You are currently browsing the category archive for the 'tripalium delirium' category.

Rien.

Rien.

Et re-rien.

C’est ce qui se passe en ce moment.

Rien.
Ni appel, ni mail.
Pas de nouvelle de l’Agence.

Je n’ai aucune idée de l’état des délibérations.
Distraitement, je regarde l’écran de mon téléphone portable. Et rien.

Peut-être ne pensent-ils même pas à moi. Peut-être ne prendront-ils la décision que dans une semaine, ou dans deux, qui sait ?

Pour l’instant, je prends mon mal en patience, surtout que je serai en week-end prolongé dans une petite demi-heure parce que j’ai décidé que je n’allais pas faire de vieux os, ni de zèle pour cette boîte, quoi, zut !

Je ne veille même pas à emporter mon téléphone avec moi quand je m’absente de mon bureau : mon manque de motivation actuel endort aussi toute anxiété quand au futur.

Je vous conseille donc de ne pas trop vous angoisser pour ça dans les prochains jours, car vous n’aurez de mes nouvelles que la semaine prochaine.

A bientôt,

Jazz

Résumé de l’épisode précédent :
Je décroche un entretien.
Je sais faire des ellipses narratives.
Tic Madame n’est pas représentative.
Le job me plaît (sur le papier au moins).
Je dois revenir vers eux.

________

C’est vendredi, alors triple dose les amis !

°après, ne venez pas vous plaindre de la longueur des notes°

Le Boss de l’agence me parle un peu du job. Il me demande combien je gagne et ne bronche pas quand je lui sors mon vrai brut annuel °j’aurais peut-être dû mentir cette fois-ci…°.
Il faut savoir qu’en agence, on est (beaucoup) moins bien payé que chez l’annonceur (les autres entreprises, quoi), du moins, jusqu’à un certain niveau d’expérience. Enfin, je crois. Donc, son absence d’émotion est un bon signe. Si j’étais trop chère, il aurait saisi l’opportunité de négocier à la baisse ou de me rappeler que l’agence est un monde qui rémunère aussi par la richesse de son quotidien. Enfin, je crois.

Il me dit qu’il veut que je sois parfaitement consciente de ce qu’exige le poste parce que les gens ne s’épanouissent que comme ça, quand ils ont pleine connaissance de ce qui peut les attendre. Je fais oui de la tête. °Bon public, je vous dis.°

Il me dit : “vous allez devoir prendre le TGV”. Il me dit : “ce client est difficile”. Il me dit : “il y a plein de choses à gérer”. Il me dit : “c’est au moins six mois de travail de mise en place”. Il me dit des choses et des choses encore, mais bizarrement, tout ça me fait rêver.

Je me dis : “il faudra que je prenne un abonnement Grand Voyageur”. Je me dis : “je viens juste de quitter un univers mi-kafkaïen, mi-santabarbaresque, alors à côté les problèmes que j’ai rencontrés en agence me semblent sortis de Bisounoursland…”. Je me dis : “avoir du pain sur la planche, je me rappelle que c’était chouette”. Je me dis : “un plan sur six mois, douce musique à mon oreille…”. Je me dis des choses et des choses encore et je continue de rêver.

L’entretien est terminé. Depuis mon petit nuage, j’ai cru comprendre que c’était à moi de revenir vers eux, en leur disant ce que j’avais compris de cet entretien. Je crois qu’il me dit que je peux prendre mon temps.

Je fais un plan : je vais leur pondre un retour très wow ! Genre grande affiche, livrée dans un tube, oui madame, par coursier, oui monsieur, avec texte humoristique, private jokes, et message subtilement distillé. Je vois du “c’est moi la meilleure, choisissez-moi, je suis drôle, créative, pleine de peps, vous venez de comprendre que ce vide dans votre vie professionnelle, c’était mon absence… mais vous pouvez désormais y remédier en m’embauchant”. Ca, où un truc dans le genre, moins subliminal, tu vois ?

Je raconte mon projet à deux personnes autour de moi. Elles me disent : “c’est risqué quand même, non ?”

Ben oui, c’est risqué, en même temps, le courant est clairement passé, enfin je crois, je n’ai pas envie de cacher ma personnalité, et en plus, s’ils n’ont pas d’humour, ben, j’ai pas envie de travailler avec eux…

Enfin, je crois. C’est du moins l’argument que j’avance quand je présente l’idée au Loup.
Le Loup, c’est un type qui m’aime bien. Il me connaît. Il me veut du bien. Et le Loup, il sait qu’il peut tout me dire quand je lui demande de faire une critique sur mes idées. Parce que j’ai confiance en son jugement, mais que parfois, je passe outre parce que le Loup n’est pas moi, et que parfois, je sais mieux que lui. °En vrai, je sais toujours mieux que lui, mais on ne sait jamais, un jour, peut-être lira-t-il ces pages, et il vaudra mieux ne pas le froisser. Hé hé, maline la Jazz…°.
Alors évidemment au bout des trois premières secondes de mon exposé, le loup s’écrie “ah nononononononononon hein !”.

Je ne vois pas du tout ce qui ne lui plaît pas dans mon plan tout en finesse. Je n’ai même pas eu le temps de lui parler du nez de clown et du charmeur de serpents à l’oeil charbonneux qui déclamera le texte de l’affiche.
Le Loup soutient que ce serait trop bête de me priver d’une si bonne occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger.
Ce type ne comprend rien à l’humour universel dont je détiens le secret, c’est le seul être humain, voire être vivant °non, contrairement à une idée reçue, le rire n’est pas le propre de l’homme, celui quia dit ça n’a clairement pas vu les marguerites se poiler l’autre jour quand je racontais mes blagues sur les graines de tournesol… y’en a deux ou trois qui en ont perdu des pétales, moi j’vous l’dis… Et mon chat rigole toujours de bon coeur à mes bons mots, et elle, rien d’autre ne la déride, c’est dire…° donc, c’est le seul être vivant complètement réfractaire, complètement imperméable à mon très grand sens du drôle élégant.


Bon, dans le doute qui s’empare soudain de mon esprit futé, je m’abstiens quand même.
Il ne s’agirait pas de louper cette perche tendue parce que mes interlocuteurs, que j’espère futurs collègues, pourraient succomber à une Lupite aigüe avec coinçage de zygomatiques et tout et tout.

Donc, après quelques minutes de réflexion, et combien de tentations de faire de la mauvaise foi, j’arrête de grommeler à l’intérieur de moi-même.
Je me dis que ce serait trop bête de me priver d’une telle occasion de me barrer de mon job pour faire un truc qui devrait me plaire, tout ça à cause d’un ton trop léger. °Comment ça c’est le Loup qui m’a ouvert les yeux ? Vous êtes dans quel camp, là ? OH ?°

Autant l’affiche m’aurait tout de suite démarquée °en bien ou en mal°, autant un texte à deux balles, c’est rasoir.

Allez expliquer ça au Loup !
Ce type est intraitable °il mange du taboulé, aussi, forcément…°*.

Le Loup pontifie : “T’es pas obligée de te démarquer à tout prix”.
Le Loup, il n’a rien pigé.
Le Loup, il ne comprend pas que je n’ai vraiment pas envie de me faire doubler par un crétin qui aura envoyé une photo de lui avec un nez de clown et dont la créativité fera crier au génie ceux qui auraient dû être mes collègues. Et puis, un charmeur de serpents, ça fait toujorus son petit effet.
Non, le Loup il ne percute pas.

On voit que ce n’est pas lui qui va devoir se taper le texte sérieux et poussiéreux et tellement adulte-qui-a-vendu-ses-jouets à écrire…

Je repoussed tant que je peux le moment de me mettre face à l’ordinateur.
Je tape, sans conviction, deux-trois phrases que je trouve vides, pas très percutantes, pas très moi non plus.

Je relis, je retape, mais bon, écrire tout en mode balai-dans-le-cµl, bof, pas trop envie.
Oui, je fais un caprice. Oui, je n’y mets pas toute ma volonté, oui, je regarde la télé en même temps, et je joue avec le chat, mais bon, j’avance quand même.

Le Loup me donne son verdict : “c’est bien”.

C’est bien ? Juste bien ?
Les boules. S’il dit ça, c’est que ce n’est pas super. C’est juste bien. Et moi, je dois me vendre comme mieux que bien. Parce que bien, c’est un 12/20. Et Maman m’a toujours dit que 12/20, c’est comme 10/20, tout juste la moyenne. Du coup, je suis une insatisfaite chronique qui pense que 14/20, c’est franchement moyen. Donc, le “c’est bien” laconique du Loup, ça me pique, ça me gratte, ça me déconstipe.

Je dors avec l’intention de faire péter the texte dans ta face de futur employeur le lendemain. Un 12/20, ça fait tache.

Je rêve de chats se transformant en lapins, je rêve de purée de carottes et de pomme de terre, je rêve du Loup qui me dit il faut d’abord plutôt les chats/lapins.

Je laisse passer la matinée, et là, je bosse ma lettre.
Je la relis, mais pas trop. Je la fais relire à une gentille collègue digne de confiance et très gentille. Elle est très rationnelle cette fille, donc, si ça passe, ça va. Ca veut dire que mon mail sera mainstream. Pas envie que ça fasse pompeux.

Ensuite, vient le tour du Loup qui lit ça en 10 secondes chrono °il lit vite et il retient tout, un don dont — un dondon, hi hi — je suis jalouse à un point que vous n’imaginez pas°. Il lance un “vachement bien” ! C’est une victoire. Il ne râle même pas parce qu’en quatre mots à la fin de mon mail, je fais allusion à cette private joke qu’il ne trouvait pas digne d’intérêt.

J’appuie sur “envoyer”, je fais mon cinéma en criant “ça y est c’est trop tard, c’est fait, on ne peut plus rien changer, c’est parti, c’est parti”, une sorte de rite alea jacta est-ique avec Jules César en talons compensés argent et paillettes mauves sur les paupières, passant le Rubicon sur son char de la Pride, offrant des préservatifs à ses troupes.

Et puis, j’attends que ça morde…

__2 heures et 8 minutes plus tard__

Qu’est-ce que je vais me mettre pour ce deuxième rendez-vous ?
°ça, les enfants, vous voyez, c’est encore un magistral exemple d’ellipse narrative…°

Surtout, ne pas s’emballer. Ce sont des gens polis qui veulent me signifier en face à face que je ne fais pas l’affaire et qu’ils peuvent, à la limite me filer un poste de stagiaire à condition que je les paye. Non, elle m’a peut-être convoquée parce qu’elle trouve que j’ai été lourdingue dans ma lettre et qu’elle veut me faire une correction commentée de mes erreurs. Non, elle veut me voir pour me dire qu’en fait TicMadame est encore là et qu’elle sera ma boss directe et que c’est la seule chance que j’ai de me tirer de mon boulot actuel avant les années 2020, elle y veillera. Ou alors…

à suivre…

(Bon, là, pour le coup vous ne pouvez pas m’en vouloir de faire durer le suspense. Je ne saurai la suite que ce soir, après le rendez-vous. A force d’ellipses narratives, la succession des événements du récit rejoint le temps réel. J’ai des fourmis dans le ventre, je crains le pire, et espère le meilleur.)

________________________________________________________________________________________________

*si vous avez compris cette blague de taboulé, vous êtes très probablement une marguerite — marge d’erreur de 1,4% — et oh ! Regardez ! Vous venez de perdre trois pétales, là…


Résumé de l’épisode précédent :

Mauvais souvenirs de novembre 2005.
Recherche d’une excuse habile pour ne pas revivre ça.
Contact avec Arielle la recruteuse de l’Agence.
Evocation de TicMadame.
Blanc.

________

Blanc. Loooooooong blanc.

Je comprends soudain enfin la réaction des enfants d’une tribu africaine quand ils ont vu pour la première fois ma copine alsacienne (1m82 de blancheur lunaire, immaculée) et qu’ils ont été saisi de stupeur, qui s’est transformée en peur, en pleurs et en chœur d’appels désespérés à Maaaaaaman pour qu’elle viennent les sortir de là.
°Avant, je me moquais des gens qui criaient Maman, c’était réservé aux bébés Cadum ce truc-là.  Du moins le pensais-je jusqu’à ce que je me retrouve à avoir très peur et très mal un soir à l’hôpital. Là, je me suis résignée à invoquer le pouvoir maternel — et celui du Loup — entre deux crises de larmes. Comme quoi, appeler Maman, c’est un réflexe en cas d’atteinte à sa propre survie. Et ne vous moquez pas, vu la taille du scalpel du chirurgien, j’aurais voulu vous y voir…°

Donc, oui, parfois, le blanc, c’est flippant. L’inverse étant vrai aussi. Beaucoup de gens ont peur du noir °je parle aussi bien de l’obscurité que de moi les rares fois où je me promène dans le XVIe à Paris°.

Mais arrêtons de jouer sur les mots et la peur des différences d’épiderme.
Arielle reprend, enfin, la parole.

- Excusez-moi, je faisais un créneau. TocMadame, dites-vous ?
– Non, Tic-Ma-da-me. °ouf, soulagée…°
- TicMadame, non… ça ne me dit rien. Elle ne doit plus faire partie de notre société.
- Ah ! °Comme dans “Ah ! Léluiah”°
- Donc, vous pouvez nous envoyer votre CV, et depuis, l’agence a beaucoup changé. Rappelez-moi votre profil s’il vous plaît.

Je m’exécute, toute contente.
Elle me dit que le poste à pourvoir, c’est un poste de boss. Autant vous dire que j’adore. Je dore de plaisir. °oui, moi, je ne rougis, ni ne rosis, je dore, c’est comme ça.°

Et là, je lui termine en lui promettant d’envoyer mon CV dans le quart d’heure.
Elle est bien contente, me remercie d’avoir appelé pour la prévenir, et me rassure qu’elle vérifiera que TocMadame n’est plus dans la boîte.

- Non, TicMadame.
- Comment dites-vous ?
- TIC. MA. DA. MEUH.
- Ah ! Non, écoutez je vais vérifier. Mais ça ne me dit rien.

Elle a du mal la mère Arielle avec les noms, alors, elle va peut-être chercher à Toc au lieu de Tic.

Et puis, peut-être TicMadame s’est-elle mariée et a-t-elle changé de nom. Auquel cas, je risque de la re-croiser en me pointant au rendez-vous qu’on va peut-être me donner.

La haine.

Et puis ZUT !
Je ne peux pas avoir peur de cette nana toute ma vie.

Mais bon, ça me déconstiperait bien °dans le sens de “ça me ferait bien chi€r”° qu’elle me fasse la nique au moment où je franchis le seuil de l’agence, me ridiculisant avec une sortie du genre :

“Alors, Jazz, toujours aussi jolie, quoi que sur plus de surface maintenant ? Tu as appris à écrire et à différencier une stratégie d’une problématique après deux ans et demi ?”

ou

“Au moins, avant, tu étais jeune, on pouvait te pardonner cet air idiot, mais là, vraiment, tu frôles la trentaine, et t’as toujours l’air aussi con. T’es vraiment pas faite pour ce job ma pauv’ fille.”

ou encore

“Va mourir sombre crétine, ne t’avais-je donc pas sommé de ne jamais remettre les pieds ici et de ne jamais plus soumettre ton immonde personne à ma vue” d’un air dégoûté. “Comment oses-tu ?” crierait-elle encore avant de cracher une flaque visqueuse de longs serpents noirs et luisants au sol en me maudissant en araméen, les yeux révulsés, le corps secoués de violents spasmes.

Traumatisée, moi ?

Meu noooon. Je ne vois pas ce qui vous fait dire ça, enfin.

à suivre…

Résumé de l’épisode précédent :

Le sigle ALRDNJ signifie : A la Recherche du Nouveau Job.
Mon job actuel pue plus que jamais. Entre humiliation discrète, placardisation en douce et désorganisation chronique… Je pète les plombs.
J’ai évité un faux plan avec un avocat qui me semble limite libidineux.
Je reçois un appel de phares d’une agence
trop bien connue

________

Les souvenirs pour le moins mauvais de cet entretien de novembre 2005 sont encore frais. J’en ai oublié les détails, mais l’essence est encore là, et devient de plus en plus entêtante, capiteuse, empoisonnante quand j’y repense.

Et là, on me dit “Même joueur joue encore”. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours eu la conviction que j’allais, d’une manière ou d’une autre être en contact avec cette agence à nouveau. Mais dans quelles circonstances, dans quel rapport de forces ? Serai-je plus solide ? Me ferai-encore humilier ? TicMadame sera-t-elle plus féroce que jamais ? mais surtout, quel est l’âge du capitaine ?

Quoi qu’il en soit, je sais que je n’ai aucune envie de travailler pour ces gens puisqu’ils ont trouvé TicMadame suffisamment chouette pour l’embaucher un jour (même si en fait, l’histoire est plus compliquée que ça : TicMadame est entrée comme stagiaire, elle a gravi les échelons, puis la petite agence spécialiste où elle travaillait a fusionné avec une autre plus grande, mais c’est la petite qui a phagocyté la grande dans la culture, les méthodes de travail et les équipes). Moi, c’est sans appel, je ne pourrai jamais vivre le plus clair de mon temps éveillé à ses côtés. Hors de question.
Mon ami Gougueule me dit en plus que TicMadame travaille encore chez eux, à moins qu’elle n’ai pas remis son profil à jour sur les sites de réseau professionnel. Mais comment faire passer le message en douce à Arielle, sans la vexer, ni me griller dans la profession ?

Réfléchissons un peu.

Possibilité 1 :
Arielle est une chasseuse de tête employée par l’Agence de TicMadame. Dans ce cas, je dois lui faire comprendre que l’Agence ne m’a pas retenue autrefois et que je ne tiens pas à revivre cette commotion professionnelle, mais que je suis ouverte à des postes chez d’autres de ses clients °sans directrice sanguinaire de préférence…°.

Possibilité 2 : Arielle est employée de l’Agence, en charge des RH. Et là, je dois juste décliner la proposition, gentiment, pour ne froisser personne.
Comme mon ami Gougueule ne me permet pas de savoir laquelle des deux possibilités est la bonne, je décide d’éviter le mail dans lequel les nuances et la subtilité ne sont pas faciles à traduire, et je lui passe un coup de fil.

“- Allô ?
– Bonjour. Mme Arielle ?
- Elle-même.
- Je suis Jazz, je vous appelle suite à votre mail me demandant de vous envoyer mon CV sous Word pour un poste à pourvoir à l’Agence. Je vous dérange ?
- Non, non, allez-y !
- En fait, avant toute chose, je souhaitais savoir si vous travailliez pour l’Agence ou si vous étiez un prestataire extérieur au service de l’Agence.
- Non, non, je travaille à l’Agence depuis plus de deux ans maintenant.

- Ah… mer… ci ! Merci d’avoir répondu à ma question. Voilà, je souhaitais vous dire une chose un peu délicate aussi ai-je préféré vous entendre de vive voix pour vous expliquer la situation. J’avais déjà été en contact avec l’Agence en novembre 2005, pour un poste de Directrice de Clientèle et pour être parfaitement honnête, cet entretien s’était mal passé, pour des raisons de personne, de feeling ou une absence de chimie, appelez-ça comme vous voulez, mais je pense que je ne correspondais ni aux critères, ni à la culture de l’Agence, du moins, à l’époque. Donc, pour ne pas vous faire perdre de temps, j’ai préféré ne pas vous envoyer mon CV ; je pense vraiment ne pas être dans le bon état d’esprit pour travailler chez vous, du moins si les choses n’ont pas changé depuis. °On ne sait jamais, elle a pu se faire virer sauvagement au cours des 4 derniers mois°
- Ah bon, c’est gentil de m’appeler pour me dire ça. Très gentil même. Mais qui vous avais reçu ?
– TicMadame.

Et là… un blanc. mais pas un blanc je ne sais pas moi, blanc. Non, non, un blanc fluo qui fait mal aux yeux et aux oreilles. Un bon gros Blanc. Si ça se trouve, Tic Madame doit accéder sous peu aux fonctions de Chef du Monde de l’Agence et son nom est tabou, comme Voldemort dans Harry Potter. Si t’es pas un Mangemort, tu l’as très mauvaise, tu vois. °Les connaisseurs et fans du petit sorcier à la cicatrice en forme d’éclair comprendront, les autres, ben, tant pis°

à suivre…

Pour ceux qui n’avaient pas deviné en voyant ce logo, le sigle ALRDNJ signifie : A la Recherche du Nouveau Job.
Il y a donc du nouveau sur ce front.

Dans mon boulot actuel, c’est de mal en pis. J’ai finalement changé de fonction, juste un an après la promesse faite. Mais, vieux motard que jamais, hein, comme on dit.

Sauf que J’ai du refiler mon beau Mac à la nouvelle employée qui vient reprendre mon ancien poste et qui n’est autre qu’une parente de ma nouvelle boss. Sauf que nos missions respectives ne sont pas déterminées (et ce n’est pas faute d’avoir demandé une mise au clair). Sauf qu’elle se récupère tous les trucs chouettes que je n’ai pas fait quand j’étais à sa place, et en plus, tous les trucs chouettes que j’aurais dû faire maintenant.

Le pied !

Du coup, j’ai hérité d’une vieille bécane qui m’envoie chier quand je lui demande d’ouvrir deux images de plus de 3 Mo. J’ai un an et demi de mails qui ne sont plus consultables, et le logiciel le plus évolué (hors Office) est… Paint ° la seconde marche étant occupée par le démineur… Mais là, peut-être que je m’avance et que le démineur plante aussi sur ce PC de m€rde° !

Le panard intégral je vous dis !
Je ne vous raconte pas tout, ce serait navrant, et en plus, je préfère oublier °ou refouler, me souffle Sigmund° plutôt que de ressasser.
Evidemment, tout ça me motive encore plus. Tout d’abord, un cabinet d’American Lawyers °avocats américains en français, c’est comme des avocats français, mais avec une chair plus ferme, d’où la difficulté à en faire du guacamole° qui cherche à ouvrir un bureau à Paris et une personne pour les aider à le monter, rabattre des clients, tout ça. Pas le job rêvé, mais toujours mieux que ce que je fais en ce moment.
J’envoie mon cv, le type m’appelle. On prend rendez-vous durant son prochain séjour à Paris. Il demande à voir ma photo, il veut savoir si je peux lui faire visiter Paris. A ce moment de la conversation, je me dis qu’il cherche un guide, une escort, mais pas une employée. Je lui envoie quand même ma photo. Il me fais un compliment qui n’a aucune raison d’être dans ce cadre professionnel. Là, je ne sens vraiment pas ce truc, aussi, pour m’en débarasser, je fais la nana toujours intéressée, mais 24 heures avant le rendez-vous, j’annule en disant que je dois partir pour raisons professionnelles, amis que je lui souhaite de trouver ce qu’il est venu chercher.

Voilà, comment j’ai esquivé ce qui allait sûrement être une rencontre bien lourde, bien inutile, avec un soupçon de dragouille alors qu’on s’apprête à faire de moi une honnête femme ° quelle expression à la con °.
Et puis, j’ai reçu cet autre e-mail. Une certaine Arielle me dit avoir repéré mon CV sur un site d’emploi, elle veut une version Word de mon CV, elle pense que mon profil correspond à un poste à pourvoir dans une agence… Ah oui, mais quelle agence.

Et là, gros flashback : je me revois sortant de ce bel immeuble qui avait été le théâtre de mon calvaire.


à suivre…

°En attendant la suite, vous pouvez vous (re)faire les épisodes 4, 5, 6 & 7 de la série Entretiens, Entrechiens).°

Madame, Monsieur,
Vous avez répondu à notre offre et nous vous en remercions.
Nous avons cependant le regret de porter à votre connaissance que nous avons été ” submergé ” par les candidatures (plus de 260 en 4 jours) et nous n’avons été en mesur d’examiner uniquement les réponses arrivées parmi les 150 premières, en conséquence de quoi, nous n’avons pas étudier la votre. Nous vous prions de nous en excuser.
Salutations distinguées.

Voilà. Ca, c’est la réponse que j’ai reçue à ma candidature pour un poste de Responsable du service communication.

Alors, par où commencer ?
Déjà, c’est quoi cette RH de fainéants ?

“Ah ben non, vous comprenez, on ne va traiter que les 150 premiers dossiers.”
Trop dure la vie ! On ne va pas prendre la peine d’étudier les candidatures des mecs qui ont pris la peine de répondre à notre annonce, de mettre leur CV à jour, de pondre une lettre de motivation ° certains même auront poussé le zèle jusqu’à la personnaliser en changeant le titre du poste et le nom d ‘entreprise… bande de vils flatteurs ! ° .

Moi, j’aurais dû suivre l’exemple de cet employeur et n’envoyer que les 150 premiers mots de mon CV, en me justifiant ainsi : “veuillez trouver ci-joint mon curriculum vitae, en tout cas les cent cinquante premiers mots, puisque, étant donné le nombre surprenant d’offres d’emploi auxquelles je réponds (vingt par jour environ), je ne peux me permettre d’envoyer un dossier complet à chaque employeur potentiel, non, mais, sérieux, vous vous rendez compte du boulot que ça demande ? Vous l’aurez donc compris, l’efficacité et l’économie sont deux de mes nombreux points forts. Et ce n’est qu’un aperçu (humour) de mon immense talent. Alors, qu’attendez-vous ? Embauchez-moi !”

Ils s’attendaient à quoi ? A recevoir 3 CV et demi, dont une candidature spontanée pour un boulot d’auditeur interne ?
Ils ne se sont pas renseignés sur le marché ? Les annonces pour des postes de communication reçoivent en moyenne à Paris au bas mots 300 réponses° dont environ 20% envoyées par moi, je réponds à tellement d’annonces que parfois je postule deux fois au même poste sur des sites différents °, carrément plus si la paie est décente.

Et puis, c’est quoi ce nombre de 150 ? Je préfère me dire qu’il s’agit d’un nombre arbitraire plutôt que de leur capacité réelle à traiter des dossiers.

Si j’ai gardé un truc de ma terminale S option Maths ° oui Madame °, mon calcul me dit qu’ils ne traitent que 57,69% des candidatures reçues (sur les quatre premiers jours de parution). Et ils trouvent ça normal, puisqu’ils ont le toupet de l’annoncer et de l’invoquer en excuse.

Là, je dis bravo ! J’applaudis des deux mains ° mais avec juste 5,697 doigts, hein, y’a pas de raison de se fouler quand les autres ne le font pas °.

M’enfin, ils prennent la peine de répondre, politesse que de nombreux employeurs jugent superflue, et ils sont francs, et c’est bien là le problème.

Je crois que j’aurais préféré le sempiternel “votre dossier ne correspond pas exactement au profil recherché par nos clients actuellement, nous avons trouvé :

a) la perle rare, (en fait : un type qui passait par là et en fait, il respire, il sait écrire des phrases avec des majuscules, des points, des virgules, et, connaît ses conjugaisons du premier groupe au présent de l’indicatif, alors, on n’a pas pris la peine de chercher davantage).

b) que la filleule du patron était finalement parfaite pour ce job, si si, il insiste.

c) d’autres pistonnés que nous ne pouvons nous permettre de rejeter.

d) que le fait que vous n’ayiez que 23 mois d’expérience dans le secteur au lieu de 2 années complètes jouait nettement en votre défaveur.

e) que vous demandez trop de blé, alors qu’on pourrait payer une stagiaire pour faire ce boulot, et en plus elle la ramènerait certainement moins que vous.

f) qu’il était plus économique d’embaucher une personne qui a travaillé pour la concurrence et de qui on pourra tirer tout un tas d’infos utiles et totalement confidentielles au cors d’un déjeuner convivial bien arrosé.

g) que votre thème astral ne s’accorde pas bien avec ceux de l’équipe en place. les Verseau sont trop libres et créatifs donc dangereux, des bombes à retardement, nous on veut des robots acquiesceurs pondeurs de textes stéréotypés, et basta.

h) toute combinaison des possibilités énoncées ci-dessus.

… aussi regrettons-nous de ne pouvoir donner une suite favorable à votre candidature”.

Bref, finalement, je ne pensais pas dire ça, mais rien ne vaut le bon vieux prétexte pourri et unique pour tout le monde, au moins, on ne sent pas l’attaque personnelle du genre “ah ben, non, t’as pas été assez rapide cocotte, tant pis pour toi qui n’est pas au chomdu où qui a préféré travailler plutôt que d’écumer les sites d’emploi”.
Le truc qui me gave vraiment, plus encore que le rejet, c’est le rejet sans style, sans panache, et livré avec des fôtes de grammaire, orthographe, syntaxe :

- “le regret de porter à votre connaissance QUE”,
- “submergé” au singulier,
- l’adverbe “uniquement” utilisé à tort avec la négation,
- “mesur” sans “e”,
- “nous n’avons pas étudiER”,
- “la votre” sans accent circonflexe.

Ne parlons même pas de la lourdeur de l’expression “en conséquence de quoi”, qui là, typiquement vient masquer la vacuité du contenu ° presque un oxymore quand on y pense… °. Comme les gens qui s’obstinent à répéter “tout un chacun”, ou “si vous voulez” ou encore “tout à fait” lorsqu’ils n’ont rien à dire, pour gagner du temps, ou juste parce qu’ils ont entendu ça dans la bouche de quelqu’un d’impressionnant et qu’ils s’attachent à imiter juste parce que ça fait bien dans une phrase.
Parfois, less is more.

Comment peut-on, sur si peu de mots, faire autant d’erreurs ? Pour un message de réponse qui sera envoyé à 259 personnes, au bas mot ? En plus, pour des gens de la comm’,  nous à qui
l’on demande d’avoir une plume impeccable ° après 10 relectures °. Non pas que je ne fasse pas de fautes. Non, non, je suis certaine de pouvoir en retrouver au moins cinq dans ce seul billet. Mais quand même, dans le cas d’un message adressé à un public (d’autant plus difficile sur le sujet qu’il travaille dans la communication) large, à la critique facile (d’autant plus que c’est pour signifier un rejet), il faut faire des efforts.

Bref, quand je vois ce message, je  me console : je préfère ne pas travailler pour cette bande de glandus !

Le ciel m’est tombé sur la tête.
Et il est tombé de haut.

L’amour ne dure pas toujours.
J’ai appris ça dernièrement.
Ou pour être plus exacte, j’ai ré-appris.
J’avais oublié, le Loup m’avait fait don de cette amnésie partielle dans laquelle j’avais eu du mal à m’installer mais qui finalement me plaisait bien, me rassurait. Je me raccrochais à l’idée de l’amour éternel. Celui qui dans le fond, ne s’altère jamais, ne s’arrête jamais. Cette idée de l’amour à laquelle on se suspend instinctivement, comme l’enfant agrippe la main de sa mère quand il sent venir le danger ° au choix : un inconnu armé à la mine pathibulaire, genre Jo l’Indien dans Tom Sawyer, et accessoirement armé, ou juste la Tante Georgette qui refoule du goulot et pince les joues °.
J’étais contente finalement d’avoir cédé à ce repos de l’esprit : nous nous aimerions toujours, nous étions ensemble pour toujours. L’amour était là, il y resterait et nous l’entretiendrions consciencieusement par de petites attentions et des gestes plus spectaculaires pour les occasions où cela s’impose.
Une simple et douce insouciance dont j’ai été tirée sans ménagement.

Brutalement, cruellement ma mémoire est venue me retrouver.

Dans le bureau, la rumeur courait depuis quelques jours. Mais bon, ils travaillaient depuis si longtemps ensemble, ils se comprenaient à demi-mot, elle lui fournissait tout ce dont il avait besoin et plus, il savait quoi lui dire pour qu’elle fasse des merveilles.
C’était une blague. Il était son work husband, son mari du boulot.
Un mari, elle en avait un autre, un vrai, de ceux qu’on connaît depuis une éternité qui nous accompagne dans la vie d’adulte, et avec lesquels on passe devant monsieur le Maire, un mari, genre père de mes enfants. Un vrai quoi.
Un mari, c’en était un lui aussi. Du genre polyvalent : cuisine, soin des enfants, ménage, loisirs… il savait tout faire, tout organiser.

Et puis voilà.
À force d’être si bien ensemble au bureau et si mal dans leurs foyers respectifs, ça devait arriver.

C’est Elle qui me l’a avoué. J’ai cru à une blague. Je m’extasiais déjà sur l’habileté avec laquelle les caméras chargées de capturer ma surprise sur pellicule avaient été planquées. Mais non. Pas de caméras, pas de blague, pas de Jacques Rouland, ni de Marcel Beliveau. Juste ses yeux à elle, ses yeux qui bien que rivés aux miens, soutenaient à peine mon regard.
J’étais là, complètement con, abasourdie. On était là toutes les deux dans les chiottes pendant son pot de départ, alors que les autres, derrière la fine cloison trinquaient au champ’, et que son amant, mon collègue prenait des photos avec son vieil appareil argentique.

Elle était sérieuse, il se voyaient depuis plusieurs mois déjà. Et ce n’était pas que du cul. Un coup de foudre à retardement. Une passion.

En revenant à la maison, encore sous le choc, ° « estèbèkwè » comme on dit chez moi °, je me déleste du poids des faits en les livrant en vrac au chat et au Loup.
Le chat a pris son air scandalisé et a vocalisé clairement sa désapprobation ° ça, ou alors, elle voulait que je lui augmente sa ration de croquettes °.
Et le Loup de me répondre simplement :
« Ben ouais, ça arrive, hein. ».

Le salaud !
Et dire que c’est lui qui m’a fait abandonner ma conception sombre, fataliste, très les histoires d’am-les histoires d’am-les histoires d’amour finissent mal en général et en partculier là.

Lui, se contente de balayer le sujet d’un revers de main, et basta.

A moi, il a fallu une bonne semaine pour m’en remettre. Une semaine, et une nouvelle déclaration du Loup, qui a senti, mais un peu tard quand même que j’étais déstabilisée.
« Mais pour nous ma puce, c’est pas pareil, on n’est pas eux » ou quelque chose comme ça.
En vrai, je ne me souviens pas. Le Loup a le don rare de pouvoir faire passer son message sans que j’écoute les mots.

Il a dit ça et ma mémoire a flanché de nouveau. J’me souviens plus très bien…

Son « ça arrive, hein » m’a secouée, encore plus que ces histoires de collègues qui couchent et s’aiment et aiment et se couchent.

M’avait-il trompée ? Envisageait-il de le faire ? Etait-ce un passage obligé, une p*tain de fatalité ? Je me demandais comment j’allais réagir, cette question stérile qui amène inexorablement le même genre de réponse, puisque qu’on ne peut jamais savoir comment on va réagir, essayer de deviner c’est déjà pas mal.

Je me disais que je lui pardonnerais peut-être finalement.
Que je ne saurais peut-être jamais rien.
Que je préfèrerais fermer les yeux.
Que je m’en ficherais totalement.
Que j’en ferais autant, si ce n’était pas déjà le cas avant lui.

Cette histoire m’a mis un coup.
Elle m’a fait réfléchir et sortir de ma torpeur.
Un électrochoc.

Du grain à moudre pour moi, la future mariée.

Job Idol

Bon, je le disais dans mon billet précédent, j’avais un gros entretien à venir.
Un entretien pour le genre de poste que je ne pensais pas pouvoir espérer aujourd’hui : disons que dans les grandes lignes, ce poste consistait à diriger une agence dans un domaine de la communication où un peu d’expérience.

L’entretien s’est hyper bien passé. J’étais en connexion totale avec mon interlocutrice ° bah, ce mot est vriament ugly °. On a ri, j’ai pris un air concentré, j’ai fait quelques bons mots, j’ai posé des questions pertinentes ° en tout cas de mon point de vue, et je sais que je suis la meilleure juge pur ce genre de choses, alors on ne me contredit pas, OK ? °.

Elle m’a félicité sur mon anglais qui lui a fait kiffer sa vibe’s (de la part d’une américaine, c’est flatteur), a encensé la mise en page de mon CV ° ben ouais, encore une fan ravie de ma maîtrise de Word. °, a trouvé que j’étais à l’aise.

Mais, la faiblesse de mon dossier, qu’elle avait eu l’honnêteté de m’avouer en fin d’entretien, c’est que mon expérience en agence était moins fraîche que celles des autres candidates ° appelons-les comme ça… ° qui étaient encore en agence alors que moi, j’avais quitté ce beau monde depuis plus de 4 ans, l’erreur fata-â-leuh. ° ne voyez pas de jeu de mots dans cette dernière facétie orthographique, c’est juste que je pensais à Dallas et à son univers impitoya-â-bleuuuh °
J’ai eu beau dire que 4 ans, ce n’était rien, que j’avais gardé tous les bons automatismes et et je pouvais tout réapprendre très vite, le verdict est tombé et il est négatif.
Mes arguments n’ont pas pesé lourds par rapport à l’immersion totale des autres candidates.

La barbe !

Bon, ce n’est pas grave. Bizarrement, ce matin, j’avais fait un peu mon deuil de ce poste.
Alors quand mon téléphone a sonné, en indiquant un numéro masqué, je n’étais qu’à peine surprise du coup de fil de la chasseuse de tête.
Elle devait s’attendre à devoir me consoler, aussi ses phrases du genre “mais cela n’enlève rien à votre mérite” se sont révélées très plates finalement étant donné mon acceptation, ni résignée, ni fataliste, de la situation.

Le Loup a sorti sa carte “mais de toutes les façons, il ne te branchait pas tant que ça ce job au départ”, mais il a bien compris lui aussi que j’allais bien, même s’il a dû se demander si c’était plus du détachement ou de la bravoure.

Enfin, ce n’est pas encore aujourd’hui que je serai boss.
° en parlant de ça, elle est où la mienne surnommée affectueusement Ugly Betty ? J’ai des vacances à poser et à fare valider, moi… Zut alors ! N’empêche, c’est vrai qu’elle ressemble ‘hachement à Ugly Betty, mal fagottée, mais pas conne, enfin, je dis, ça, je n’ai jamais vu ni cette série, ni aucune autre version antérieure, seulement quelques extraits qui donnent envie. °

Merci pour vos messages de soutien, ils me donnent toujours de l’entrain et il m’en faudra car le casting de mon futur employeur continue…

Dans un peu moins de 5 heures, je vais ranger mes affaires, mettre mon Mac dans son sac, prendre un air détaché et franchir la porte du bureau.
En sortant de l’ascenceur, je regarderai de quoi j’aurai l’air dans les grands miroirs de l’entrée de l’immeuble.

Je prendrai le temps sûrement de changer de chaussures.
J’ébourifferai mes cheveux derrière parce qu’ils ont tendance à être plat comme si je venais de faire une sieste sur le dos et que ma nouvelle coupe est résolument “pétard mouillé” genre Ottawan.

Je me trouverai la mine trop pâle, le dos un peu voûté, l’allure pas assez aimable.
Et puis je sourirai, pas à mon reflet non, mais à la représentation mentale que j’aurai de mon imminente et éminente interlocutrice ° qu’est-ce que je déteste ce mot, interlocutrice, au féminin, c’est comme “députée”, ce sont des mots qui me déplaisent furieusement, mais à défaut de mieux, je me résigne °.
Je tendrai la main, en pensée et sortirai ce sourire “c’est le plus beau jour de ma vie”, en plissant les yeux et en découvrant légèrement mes incisives bien brossées et ces canines pointues qui ne me complexent plus tant que ça quand j’y pense. Il faut que ça ai l’air vrai.
C’est paradoxal, mais en fait, malgré toutes ces leçons apprises, je ne simule pas du tout quand vient le moment de serrer la main à quelqu’un de nouveau.
J’ai soit vraiment beaucoup de plaisir à rencontrer cette personne, et je veux faire bonne impression, ou alors, je repense juste à la fausseté des gens qui vous serrent la main en utilisant ce fameux rictus apprivoisé et amélioré, et ça me fait rire, donc, je souris vraiment pour le coup.

Je vérifierai que je n’ai pas trop de poils sur ma jupe noire.

Je détendrai ma mâchoire pour parler un anglais plus délié, la femme que je vais voir parlera sûrement un français impeccable, alors, je me devrai de montrer que je peux aussi me faire comprendre dans sa langue natale, sans que Shakespeare ne se retourne dans sa tombe.

J’arriverai au métro. Avec un peu de chance, je trouverai una place assise où je pourrai tranquillement revoir les informations que j’ai recueillies sur ce potentiel employeur.

Je penserai à rester droite mais pas comme un piquet, c’est douteux.

Je vais me demander pourquoi ils devraient me prendre moi et pas les autres candidats.

Je vais me dire que je n’ai pas encore les épaules pour porter une telle responsabilité.
Je vais me dire que je ne suispas encore prête, que j’ai le temps.
Et puis, après cette auto-destruction salutaire et de rigueur avant un rendez-vous ° il faut bien que je me prépare à traiter d’éventuelles objections ° je reprendrai mes esprits. Je me dirai que je suis la meilleure pour ce job.
La démarche sûre dans mes talons hauts. Chaque pas me rendra plus forte.

Je m’annoncerai et j’attendrai patiemment, absorbée dans mon livre, in English, of course.
Je dirai non au café, mais oui à un verre d’eau non glacée de préférence.

Je penserai au Loup qui pensera sûrement à moi à ce moment.

Je commencerai l’entretien après m’être assurée d’avoir éteint mes téléphones.

Je sortirai de là, je l’espère avec une bonne impression donnée et reçue.
J’appellerai le Loup pour tout lui dire. Peut-être Maman aussi.

Et puis, je rentrerai à la maison.

Le Loup y sera peut-être encore.

Et puis, je me changerai et j’irai voir le petit garçon que j’aide à mieux travailler à l’école.
J’ai bon espoir qu’il passe en 6ème.

Je parlerai des heures avec sa mère avec qui il fait bon partager.
Ma mère est loin, et parfois, j’ai besoin de lire la compassion sur le visage de quelqu’un. C’est bête, hein.
Cette dame, c’est un peu ma figure maternelle. Elle n’a pas l’âge d’être ma mère, bien entendu, mais elle est devenue une bonne amie. Sa famille est adorable, ils sont tous si gentils. Ca me fait un bien dingue de vivre ces quelques heures avec des âmes qui ne se préoccupent pas de toutes ces futilités, des guè-guerres de pouvoir et de la couleur indispensable dans ta garde-robe de l’été prochain.
Cette famille donne, sans chercher à prendre.

Au travail, cette grande cour d’école, je vis parmi des chouineurs, des hystériques, des pédants qui se vantent de connaître tous les designers importants des 100 dernières années, des fâts qui font du name-dropping à la moindre occasion et s’offusquent que tout le monde n’ait pas au moins une pièce de couturier dans son armoire.

Alors, puisque j’ai appris quelques règles de ce jeu de dupes, autant monter un peu en grade, et gagner quelques billes, parfois, ça force le respect.

Je penserai à tout cela ce soir en rentrant et en m’endormant, je me dirai que quoi qu’il en soit, je dois continuer à croire en ma valeur.

C’est tout, je voulais juste dire ça.


° Pfff, ça ne défoule même pas… Vivement mon pot de départ ! Toi, mon futur employeur, manifeste-toi tout de suite, embauche-moi, et plus vite que ça, je t’en supplie, je suis au bord de la crise de nerfs. °