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Vite vite vite !

Tu passes dans le couloir l’air préoccupé, en courant avec des chemises cartonnées débordant de dossiers maculés de traînées fluorescentes maladroites.
Tu donnes l’impression que la remise de ce dossier permettra enfin aux grands de ce monde de trouver la solution à la famine, à la guerre, à la haine entre les peuples.

En fait, tu dois juste réussir à imprimer ces nouveaux éléments et les faire partir par le coursier qui, bien que poli, commence à montrer des signes d’impatience aiguë et à murmurer des choses en langage de coursier dans son téléphone intégré au casque.

Le seul moyen de rendre ça à temps, c’est… attend ! Pas moyen de s’y prendre mieux, c’est un singe, une charrette, un bâton merdeux, une purge de première que tu n’as pas le coeur à donner à tes stagiaires ° oui, moi, j’ai du coeur, je ne refile pas des merdes à mes stagiaires, sauf si j’y suis obligée et la plupart du temps, je participe moi-même à la réduction du bousin °.

Le coursier attend, le client s’impatiente, la terre entière trépigne, et toi, tu accumules pépin après bug — p*tain, ce photocopieur est tellement old school, que s’ils l’avaient acheté deux jours avant, ils auraient eu une machine ronéo offerte — toi, tu maudis ton client, tu es prête à rendre ton éponge, à jeter ton tablier — ou l’inverse, en même temps, tu ne sais plus, tu es au bout du rouleau — tu es à deux doigts de filer ta dèm parce que des merdes comme ça, tu ne veux plus jamais avoir à en subir, ou alors, il faudrait te payer un peu mieux, merde !

Tu en es là de ta réflexion, juste avant de te demander au bout de combien de temps ton chéri va te demander le divorce ° avant même d’être mariés ° si tu continues à enchaîner ces fichues longues soirées de travail, et de trouver une nouvelle manière de supplier ton coursier d’attendre encore quelques microsecondes sans engager ta vertu, quand…
… ce type qui sirote tranquillement son café te lance : “Hé, Jazz, faut qu’on s’voit absolument !”.

Je rappelle que dans ta course échevelée, tu donnes l’impression d’être poursuivie par un dragon enragé.

Si ce type t’interpelle en plein milieu de ladite course, c’est pour te dire un truc encore plus important, forcément, et ça, tu n’en as pas besoin, pas maintenant, ni jamais d’ailleurs.

La poisse, te dis-tu. Encore un truc qui va me tomber sur le coin du blaze.
Tu te dis que c’est bon, ça suffit, ça ne peut plus durer, si les gens dans ce taf en sont arrivés au point où le fait de te voir dans l’urgence ne les empêche même plus de te rajouter une couche de merde à ce tiramisu de merde qu’est ta mission du jour, en t’interpellant sur un ton presque badin qui plus est, tu cries BASTA ! Tu finis ce projet, parce que t’es une pro jusqu’au bout ° et qu’un jour, tu auras besoin d’une lettre de recommandation ° et ensuite, tu vas dans le dossier secret que tu ouvres parfois pour te consoler, et cette fois-ci, c’est la bonne, tu imprimes le document “Lettre_de_démission.doc” pour de bon, tu la signes et tu la remets en main propre et puis ciao les nases ! Ca y est, ce jour est arrivé. Ras-le-bol ! Bye bye ! JE ME BARREEEEE !

Mais d’abord, écoutons ce que l’autre a à dire de si important que ça mérite d’interrompre le 13ème des travaux d’Hercule que tu es en train d’accomplir.

- Tu sais, il faut qu’on se voit, Jazz.
- Pourquoi ? C’est urgent ?
- Ouais, c’est pour un truc, mais je t’en parlerai en privé, OK ? (Il jette un regard inquiet aux alentours.)
- OK.

Ouf, tant mieux, ça peut attendre.
Par contre, ça pue, ça veut dire que ça doit être un sujet chaud s’il ne faut l’aborder qu’en mode confidentiel.

Il va probablement te faire une révélation fracassante :

a) tu vas être virée,
b) la boss est en fait un V qui bouffe du rat albinos,
c) ou pire, on a lancé une rumeur qui dit que tu es incapable de prendre des initiatives ou de faire ton boulot proprement.
d) toutes les réponses précédentes.

Sachant que la b) et la c) sont des réalités connues de tous, la réponse a) serait presque une libération ° je sais que ce n’est pas bien de souhaiter se faire virer, parce que le chômage, ce doit pas être la joie, qu’il y a plein de gens qui aimeraient être à ma place, et ça, malgré les chiffres du chômage qui baissent, j’ai vu ça hier, sur la chaîne info de la Wii… °.

A moins que…

Tu veux pas te le faire parano, mais la petite stagiaire qu’ils viennent de te flanquer, elle pose beaucoup de questions, et cette curiosité qui te paraissait tellement saine et rassurante sur la prochaine génération de travailleurs, là, tout d’un coup, ça t’angoisse : et si, elle était une espionne à la solde de la direction, mandatée pour noter tes faux-pas, tes erreurs, tes retards, le nombre de boules de glace que tu t’enquilles quand t’as la rage après tout ce qui a trait à ce boulot de merde et la manière dont ça te pourrit la vie. Pire ? Si elle était là pour saboter ton travail, te savonner la planche ? Horreur, peut-être même va-t-elle te remplacer à terme ? Ah, ces salopiauds de plus jeunes que toi, fraîchement diplômés, quelle bande de requins sans foi ni loi. La prochaine fois qu’elle te pose une question avec ces jolis yeux bleus faussement innocents, tu l’envoies bouler méchamment. “Dis, Jazz, tu sais où je pourrais trouver le numéro du coursier ?” “Oui, dans le dossier D comme Dantonku !” Vais lui apprendre à vouloir être calife à la place du calife, moi !
Me virer, passe encore, mais me prouver tout de suite que je suis parfaitement remplaçable par une fille qui ne sait pas ce qu’elle va faire plus tard, p*tain, les boules !
Donc, comme on dit dans le monde du travail, tu as fini ta purge, tu t’es chargé du bousin, t’as nourri le singe, tu t’es occupé du bébé, bref, tu as accompli ta tâche ingrate, et malgré toute la rage accumulée, malgré tes bonnes résolutions, tu t’es encore dégonflée, tu t’es résignée à rester dans ce job en dépit de tout parce que finalement, tu t’es habituée à la paye et au confort que cet argent procure, et puis, la perspective de plusieurs semaines à devoir choisir entre le doublé Derrick/Le Renard ou la 118ème redif de la Petite Maison dans la Prairie te déprime par avance. Non le chômage c’est pas pour toi, mais ce job non plus, alors tu écumes les sites d’emploi régulièrement, dans l’espoir que cette lettre de dèm’ te servira bientôt.

Tu viens maintenant pour affronter la question qui doit être vue en privé. La raison qui fait qu’il “faut qu’on s’parle”

Là, le type, après avoir testé ta patience en prenant 2 minutes ° et 4 blagues pourries ° pour se rappeler du sujet brûlant.

Fast forward, à la Lost : tu retournes à ton bureau, FU-RAX ! Les mots te manquent. Tu es sous le choc. Tu ne comprends plus rien. Si les mots n’avaient pas tous décidé de se barrer de ta tête, tu te souviendrais certainement qu’aphasie est celui que tu cherches.

Retour au temps d’avant : Ton collègue se souvient de son truc important à te dire.

- Ah, ça y est, je sais pourquoi il fallait qu’on se voie.
- Alors ?
- Tu as eu des nouvelles de Kaka ?
- Kaka ?
- Oui, Kathrin !
- Hein ?
- Kathrin, je n’ai plus de nouvelles d’elle.
- Quoi ?
- Ben ouais, ça fait bien deux semaines depuis son dernier mail.
- Attends, là, tu parles de Kathrin, qui est partie depuis quatre mois, celle qui a décoché huit mots maxi dont “bonjour”, “au revoir”, “merci” et “bon week-end” pendant le trimestre où elle est restée parmi nous ? Ben non, désolée, j’ai pas d’info. C’est tout ?
- Ben ouais, merci. Je me disais que toi tu aurais eu des nouvelles d’elle sûrement.
- Ah ben, non, tu vois, t’as mal pensé.
Crétin.
Tout ça pour se donner un air important de conspirateur de Monopoly, alors que le seul pseudo-pouvoir dont il puisse se vanter, c’est son amitié ° ou plutôt rôle de faire-valoir ° de son boss, le Responsable Financier.

J’emprunte respectueusement la morale de cette histoire à Frédéric Dard :

“Le con ne perd jamais son temps, il perd celui des autres.”

Alors, voilà, j’ai pasé quatre entretiens dernièrement :

- l’un pour une boîte hi-tech de bonne taille, bon, ils étaient bien, mais pas top, ils n’étaient pas prêts à mettre le prix et surtout, ils voulaient quantifier ma performance sur 6 mois, avoir des résulatts de dingue, sans moyen… Et le sourire de la fermière par dessus le marché ! Ils m’ont appelée pour me dire que j’étais trop chère. Tant pis pour vous, vous êtes une bande de nases, pingres et insensés. Dans la communication, certains résultats ne sont quantifiables que sur la durée, et en des termes qui ne sont pas forcément ceux d’une équipe de vente.
Alors, bien entendu, je ne fais pas mon boulot pour faire de jolies choses et avoir de jolies mots sur de jolies plaquettes, je fais mon boulot pour aider ma boîte à vendre (et quand c’est possible à améliorer le monde, je sais, je suis une incorrigible idéaliste qui pense que l’Amour est un moteur qui peut changer le monde). Mais bon, juger en 6 mois chrono en main que je peux avec un budget zéro, faire augmenter tel chiffre d’affaire de tant de points, et stabiliser la rétention des employés, c’est une mission qui demande de la création bien au-dessus de ce que je peux fournir.
Alors, finalement ce refus m’arrange bien ° et ce n’est pas dire qu’elles sont trop vertes, je vous assure °.

- un autre pour une boîte de luxe/loisirs
Pas mal du tout. J’ai passé un super entretien avec l’agence de recrutement. La nana semblaut emballée par ma candidature.
C’est elle qui m’a appelée. Moi, j’avais bien vu l’annonce en ligne, le job avait l’air exaltant, mais bien trop mal payé pour les missions et la disponibilité demandées. Et puis, ç’aurait été un grand pas en arrière dans mon salaire. Je ne suis pas prête à faire un tel sacrifice.
Alors quand elle m’a appelée, je me suis dit qu’ils avaient peut-être consenti à faire un petit effort côté sou. En fait, devant l’absence de candidat voulant gagner si peu, elle a ouvert les yeux de ses clients et a choisi de sélectionner des personnes mieux payées mais dont le salaire correspondait à la réalité du poste.
Certes, la communication n’est pas hyper bien payée quand on compare à la finance ou à la vente à expérience et diplôme égal.
Quand je pense que la plupart des postes dans mon secteur sont occupés par des stagiaires ° je vois défiler un nombre indécent d’annonces offrant à des stagiaires payés au lance-pierre des postes qui devraient être remplis par des personnes d’expérience, sur du long terme, avec une cohérence de message, d’image pour ne parler que de ça. ° je suis atterrée.
La recruteuse a donc donné mon dossier à ses clients en espérant qu’ils allaient m’appeler et consentir à être un peu plus généreux.
Alors, j’attends. Ils ont eu mon dossier mardi.
J’aimerais bien avoir ce poste, mais la dernière fois que j’ai voulu un poste qui me faisait envie sur le papier, je l’ai eu et résultat : je cherche à m’en dépétrer parce que ce boulot est bien nase.

(Edit : depuis le jour où j’ai écrit ce billet, j’ai appris que je n’avais pas le poste, je ne passe même pas de second entretien…)

- une autre boîte hi-tech, internationale et grosse, celle-là.
A deux pas de chez moi, avec un CE, probablement un restal d’entreprise, et même une Direction Communication, sans marketing. Sans marketing, sans marketing. Et ça mérite d’être dit encore une fois : sans marketing !
L’entretien s’est bien passé aussi. Réponse dans une semaine ou dix jours.
Ca me botte bien, même si au-dessus de moi, il y aurait un boss, le Directeur de la Communication et comme on ne serait que 2, si ça ne colle pas, ça fait chier.
Mais bon, a priori, je vais rencontrer cette personne avant de prendre une décision, il faudra que je fie à mon instinct.
(Edit : Ah ben non, pour ça non plus je ne passerai même pas par un second entretien.)

- une agence de communication qui tombe en décrépitude.
Plus grand monde à bord.
Des clients qui se barrent, et ils ont besoin de quelqu’un pour reprendre tout ça en main.
Beau challenge, je ne suis pas certaine de vouloir me fourrer là-dedans à corps perdu…
On verra.
(Edit : j’ai un second entretien pour dans une semaine. Yay ! Après, si c’est pour être recalée, je pourrai toujours me consoler en me disant que j’aurai au moins dû quitter le boulot plus tôt et que je serai à la maison à une heure raisonnable.)

J’ai été contactée pour une autre poste dans le BTP.
J’ai rappelé la nana qui m’avait contactée, j’ai laissé un message, pas de nouvelles. Et entre les entretiens et les gros événements de ces dernières semaines, je n’ai pas eu le temps de relancer la semaine dernière, et depuis, je pense que c’est un peu trop tard maintenant.
Et puis, le BTP, j’ai déjà un peu donné dans le secteur, et même si il y a plein de trucs intéressants à faire et qu’il existe des boîtes où l’on peut s’éclater, c’est un monde très austère, très vieille France, très poussièreux aussi souvent. Et je ne sais pas si j’ai envie de ça aujourd’hui.

Bon, il reste trois prétendants (edit : un prétendant), tous valables (edit : à voir), chacun avec ses qualités.
Voyons si mon charme a opéré.

Vrai, j’ai envie de changer de boulot depuis un petit bout de temps. Mais la remarque de Valeria m’a mise hors de moi.
J’aurais aimé pouvoir extérioriser cette colère de manière professionnelle et ferme et je ne sais pas comment je vais m’y prendre.

Je ne peux pas.
J’aurais voulu dire à mon père : t’es vraiment trop con de ne pas te rappeler la date de naissance de ta propre fille, de ton aîné.
J’aurais voulu lui demander quel jour il pensait avoir été officiellement père. Le 20 ? 22 ? 27 ? 30 janvier ? Et de quelle année ?
Au lieu de ça, j’ai envoyé un SMS poli pour dire à mon père que non, il n’était pas en retard contrairement à ce qu’il pensait, que mon anniversaire n’était pas encore passé et qu’il avait encore une chance puisque c’était le 28.
(Edit : il y a pensé, il m’a appelée le 28, ça ne lui était pas arrivé de m’appeler le bon jour, ni même en avance depuis… 10 ans, peut-être plus…)

Je dois changer de boulot.
Et je dois arrêter de contenir la colère dans mon ventre.

– Fin –

J’ai pleuré, pleuré, et encore pleuré.
Evidemment, le lendemain, en allant chercher le pain, j’avais les yeux d’une tortue en manque de vitamine C °c’est à dire, tout bouffis°. La boulangère a bien compris que j’étais un peu malheureuse, elle a dû se dire que je devais être une belle idiote d’aller chercher de quoi faire un bon petit-déjeuner à mon homme s’il me causait tant de peine.

Donc j’ai pleuré aussi un peu ce samedi matin.
Je fais un boulot que je déteste, à coller des étiquettes, à faire de la saisie, à exécuter des ordres sans penser.
Mais au moins je pensais que je faisais ce job correctement.

Valeria m’a cassé les bras.
Je n’ai même pas pu la confronter.
Elle était absente toute la journée.
Elle m’a passé un coup de fil et devant mon ton pour le moins froid, elle s’est un peu ravisée, ne m’a pas accusée des mêmes fautes, puis, après mes explications, s’est un peu excusée. mais je connais la bête, elle continuera à jeter la faute sur moi, même si j’ai raison et qu’elle le sait bien.

Je la verrai lundi.
Je vais lui demander ce que j’aurais pu faire de mieux.
Pas grave.

J’ai demandé tant de fois à quelle sauce j’allais être mangée cette année.
Je ne dépends plus en principe d’Alice, ma chef sèche comme un coup de tr1que.
Maintenant, Françoise (la boss de la France et du reste de l’Europe) me file à Nora, une autre amerloque mais gentille et efficace contrairement à Alice me dit-on.

Nora, je suis super heureuse que tout le monde la trouve super, mais comme je ne l’ai jamais vue, et que je ne sais pas ce qu’elle va faire, qu’elle a un titre à deux balles, une sorte de fourre-tout qui n’explique pas son contenant, ça me fait une belle jambe fuselée.

En attendant, c’est Valeria ma donneuse d’ordre, et elle adore ce rôle. Secrètement, elle rêve de me compter dans son équipe de faire-valoir/souffre-douleur/larbins. Et en plus, vous ne me croirez pas, mais elle s’habille en Prad@.
J’ai même appris qu’elle allait me faire passer mon entretien annuel (au moins, j’en aurai un, je devrais m’estimer heureuse), mais alors là, je m’attends au pire… et je suis optimiste, et que je rique à terme de devoir déménager mon bureau pour être près d’elle, à portée de voix, mais loin, en revanche de Nora qui est ma responsable “officiellement”.

Donc, sur ce front-ci, ça n’avance pas, malgré mes questions, malgré mes mails, malgré tout. Ce job me suçe l’âme.

Alors, je me résigne, je prends mon mal en patience, je me dis que ça ira mieux dans une ou deux semaines quand Nora sera là ° ou jamais ! °.

NOOOOOON !
C’est une blague.
Ceux qui me lisent depuis un temps savent que je ne suis pas comme ça.
Je n’ai pas d’enfant, plus de prêt à rembourser (pour l’instant, hein… je compte bien acheter une piaule un jour avec le Loup), et puis le Loup me soutient à fond. Il m’a même conseillé une fois de filer ma dém’ ° c’est dire s’il était à bout de nerfs en me voyant dans un état aussi désespérant/désespéré que celui dans lequel j’étais ce jour, cette semaine, ce mois-là… °.

Alors, j’ai continué ma recherche d’emploi de plus belle.
J’ai même un peu aidé une personne à partir. Son pot de départ est programmé pour mars.
Ah ha ha, comme je suis fière de moi !

à suivre…

Tiens, j’ai un message.

Bon.
Mauvaise nouvelle, c’est mon père.
Celui que je devrais entendre plus souvent.
Celui que je devrais appeler plus souvent.
Celui que je devrais appeler Papa sans trouver ça bizarre.

J’ai ce mal au ventre, un malaise qui revient quand c’est sa voix.
Il me rappelle cette part de moi que j’ai du mal à accepter quand je ne la rejette carrément, en bloc.

Je n’arrive pas à me mettre en colère. Je n’arrive souvent même pas à exprimer la colère. J’ai trop peur de lui ressembler.
La rage déforme plus que les traits, l’âme.

Alors, vendredi et samedi, j’ai pleuré.
J’ai pleuré quand j’ai appris qu’une personne extrêmement influente au bureau avait dit à qui voulait l’entendre que je n’avais pas fait mon boulot.
Plusieurs fois, ces bruits ont couru jusqu’à mes oreilles, amenés par des voix différentes. Mais le son de cloche était le même.
“Valeria a dit que tu n’avais pas fait ton travail.”
“Valeria n’a pas arrêté de dire que tu n’avais pas fait ton boulot.”
“Valeria est en colère, il paraît que tu n’as pas fait ton boulot.”
Valeria, il n’y en a que pour elle.
Tout tourne autour d’elle.
On ne doit écouter qu’elle.
C’est elle la vraie numéro un dans cette boîte.
Alors quand elle hurle à tout-va que je ne travaille pas, cela devient automatiquement la nouvelle vérité, seul et unique postulat acceptable et accepté par accord tacite dans ce monde qui gravite autour d’elle.
Et même si l’on sait bien au fond que je bûche comme une dingue, que je reste à des heures indûes, que je suis toujours en bout de chaîne à devoir rattraper le retard accumulé par Valeria, ça ne fait rien.

C’est tellement facile de pouvoir épingler la faute sur la petite nouvelle qui n’est protégée de personne plutôt que de dire ses quatre vérités à celle qui détient vraiment le pouvoir dans l’entreprise.

J’ai tenu toute la journée, en essayant de ne pas penser aux journées finies à 5 heures du matin, ni aux vieilles charettes qui auraient pû être évitées, ni aux sacrifices consentis sans hésiter.

Je suis allée boire un verre avec des collègues (dans un bar, chose que je n’aurais jamais faite avant l’interdiction de fumer dans ces lieux), le coeur n’y était pas, mais j’ai revêtu mon sourire poli, les yeux à moitié fermés comme si la fumée rémanente des clopes épaississait encore l’air du pub, j’ai parlé, j’ai fait rire, j’ai fait semblant d’apprécier le moment.

Ensuite, je suis allée dîner avec une bonne amie.

Je lui ai raconté mes malheurs, elle m’a raconté les siens, mais je n’ai pas pleuré.
Je l’ai raccompagné chez elle, je n’ai pas pleuré.
J’ai pris un taxi, et j’ai essuyé les quelqes larmes qui avaient réussi à s’échapper avant de marmonner mon adresse au chauffeur dans un sourire.
Le chat n’a rien compris à mon entrée sanglotante.

à suivre…

Je prends deux trois minutes sur mon emploi du temps extrêmement chargée de Stagiaire Senior pour donner quelques nouvelles.

Je vais relativement bien.
Oui, relativement bien pour quelqu’un dont le boulot est loin d’être tout ce qu’elle avait imaginé et qui continue de lui sucer l’âme à grandes aspirations.
Relativement bien pour quelqu’un dont le chéri est en train de sombrer lentement mais sûrement dans un cycle “bouderie/enragement chronique/je dis merde au monde/hargne justifiée” contre son boulot (qu’il adore, c’est une vocation) mais qu’il exerce (plus pour très lontemps) dans une boîte de connards patentés et fiers de l’être.
Relativement bien pour quelqu’un qui n’arrête pas de se cogner dans tous les meubles parce qu’il n’y a plus de place à la maison…
Relativement bien pour quelqu’un qui ne fait plus de sport et qui s’empâte à vue d’oeil (et Pâques en rajoute une couche, vu que je n’ai aucune volonté devant le chocolat, qu’il soit sous forme de lapin, de tablette ou de crevettes).

Mais bon, voilà, j’ai la santé.
J’ai un chéri qui m’aime et qui, malgré ses déboires professionnels, ne s’en prend pas à moi ° enfin, pas encore… °.
J’ai un toit sur la tête ° même si la peinture s’écaille sur des pans entiers de mur, que je risque l’électrocution en faisant la vaisselle, et que le syndic ne veut pas bouger le petit doigt pour arranger la situation ; il me démange follement d’appeler “Sans Aucun Coût” et Julien-redresseur de torts-Courbet °.
J’ai un job, en plus, il est bien payé ° je dirai même super bien payé une stagiaire, même senior et puis, ça fera toujours une sacrée ligne en plus sur mon CV, mais il faudrait que je brode pour faire croire que j’ai fait tout un tas de trucs intéressants. Par exemple, au lieu de préciser “photocopies en nombre/insertion de papier à en-tête feuille par feuille pour impressions luxueuses” j’indiquerai “maîtrise de la chaîne de fabrication de documents de communication externe”.`
Au lieu de “recherche dans tout Paris de matériel introuvable car correspondant à des critères totalement utopiques dans un temps record”, je mettrai “approche pragmatique du sourcing/capacité à tra,sformer le brief en réalité/recherche de l’excellence dans le service” °.

Allez, je ne suis pas à la rue.
De quoi je me plains après tout ?
C’aurait pu être pîre, hein ?

Je joue un peu les enfants gâtées, parfois, pardonnez-moi.

Je reviens de mon ultra-rapide sortie déjeuner.
Juste le temps d’un aller-retour de 100 mètres sous une insidieuse et froide bruine.
Pas plus.
En ce moment, mon boulot de stagiaire de luxe over-booké ne me permet pas de m’attabler correctement, ni d’hésiter sur un menu et encore moins de rester un quart d’heure après avoir payé l’addition, et de toutes les façons, c’est pas avec le temps qu’il fait que j’irais prendre une place en terrasse — OUI, il ya des restaurateurs assez dingues pour installer des terrasses avec cette météo à la noix. Faut croire que les nappes en plastique ruisselantes et les chaises transformées en cuvettes pour bain de siège façon Rika Zaraï ne sont pas des arguments suffisants pour attaquer leur optimisme.

Punaise, j’ai les glandes.
Bien comme il faut.

Je vais rentrer, me mettre devant le Mac, saisir des tonnes de chiffres, encore et encore, vérifier que les lignes sont bien régulièrement espacées, mettre la bonne couleur là où il faut, tout ça, tout ça.
Je vais déprimer.

Ce job dont j’avais rêvé est en train d’aspirer mon âme.
Je n’ai plus le temps de rien, juste assez pour me rendre compte que si ça continue comme ça, ce taf me rendra misérable, ma capacité à penser, ma créativité et mon envie de morder vont s’évanouir.
Bon, je suis bien payée, dans un quartier super plus sympa que le 9-3, mes collègues sont (toujours) sympa avec moi, d’accord, mais et ma vie, ma VIIIIIIIIIIIiiiiiieeeeeeuh dans tout ça ?

J’en suis à ce moment de ma réflexion, bien emmitouflée dans 3 écharpes, en train de me demander, merde, où que t’es le printemps, quand ça me tombe dessus.
La canne en l’air, dans des bas chairs qui crapottent un peu, et beaucoup trop courts pour la petite jupe à l’imprimé fleuri improbable.
La jupe un peu courte, les fleurs, le printemps, tout est là !
C’est un signe…

Elle y va lentement. Lento, ma sicuro.

Des cheveux blancs s’échappent en mèches folles de son beret en macramé gris souris, elle a des cheveux blancs
Elle ne doit pas dépasser le mètre quarante, même sans être recroquevillée.
Elle ne le dépasse pas non plus à la minute vu l’allure à laquelle elle se déplace sur le trottoir.

Je m’inquiète, je ne vois pas ses mains, tout juste ce petit filet de course ° tiens, une vieille sans son caddie de 2 mètres cube ° qui pend à son coude.

Elle a peut-être une attaque Grand-Mère Primevera.
Elle a dû croire qu’il faisait beau, puisque c’est le printemps depuis 3 jours, même qu’ils l’ont dit sur Antenne 2 ° Les vieux, ils ne savent pas qu’on est passé à France 2 °. Il lui fallait sortir annoncer la bonne nouvelle.
Peut-être qu’en prenant la précaution, avant de partir, de regarder par la fenêtre comment les gens étaient habillés, elle a vu une cargaison de Lapons aux joues rosies par nos températures qu’ils trouvent plus que clémentes, ou de Canadiens en goguette portant polo manches courtes, bermuda à poches et sandalettes en cuir ° avec ou sans chaussettes, c’est selon °. Alors, elle s’est dit qu’il devait faire bon, a revêtu son petit gilet de laine et saisi son filet pour aller acheter des primeurs, et p’têt même des jonquilles, pourquoi pas ?

Finalement, c’est le froid qui l’a saisie.

Elle fait une attaque, c’est forcément ça.
Quoi d’autre pourrait justifier une telle lenteur ?
A mesure que j’approche de son dos, je ne vois toujours pas ses mains.
Elles doivent être crispées sur son coeur dans un effort désespéré pour l’empêcher de sortir de sa poitrine.
J’imagine ses petits doigts frêles et leurs jointures blanchies par la vigueur de la contraction.

Elle doit manquer d’air.
Elle n’a plus la force d’appeler à l’aide, c’est certain.

Il faut que j’aille la secourir !
Je cours, inquiète, j’essaie de me souvenir des premiers gestes, ceux qui peuvent sauver des vies, continuer à alimenter le cerveau en oxygène, position latérale de sécurité, dégagement des vois respiratoires, check de la conscience, réchauffement. Mince, je suis dégoûtée de ne pas avoir voulu débourser 100 balles pour une formation aux premiers secours, trop conne alors que j’avais envie de claquer 160 euros dans un fer à lisser, j’te jure… J’aurais eu l’air con avec mes cheveux raides et une petite vieille en train de crever dans mes bras.

J’imagine déjà le Parisien s’emparer de l’histoire, en plus, histoure de faire une vraie pause, je n’ai pris ni mon téléphone perso, ni celui du boulot. Super pour appeler les secours…
Ah, bravo Jazz, t’es championne sur ce coup-là.
Et toi qui te plains d’avoir un job pas top-top en ce moment. Au moins, t’es en vie.

Ca y est, Primavera Granny est à une encablure à peine.

Mince, on aurait dit qu’elle bouge !
Yes !
Noooon ! Argh… Si ça se trouve, elle est en train de trébucher, son crâne va heurter le sol et se fracasser.
° Tiens, au fait, ça fait quel bruit une caboche de vieille qui se fracasse ? Ca doit faire comme quand on marche dans un millefeuille, avec l’ostéoporose, la peau qui s’affine et le liquide céphalo-rachidien qui doit avoir coulé/séché un peu… °

Je me jette pour la rattraper…

Héroïque, non ?

Mouais, bof.

Il s’avère ° comme je l’ai appris avant de me confondre en excuses ° que la Mère grand, loin de succomber à un AVC, une crise cardiaque ou autre rébellion de son corps flétri, s’était simplement arretée pour trouver ses lunettes.
Elle venait de recevoir le texto de son petit-fils et voulait lui répondre vite.

Encore une super aventure de Jazz…

Petite vieille

Vous avez suivi l’affaire : Garfieldd le proviseur qui blogue a été dénoncé, calomnié, révoqué, mais aussi soutenu.
Sous la pression exercée de part et d’autre de la blogosphère, son dossier a donc été réexaminé et depuis le 3 février, on sait qu’il sera réintégré dans l’Education Nationale début août 2006, pour six autres mois de suspension, mais avec sursis cette fois-ci.

C’est mieux moins absurde, moins lourd, moins grossièrement injuste que la révocation pure et simple.

Je n’applaudirai pas pour autant, mais 
cette décision semble convenir à Garfieldd, alors…

L’un de mes patrons, que je surnomme Bud en référence à Bud Spencer ¤ c’est son sosie, et comme si ça ne suffisait pas, il est flanqué d’un acolyte que je me plais à appeler Terence et qui, vous l’aurez deviné, est un grand blond aux yeux clairs ¤ entre dans le bureau et bifurque tout de suite vers la gauche pour se diriger droit vers moi. Plusieurs possibilités. En général il vient me voir pour

-         me réclamer pour la douzième fois en une heure le numéro de l’agence de communication que je lui ai déjà noté sur une nuée de post-it, envoyé par e-mail, fait apprendre par cœur ¤ un jour, je vais lui faire mettre un piercing à l’arcade sourcilière avec une petite chaîne au bout de laquelle pendra un petit miroir de courtoisie grâce auquel il pourra déchiffrer ce fichu numéro que je lui aurait fait tatouer à l’envers sur le front ¤ avant de se rétracter et de me demander d’appeler moi-même l’agence pour demander de deviser son énième fantaisie de la journée qu’il aura oubliée aussi vite que l’idée lui est venue ; exemple : « ça coûte combien de faire réimprimer pour demain ¤ samedi 14 juillet ¤ midi ¤ en un milliard quatre cent vingt-neuf exemplaires ¤ une plaquette librement inspirée du document officiel ¤ comprendre « qui est bourrée de faute et n’a plus rien à voir avec l’original » ¤, en gris et rouge ¤ tons totalement à l’opposé de ceux qui sont définis dans la p*tain de charte graphique de référence ¤ ? »

-         me poser une de ces questions dont la réponse est invariablement « dans l’Intranet, comme il se doit ».

-         me taxer des sous pour s’acheter un sandwich au foie gras / faire le plein de sa moto de riche / rembourser Roland qui lui a payé trois cafés, deux sodas et un thé à la menthe.[rayer les mentions inutiles]

-         me filer une tâche sans que ni la personne qui en est l’unique responsable désigné depuis le début, ni moi qui avance à l’aveuglette et qui vais me faire engueuler par la personne sus-citée, ne soit au courant du travail de l’autre, ¤ on appelle ça aussi « foutre la merde et se barrer en courant » ¤

-         me montrer sa dernière acquisition au nom de l’entreprise ; exemple : une série de dessins originaux certes beaux, mais hors de prix ¤ surtout quand le budget flirte avec les centimes d’euros ¤ , qu’il a commandé à un de ses amis, sans en parler à quiconque.

 

Il approche…

-         Salut

-         Re !

-         Dis-moi, doucereux, tu aurais du temps cet après-midi ?


Oh, quel ange, il veut juste savoir si j’ai du temps… Prudence, tout de même.

-         Ca dépend pour quoi.

-         Pour le site web.

-         Ah oui ? ¤ il sait qu’il y a un site web ? ¤

-         Voilà, j’ai besoin que tu me dises comment je peux faire pour apporter ma contribution… Tu sais taper directement dans le bidule ¤ comprendre « code html » ¤, toi ?

-         Non ¤ demi-mensonge : bien que n’ayant pas encore suivi ma formation html, je sais très bien entre quelles balises il faut introduire du texte à ajouter… ¤, de toutes les façons, c’est Reynald qui a la mainmise sur le site, tout doit passer par lui.

-         Ah, d’accord. Comment je fais alors ?

-         Il suffit de taper tes textes ¤ tu sais, ceux qu’on te réclames depuis trois — que dis-je ?–  sept mois et que toi seul est en mesure d’écrire parce que tu fais de la rétention d’info comme un dingue ? ¤ dans Word ou Wordpad et de lui envoyer.

-         Ah, oui, mais j’ai horreur de travailler seul. ¤ première nouvelle : il travaille !?¤

-         Ah oui, mais moi, j’ai horreur de travailler à plusieurs quand on pourrait travailler tout seul, que ça irait plus vite pour tout le monde et que ça me permettrait de travailler à autre chose. Mais ce n’est que mon opinion, et je ne sais pas si elle compte, après tout.

-        

-         C’est pour la partie fournisseurs ?

-         Heu…

 

Devant l’inhabituel manque de répartie de mon interlocuteur dont le teint s’est brouillé tout soudain ¤ serait-ce en réaction à mon imprévisible et candide mais néanmoins franche et brute déclaration ? Le pauvre… ¤, je continue mon boulot, l’air de rien, sans un regard pour lui. Après une bonne minute de silence ¤ si on ne compte pas les chuchotements et ricanements de mon collègue toujours prêt à soutenir les initiatives visant à déboulonner le patronnat ¤, la contemplation d’un air absorbé de mon écran et la célébration intérieure de ma phrase assassine sous des airs anodins m’avaient fait oublier la présence de Bud.
Interrompant sa respiration si proche du ronflement, il reprend enfin :

 

-         Ben, ça serait pour remplir la partie « devenir fournisseur ».

-         C’est déjà fait, lui ai-je assuré en lui montrant la page remplie du site.

-         Bon, pour la partie « avantages », c’est du blabla à faire, pas trop difficile.

-         ¤ silence dubitatif ¤

-         Et puis pour…

-         Tu parles des tarifs qui sont intégrés depuis une semaine ?

-         Ah, d’accord, c’est fait. Et puis…

-         Ouiiiiii ?

-         Non, c’est bon, je vais me débrouiller, donc, dans Word, hein ?

-         Oui.

-          Heu… c’est quoi l’adresse du site ? ¤ il ne connaît pas non plus l’adresse du site, faisant une ultime injure à l’équipe qui travaille dessus depuis des mois et dont il est censé faire partie… ¤

-         http://12xrt.35, c’est en local, tu ne peux y avoir accès que si tu te connectes depuis le bureau. ¤ on lui a déjà dit vingt fois, mais il serait fichu de me rappeler de chez lui en pleurnichant « comment ça s’fait que [Terence] peut voir le site, lui depuis le boulot, et moi, ça marche pas ici ? je comprends pas… » ¤

 

Il voulait que je tape, comme je l’ai déjà fait tant trop de fois, sous sa dictée un document verbeux, incompréhensible, mal tourné qu’il aurait très bien pu se farcir tout seul s’il ne se faisait pas passer pour un handicapé de Word et s’il comprenait que « chargé de communication » ce n’est pas ¤ toujours ¤ un nom techniciennedesurfacisé qui signifie en fait « ma secrétaire personnelle » ou « mon esclave du clavier qui corrige les fautes et rend mes phrases intelligibles » ou encore « nana qui n’a rien d’autre à faire qu’être à ta disposition ».

Bon, d’accord, mon boulot ressemble tragiquement, de plus en plus, à du secrétariat de base qu’à de la communication, mais parfois, je n’en peux plus qu’on m’« oublie » commodément et de manière quasi-systématique sur tous les projets de comm’ et qu’on m’appelle pour la moindre pétouille de rangement de dossiers, de recensement de cartes de visite restantes, ou autres conneries dont je ne suis pas responsable et dont je n’ai, que cela soit dit, plutôt rien à battre.

 

¡ Hoy, no estoy para bromas !

 

 

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* « La mère Jazz est de mauvais poil ! »

En 4ème ou était-ce en 3ème, nous avions étudié un texte intitulé : « Mamá Elena no está para bromas ». C’était un extrait du livre Les Epices de la Passion [titre orignial : Como Agua para Chocolate] de Laura Esquivel, adapté au cinéma dans une œuvre éponyme par son mari, le réalisateur Alfonso Arau. L’histoire se déroule pendant la révolution mexicaine, dans une famille où la benjamine doit, comme il était de coutume à l’époque rester célibataire pour s’occuper de la mamá. Je n’ai pas lu le bouquin, mis à part ce texte au collège, mais je garde un très bon souvenir du film qui était tour à tour drôle et triste et donnait envie de faire la cuisine et l’amour.

Il y a des gens qui agissent au quotidien pour enseigner plus que l’alphabet aux enfants à l’école.
Et puis il y a ceux qui depuis longtemps n’enseignent plus, ne sont plus au contact des élèves, et s’érigent en autorité morale poussiéreuse, prête à pourfendre, sans autre formle de procès, tout contervenant à l’ordre qu’ils ont établi.

Dans une vie rêvée, les premiers sont appréciés et leur travail encouragé, les seconds sont une aberration.

Dans la vraie vie, les seconds révoquent les premiers.


J’évoque ici le cas d’un proviseur qui a eu le malheur de nourrir un blog dans lequel certains les yeux experts de ses supérieurs ont su déceler quelque pornographie.

Il y a des gens qui voient le mal partout sauf celui, injustifié, qu’ils font subir et au nom de quoi ?

Beaucoup de blogeurs se sont exprimés sur le sujet, je vous conseille pour commencer la dernière note de Racontars à ce propos qui vous permettra de remonter le fil de cette histoire malheureusement vraie (entre obscurantisme, a-peu-près journalistique, et hypocrisie absurde vous allez avoir de la lecture et des sources d’indignation, de quoi bondir sur place).

Pour ceux qui souhaitent manifester leur soutien à ce proviseur et essayer de faire primer le bon sens et la raison, il y a une pétition à signer…

Des bandits de grands chemin de fer ont terrorisé quelque six cents autres voyageurs ce Jour de l’An.
On ne sait pas exactement ce qui s’est passé par manque de témoignages — ce qui me paraît fort étrange si l’on considère le nombre de présents — , mais beaucoup de passagers auraient été insultés, quelques-uns détroussés, et une jeune femme a porté plainte pour attouchements sexuels.
Je n’étais pas dans ce train, et je ne sais par conséquent pas ce qui s’y est déroulé.
Et même si j’y avais été, il y a fort à parier que je ne me serais pas rendu compte de grand chose. Mais cette histoire m’a fait penser, dans une certaine mesure, à une chose qui m’est arrivée dernièrement.

Fin décembre, j’ai vécu la désagréable expérience d’être touchée par des mains indésirables dans le métro. Et, même si ce n’est pas la fin du monde, loin de là, c’est un moment où je me suis sentie seule, faible, apeurée et souillée même si ça peut paraître un peu exagéré.

Il y avait du monde dans ce métro d’avant les fêtes. Je suis montée dans le premier wagon ayant l’air d’offrir un peu plus de place. J’aurais peut-être du me méfier.

Mon sac en bandoulière devant moi, les mains prises par deux petits sacs en papier, j’ai cru que les jeunes gens devant moi n’allaient pas se pousser pour me laisser entrer. Ils n’avaient juste pas fait attention à moi, pensai-je.
Et puis, l’un d’entre eux se retourne, il me regarde, regarder mes paquets, appelle un de ses amis et lui fait un signe de tête lui indiquant de regarder dans ma direction. J’aurais du me méfier.
Moi, je faisais face à la porte. J’aurais du me mettre dos à la porte, et face à eux.

J’ai senti quelque chose sur mon épaule. J’ai cru qu’il s’agissait de l’effleurement d’une écharpe ou d’un passager qui pour garder l’équilibre m’avait touché par inadvertance.
Une fois encore, quelque chose a touché mon dos. Je n’y ai pas vraiment fait attention.

Et puis franchement, quelqu’un a tapé sur mon épaule. Je me suis retournée en souriant comme à mon habitude. Je devais être en train de marcher sur le bas de pantalon d’une jeune femme trop maigre pour retenir ses vêtements sur les hanches, ou être sur le chemin d’un petit homme pressé-stressé qui voulait être le premier à descendre à la prochaine. Elle m’aurait montré son pantalon serpillière et j’aurais présenté mes excuses en voyant l’empreinte laissée par ma chaussure ; il m’aurait demandé « vous descendez ? » et j’aurais répondu « non, allez-y », sachant bien qu’il n’aurait pas pu aller plus loin.

Mais voilà, je me suis retournée et personne ne souhaitait me parler. Que des regards fuyants de la part des cinq ou six gaillards qui m’entouraient, tous plus grands que moi.

J’ai repris ma position, et les petites tapes dans mon dos ont continué.
Je me suis retournée à nouveau, toujours souriante, parce que selon ma philosophie crétine, faire la gueule ça n’arrange pas les choses. Toujours aucune manifestation, rien. J’ai à peine remarqué un grand dadais qui se cachait derrière un de ses camarades.
Je me suis retournée et le petit manège a repris de plus belle.
Mon sourire s’est un peu estompé. J’ai juste tourné la tête cette fois-ci, de manière plus décidée, mais toujours pas de volontaire. L’autre qui derrière son parapet-pote me regardait d’un oeil amusé, a complètement disparu quand j’ai dit « bon, vous ne voulez pas parler ? Tant pis. »
L’un d’eux m’a répondu : « Moi madame, je sais c’est qui, je peux dire c’est qui ! ».
Plus nigaude que jamais, j’ai sorti un « dénoncer, c’est pas bien ». Dogme stupide hérité de l’enfance ayant donné naissance à une adulte aux principes un peu désuets et trop souvent mal adaptés à la situation.
Le planqué s’est alors fait entendre « Ah, ça ce que vous dîtes, c’est bien Madame, c’est bien », son sourire laissant apparaître un strass incongru dans le tartre qui jaunissait son incisive.

Je me suis retournée. Tapotements dans le dos. Encore.
Je leur ai fait face, le visage peu amène. Fixant le planqué dans les yeux.
« C’est pas moi Madame, pourquoi vous me regardez, c’est pas moi… ».
J’ai affiché la mine  de celle à qui on ne raconte pas de craques.
Ils se sont mis à envoyer des « pas de couilles » au planqué et ont échangé des mots que je ne comprenais pas.
Je me suis retournée, contente de mon effet, persuadée qu’ils allaient me laisser tranquille. Je me disais que j’allais quand même me barrer à la prochaine quand j’ai senti le passage d’un main sur ma fesse.

Encore un fois, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une erreur. Allez ! Laisse-toi marcher sur les pieds sans rien dire idiote.
Je ne pouvais pas faire grand chose de toutes les façons. J’étais encerclée par un rideau de grands mecs qui me dissimulait au yeux des autres passagers s’il y en avait eu un suffisamment brave ou costaud pour me venir en aide.
Je n’ai rien dit, ne pas faire de vagues surtout, pour ne pas déplaire, pour ne pas qu’ils s’énervent et se mettent à me cogner.

Re-tapotements de plus en plus appuyés. J’ai failli perdre l’équilibre.

Comme je n’ai rien dit la première fois, ma fesse s’est fait palper discrètement cette fois.
Là, je me suis braquée, mon corps s’est raidi, j’ai commencé à fouiller mon sac d’une main, sous l’œil du « veilleur » qui s’inquiétait. Pas de signe de tête, mais je savais qu’il avait prévenu ses amis encore une fois. Je l’ai regardé droit dans les yeux, sans émotion particulière, puis j’ai enfin sorti mon… stylo à bille rouge. Pourquoi mon stylo à bille ? Pour me défendre en cas d’attaque ? Le planter dans l’œil ou la flanc d’un assaillant avant d’écrire, en m’appliquant sur mes pleins et déliés, « gros con » sur son front ?
Non, pour me donner une contenance, me rassurer. Je ne savais pas quoi faire, alors je me suis rabattue sur mon outil favori.

Il m’ont peut-être encore touché la fesse, je ne sais pas, je me rappelle avoir entendu des paroles dites sur un ton d’encouragement me semblaient. Je me rappelle juste que, prise d’une fulgurance tardive, j’ai fait ce que j’aurais dû faire dès le début : je me suis mise dos à la porte, face à eux. Au moins, s’ils avaient l’audace de continuer à me toucher à visage découvert, je pourrais savoir qui avait osé.

J’ai continué à fixer le présumé coupable, forte en apparence, honteuse à l’intérieur de m’être aussi peu défendue. La station approchait. Je me sentais conne, conne, conne.
J’ai dit : « c’est drôle, hein ? », bravo, maintenant tu es une vraie rebelle dont tout le monde a peur. Ouais !
Pas démonté, convaincu de son innocence, le gars m’a rétorqué « Quoi ? Pourquoi vous me regardez ?»
La rame a ralenti sensiblement.
J’ai marqué ma désapprobation faiblement d’un « Pffff… » en secouant la tête.
Le veilleur à ma gauche m’a regardée en ricanant. « Ca t’amuse ? »
Il m’a lancé dans un regard noir : « A qui tu parles, là ? »

J’étais déjà dehors et c’était tant mieux. Le veilleur, le seul qui fût à peu près de ma taille, montrait une mine hargneuse.

J’ai couru et suis montée dans une autre wagon, était-ce le suivant ou celui d’après ?
J’avais envie de pleurer, la gorge nouée, la tête en feu.
Je voulais tout faire à la fois. Rentrer chez moi au plus vite, descendre et demander à mon chéri de venir me chercher pour que nous rentrions ensemble, continuer mon chemin vers l’appart de mon amie chez qui j’avais caché un cadeau pour mon Loup, cadeau que j’aurais pu prendre un autre jour, d’ailleurs, Noël n’était pas là avant 3 jours encore.
Je m’en voulais tellement que j’avais envie de me lacérer toute entière en m’injuriant, me bourrer le bide de coups de poings, me mettre des baffes jusqu’à en perdre connaissance. J’en voulais tellement à ces cons d’avoir touché mon intégrité. J’essayais de ne pas penser à ces mains dégoûtantes sur moi. Je me suis sentie sale. Puis je me suis dit que je n’avais pas été victime d’un viol non plus, et que je devais arrêter de dramatiser, que ce n’était pas si grave. Et pas question d’apitoiement sur soi, dans mon cas, celui d’une femme même pas capable de se défendre mieux que ça et de penser plus vite à de bonnes stratégies de protection. C’était un peu, beaucoup ma faute. Je n’avais qu’à ne pas paraître si amicale, qu’à ne pas laisser la situation empirer à ce point. C’était ma faute.

Un peu calmé, je suis finalement allée chez mon amie qui avait laissé ses clés à mon attention chez le gardien, ce monsieur qui d’habitude ne s’éloigne jamais de l’immeuble plus d’un quart d’heure. Ben voilà, il n’était pas là.
Deux habitants de l’immeuble m’ont dit qu’il n’allait pas tarder à revenir. J’ai attendu dedans, puis dehors.
J’avais envie de retrouver mon chéri, j’avais envie de me sentir protégée dans ses bras, mais le froid m’obligeait à me concentrer sur autre chose que ce qui venait d’arriver. C’était une sorte de pénitence, une bonne punition pour ce que j’avais fait, ou justement pour ce que je n’avais pas fait.

En appelant mon amie pour lui demander si son concierge était au courant de ma venue, j’ai craqué en lui racontant rapidement l’histoire. Elle m’a consolée, pour un moment.
Et puis j’ai continué à attendre.
Au bout d’une heure et demi, j’ai décidé de partir au grand dam du vieux voisin qui m’a dit : « il va arriver quand vous partirez ».
Je lui ai dit au revoir, j’ai pris un chemin plutôt qu’un autre pour rentrer et six mètres plus loin, je suis tombée sur le gardien. Le paquet récupéré, je me suis escrimée pendant dix minutes à verrouiller la porte un peu difficile de l’appart’. Je pouvais rentrer à la maison après cette attente purificatrice.
Il était bien entendu hors de question de prendre le métro pour rentrer, et le prochain bus ne serait là que dans 25 minutes, aussi incroyable que cela puisse paraître dans ce quartier toujours animé en plein Paris. Seule solution : marcher. Ca me fera les pieds me disais-je toujours dans ce trip casuistique à la con qui me conseillait la rédemption par la peine et la résipiscence dans l’effort physique. Insanité manifeste.

Sur le chemin, je me demandais comment j’allais raconter tout ça à mon chéri. Il condamnerait probablement mes actions et ma sottise et il aurait raison. Il faudrait lui narrer les faits avec recul pour ne pas l’inquiéter.
Là, j’ai croisé un petit garçon qui rasait les voitures et qui a semblé apeuré quand il m’a vue, je me disais que je devais avoir une mine terrifiante et qu’il fallait que je recompose une expression neutre et présentable avant d’arriver à la maison.
Je me disais qu’il était tard et que ce petit sans parents, il devait avoir huit ou neuf ans, devait être rentré chez lui depuis longtemps. Là, j’ai entendu un bruit de léger frottement métallique derrière moi, quand je me suis retournée, j’ai vu que le gamin était en train de rayer consciencieusement les portes des voitures garées le long de la rue, l’air de rien. Mais manifestement ce n’était pas un acte fortuit. Je n’avais fait qu’interrompre son travail systématique, les marques sur les voitures que je découvrais en étaient la preuve. J’avais réussi à sauver, sans le savoir, la peinture de trois bagnoles dont les propriétaires ne pourraient jamais m’être reconnaissants. J’ai été prise de panique. Il s’agissait peut-être d’un acte de vandalisme exigé par les membres d’un gang auquel l’enfant voulait appartenir. Ou pire, il le faisait parce que personne ne lui avait appris que ce n’était pas bien, par ennui, ou pis encore, par plaisir. J’avais envie de rebrousser chemin pour lui faire une petite intervention auriculaire à la manière de la vieille école… Mais j’avais peur, peur d’un gamin qui n’était pas né quand j’avais déjà le droit de vote ! Et puis, je me suis dit, c’est commode, que ce n’était pas à moi de faire son éducation, mais si ses parents s’en foute, qui s’y intéressera, hein ? Bien sûr, j’ai culpabilisé comme une folle de ne pas avoir essayé de lui faire la leçon.

Et puis, je suis arrivée à la maison. Comme je lui avais demandé plus tôt dans la soirée, mon chéri n’est pas venu m’accueillir à la porte pour me donner le temps de dissimuler son cadeau.

J’ai enlevé mon manteau. J’ai posé le cadeau sur le lit. J’ai passé la tête par la porte du salon. Il m’a demandé comment j’allais, comment s’était passée ma journée, j’ai répondu que tout allait bien, il a souri, j’ai faibli.
Je lui ai avoué que j’avais été embêtée dans le métro mais que ce n’était rien de grave.
Il était inquiet. Je lui ai raconté cette histoire, un peu décousue alors dans ma tête, lui assurant que j’allais bien, mais les larmes que j’avais du mal à avaler me contredisaient avec un culot silencieux.
Il s’est énervé pas contre moi, mais contre ces cons. Il m’a demandé pourquoi je n’avais pas tiré sur la manette d’arrêt d’urgence. Là, je suis partie dans une colère folle en lui disant que ce n’était pas de ma faute que je n’avais pas pu réagir ni réfléchir autrement sur le coup et que, évidemment, c’était plus facile à dire qu’à faire !
Comment, à si peu d’intervalle, une même personne réputée saine d’esprit peut-elle tenir des raisonnements si différents à propos d’une situation ? J’avais tout occulté, tout sauf les éléments à charge pour me condamner en tant que bourreau de moi-même, juge et partie mais coupable évidente, et la minute d’après me voyait m’ériger en victime sans défense, drapée dans son innocence maculée.

Je suis partie m’enfermer dans la chambre, il s’est énervé en maudissant ces types, et je suis revenue, je ne voulais pas nous mettre dans cet état pour une histoire aussi conne. J’ai fini mon histoire, il m’a fait comprendre qu’il ne me faisait pas de reproches, ce que je savais bien, et je lui ai fait comprendre que de toutes les manières, tout s’était passé entre deux stations, que je ne pouvais pas atteindre la manette parce que l’un des jeunes hommes la masquait, que personne ne pouvait m’aider parce que j’étais à l’abri du regard des autres passagers et qu’ils auraient pu me baffer sans que personne ne s’en rende compte. Et puis, enclencher l’arrêt d’urgence pour si peu… en plein milieu d’un tunnel, quelle différence cela aurait-il fait ?
Il m’a conseillé la prochaine fois d’aller me plaindre au guichet pour qu’on les arrête. Mais ils étaient probablement tous mineurs.

Il était rage et peine et protection. Il s’imaginait en train de leur faire passer un sale quart d’heure. J’ai trouvé ça héroïque. J’étais encore plus amoureuse de lui.

Dans le métro, quand tout ça se passait, je me disais que s’il avait été là, rien de tout cela ne serait arrivé, ah non ! J’ai pensé à toutes les personnes qui devaient se faire emmerder parce qu’elles étaient seules ou faibles, ou même pas. Moi, je ne suis pas une chose chétive, j’ai toujours cru que ma carrure même sans être impressionnante me protégeait un peu plus des gens malintentionnés car ils ne sautent qu’aux endroits où la barrière est basse comme on dit chez moi. Et pourtant, ils n’ont guère hésité à m’importuner.
J’ai eu peur pour Célia, récemment célibataire, petit corps, santé fragile, mental affaibli par trop de peines. J’ai eu peur pour mon frère, pour mon chéri, ma mère qui porte son gigantesque sac à bout de bras quand elle vient à Paris, les filles de Racontars qui sont si belles et qui ne méritent pas de vivre dans un monde pareil, pour tout le monde. Crise d’angoisse.

Sans penser que j’étais totalement à l’abri de tout, j’ai toujours aimé croire, même en sachant pertinemment que c’était à tort, que je me défendrais mieux que mes proches, Le Loup mis à part ¤ il peut être sacrément teigneux ! ¤, que je suis plus forte, que je suis mieux armée. Je me suis pris une claque dans la gueule, comme si tout d’un coup, j’étais devenue vulnérable aux yeux du monde, comme si la fine porcelaine translucide de mes masques d’optimiste bonhomme ou de lisse impavide, ces masques qui ne trompent que moi et ceux qui ne me connaissent pas, était cassée, me laissant là, au vu de tous, avec toute ma lâcheté, mon inadaptation au monde.
Si cette histoire était arrivée à quelqu’un d’autre que moi, j’aurais été bouleversée pour la fille et dans une violente colère contre ces petites frappes, si c’était arrivé à un proche devant mes yeux, j’aurais sans hésiter, je crois, mais je préfère ne jamais avoir l’occasion d’en avoir le cœur net, sauté à des gorges, griffé, donné des coups de pied, pressé du jus de couilles sévère sévère… Mais je suis incapable d’avoir la même réaction parce qu’il s’agit de moi.

Depuis, j’ai repris le métro, seule, pour aller au boulot. Mais je n’ai pas remis le jean que je portais ce jour-là, quand je l’ai enlevé, j’ai demandé à mon chéri d’aller le mettre au sale, de toutes les façons, je ne l’aimais pas et je l’avais mis ce jour-là histoire de changer.

Est-ce que je vais mieux ? Oui, n’en faisons pas tout un fromage.

Est-ce que le Loup va vraiment m’acheter un de ces trucs qui envoie des décharges électriques pour que je me protège ? Je ne crois pas, et puis, ça me fait flipper de savoir que ce genre d’équipement peut-être utilisé par les « méchants », alors ne leur donnons pas de mauvaises idées.

Ai-je glissé un cutter dans mon sac, depuis ? Non, mais maintenant que j’y pense… ah, non, moi je serais plutôt spray au poivre… ou non finalement plutôt steak au trois poivres.

Est-ce que j’ai perdu un peu de confiance et de foi en l’Humanité ? Je ne sais pas, je ne pense pas.

après-vente

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