOUBLE PINCEAU !!
- …
- PINCEAU, PINCEAU, PINCEAU, pinceau puissance trois !!!- …- re-pinceau
- Tiens, pinceau !

Prochaine étape : lui apprendre à se servir du pinceau de copie de la mise en forme en silence.

__

- Jazz, je ne comprends pas pourquoi le mot “BARHEIN” est écrit tout de travers.
- Comment ça de travers ?
- Ben oui, tu vois bien, il est déformé !
- Quoi ? Ah, c’est parce que t’es en italique.
- Mais non, c’est pas en Italie, le Barheïn.
- Non, le mot “BARHEIN” est écrit en italique. tu appuies là et il se remet droit.
- Ah, tiens, je l’avais jamais encore utilisée celle-là !

___

Parfois, je me dis qu’on ne peut pas lui en vouloir.
Mais c’est plus drôle à lire qu’à vivre, croyez-moi.

Combien de fois avions-nous eu la fameuse discussion qui commence par “Mais comment on va l’appeler” ?
Dix, vingt, peut-être trente fois.

Au bout d’un moment, nous sommes arrivés à un consensus ¤ en d’autres termes, il a plié sous le poids de ma volonté ¤ pour une fille et un garçon. parce qu’il faut bien que les deux prénoms aillent un peu ensemble, ou au moins qu’ils soient au même niveau : imaginez une fratrie composée de Olympia et Jean, ou encore ¤ rhaaa, c’est dur de trouver un prénom un peu sophistiqué pour un garçon ¤ Thaddéus et Marie. Ca fait un peu “on a bûché sur l’un, et l’autre, on n’avait plus le temps, alors, on a paré au plus pressé” ou “ben, on a bien vu que les prénoms un peu à la con, ça ne sert à rien, alors, on a fait dans le soft pour l’autre”. Bref, ça sent l’échec de dénomination.

Alors, n’allez pas nous compliquer la vie en nous disant que 1) nous pourrions n’avoir qu’un enfant — voire pas du tout, hein, à l’époque on ne pouvait pas savoir, 2) nous pourrions avoir deux garçons ou deux filles, ou des triplés. Nous nous en fichions éperduement. Notre choix un peu fantaisiste était arrêté.

Mais ce n’étaient alors que des discussions dans le vent, certes nous nous imaginions parents de gamins affublés de prénoms un peu à la con, et ça ne nous posait pas de problème parce qu’il n’y avait pas d’autres vies en jeu que la nôtre.

Mais quand Sa Seigneurie Bébé annonce sa venue prochaine, les choses se précipitent et vous vous demandez si vous n’allez pas gâcher sa vie davantage que prévu en lui attribuant une tare supplémentaire qui sera inscrite sur ses papiers.
Donc, vous remettez en question vos choix, pris dans une culpabilité précoce, vous traitant de parents indignes.
Et puis, vous cherchez de nouveaux prénoms, enfin, surtout pour la fille, parce que c’est elle qui héritera du prénom à la con car il ne se lit pas comme il s’écrit. Mais du coup, si vous avez bien suivi, vous comprenez qu’il faut aussi prévoir des solutions de rechange pour le p’tit gars, puisque vous risquez de mettre en péril l’harmonie prénominale de vos enfants.

C’est là qu’il est important de se rappeler que lorsque vous épousez un Loup, vous acceptez tacitement d’être exposée à ses grognements, aboiements et hurlements au sujet de votre nouvelle liste de prénoms.

Aujourd’hui, je décide de prendre une petite pause, j’appelle Monsieur mon époux et je lui donne une petite liste de prénoms glanés sur le net. Morceaux choisis de mon humiliation.

- April ? Non, ni April, ni June, ni Invierno, ni Jueves !

- Chienne ? Tu veux vraiment appeler notre enfant Chienne ? Ah ! Cheyenne ? Parce que tu crois que c’est mieux ? Pourquoi pas Apache ?

- Fleur ? Ca c’est un nom à finir à traire les chèvres dans une communauté hippie au nord de San Francisco…

- C’est un nom de guirlande de Noël, ça, Isadora. T’as quoi d’autre ?

- Next !

- Mais c’est immonde !

- Iris ? Oui, ou bien Clavicule, comme autre partie du corps, c’est aussi bien, non ?

Voilà, donc, je revois ma copie, mais au train où vont les choses, je crois qu’on va s’en tenir à notre choix premier ¤ qui évidemment, reste un secret ¤.

Comme d’habitude, on a mis un temps fou à se décider pour notre prochaine destination de vacances/lune de miel/farniente éhonté.

Mais maintenant, nous savons enfin où nous allons passer une petite semaine de repos dans moins d’un mois.

Là :

(désolée pour les crédits, je ne sais plus d’où j’ai pris cette photo…)

JettyPhoto de DanTheBeastMan

Bon, alors, OK, ce n’est pas vraiment une expédition culturelle, mais pour cette fois, on a ben mérité de ne rien faire ¤ j’ai quand même acheté plein de bouquins à lire sur place, parce que l’observation des poissons à travers la dalle vitrée de notre bungalow sur pilotis, ça risque de me lasser quand même ¤.

Je suis impatiente d’y être…

Attention, phrases longues, prenez une grande respiration avant de lire ce qui suit.

Depuis que j’ai annoncé ma grossesse au boulot, une fois passés le commentaire habituel de ceux qui n’aiment pas être pris au dépourvus, ce fameux “je le savais” ¤ Ah bon, alors pourquoi cet air de surprise, et pourquoi ça n’avait pas l’air de te déranger de me faire porter des colis lourds  ? ¤, les chuchotements qui s’arrêtent de manière suspecte quand j’entre dans une pièce, l’apathie presque rassurante de ceux qui accueillent la nouvelle avec un œil torve, et les quelques “c’est vrai ? chouette !” de ceux qui ne sont ni enragés de la vie, ni dégoûtés par le bonheur des autres, qui s’en foutent parce que mon absence n’aura pas de répercussion sur leur propre boulot, l’étonnement souvent mal feint de ceux qui ont appris par ragots mais qui veulent jouer les ignorants, et les vraies félicitations de ceux qui m’aiment bien et sont heureux pour moi,  j’ai vite eu l’impression que ma vie, mon corps, mon ventre basculaient dans le domaine public.

Je vous passe les réflexions du genre “Alors, maintenant que tu es mariée, tu t’es dit que c’est permis ? Allez, youp-la-boum ?” ou “Alors, ça faisait longtemps que tu essayais ou c’est arrivé comme ça ?” ou “Tu le sais depuis quand ?” qui seraient déjà bizarres venant de collègues avec qui je n’ai pas d’affinités, mais qui frôlent carrément la prise de renseignements “tout ce que vous dites ici sera retenu subrepticement mais effectivement contre vous” quand elles émanent de ma chef directe.

Elle aurait tout aussi bien pu me dire : “alors, depuis combien de temps tu prévois de nous faire un bébé dans le dos, hein, grande garce, c’est pas comme ça que je vais pouvoir te pousser à la démission ! Il ne me reste plus qu’à continuer à te demander d’exécuter des tâches bien chiantes, avec des délais de maboule, sans jamais parler d’augmentations et te reprocher de tirer la tronche 50% du temps, même quand tu affiches un sourire ultra-brite en toutes circonstances (deuil, maladie des proches, anémie grave), sans jamais te plaindre ¤ en dehors de ton blog ¤. De toutes les façons, t’es tellement conne, tu n’as même pas relevé quand quelques mois après, pour t’envoyer dans le placard de la ménopause, j’ai invoqué — en totale contradiction avec mes propos antérieurs, je le sais, mais je dis ce qui m’ararnge — ta bonne humeur à toute épreuve ; d’ailleurs, ça te plaît de donner des cours d’informatique à des gâteuses qui se plaignent tout le temps ?”, ouais, elle aurait pu dire ça, au moins, j’aurais apprécié sa franchise.
Je me contente de rester vague dans mes réponses en disant : “c’est arrivé, c’est arrivé…”, “j’ai su depuis hof… longtemps”, et ma préférée “oui, j’ai découvert les joies de l’intimité depuis le mariage”. Ce genre d’humour semble avoir le pouvoir de stopper la curiosité des gens.

Qu’on regarde mon ventre en tentant d’être discret, qu’on me demande le sexe (je ne saurai pas avant un mois et demi) ou si j’ai des prénoms en tête ou si j’ai une préférence pour une fille ou un garçon, si je vais bien, si tout se passe bien, si je suis heureuse, si mon mari, nos familles le sont aussi, si ça me fait drôle, si je le sens bouger, tout ça, ça ne me pose aucun problème : ces questions appartiennent pour moi au registre poli et badin des discussions supportables quand à la grossesse, cet état soulevant, je le constate, toujours une foule d’interrogations pour ceux qui sont passés par là, et les autres aussi.

Mais que ma chef (qui a gentiment indiqué la sortie à 4 personnes depuis le mois d’avril) me pose des questions qui touchent à des domaines plus intimes comme la “facilité” d’avoir un enfant, sachant que c’est souvent un sujet très douloureux pour nombre de couples, qu’elle prétende faire amie-amie avec moi juste pour me soutirer des informations, qu’elle enrobe tout ça d’humour, ça me fout les boules.

Ces gens ne sont pas mes amis, juste des collègues que j’ai du mal à tolérer souvent tant leur hypocrisie cousue de fil blanc, leurs petites manipulations, leur plaisir à lancer des rumeurs juste pour savourer les dommages qu’elles produiront, leur incapacité à vivre en dehors des enjeux du travail, tout ça, tout ça, me filent la gerbe.

¤ Bref, maintenant je comprends mieux pourquoi la fantasque Mademoisele C., une ancienne collègue, répondait à qui lui demandait si elle avait voulu d’un enfant depuis longtemps : “ça nous a pris comme une envie de pisser”. Précisons que nous enchaînions à l’époque les vagues saisonnnières de départs plus ou moins volontaires et son poste était comme tant d’autres, menacé. Elle a bien fait la maline, en plus, après son congé maternité, elle s’est barrée pour suivre son mari en Orient, loin des turpitudes de la vie en agence… ¤

Heureusement, au-dessus de cette mélée crasse, il y a quelques personnes qui sont sympa, ils peuvent me poser les mêmes questions que ma chef et ça ne m’embêtera pas plus que ça, et si je suis gênée pour leur répondre, au moins, je peux leur dire clairement sans qu’ils ne s’en formalisent. Ceux-là ont l’air vraiment sincère et ont même tendance à ne plus me parler que de cette grossesse en bêtifiant quand ils me parlent ou en s’adressant carrément à mon ventre. On m’avait prévenue. Je savais que mon bide allait concentrer toutes les attentions, bonnes ou mauvaises…

Je sais que je ne suis plus vraiment la même maintenant, mais avant de me transformer en culbuto puis en mère, j’aimerais être encore un peu tranquille.
Aussi je suis tentée de jurer de plus belle quand on me dit qu’il faudra m’habituer à ne plus dire de gros mots (moi qui en dis si peu d’habitude à part l’occasionnel “pµtain”), de changer de conversation quand une mère évoque son épisiotomie, et de transformer la réplique d’Adriana K. en “regardez-moi dans les yeux, pas au niveau du nombril”.
D’ailleurs, celui-ci commence à se montrer dangereusement, menaçant de sortir complètement ¤ à mon grand désarroi car je ne supporte pas qu’on me touche le “bibic” comme on dit chez moi ¤. Donc, ceux qui veulent me toucher le bide peuvent toujours… se toucher.

Peut-être que quand l’enfant bougera, je n’aurai qu’une envie : plaquer la première main qui passe contre mon abdomen gonflé. Pour l’instant, la simple perspective que quelqu’un d’autre que mon mari (ou ma mère ou mon frère, voire mes beaux-parents ¤ mais à mon avis, ceux-là sont tellement respectueux qu’il faudrait les forcer à me toucher ¤) pose ses doigts sur moi pour me palper l’utérus ¤ MON UTERUS !!! ¤ et sentir les ruades de son occupant me donne envie d’ouvrir la boîte-à-baffes ¤ le grand modèle de boîte-à-baffes ¤. Comme si on ne passait pas assez de temps comme ça à se faire ausculter, questionner, et analyser urine et sang.

Bon, je relis un peu les paragraphes précédents et je me dis que je vais passer pour une parano qui vit mal sa grossesse, alors que c’est faux : je suis une parano qui vit bien sa grossesse. D’ailleurs, mardi, j’ai vu les battements de coeur du bébé sur le voltmètre ¤ c’est comme ça que j’appelle le Dopple portatif, ça me rappelle mes cours de physique au collège ¤ et il pétait la forme, par contre j’abrite un enfant qui refuse de se faire interviewer : j’ai bien vu le rythme cardiaque capté par le voltmètre, mais pas moyen d’entendre le petit coeur, bébé s’amusait à nous échapper comme une savonnette.

C’est con, mais ça me fait rire de savoir que j’ai un enfant insaisissable. ¤ Comment ça, ça me fera certainement moins marrer quand je lui courrai après partout dans la maison, essayant de lui faire enfiler son pyjama ? ¤

Voici le brouillon commenté de la lettre d’annonce de grossesse que je vais remettre à ma boss.

Encore un ou deux trucs à affiner et je peux l’imprimer. Qu’en pensez-vous ?

___

Caroline ¤ toi qui m’a condamnée à l’exil, et qui ne se souvient de moi que pour les tâches ingrates que tu ne veux pas confier à ta belle-soeur que tu as embauchée, et qui me prend pour une parfaite idiote ¤,

Je t’informe ¤ avec une joie que je m’efforcerai de cacher pour ne pas te foutre les glandes puisque la perspective d’adopter ou de faire appel à un donneur pour avoir un enfant avec ta compagne ne doit pas te paraître très reluisante, sauf si tu souhaites élever l’enfant toute seule pendant que ta nana rentre tard parce qu’elle est au boulot et/ou se murge en payant des coups à son cercle d’”amis”, ces langues de vipère qui n’ont pas de vie autre que professionnelle et qui passent leur temps à cracher sur leurs collègues, à lancer des rumeurs, y compris sur leurs prétendus amis, et à observer avec satisfaction le mal qu’ils font autour d’eux en se resservant une coupette de champagne ; n’oublions pas que l’ex, aigrie, de ta compagne fait partie de ce petit groupe et qu’elle t’injurie copieusement à la moindre occasion sous le coup de la jalousie car elle n’a pas digéré que toi, plus jeune, plus jolie, plus cultivée, plus respectée, et surtout encore nubile, ai capturé le coeur de son ancienne amante avec qui la rupture était encore fraîche ¤ par la présente que je suis enceinte ¤ t’as grave les boles, là quand même… ¤.
Tu trouveras ci-joint la photocopie de ma déclaration de grossesse ¤ mais si tu veux un échantillon d’urine fraîche à faire analyser histoire d’en avoir le coeur net, je veux bien me dévouer, par contre, ne te formalise pas si je vise mal et que j’arrose aussi, un peu, beaucoup, ton bureau… Diffiicile de contrôler une vessie de femme enceinte, tu sais…  ¤.

La date de mon accouchement est prévue toute fin mars, ou tout début avril ¤ dommage, c’est une période un peu calme, j’aurais aimé partir en plein rush, pour bien vous mettre dedans, vous obligeant à trouver une stagiaire suffisamment résignée pour faire vos merdes, oui, car je n’ai même plus honte de le dire, une stagiaire de 3ème pourrait faire 90% de mon taf, sans trop de problème, sauf que moi, vous me payez grassement pour faire ce boulot et là, VOUS devriez avoir honte de vous faire entuber de la sorte par une idiote, mais moi, c’que j’en dis… ¤.

Aussi mon congé maternité devrait-il prendre effet mi-février, pour une durée de seize semaines ¤ semaines forcément délectables puisque loin de vous ¤.

Cordialement ¤ mes f€sses, oui ! ¤,

Jazz

L’informatique, c’est pas automatique, le retour.

- Dis, Jazz, comment je fais ?
- Comment tu fais quoi ?
- Comment je fais pour garder quelque part mais dans un autre endroit le truc qu’on m’a envoyé dans un mail et sur lequel je clique pour ouvrir un site.
- Donc, si je comprends bien, on t’a envoyé un lien par e-mail et tu veux pouvoir accéder au lien, sans avoir à retourner à ton e-mail à chaque fois, c’est ça ?
- Oui… je crois que c’est ce que tu as dit.
- Bon, alors, tu ouvres ton mail.
- Ca y est.
- Bien, maintenant, tu cliques sur le lien.
- Oui, mais c’est ce que je fais à chaque fois et je dois toujours revenir dessus.
- Non, écoute-moi, clique sur le lien.
- D’accord, mais je ne vais pas le faire à chaque fois, quand même, sinon, ça va m’embêter.
- Là, ton site s’ouvre, tu vas dans « Favoris », en haut de l’écran.
- C’est quoi « Favoris » ?
- C’est le dossier où tu peux ranger tous les liens que tu ne veux pas avoir à retaper ou à aller chercher dans tes mails par exemple, tu pourras y mettre aussi le lien pour le retrouver à chaque fois que tu voudras aller sur ce site.
- Ah, donc, j’y suis là.
- Tu cliques sur « ajouter à mes favoris ».
- J’ai cliqué et maintenant ?
- Maintenant, quand tu voudras aller sur le site, tu vas dans Favoris, et ton site apparaît en bas de la liste, tu n’as plus qu’à cliquer dessus.
- Ah, Merci ! Oui, je le vois, il est tout en bas.

Quelques minutes plus tard…

- Jazz ?
- Ouiiiii ?
- C’est où « Favoris » ?
- C’est en haut de l’écran.
- Non, je ne vois pas.
- Tu es sur Internet ?
- Ah, il faut en plus aller sur Internet ?
- Oui.
- Bon, je me connecte.
- …
- Ah oui, je le vois, tu avais raison.
¤ Merci, ta reconnaissance fait plaisir ¤

- Jazz, ça n’existe pas les trémas ?
- C’est-à-dire ?
- Sur le clavier, tu ne peux pas faire de tréma ?
- Si, c’est la touche à côté de la lettre P.
- Ah, oui. Mais ça ne marche pas.
- Ah bon ?
- Ou alors, je ne sais pas faire, comment on fait, alors ?
- Tu appuies sur Contrôle et le tréma en même temps, puis tu tapes la lettre que tu veux accentuer.
- Non, ça ne marche pas. Elle est où déjà la touche des trémas ?
- Regarde, je te montre comment faire.
- Non, ça ne marche pas. Mon clavier ne fait pas les trémas, ben tant pis, hein.
¤ Restons stoïque ¤

- Dis Jazz, j’ai reçu ce fichier et je l’ai imprimé, mais ça ne me va pas, est-ce que je peux changer la mise en forme ?
- Ca dépend, c’est un Word ou un PDF ?
- … Heu… C’est à dire que, comment je pourrais le savoir moi ?
- Est-ce que le nom de ton fichier finit par “.doc” ou “.pdf” ? S’il n’y a rien à la fin, tu l’as ouvert dans quoi ton fichier ? Word ou PDF ?
- Ben, je l’ai ouvert dans Outlook, c’est dans un mail qu’on m’a envoyé.
- Argh… Oui, mais après, il s’est ouvert dans quoi quand tu as cliqué dessus ?
- Ben, dans l’ordinateur qu’est-ce que tu veux que je te dise, moi ?
- OK, laisse-moi voir. C’est un document Word. Tu pourras donc le transformer rapidement et facilement.
- Comment t’as fait pour être sûre que c’est Word ?
- Tu vois le petit “W” bleu ? Tu vois le nom qui se termine par “.doc”. Ca, ça veut dire que c’est du Word.
- Ah, j’avais jamais fait attention à ça. Merci !

Quelques secondes plus tard…

- Jazz, comment je fais pour faire descendre le texte ?
- Tu appuies sur “Entrée”
- C’est où “Entrée” ?
- C’est la grande touche à la droite des lettres, avec une flèche et “Entrée” écrit dessus.
- Ah bon ? Ah oui ! J’avais jamais fait attention à ça !
- Maintenant, tu appuies jusqu’à ce que le texte soit placé à la hauteur de ton choix.
- Ah merci ! Ca marche.
- Oui, t’as vu, c’est magique !
- Ah, attends, je l’ai pas fait descendre assez, je dois appuyer sur quoi déjà ?

Alors, je ne veux pas faire ma Cosette, mais quand même, parfois, vous comprendrez que je traîne les pieds pour aller au bureau retrouver mes collègues.

Mais en même temps, ça alimente ces pages…

Parfois, en regardant la télévision, j’ai l’impression d ‘être dans Hibernatus et que Louis de Funès va débarquer au bras de Claude Gensac; ou alors, je suis la mère de Good Bye, Lenin! et l’on cherche à me faire croire que les choses ont continué leur cours, sans grand bouleversement.

Je regarde la télé et même si certaines choses ont changé ou plutôt sont apparues (les jeux de call-TV où l’on appelle des numéros surtaxés en vain pour dire que l’on a bien rconnu la blonde dont le visage est découpé en carrés, la télé-réalité…) elle n’est guère différente finalement de celle de mon enfance.

Je vois Dechavanne et Nagui ; je vois aussi Michel Drucker, Patrick Sabatier, Patrick Sébastien, Jean-Pierre Foucault, William Lemeyrgie, Michel Denisot. J’entends encore Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, même s’ils sont séparés, et le siège de PPDA est encore chaud. J’ai même réussi à chopper Philippe Gildas sur une chaîne de la TNT, Jérôme Bonaldi n’était pas très loin, et Patrice Laffont qui reprend du service public. Sans oublier : “je suis le présentateur de ce jeu télévisé sur France 3 depuis 1988, j’ai souvent été admiré pour la variété de mes cravates, pour mon sens dramatique, ma rapidité à articuler des questions, et ma capacité à ne pas rire quand un candidat répond 6 fois de suite, en vain, ‘la Mer Noire’, je suis, je suis…” Julien Lepers !!

Je zappe et je tombe sur Une Famille en Or, La Roue de la Fortune, Intervilles.

Bientôt on pourra parier sur la réaction de dégoût ou de ravissement des prochains candidats à Tournez Manège

Des redifs de La Petite Maison dans la prairie, Derrick,

Les choses, j’en suis sûre ont à peine bougé dans l’intrigue des soaps américains comme Les Feux de l’Amour ou Amour, Gloire et Beauté.

Alors, non, je ne veux pas faire la jeuniste à tout prix. Je ne veux pas changer pour changer. Mais parfois, j’ai l’impression que ma télé bien que plus large et plus mince, n’a pas tant changé que ça à l’intérieur.

Je suis nostalgique de certaines émissions (la Télé des Inconnus par exemple, Le Petit Théâtre de Philippe Bouvard, Nulle part Ailleurs, La Grande Famille, entre autres…) et je comprends que l’on ait envie de faire durer ou ressusciter un concept qui a fait ses preuves… mais il y a un moment où toutes ces valeurs refuges me donnent l’impression d’avoir grandi plus vite que ma télé.

A ce train-là, je ne serais pas surprise que Guy Lux revienne nous vendre un concept de jeu à vachette où il apostropherait Simone et où Léon s’essouflerait en commentant une course sur un tapis glissant de savon noir, qu’Yves Mourousi nous annonce la ré-élection de Mitterand en ouverture du 13h00 assis sur un coin de bureau à côté de Marie-Laure Augry, ou que Dorothée nous enjoigne à n’avoir aucune pitié pour les croissants…

Hier, je vous ai annoncé que j’allais passer un entretien pour un nouveau job.

C’était un euphémisme.

Ce matin, je me suis réveillée bien avant la sonnerie de 7h00.
Je tourne et vire dans le lit à côté du Loup qui dort du sommeil du juste. ¤ Rogntudju, celui-là, il mériterait que je lui flanque un coup de pied en prétextant un cauchemar… on n’a pas idée de dormir comme ça dans l’insouciance la plus moelleuse quand moi, je n’arrête pas de me torturer le ciboulot. ¤

Le réveil sonne enfin. Le Loup sourit.

Je me douche, me coiffe, me brosse les dents, mets les fringues soigneusement préparées la veille.

Je stresse un max. L’estomac vide, impossible d’avaler quoi que ce soit d’autre que de l’eau

Le Loup m’accompagne. Il sait à quel point c’est important pour moi.
Il ne cherche pas à me rassurer, il sait que ça ne sert à rien, et puis lui non pus n’en mène pas large, j’en suis sûre, mais il intériorise vachement.

Moi, je pense à ce truc depuis des semaines, des mois même, au point que j’ai perdu du poids.

Le stress je vous dis. Deux mois et demi d’attente pour arriver là.

On arrive un peu tôt sur les lieux.

On nous reçoit, on patiente.

Mon rendez-vous arrive.

Je rentre dans une petite pièce.

Je me désape.

Je rentre dans un pièce plus grande, plus sombre.

Je m’allonge.

Je respire fort.

Le toubib m’applique du gel sur le bas du bide.

Il pose sa sonde.

Une forme apparaît sur l’écran plat en face de moi.

Un joli papillon apparaît. C’est un cerveau.

C’est le cerveau de notre enfant.

Mais l’enfant ne bouge pas.

Et pendant ce temps-là, le toubib mesure, serein.

J’ai bien lu le déroulement de la première écho, je sais qu’il ne faut pas regarder le praticien, ne pas se fier à ses mimiques, et ne pas lui poser la foule de questions qui se pressent à vos lèvres. Alors je me tais.

J’aurais dû brieffer le Loup. Il doit se demander ce qu’il se passe, et ne pas comprendre mon mutisme inhabituel, nile silence du toubib. A bien y réfléchir, tel que je connais le Loup, il est tout à fait possible qu’il ait glané des infos depuis l’âge de quinze ans, et qu’il en sache beaucoup plus que moi.

Là, un nouvel élément apparaît sur l’écran : une ligne orange.

J’étire le bras en arrière pour saisir la main du Loup.

La ligne est plate, plate, plate, et enfin, au bout, un sursaut, puis un autre.

Je broie la main du Loup.

La, c’est un festival de sauts, on entend un galop vigoureux. C’est son coeur qui bat à 160 pulsations par minute.

On voit son bras plié, un adorable chapelet qui doit être sa colonne vertébrale, son cerveau à nouveau.

Une tête ronde.

Mais l’angoisse m’étreint toujours, il reste encore la clarté nucale à mesurer.

Et puis, ce bébé ne bouge pas.

Peut-être dort-il ?

Peut-être n’a-t-il pas envie de collaborer, peut-être est-il un bébé farceur ?

Le toubib veut mesurer les jambes. Il pousse, pousse et pousse avec sa sonde.

Le bébé bouge !

Il est récalcitrant ! Pas question de le sortir de sa position de dodo, non mais ho !

Il bouge ce bébé, il bouge ! Je ne sens rien, mais il bouge et faut pas l’emmerder, OK ?

Un bébé de caractère (comme son père), qui estime que son sommeil est précieux (comme sa mère).

Voilà, c’était le récit de mon premier entretien pour le job de Maman !

Voyage intérieur

Voyage intérieur

¤ Ouais, je sais, on ne voit rien, et ça pourrait aussi bien être une grosse cacahuète coincée dans mon oesophage… ¤