La travail, c’est la Santé (comme dans « maison d’arrêt de la Santé »)

_Travail_

Alors, le boulot, c’est toujours aussi chiant, mais je m’en fous un peu beaucoup.

Le changement de priorités, l’épanouissement dans la parentalité, le recul, et toutes ces billevesées versées par les nouveaux parents dans nos oreilles autrefois incrédules de couple nullipare ont fini par trouver une vraie résonance en moi.

C’est qu’ils avaient raison, ces bougres de papa-maman tout neufs, d’énoncer ces vérités ésotériques pour qui n’est pas de la secte.
Qui n’émettrait aucun doute quant à la crédibilité de gens qui, les yeux cernés, les gestes mal-assurés, trouvent la force de s’extasier devant un popo moutarde — graines incluses, s’il vous plaît — et nauséabond, ou vous soutiennent mordicus que le borborygme émis par leur rejeton est sa manière trop mignonne de prononcer « Bahaus », son premier mot, parce que « bébé fait déjà preuve d’un goût très sûr et adooÔoore le design ».
Oui, parfois, je trouvais que les jeunes parents agissaient comme des drogués, et je me demandais même si ce court séjour en maternité n’était pas en fait une cure de désintoxication avortée.
Je pouvais imaginer que l’on puisse, que l’on doive, faire du nouveau-né le centre de tout, c’était logique oui, mais cela manquait encore un peu d’incarnation.
Et puis mon tour est arrivé, je suis entrée dans la société pas si secrète des parents, j’ai encore l’air junky de la nouvelle adhérente parfois : œil vitreux, cheveu sale, vêtements maculés, conversations planantes sur l’usure de l’aréole et le bon choix de tétines de transition, syndrome de manque en cas de séparation trop longue d’avec le bébé, la liste est longue, arrêtons-nous là, j’ai honte.

La vie au boulot et son assortiment de frustrations, les concours d’humiliations, le bal des calomnies, les concerts d’hypocrisie me paraissent incroyablement minables et mesquins et faibles et bien trop en-dessous de ma ligne de flottaison pour que je puisse les gratifier d’autre chose qu’un petit rire quand je ne les ignore pas tout bonnement.
Ce qui autrefois me minait pendant deux semaines, m’embête à peine deux minutes, trois maximum.
Bon, c’est vrai, le fait de retrouver mon loupiot tous les soirs, ça aide.

Mais pas que ! ¤ En français : « mais il y a autre chose ! »¤
Ce congé maternité m’a permis de ne plus être perdue dans le malsain maelström de ce boulot.
Pendant plus de cinq mois, avoir eu vent depuis cette position de simple observateur des spasmes qui secouaient ce microcosme consanguin m’a fait reprendre mes esprits. Je n’étais pas nulle, juste nulle à leurs yeux. Je n’étais pas juste bonne à graver des CDs, je sais graver les CDs, mais je sais aussi faire autre chose, plein de choses, et tant pis pour eux s’ils ne savent pas quoi faire de moi.

J’ai envoyé des CV, j’ai passé un entretien (après lequel le cabinet de recrutement n’a plus donné signe de vie malgré leur promesse “quelle que soit l’issue, on vous rappelle”, mon œil, oui !). J’ai reçu un appel pour un job sympa mais la recruteuse n’avait vraisemblablement pas bien lu mon CV puisqu’elle était surprise de voir que je n’avais jamais travaillé à l’étranger et que je n’étais pas étrangère.

Et puis, une collègue très proche m’a demandé si mon CV était à jour. “Évidemment oui !” lui ai-je répondu. Elle avait revu un ancien camarade de classe devenu successful qui cherchait une personne pour « booster son équipe ». L’ancien camarade s’appliquait, disait-on, à maintenir un environnement de travail sain, simple et même gentil ! Incroyable !
Mon CV a été transféré au camarade qui a pris tout son temps pour me rappeler, même s’il m’avait fait patienter en indiquant à mon amie qu’il avait été impressionné par mon parcours.
Finalement, je reçois un mail du DAF de la boîte pour convenir d’un rendez-vous.
Aïe, l’intitulé du poste proposé correspond plus à un profil commercial. Je joue franc jeu au téléphone excuses en bandoulière : moi, la vente, ce n’est pas ce qui me botte le plus. Vendre, je peux faire, mais ça ne me fait pas vibrer et je n’ai pas envie de leur faire perdre leur temps. Réponse : « ne faites pas gaffe à l’intitulé, le poste, c’est surtout de la communication, du marketing et un peu de vente, votre collègue nous avait bien décrit vos compétences, ne vous en faites pas ! » Ah, ok ! Bon, alors, rencontrons-nous.
Je me rends en rendez-vous : l’entretien se passe très bien, la description de la vie de la boîte et de sa philosophie me met la larme à l’œil (discrete la larme, hein ! Et puis, j’étais très émotive à cause de la chute d’hormones de début de sevrage).

On se sépare avec, des deux côtés, l’envie de bosser ensemble. Prochaine étape : rencontrer le boss (ledit ancien camarade de ma copine).

Ce second rendez-vous se passe très bien aussi : après lecture approfondie de mon CV, le boss décide de créer un poste de communication, totalement séparé de la vente, mais presque aussi stratégique et pense que je suis parfaite pour ça.
Super !
Par contre, comme ils n’ont jamais eu une personne dédiée à la communication en interne et que ce ne sont pas des pros de la communication, il faut que je puisse leur donner un avant-goût de ce que je ferais en arrivant dans la boîte. Je pourrai lui montrer ça… à son retour de vacances.
Nous étions mi-juillet. Je le revois mi-août.
Moi qui pensais que ce serait du tout-vu et que je serais revenue de mon congé mat’ agitant nonchalamment ma lettre de dém’ sous le nez de ma future-ex boss, j’ai été un peu calmée.

C’est un peu rassurant de savoir qu’ils ne veulent pas me recruter dans la précipitation. Mais j’ai très envie de me barrer de mon entreprise actuelle. Très très envie. Parce que bon, graver des CDs, faire des étiquettes, les coller et répondre au téléphone, ça va un temps mais je ne compte pas faire ça toute ma vie.
D’accord, j’ai un taf, d’accord, il y a des gens dont c’est le métier, je comprends tout à fait. Ca ne me gêne pas d’exécuter ces menus travaux, je le ferais même sans qu’on me le demande, mais c’est que je ne fais que ça et je pense pouvoir faire mieux et plus de choses pour cette boîte qui ne sait pas quoi faire de moi.

La rencontre mi-août va servir justement à empêcher que cette situation ne se reproduise.
Espérons que ça ira et que d’ici là, je n’aurai pas péter les plombs, parce que j’ai vraiment l’impression de ne pas valoir grand’ chose professionnellement en ce moment.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : croiser les doigts, tout ça tout ça.

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A propos Jazz

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